Concevoir un système en polyculture élevage en semis direct bio, par Alain Peeters

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Dans cette intervention, Alain Peeters présente son parcours d’agronome et la conception de systèmes de polyculture-élevage en semis direct bio. Fort de son expérience en Afrique, au Brésil et en Europe, il défend une agriculture fondée sur la coopération avec la nature plutôt que sur la lutte contre elle. Il insiste sur trois piliers : des ruminants nourris principalement à l’herbe, la restauration de la vie du sol sans labour, et une production tournée vers les besoins alimentaires locaux. Alain Peeters montre que le semis direct bio peut fonctionner à condition de respecter des principes agronomiques solides : rotations diversifiées, couverts végétaux, intégration culture-élevage et compréhension fine de la rhizosphère. Il souligne aussi l’intérêt économique de ces systèmes, qui réduisent fortement les intrants et peuvent mieux valoriser les produits par la qualité, la transformation et les circuits courts. Enfin, il appelle à un véritable changement de paradigme agricole, écologique et social.

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Résumé
Dans cette intervention, Alain Peeters présente son parcours d’agronome et la conception de systèmes de polyculture-élevage en semis direct bio. Fort de son expérience en Afrique, au Brésil et en Europe, il défend une agriculture fondée sur la coopération avec la nature plutôt que sur la lutte contre elle. Il insiste sur trois piliers : des ruminants nourris principalement à l’herbe, la restauration de la vie du sol sans labour, et une production tournée vers les besoins alimentaires locaux. Alain Peeters montre que le semis direct bio peut fonctionner à condition de respecter des principes agronomiques solides : rotations diversifiées, couverts végétaux, intégration culture-élevage et compréhension fine de la rhizosphère. Il souligne aussi l’intérêt économique de ces systèmes, qui réduisent fortement les intrants et peuvent mieux valoriser les produits par la qualité, la transformation et les circuits courts. Enfin, il appelle à un véritable changement de paradigme agricole, écologique et social.

Alain Peeters est un agronome et un agroécologiste. Il a été formé à l’Université de Louvain en Belgique où il a aussi enseigné pendant plus de 20 ans. Il est détenteur d'une large connaissance théorique et de terrain en agronomie générale mais également en écologie des zones tempérées et tropicales. Il a été pendant 20 ans coordinateur du réseau FAO/CIHEAM des Prairies et des Fourrages pour l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient. Il est directeur du Centre de recherche RHEA, Secrétaire général de l'association européenne pour l'Agroécologie, Agroecology Europe (www.agroecology-europe.org). Depuis 10 ans, il développe des systèmes agroécologiques en fermes en Europe du Nord-Ouest.



Dans cette formation, vous apprendrez à :

- Appréhender les différentes stratégies de fonctionnement d'un système en agriculture biologique de conservation et notamment ses interactions avec l'élevage

- Construire des itinéraires techniques de cultures permettant de concilier agriculture biologique et agriculture de conservation

- Mesurer et analyser les performances du système sous l'angle environnemental, économique et social.




Sommaire :

00:07:44 - Introduction




00:52:00 - Contrôle des maladies et sols vivants

01:05:35 - Les acteurs principaux - les micro-organismes et les champignons

01:44:52 - Les acteurs principaux - les nématodes

01:46:20 - Les acteurs principaux - les vers de terre

01:57:45 - Les acteurs principaux - les plantes


02:00:20 - En agroécologie, on imite la nature ; oui, mais comment ?


02:07:55 - Éléments clés d'un système en agroécologie


02:29:10 - Thé de compost oxygénés


02:58:40 - Prairies temporaires à base de légumineuse



03:37:40 - Couvert végétal diversifié Biomax


04:33:45 - Couvert de trèfle blanc nain


04:48:45 - Désherbage mécanique dans la culture et l'interculture


05:12:50 - Contrôle des ravageurs


05:52:24 - Intégration des cultures et de l'élevage


06:08:00 - Optimiser la gestion des prairies - allongement de la période de paturâge


07:34:25 - Choisir la bonne génétique végétale (blé)


07:58:00 - Conversion de son exploitation à l'agroécologie en 7 points


08:25:20 - Performances des systèmes agroécologiques


08:48:10 - Conclusion - le futur de votre ferme en agroécologie



Introduction

L’intervenant, Alain Peeters, propose un exposé sous forme ouverte, en invitant les participants à l’interrompre et à partager leurs attentes, leurs problèmes et leurs expériences. Il insiste sur l’intérêt des échanges entre agriculteurs, praticiens et chercheurs, et pas seulement sur une transmission descendante du savoir.

Il se présente brièvement comme agronome, avec un parcours mêlant recherche, enseignement et pratique de terrain. Il a travaillé en Afrique, au Brésil, en Asie centrale, ainsi qu’en Europe. Pendant vingt ans, il a été enseignant-chercheur à l’université de Louvain, tout en gardant un lien fort avec des fermes expérimentales et avec des groupes d’agriculteurs « pilotes » engagés dans des démarches de co-développement.

Selon lui, les agriculteurs sont eux aussi des chercheurs, car ils expérimentent en permanence dans leurs champs. La combinaison entre savoirs pratiques et savoirs académiques permet de progresser très vite. Cette méthode de travail collectif est au cœur de sa démarche.

Il explique qu’il a ensuite été amené à gérer lui-même une ferme d’environ 100 hectares, avec comme défi d’inventer un nouveau système combinant :

Cette dernière idée est centrale dans son approche : les herbivores devraient d’abord manger de l’herbe, et non des aliments directement consommables par l’homme comme les céréales, le soja ou d’autres concentrés. Il rappelle qu’à l’échelle mondiale, les animaux consomment environ les deux tiers des productions végétales agricoles, ce qui pose question.

L’autre grande idée du projet est de penser une agriculture qui nourrisse les populations locales. Il invite à se demander, à l’échelle d’un rayon de 50 km, de quoi les habitants ont réellement besoin : produits laitiers transformés, céréales panifiables, légumes, fruits, etc. Or, dans beaucoup de régions, l’agriculture dominante produit surtout pour l’industrie, l’exportation ou l’alimentation animale. Cela implique, selon lui, une réforme profonde des systèmes de production, en lien avec la transformation et les circuits courts.

Enfin, il indique que le bio sans labour lui paraissait initialement impossible, comme à la plupart de ses collègues, à cause de la gestion supposée ingérable des adventices sans labour ni herbicides. Pourtant, avec du recul, des lectures, des rencontres et des essais, il affirme que cela fonctionne. Dans une ferme qu’il gère, sur cinq ans, seulement 5 % des parcelles ont nécessité un désherbage mécanique en culture. Il veut donc montrer qu’un tel système est possible, à condition de respecter un certain nombre de principes.

Il précise aussi que les systèmes qu’il a construits doivent déjà être adaptés à cause du changement climatique : les modèles élaborés il y a sept ou huit ans nécessitent déjà d’être transformés.

Plan de l’exposé

L’exposé est structuré selon les grands thèmes annoncés pour la formation :

  • le contrôle des maladies,
  • le contrôle des adventices,
  • le contrôle des ravageurs,
  • l’intégration culture-élevage,
  • certains points particuliers comme la génétique adaptée,
  • les itinéraires techniques,
  • les performances sociales, économiques et environnementales des systèmes.

Alain Peeters annonce qu’il reviendra souvent sur la vie du sol, car il considère qu’il est indispensable de comprendre ce qui se passe dans le sol, dans les plantes et dans les interactions entre microorganismes, vers de terre et végétaux. Selon lui, il n’existe pas de recette universelle : chaque ferme est un cas particulier. Si l’on ne comprend pas les mécanismes en jeu, on applique des recettes trouvées ailleurs, qui risquent d’échouer localement. À l’inverse, si l’on comprend les processus, on peut adapter intelligemment les pratiques aux conditions locales.

Changement de paradigme

Passer de la lutte à la coopération avec la nature

Alain Peeters commence par critiquer une vision très répandue en agriculture, mais aussi dans la culture occidentale en général : l’idée d’une « lutte contre la nature ». Il illustre cela par une publicité agricole montrant une planète recouverte d’une seule espèce cultivée, sans place pour la vie sauvage, et une armada technologique chargée d’éliminer les quelques organismes restants jugés nuisibles.

Pour lui, cette vision est caricaturale mais révélatrice. Aller vers l’agroécologie suppose de quitter cette logique de lutte pour une logique de coopération avec la nature. Tout dans la nature n’est pas favorable à l’homme, bien sûr, mais l’essentiel l’est. En coopérant avec cette nature au lieu de chercher à l’écraser, on dépense moins d’énergie, on réduit les coûts et on construit des systèmes plus autonomes.

Changer le vocabulaire

Ce changement passe aussi par un changement intérieur et par un changement de vocabulaire. Alain Peeters recommande :

  • d’éviter le terme « mauvaises herbes » et de parler plutôt d’adventices ou de plantes indicatrices ;
  • d’abandonner le mot « lutte », par exemple dans « lutte biologique », au profit d’une idée de gestion ;
  • de cesser de traiter certains êtres vivants de « crasse ».

Il insiste sur le fait qu’aucun être vivant ne mérite d’être réduit à cela, et qu’une adventice, même gênante, peut aussi rendre des services au sol, à sa structure et à sa fertilité.

Revenir aux racines de l’agronomie : la rhizosphère

Le deuxième changement de paradigme concerne le rapport au sol. Pendant des décennies, l’agriculture s’est appuyée sur des engrais solubles, des fongicides et d’autres intrants qui ont permis d’oublier le rôle des microorganismes du sol. Aujourd’hui, on redécouvre l’importance de la rhizosphère, c’est-à-dire de la vie autour des racines.

Depuis une dizaine d’années, la recherche progresse rapidement sur ces sujets. Même si l’on connaît encore très peu de choses sur les microbes, on en sait déjà beaucoup plus qu’auparavant.

Il établit un parallèle très fort entre la vie du sol et celle de l’intestin humain. Dans les deux cas, une immense diversité bactérienne :

  • protège contre les maladies,
  • influence le fonctionnement général de l’organisme,
  • agit même sur le comportement.

Il en tire une idée fondamentale : les organismes vivants, qu’il s’agisse d’un homme ou d’un plant de blé, ne sont pas des individus isolés mais des communautés d’êtres vivants vivant en symbiose avec des microorganismes.

Redéfinir le rôle de l’agriculteur

Le troisième changement de paradigme concerne la figure de l’agriculteur. Depuis des décennies, on lui a dit qu’il devait seulement produire. Alain Peeters estime au contraire qu’un agriculteur peut aussi :

  • transformer,
  • vendre,
  • fournir des services écosystémiques,
  • stocker du carbone,
  • produire de la biodiversité,
  • contribuer à la qualité de l’eau, du paysage et du climat.

Il résume sa pensée par une formule simple :

  • produire, c’est bien ;
  • transformer, c’est plus rentable que produire ;
  • vendre, c’est plus rentable que transformer.

L’enjeu est donc de récupérer la valeur ajoutée de la transformation et de la vente, en plus de la production.

L’agroécologie comme stratégie écologique et économique

La stratégie écologique

Pour Alain Peeters, l’agroécologie consiste à remplacer les carburants fossiles et les intrants industriels par les services écosystémiques rendus par la biodiversité.

Ces services peuvent être :

  • la vie du sol, qui améliore la fertilité et la structure ;
  • des couverts ou prairies temporaires, qui gèrent d’autres plantes ;
  • des auxiliaires de culture, qui contrôlent les ravageurs ;
  • des pollinisateurs ;
  • les mycorhizes, qui apportent eau et éléments nutritifs ;
  • les bactéries des légumineuses, qui fixent l’azote.

Tout cela est gratuit, ou en tout cas ne dépend pas d’un achat d’intrants. Cela permet de réduire les engrais, herbicides, insecticides et fongicides.

Il insiste sur le fait que cette stratégie est aussi une réponse à la crise climatique :

  • les systèmes agroécologiques sont plus résilients face à la sécheresse et aux excès d’eau,
  • ils stockent davantage de [[matière organique]],
  • ils peuvent séquestrer du carbone dans le sol.

Selon lui, les sols sont un des meilleurs lieux de stockage du carbone atmosphérique, et il pense que les agriculteurs seront de plus en plus rémunérés pour cela.

La stratégie économique

La stratégie économique de l’agroécologie repose sur deux leviers :

  • diminuer drastiquement les coûts ;
  • augmenter les recettes.

La baisse des coûts se fait par :

  • la réduction des achats d’intrants,
  • l’[[autonomie fourragère]],
  • la moindre dépendance aux engrais et pesticides,
  • la mutualisation ou la sous-traitance du matériel coûteux.

L’augmentation des recettes repose sur trois moyens :

  • viser la qualité,
  • transformer les produits,
  • vendre soi-même, en circuits courts et localement.

Il donne plusieurs exemples :

  • produire des céréales panifiables plutôt que fourragères ;
  • faire de la farine ou du pain à partir de ses propres céréales ;
  • transformer la viande à la ferme ou via un boucher ;
  • vendre des produits laitiers transformés ;
  • valoriser une viande « à l’herbe ».

Il défend l’idée que ces produits ne doivent pas forcément être vendus beaucoup plus cher au consommateur si l’agriculteur récupère la marge captée d’ordinaire par l’industrie et la distribution.

Bio, agroécologie et agriculture de conservation

Alain Peeters replace l’agroécologie dans une galaxie de systèmes voisins :

  • agriculture biologique,
  • biodynamie,
  • gestion intégrée des ravageurs,
  • agriculture à bas intrants,
  • agriculture de conservation,
  • agriculture du carbone,
  • agroforesterie,
  • permaculture.

Il souligne une différence importante entre bio et agroécologie :

  • le bio repose sur un cahier des charges : on est bio ou on ne l’est pas ;
  • l’agroécologie est un processus de progrès.

On peut avancer progressivement vers un système agroécologique, par étapes, tandis que le passage en bio est plus binaire, même s’il existe une conversion.

Il distingue aussi plusieurs étapes dans l’évolution des systèmes :

  1. amélioration de l’efficience des intrants ;
  2. substitution d’intrants de synthèse par d’autres intrants ;
  3. refonte complète du système.

Selon lui, la véritable agroécologie correspond à cette dernière étape : une approche systémique, repensée dans son ensemble.

Le contrôle des maladies : l’importance des sols vivants

Les principaux acteurs du sol

Pour introduire le contrôle des maladies, Alain Peeters présente les principaux organismes vivants du sol :

  • les bactéries, au sens large ;
  • les champignons ;
  • les protozoaires ;
  • les nématodes ;
  • les vers de terre ;
  • les plantes.

Il insiste sur l’immense complexité de cette vie souterraine, organisée en chaîne alimentaire :

  • la matière organique morte et les exsudats racinaires nourrissent d’abord bactéries et champignons ;
  • protozoaires, nématodes et vers de terre consomment bactéries et champignons ;
  • d’autres organismes plus gros les consomment ensuite.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une chaîne alimentaire : il existe aussi des relations d’échange et de symbiose entre ces organismes et les plantes.

La rhizosphère et les exsudats racinaires

La rhizosphère est décrite comme l’espace autour des racines où les plantes nourrissent activement les microorganismes. Selon Alain Peeters, une plante peut investir :

  • 10 à 40 % des produits de sa photosynthèse pour nourrir les bactéries et champignons,
  • jusqu’à 60 % chez les graminées,
  • jusqu’à 80 % chez les arbres.

Cette alimentation n’est pas gratuite : la plante attend des services en retour. Si on lui apporte directement des nutriments solubles, par exemple de l’azote minéral, elle cesse en partie de nourrir ses partenaires microbiens. Ceux-ci régressent, et la plante perd la protection qu’ils lui apportaient.

Il compare cela à la luzerne qui cesse de nourrir ses bactéries fixatrices si on lui donne de fortes doses d’azote minéral.

Rôle des bactéries et des champignons

Les bactéries et les champignons du sol remplissent des fonctions essentielles :

  • solubilisation des nutriments ;
  • protection physique et biologique contre les pathogènes ;
  • fixation de l’azote atmosphérique ;
  • production d’hormones de croissance ;
  • structuration du sol ;
  • décomposition des toxines.

Les champignons mycorhiziens sont particulièrement importants pour :

Les protozoaires, nématodes et vers de terre

Les protozoaires et les nématodes « brouteurs » consomment les bactéries et les champignons. Ce faisant, ils libèrent des éléments nutritifs, notamment de l’azote, directement utilisables par les plantes.

Les vers de terre jouent un rôle central :

  • ils améliorent la circulation de l’eau et de l’air ;
  • ils digèrent matière organique, bactéries et champignons ;
  • ils structurent le sol ;
  • ils facilitent profondément la descente des racines.

Alain Peeters rappelle qu’en sol labouré, on peut avoir seulement 200 à 500 kg de vers de terre par hectare, tandis qu’en sol vivant on peut atteindre 1 à 2 tonnes, et davantage encore en prairie.

Le sol comme communauté vivante

Il insiste sur le fait que plus de 95 % des bactéries et champignons du sol ne sont pas pathogènes. Les pathogènes sont l’exception, pas la règle.

Un sol vivant est donc naturellement protecteur. À l’inverse :

  • le labour,
  • le travail intensif du sol,
  • les engrais solubles,
  • les fongicides foliaires

détruisent ou affaiblissent cette communauté microbienne, et rendent la plante plus vulnérable.

Principes pratiques pour contrôler les maladies

Pour limiter les maladies, il faut donc :

  • arrêter de détruire la maison du sol par le labour et les travaux agressifs ;
  • nourrir le sol avec de la matière organique morte ;
  • garder en permanence des plantes vivantes pour fournir des exsudats ;
  • diversifier les plantes ;
  • éviter les fertilisants solubles ;
  • éviter les fongicides qui détruisent aussi les symbiotes.

Il insiste sur les deux grands leviers :

  1. ne plus massacrer la vie du sol ;
  2. remplir le « frigo » du sol avec des apports réguliers de carbone.

Le [[Thé de Compost Oxygéné|thé de compost oxygéné]]

Alain Peeters présente ensuite le thé de compost oxygéné comme un outil complémentaire pour stimuler la vie microbienne.

Les sources de microorganismes peuvent être :

  • un compost aérobie bien maîtrisé,
  • un lombricompost,
  • de l’humus de vieille prairie,
  • de l’humus de forêt feuillue diversifiée.

Selon lui, la prairie permanente est même la meilleure référence pour les sols agricoles, davantage que la forêt, car :

  • elle est plus riche en bactéries ;
  • elle est plus proche du fonctionnement d’un sol cultivé ;
  • elle contient davantage de vers de terre ;
  • elle héberge surtout des mycorhizes comparables à celles des cultures herbacées.

Le thé de compost peut servir à :

  • enrober les semences ;
  • enrichir la diversité microbienne des sols ;
  • pulvériser sur le feuillage pour stimuler la croissance et protéger contre les maladies.

Il insiste sur la grande rigueur nécessaire :

  • eau déchlorée ou eau de pluie,
  • compost de qualité,
  • conditions strictement aérobies,
  • nettoyage très soigné des cuves, tuyaux et pulvérisateurs,
  • éviter toute contamination par des biofilms ou des pathogènes.

Il rapporte qu’un essai en céréales a montré une augmentation de rendement très nette dans des conditions difficiles, surtout lorsque plusieurs applications étaient réalisées.

Le contrôle des adventices

Pour Alain Peeters, les adventices sont souvent plus difficiles à gérer que les maladies.

Une approche systémique

Il rappelle qu’on ne peut pas simplement « supprimer le labour » et s’attendre à ce que tout fonctionne. Le bio sans labour suppose de modifier en même temps :

  • les rotations,
  • les espèces cultivées,
  • les variétés,
  • les dates de semis,
  • les couverts,
  • le type d’élevage,
  • les outils,
  • la logique de fertilisation.

Le rôle central des prairies temporaires

Le principal levier de gestion des adventices est la rotation longue et diversifiée, avec un rôle majeur des prairies temporaires.

Avec environ 40 à 50 % de prairies temporaires dans la rotation, on résout déjà une grande part :

  • des problèmes d’adventices,
  • des problèmes de fertilité,
  • des problèmes de structure du sol.

Les prairies temporaires :

  • produisent beaucoup de biomasse ;
  • fixent beaucoup d’azote ;
  • permettent deux à trois ans sans aucun travail du sol ;
  • font fortement augmenter les populations de vers de terre ;
  • épuisent certaines adventices vivaces comme les chardons si elles sont bien conduites.

Après une prairie temporaire bien menée, il peut semer une céréale sans désherbage.

Destruction des prairies temporaires

Pour détruire les prairies temporaires, Alain Peeters indique avoir testé plusieurs outils. Selon lui, le plus efficace est la fraise, à condition de travailler très superficiellement, sur 2 à 3 cm.

L’objectif est :

  • de couper sous le collet de la luzerne ;
  • de couper au niveau du plateau de tallage des graminées ;
  • de ne surtout pas enterrer les plantes trop profondément ;
  • de favoriser leur dessèchement en surface.

Si nécessaire, on passe ensuite une herse pour secouer les touffes, surtout en cas de pluie.

Il reconnaît que c’est l’opération la plus agressive de la rotation, mais estime qu’elle reste compatible avec un système vivant si elle est faite superficiellement et au bon moment.

Le rôle des biomax

Entre deux cultures, il recommande fortement des couverts très diversifiés, dits biomax, semés dès que possible après récolte.

Leur rôle est multiple :

  • couvrir le sol ;
  • nourrir la vie du sol ;
  • fixer de l’azote grâce aux légumineuses ;
  • améliorer la structure ;
  • limiter les adventices ;
  • créer une forte diversité végétale et microbienne.

Il insiste sur la nécessité de semer très tôt, idéalement début août, pour produire 5 à 6 tonnes de matière sèche en deux mois et demi.

Les biomax sont composés d’espèces de familles différentes :

Il recommande aujourd’hui plutôt d’éviter ou de limiter :

  • la moutarde, parce qu’elle ne mycorhize pas, peut devenir adventice et présente des effets allélopathiques ;
  • le radis chinois avant culture d’hiver, car il ne gèle plus toujours ;
  • certaines espèces mal adaptées aux sols lourds ou humides.

Les couverts permanents de trèfle blanc

Une autre stratégie consiste à établir un couvert permanent de trèfle blanc nain, en particulier avec la variété Jordal.

Le trèfle blanc est implanté :

  • soit avec la céréale d’automne,
  • soit en sursemis de fin d’hiver.

La première année, il s’installe lentement. Après récolte de la céréale, il couvre alors le sol. À l’automne, on le « calme » avec une herse rotative réglée très superficiellement pour couper les stolons sans détruire la racine pivot. On peut ensuite semer à nouveau une céréale dedans.

Ce système permet plusieurs années successives de céréales, mais finit par se salir au bout de 4 à 5 ans, avec montée des rumex et graminées annuelles. Il faut alors revenir à une autre séquence de rotation.

Importance des cultures compétitives

Les variétés modernes de blé et d’orge lui paraissent très peu adaptées à ces systèmes, car elles sont trop basses, peu racinées et peu compétitives.

Il recommande donc :

Ces cultures couvrent mieux le sol et dominent davantage les adventices.

Le contrôle des ravageurs

Le contrôle des ravageurs repose sur le même principe général : utiliser la biodiversité comme auxiliaire.

Réseau écologique

Alain Peeters met systématiquement en place un réseau écologique sur les fermes :

  • bandes herbeuses tous les 60 m environ ;
  • bandes conçues pour favoriser les auxiliaires ;
  • haies et arbres ;
  • mares ou autres éléments selon les contextes.

Les bandes herbeuses sont semées avec des mélanges pérennes pensés pour les alliés des cultures, notamment avec beaucoup d’ombellifères, très attractives pour les insectes auxiliaires.

Pucerons

Pour gérer les pucerons, il explique qu’il faut en réalité « élever des pucerons » sur des bandes spécifiques, par exemple de luzerne, afin de maintenir toute l’année :

Ainsi, quand les pucerons arrivent en culture, leurs ennemis naturels sont déjà présents.

Limaces

Concernant les limaces, problème classique en systèmes sans labour et avec couverts, il montre que leurs prédateurs naturels, notamment les carabes, sont favorisés par les bandes et les systèmes agroécologiques.

Des comparaisons montrent selon lui :

  • davantage de carabes en agroécologie ;
  • moins de limaces ou au moins un meilleur équilibre fonctionnel ;
  • une corrélation entre augmentation des carabes et réduction des limaces.

Intégration culture-élevage

Le retour nécessaire de l’agriculture mixte

Alain Peeters considère que la séparation entre cultures et élevage, rendue possible par les énergies fossiles et les engrais de synthèse, n’est pas durable.

L’intégration culture-élevage est selon lui nécessaire pour :

  • valoriser les prairies temporaires ;
  • restaurer les sols ;
  • fermer les cycles de fertilité ;
  • produire de l’herbe, du fumier, du lait, de la viande ;
  • réduire la dépendance aux intrants.

Cette intégration peut se faire :

  • dans la même ferme ;
  • entre fermes voisines ;
  • à l’échelle régionale.

Il évoque même le cas de fermes qui sèment des prairies temporaires puis vendent l’herbe sur pied à des éleveurs voisins.

Des ruminants nourris à l’herbe

Il défend l’idée de systèmes fondés sur :

  • des ruminants nourris à l’herbe ;
  • des monogastriques valorisant herbe et déchets alimentaires humains.

Il critique les systèmes industriels où porc et volaille sont nourris avec des aliments directement consommables par l’homme.

Quelles races animales ?

Les races les plus adaptées à ce type de système sont, selon lui, des races rustiques ou mixtes, capables de valoriser l’herbe :

  • chez les bovins laitiers : Montbéliarde, Fleckvieh, Simmental, croisements adaptés ;
  • chez les bovins viande : Angus, Aubrac, etc.

L’idée générale est qu’il faut choisir la race en fonction du système, et non construire le système autour d’une race hyper spécialisée.

Gestion des prairies et pâturage

Allonger la saison de pâturage

Un des grands leviers économiques est d’allonger au maximum la période de pâturage. L’herbe pâturée est l’aliment le moins cher :

  • herbe pâturée = 1,
  • herbe conservée = 2,
  • concentré = 4.

Allonger de six à neuf mois la saison de pâturage permet donc de réduire fortement les coûts alimentaires et le travail.

Pour cela, il combine :

Les prairies temporaires permettent :

  • de démarrer le pâturage plus tôt au printemps ;
  • de le prolonger plus tard en automne.

Mélanges fourragers

Il recommande des mélanges simples mais très productifs :

Selon lui, ces mélanges simples dominent très fortement les autres espèces, ce qui explique leur efficacité et leur productivité, même s’il reconnaît l’intérêt théorique de mélanges plus diversifiés.

Pâturage tournant

Il défend le pâturage tournant, de préférence dynamique, avec :

  • temps d’occupation courts ;
  • temps de repos adaptés ;
  • forte densité instantanée ;
  • fil avant déplacé très régulièrement.

Il insiste sur l’importance :

  • de ne pas laisser les animaux revenir sur les repousses trop tôt ;
  • de calibrer le regard avec des outils comme l’herbomètre ;
  • de raisonner les hauteurs d’entrée et de sortie ;
  • d’adapter en permanence le système à la croissance de l’herbe.

Hivernage sur copeaux de bois

Enfin, il présente les plateformes d’hivernage sur copeaux de bois comme une solution simple pour réduire les coûts des bâtiments :

  • excavation,
  • drainage,
  • couche de gros matériaux,
  • épaisse couche de copeaux.

Les animaux y restent propres, les déjections se décomposent partiellement sur place, et la gestion quotidienne est très simplifiée.

Génétique des cultures

Des variétés adaptées à l’agroécologie

Pour Alain Peeters, la génétique est un levier essentiel. Les variétés modernes issues de la révolution verte ont été sélectionnées dans des conditions :

  • fortement fertilisées,
  • protégées par fongicides,
  • sans limitation de ressources.

Elles sont donc mal adaptées à des systèmes agroécologiques.

Il cherche au contraire des variétés :

  • hautes,
  • bien enracinées,
  • compétitives face aux adventices,
  • capables de mycorhizer,
  • à bonne valeur boulangère.

Blés modernes sélectionnés en bio

Il cite des blés modernes adaptés, sélectionnés en bio, notamment :

  • Graziaro,
  • Wiwa,
  • Tengri,
  • Royal.

Selon lui, Graziaro est particulièrement intéressant.

Blés anciens

Il a aussi lancé un programme de multiplication de blés anciens. Ceux-ci présentent selon lui plusieurs avantages :

  • forte hauteur,
  • forte production de paille,
  • très bonne compétitivité contre les adventices,
  • intérêt boulangère et gustatif,
  • adaptation à des systèmes sans labour.

Il précise que certains blés anciens sont très performants, contrairement à l’idée selon laquelle ils seraient tous peu productifs.

Conclusion

L’ensemble de l’exposé montre une vision cohérente de l’agroécologie comme refonte complète des systèmes agricoles. Cette refonte repose sur quelques grands principes :

  • coopérer avec la nature plutôt que lutter contre elle ;
  • remettre la vie du sol au centre de l’agronomie ;
  • s’appuyer sur la biodiversité fonctionnelle ;
  • diversifier les rotations, les cultures et les paysages ;
  • réintégrer culture et élevage ;
  • restaurer l’autonomie économique en réduisant les coûts et en augmentant la valeur ajoutée ;
  • adapter la génétique végétale et animale aux systèmes recherchés.

L’agroécologie est présentée non comme un retour en arrière, mais comme un processus de progrès, fondé à la fois sur les observations de terrain, les savoirs paysans et les avancées scientifiques récentes.

Alain Peeters insiste enfin sur le fait qu’il ne s’agit pas d’appliquer des recettes, mais de comprendre les mécanismes pour construire, ferme par ferme, des systèmes adaptés, rentables, résilients et vivants.