Autonomie en protéines

De Triple Performance

Alfalfa hay collection.jpg Production fourragère, efficience protéique, résilience économique, impacts environnementaux, réflexion agronomique...

Autonomie en protéinesProduction fourragère, efficience protéique, résilience économique, impacts environnementaux, réflexion agronomique...Alfalfa hay collection.jpg


L'alimentation protéique des animaux d'élevage est un un point de vigilance important pour optimiser leur croissance et leur production, ainsi que pour limiter les rejets d'azote et donc l'impact de l'exploitation sur l'environnement.

L'autonomie protéique désigne alors la part des besoins en protéines d'un (ou plusieurs) atelier d'élevage qui est couverte par les productions végétales de l'exploitation[1]. Ce portail a donc pour but de présenter les principaux enjeux et pistes de développement autour de la problématique d'autonomie en protéines.


Enjeux et contexte

Résilience économique

L'autonomie protéique, et plus largement l'autonomie alimentaire des élevages, offre une certaines stabilité économique. En effet, elle peut permettre notamment de réduire dépendance aux courts de tourteaux, dont la variabilité est très forte[1]. Augmenter son autonomie protéique c'est donc rechercher une meilleure maîtrise des coûts de production, et ainsi être libre de trouver un optimal économique entre l'autoproduction et l'achat d'aliments. L'ajustement de ce niveau d'autonomie peut être évidement réfléchi au niveau de l'exploitation mais aussi à plus large échelle : groupements d'exploitations, coopératives, petite région agricole, AOP etc.[2]

Stratégie agronomique

L'amélioration de l'autonomie protéique ne constitue parfois qu'un objectif au sein de la stratégie agronomique globale de l'exploitation. Elle est souvent le résultat d'une diversification de l'assolement, dont le but premier peut être de réduire la dépendance aux intrants, multiplier les sources de revenus, renforcer une logique de protection intégrée des cultures ou d'agriculture de conservation des sols etc.

Impact environnemental

Enfin, relocaliser l'alimentation protéique des élevage s'inscrit dans la dynamique de réduction des impacts environnementaux de ces derniers. Dans les zones où l'élevage est plus intensif, on observe depuis quelques temps diverses formes de pollution liées à un excès de reliquats azotés (l'exemple le plus manifeste étant celui de la Bretagne). Ces pollutions sont imputables en partie à l'utilisation mal raisonnée d'engrais et aliments importés, qui contribuent par ailleurs à appauvrir d'autres régions du globe en azote[1]. De même, il est reconnu que les aliments importés sous forme de tourteaux (de soja principalement) proviennent souvent de terres libérées par la déforestation (au Brésil et en Argentine notamment)[3].

En somme, accroître l'autonomie protéique d'un territoire ou d'une exploitation, via la production de protéines alternatives locales, permet de réduire les incitations à la déforestation ainsi qu'une certaine forme de déséquilibre azoté planétaire.

Les leviers de l'autonomie protéique

Rotation et utilisation des ressources fourragères

Comme mentionné précédemment, l'autonomie protéique d'une exploitation peut être amélioré en diversifiant son assolement. Néanmoins, un autre levier puissant est la valorisation des fourrages et de l'herbe pâturée : des pratiques de fauches précoces et une meilleure optimisation du temps de pâture (à travers le Pâturage tournant dynamique par exemple) peuvent permettre une meilleure utilisation des ressources déjà présentes sur l'assolement[4]. De la même manière, faire analyser et travailler la valeur nutritive de l'herbe pâturée est un bon premier angle d'attaque[5]

Pour atteindre un niveau d'autonomie très élevé, il est parfois nécessaire de repenser sa succession culturale pour intégrer des cultures plus riches en protéines. Les exemples de cultures dédiées à cet objectif sont nombreux, il peut s'agir d'intégrer des prairies temporaires dans la rotation, des méteils, des protéagineux à graines (féverole, pois, lupin ...) en pures et en association, des légumineuses pluriannuelles (luzerne) ou encore de cultiver son soja localement.

De manière complémentaire on peut également mentionner la mise en place de couverts végétaux pâturables en interculture, ainsi que l'utilisation de fourrages ligneux pour les élevages agroforestiers ou bocagers.


Points de vigilance

L'accroissement de l'autonomie protéique doit être considérée avec les différents risques et contraintes qu'elle comporte :

Digestibilité des protéagineux

Certains fourrages ou graines de protéagineux ont la particularité d'être météorisants et assez peu digestibles par les ruminants. C'est un facteur à prendre en compte lors du choix des espèces qui entreront dans la ration. Il existe néanmoins des solutions technique pour augmenter rendre les protéines de ces aliments plus facilement assimilables, notamment via la technologie de "toastage" bien que les bénéfices en soient parfois discutés[6].

Efficience protéique

D'un point de vue holistique, il est important de raisonner le niveau d'autonomie d'une exploitation par l'efficience avec laquelle les protéines sont consommées par les et transformées en produit alimentaire. On souhaite notamment éviter de produire forte une quantité de protéines végétales, consommables par l'homme mais destinées à l'alimentation animale, pour obtenir une faible quantité de protéines animales. L'efficience de conversion des protéines est un indicateur (développé par LAISSE et al. en 2018) qui permet de juger de cet équilibre[7].

Formules utilisées pour le calcul de l’efficience nette de conversion des protéines (A) et de la quantité nette de protéines fournies par l’alimentation humaine (B). G. DURAND, BSA, 2020.


Disponibilité en main d'œuvre et surface

Enfin, un dernier point à prendre en considération est un facteur plus économique. La diversification de la rotation s'accompagne souvent d'un déplacement des pics de travail, d'un besoin de compétences et de matériels ou encore d'une augmentation de la SAU. Il est donc important de considérer ses ressources en surface, main d'œuvre et possibilités de transformation, lors de la mise en place d'une stratégie pour l'autonomie protéique.

Pour aller plus loin

Consulter la base de ressources nationale : CAP PROTÉINES


Articles dans cette thématique

Portraits de ferme et retours d’expérience

Guides pratiques

Vidéos


Références

  1. 1,0 1,1 et 1,2 S. Pellerin, INRAE, Autonomie protéique des élevages et gestion de l'azote : quels sont les enjeux ? 2020. https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/3RDF2020-Actes_DEF.pdf
  2. P. Brunschwig et al., IDELE, Plaquette autonomie alimentaire, 2012. http://idele.fr/fileadmin/medias/Documents/Plaquette_autonomie_alimentaire_des_troupeaux_bovins_en_France.pdf
  3. Y. Blavignat, Le Figaro Sciences, Pourquoi la France est-elle si dépendante du soja brésilien ? 2019 https://www.lefigaro.fr/sciences/pourquoi-la-france-est-elle-si-dependante-du-soja-bresilien-20190920
  4. F. D'Alteroche, RÉUSSIR Bovins viande, DOSSIER : Cultiver l'autonomie protéique, 2013. https://www.reussir.fr/bovins-viande/cultiver-lautonomie-proteique
  5. R. Delagarde, INRAE, RMT : valeur de l'herbe pâturée, 2018. https://www.encyclopediapratensis.eu/product/guide-paturage/valeur-de-lherbe-paturee/
  6. A. Peucelle, WEB Agri, Toastés ou non, les protéagineux ont des performances de croissances semblables. 2021. https://www.web-agri.fr/bovin-viande/article/180521/le-toastage-de-proteagineux-de-la-theorie-a-la-pratique
  7. G. Durand, Bordeaux Science Agro, La prise en compte des prairies dans l'autonomie protéique des élevages bovins lait, 2020. https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/3RDF2020-Actes_DEF.pdf
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