Pâturage tournant

De Triple Performance
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Exemple de pâturage tournant dynamique


Puisque l’herbe pâturée reste l’aliment le moins cher que l’on puisse trouver, il est important de valoriser au mieux cette ressource fourragère, dans un contexte de trésorerie tendue et fluctuante. Bien qu’ancienne, la pratique du pâturage tournant est toujours d’actualité et constitue un levier majeur vers la recherche d’autonomie et la réduction des charges.


Une technique éprouvée aux multiples avantages !

Meilleure gestion de l’herbe :

  • Au printemps : pas de débordement, possibilité de faucher des paddocks.
  • En été : meilleure gestion du coup de sec.

Intensification de la surface en herbe :

  • Moins de refus.
  • Parcelle densifiée.

Amélioration des performances animales :

  • Herbe de qualité exploitée au bon stade.

Fertilisation à la baisse :

  • Répartition homogène des déjections.



Si cette technique de pâture revient au goût du jour du fait du contexte global actuel, elle n’en est pas moins ancienne. Les premières expérimentations de pâturage tournant datent de … 1957 !

Depuis, cette technique n’a pas cessé d’être testée et évaluée dans de nombreuses fermes expérimentales ou sur le terrain par des agriculteurs. Les résultats sont tous identiques : si l’organisation des parcelles, les chemins d’accès et les points d’eau sont bien réfléchis, le pâturage entraine une meilleure valorisation de l’herbe par le ruminant cela se traduit aussi par moins d’achat de concentrés, moins de surface en maïs et un gain de temps de travail.


Plusieurs noms, un même but : offrir une herbe de qualité

Différences entre pâturage tournant et pâturage fil avant/fil arrière[1].

Tournant, dynamique, fil avant/fil arrière, différentes pratiques mises en œuvre pour obtenir un même but : offrir régulièrement aux animaux une nouvelle surface pour pâturer de l’herbe de qualité, faite de jeunes pousses, gage d’un aliment équilibré et riche.

Source : INRA 2017 b-fourrage vert-prairie permanente
Stade Valeur énergétique Valeur azotée
Feuillu 0,97 UFL/kg MS 17% MAT
Début épiaison 0,89 UFL/kg MS 13% MAT
Floraison 0,66 UFL/kg MS 9% MAT


Pâturage tournant

Plusieurs pâtures sont exploitées chacune à leur tour afin de laisser reposer la parcelle le temps d'une reprise de végétation de l'herbe[2].


Avantages

  • Une exploitation uniforme de l'herbe sur l'ensemble de la parcelle.
  • Facilité d'adaptation quelle que soit la configuration du parcellaire.
  • Faculté de limiter la fumure au niveau désiré de chargement et d'intensification.
  • Possibilité d'ajuster la surface nécessaire selon les conditions de l'année en ajoutant une parcelle en cas de manque, ou au contraire en fauchant celle qui serait déjà trop avancée.


Inconvénients

  • Longueur importante de clôtures à poser et entretenir.
  • Difficulté parfois à disposer de points d'eau accessibles dans chaque parcelle.
  • Piétinement des parcelles trop humides.
  • Risque de gaspillage d'herbe quand celle-ci est trop abondante.
  • Production journalière irrégulière.


Adaptation

  • Lait : Minimum 6 paddocks au printemps avec un temps de présence de 3-4 jours. L'accès aux paddocks doit se faire facilement.
  • Viande : Minimum 4 paddocks au printemps avec un temps de présence de 5-6 jours.


Pâturage tournant rationné[2]

Pâturage tournant + fil avant.


Avantages

  • Limitation du gaspillage d'herbe.
  • Adaptation constante de la surface pâturée.
  • Production animale régulière.
  • Contrainte quotidienne limitée.


Inconvénients

  • Grande longueur de clôture.
  • Piétinement des parcelles trop humides.


Adaptation

  • Lait : Utilisé pour offrir un menu en herbe nouvelle chaque jour ou chaque repas aux animaux.
  • Viande : Peu utilisé


Pâturage rationné, fil avant, fil arrière

Délimiter l'herbage sur une parcelle par un ou deux fils que l'éleveur doit déplacer chaque jour[2].


Avantages

  • Limitation du gaspillage même sur une parcelle déjà très fournie en herbe.
  • Adaptation constante de la surface pâturée aux conditions réelles de pousse.
  • Production animale régulière résultant de la consommation d'une herbe toujours nouvelle.


Inconvénients

  • Contrainte journalière de déplacement des fils.
  • Piétinement excessif du sol pouvant compromettre la repousse.
  • Surpâturage le long du fil.
  • Nécessité d'avoir des parcelles rectangulaires.


Adaptation

  • Lait : Plus rarement utilisé à cause de la contrainte en temps de travail journalier.
  • Viande : Pas ou très peu utilisé.


Pâturage cellulaire

Principe du pâturage fil avant/fil arrière, avec des cellules préétablies (chargement instantané très élevé et avec un temps de séjour très court)[2].


Avantages

  • Limitation du gaspillage et du comportement de tri y compris avec des hauteurs élevées.
  • Adaptation aisée de la surface pâturée aux conditions réelles de pousse.
  • Création de reports sur pied facilement pâturés en limitant le gaspillage.
  • Bonne répartition des déjections animales.


Inconvénients

  • Coût important dû aux aménagements.
  • Difficulté à disposer de points d'eau dans chaque cellule.
  • Risque de piétinement en situation humide.


Adaptation

  • Lait : Encore peu développé mais possible.
  • Viande : Encore peu développé mais possible.


Comprendre la pousse de l’herbe pour mieux la gérer

Une graminée comment ça fonctionne ?

Source guide du pâturage Herbe et fourrages Centre

La feuille = la gaine + le limbe.

La longueur des limbes est proportionnelle à celle des gaines avec le rapport :

Longueur de limbe = 2,3 x longueur de gaine.


Développement d'une graminée - Source : CIIRPRO


Attention ! Les réserves d’une graminée se situent au niveau du plateau de tallage et à la base des tiges. Si les animaux pâturent trop bas, ils vont entamer les réserves et pénaliser la repousse de la plante, voire sa pérennité !


Quelques repères pour éviter le surpâturage :

  • Ne pas descendre en dessous de 5 cm à l’herbomètre.
  • Pâturer moins de 50 % de la surface foliaire.
  • Rester moins de 3 jours par paddock :
    J1 -> la plante est pâturée.
    J4 -> la plante redémarre un nouveau cycle en mobilisant ses réserves.
Fréquence de pâturage.jpg


Pâturer au stade 2,5/3 feuilles une graminée de qualité !

En l’absence de défoliation, le nombre maximum de feuilles vivantes adultes par talle est de 3 pour le ray-grass anglais, 2 pour la fétuque élevée, 3 pour le dactyle et 4 à 5 pour la fléole.

Passé ce stade, le premier limbe jaunit et meurt. On entre ensuite dans le stade montaison où la plante va fabriquer sa tige.

Exploité à ce stade en pâturage, on observe beaucoup de pertes par les animaux.

Au vu de la composition de nos prairies, nous savons qu’en moyenne au stade 3 feuilles, les réserves de la talle sont reconstituées et qu’après, la valeur alimentaire décroît.

Le stade 3 feuilles est donc le bon stade d’exploitation pour conserver de bonnes performances animales sans dégrader le potentiel de la prairie.

Optimum pâturage graminée.jpg


1er passage : Déprimer le plus tôt possible toutes les surfaces

Le déprimage est une exploitation précoce de l’herbe, sous forme pâturée, avant le stade "épi à 5 cm". Il favorise le tallage, donne de la lumière au trèfle blanc en nettoyant l’herbe âgée, crée un décalage dans les parcelles pour ne pas se faire déborder trop tôt et permet de retirer des parcelles excédentaires tôt dans le printemps.


Les bourgeons qui peuvent donner des talles ne se développent pas s’ils sont à l’ombre, ou si la plante a commencé à monter en épi.

Il est important de mettre à l’herbe sur une prairie portante afin que les animaux ne marquent pas le couvert végétal avec leurs pieds ! Le déprimage peut débuter dès que l’herbe atteint 8 cm pour les bovins et 5 à 6 cm pour les ovins. Le troupeau doit quitter la parcelle quand l’herbe est rasée à 4-5 cm.

Le rendement n’est pas diminué à condition d’arrêter le déprimage avant le stade « épi à 5 cm ».


L’évolution de la pousse de l’herbe

Faible au printemps, la croissance de l’herbe s’accélère et finit par ralentir à l’approche de la floraison.

  • Stade 1 : Après une exploitation, la croissance est lente et se fait à partir des réserves des feuilles.
  • Stade 2 : Il y a de plus en plus de feuilles permettant une croissance exponentielle de l’herbe = flambée de croissance.
  • Stade 3 : La pousse se ralentit car la plante mobilise ses ressources pour refaire ses réserves et fabriquer des fleurs et des graines.
Courbe de croissance de l'herbe.jpg


On retiendra que :

  • La repousse ne démarre vraiment qu’à partir de 7 jours : la 1ère semaine ne produit que 0,7 t brute / ha d’herbe.
  • En multipliant par deux le temps de repousse (2 semaines), on va multiplier par 5 la production d’herbe (3,5 t brute/ha).
  • Au cours de la 3ème semaine, la croissance fléchit légèrement mais elle reste d’un bon niveau (1,7 t brute /ha).
  • Il n’y a pas intérêt à avoir des temps de repos trop élevés (4 semaines) car la production d’herbe ralentit très fortement.


Prévoir et organiser son pâturage

Le principe du pâturage tournant est de découper une grande prairie en plusieurs petites parcelles, ou paddocks, qui seront pâturées l’une après l’autre à un chargement adapté.

La taille de ces petites parcelles doit être évaluée afin de permettre de laisser pâturer les animaux entre 1 jour pour du pâturage tournant dynamique (=pâturage cellulaire) jusqu’à environ une semaine au printemps pour un pâturage tournant classique.

La mise en place d’un système de pâturage est forcément individualisée, selon les objectifs de l’éleveur et les contraintes foncières et pédoclimatiques. Des repères existent néanmoins pour évaluer les surfaces des paddocks.

Un exemple pour mieux comprendre « le pâturage tournant dynamique »

Dans cet exemple avec 20 couples mères/veaux soit 20 UGB, si je souhaite rester en ration tout herbe même en été, j’ai besoin d’une surface totale de 14 ha.


Février-Mars : prévision fourragère

La prévision fourragère permet de :

  • Prévoir l’ordre de passage dans les parcelles et les surfaces à récolter.
  • Suivre les temps de repousse ou la durée des cycles.
  • Garder en mémoire et analyser à posteriori les décisions prises.


Surface de pâturage en fonction de la période.png



1er tour : 5 au 15 avril déprimage !

Le déprimage :

  • Débuter dès que l’herbe atteint 8 cm pour les bovins et 5 à 6 cm pour les ovins.
  • Arrêter le déprimage avant le stade "épi à 5 cm".
Déprimage - 1er tour.png


2, 3 et 4ème tours : du 15 avril au 15 juin

Calcul des jours d’avance :

  • Système bovins viande : 8 à 12 jours d’avance.
  • Système bovins lait : 12 à 15 jours d’avance.
Déprimage - 2eme tour.png


5ème tour : du 15 juin au 15 juillet

Calcul des jours d’avance :

  • Système bovins viande : 10 à 20 jours d’avance.
  • Système bovins lait : 15 à 20 jours d’avance.
Déprimage - 5eme tour.png


6ème tour : du 15 juillet au 25 août

Calcul des jours d’avance :

  • Système bovins viande : 15 à 30 jours d’avance.
  • Système bovins lait : 20 à 35 jours d’avance.
Déprimage - 6eme tour.png


La mise en place d’un pâturage tournant dynamique avec rotation de 1 jour s’effectue de la même manière. Seule la taille des parcelles et l’organisation des chemins, etc,... diffèrent pour répondre à la volonté de changer de parcelle tous les jours. La disposition des portes et des abreuvoirs doit, elle aussi, être réfléchie en amont afin de limiter au maximum les coûts et d’exploiter au mieux les ressources du terrain. La disposition des portails et des clôtures peut aider à améliorer le quotidien.


Pour aller plus loin

Guide du pâturage - Herbe et fourrages Centre




Annexes et sources

  1. Guide du pâturage - Herbe et fourrages Centre
  2. 2,0 2,1 2,2 et 2,3 Source : Institut de l’élevage « Aménagement parcellaire et pâturage des bovins »
  3. Pâturage tournant : ce qu'il faut savoir (Chambres d’agriculture de Lorraine - Juin 2018)
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