Moutarde

De Triple Performance
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Moutarde jaune ; auteur : Albins (CC BY-SA 3.0)
Production

Le terme « moutarde » désigne plusieurs taxons de la famille des Brassicacées. Proches du colza, ces plantes présentent différents usages : elles peuvent servir de plantes de services, être cultivées pour la production de fourrages, de condiments, de protéines ou d’huile, en culture principale comme en culture dérobée. Certaines espèces sont également considérées comme des adventices. Utilisées comme plantes de services, elles peuvent notamment être implantées en interculture afin de piéger et de réorganiser le nitrate, de lutter contre les nématodes ou encore de limiter certains pathogènes telluriques sensibles aux isothiocyanates, issus de la dégradation de leurs glucosinolates.

Plusieurs espèces peuvent être cultivées : la moutarde blanche (Sinapis alba, également appelée moutarde jaune en référence à la couleur de ses fleurs), la moutarde brune et la moutarde noire[1].

Une autre espèce est considérée comme une adventice : la moutarde des champs.

La moutarde blanche

La moutarde blanche peut être utilisée comme condiment, mais elle est également très répandue comme couvert végétal. Elle présente en effet une croissance particulièrement rapide et produit une biomasse importante, ce qui lui permet de concurrencer efficacement les adventices.

La moutarde blanche forme un couvert à la croissance rapide et vigoureuse. Elle supporte facilement les périodes de froid et s’accommode de la majorité des types de sols. Plus le couvert aura produit de biomasse, plus sa destruction sera généralement facile[2].

Itinéraire technique

La moutarde blanche peut être implantée entre juin et septembre et se caractérise par une croissance rapide. Elle entre en floraison après environ 80 jours. Il est parfois préférable de choisir des variétés tardives, dont la montaison et la production de graines interviennent plus tardivement. Cela permet de détruire le couvert avant la production de graines et ainsi d’éviter leur dissémination dans la parcelle destinée à accueillir la culture suivante.

La moutarde se sème à une profondeur comprise entre 2 et 4 cm, selon l’humidité du sol. Ce couvert particulièrement facile à implanter peut être semé avec tous les types de semoirs à semis direct. En pur, la densité de semis est donnée à 7 kg/ha, mais elle dépend fortement des espèces qui lui sont associées. La moutarde ayant une croissance très rapide, elle peut prendre le dessus sur les autres plantes du couvert. Il est donc préférable de réduire sa densité lorsqu’elle est semée en mélange, par exemple autour de 1 kg/ha.

Même si sa conduite est relativement simple, une attention particulière doit être portée à sa montée à graines, qui peut intervenir très rapidement, entre 80 et 90 jours. Pour éviter que le couvert ne se ressème et ne concurrence la culture suivante, il est donc nécessaire de surveiller attentivement la floraison et d’intervenir au moment opportun pour détruire la moutarde.

La moutarde blanche présente plusieurs avantages importants : ses semences sont peu coûteuses, son implantation est simple et sa destruction peut être réalisée avec différents types de semoirs et de méthodes. Elle constitue ainsi un couvert présentant un faible risque économique tout en offrant de nombreux intérêts agronomiques[2].

Association

Associer la moutarde à des légumineuses présente un intérêt particulier pour deux raisons. Tout d’abord, la moutarde est capable de piéger l’azote fourni par la légumineuse, plutôt que de le laisser se perdre dans le sol. Ensuite, l’apport d’azote au couvert par la légumineuse permet d’augmenter son rapport C/N. Or, plus le rapport C/N du couvert est élevé, plus les microorganismes du sol sont susceptibles de le dégrader rapidement. L’association entre une légumineuse et la moutarde blanche permet donc d’obtenir un couvert dense, efficace pour piéger les nitrates, qui se décompose rapidement et restitue efficacement l’azote à la culture suivante[2].

Rotations

Les variétés nématicides de moutarde blanche présentent un intérêt particulier avant l’implantation d’une betterave ou d’une pomme de terre, car elles permettent de réduire la pression exercée par les nématodes. Pour la plupart des autres cultures, notamment les céréales, le tabac ou le lin, la moutarde contribue à étouffer les adventices et permet de conserver une parcelle propre.

La moutarde blanche reste toutefois une Brassicacée, anciennement appelée Crucifère, tout comme le colza ou le chou. Elle doit donc être évitée avant ces cultures, car elle peut constituer un refuge pour certains de leurs ravageurs, notamment les altises et les limaces, et favoriser la multiplication de certaines maladies, comme la hernie des crucifères[2][3].

La moutarde brune

La moutarde brune constitue la principale espèce utilisée pour fabriquer la moutarde destinée à l’alimentation.

Itinéraire technique

La moutarde brune est généralement semée à l’automne. Le semis doit être réalisé suffisamment tôt pour permettre aux plantes de mieux résister au froid, mais assez tardivement pour éviter une montée avant l’hiver.

Les semis de printemps sont principalement utilisés pour adapter les volumes produits à la demande des industriels membres de l’association. Une moutarde semée au printemps, en février-mars, puis récoltée entre la fin juillet et le début août, présente en effet des rendements souvent décevants. Deux facteurs principaux peuvent l’expliquer :

  • une alimentation en eau insuffisante pendant l’ensemble de la phase reproductive du cycle ;
  • une forte présence de méligèthes, des coléoptères qui perforent les boutons floraux et consomment le pollen avant de pondre dans les fleurs. Ces attaques entraînent des problèmes de nouaison qui ont un impact direct sur le rendement.

Selon les conditions climatiques rencontrées, un risque de gel demeure néanmoins présent. La conduite de la moutarde brune est globalement similaire à celle du colza. Les attaques de coléoptères posent également des problèmes comparables, notamment en raison du faible nombre de solutions insecticides disponibles et de l’apparition fréquente de résistances chez les insectes.

Afin de limiter les risques, et compte tenu des différences observées entre les génotypes, la moutarde est souvent cultivée en associant plusieurs génotypes. Des associations avec des plantes-compagnes gélives ont également été expérimentées.

La principale maladie affectant la moutarde est la rouille blanche, provoquée par un Albugo. Certains génotypes présentent une résistance à cette maladie, mais celle-ci repose sur une résistance spécifique, dont la durabilité reste par nature limitée.

Brassica juncea possède généralement plusieurs gènes de résistance au phoma. Pour le moment, cette caractéristique fait que cette espèce n’est pas touchée par cette maladie[1].

La moutarde noire

La moutarde noire est utilisée dans certaines régions pour la fabrication de moutarde condimentaire. En France, sa culture reste cependant très marginale. Cette espèce suscite néanmoins un intérêt important dans le monde scientifique, notamment en raison de son potentiel comme source de résistances aux maladies.

Sources

Annexes