Arboriculture - Matinée de conférences - 3/4
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Un retour d’expérience de l’arboriculteur Clément Tour montre ensuite les réussites mais aussi les erreurs rencontrées dans la mise en place de couverts en verger, avec un message central : tester progressivement et adapter les pratiques à chaque contexte.
Enfin, l’entomologiste Johan Avinens Chasseriau élargit la réflexion à la biodiversité fonctionnelle au verger : pollinisateurs, auxiliaires, haies et bandes fleuries participent à la régulation naturelle des ravageurs et à la résilience globale des systèmes fruitiers.Ver de Terre Production s'invite aux Cap Agro Éco 2020 ! 😍🍃
Avec la collaboration du Centre de Développement de l'Agroécologie & de JBK Corporation.
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Introduction de la matinée
La matinée consacrée à l’arboriculture est introduite par Sébastien Roumégoux, cofondateur du Centre de développement de l’agroécologie, structure créée en 2013 avec des agriculteurs, chercheurs, techniciens et autres acteurs du monde agricole.
L’objectif de cette structure est de faire le lien entre la recherche et le terrain, en particulier lorsque des résultats scientifiques intéressants existent, mais doivent encore être traduits en pratiques concrètes, applicables et adaptées aux réalités des exploitations. L’idée de cette journée est précisément d’aider les participants à faire le tri parmi les nombreuses notions qui circulent aujourd’hui autour des couverts végétaux, de la fertilité des sols, des vers de terre, de la biodiversité et des nouvelles pratiques agricoles.
L’enjeu est de permettre à chacun :
- d’organiser sa réflexion,
- de structurer sa pensée,
- de bénéficier de retours d’expériences,
- puis de faire ses propres choix.
Des remerciements sont adressés aux structures partenaires et soutiens de l’événement, ainsi qu’à la mairie pour la mise à disposition de la salle et à l’agriculteur accueillant pour l’accès à sa parcelle, qui servira de support pédagogique l’après-midi.
Le déroulé de la matinée est annoncé :
- une introduction sur le fonctionnement d’un sol « à l’optimum » ;
- un retour d’expérience d’un arboriculteur ;
- une intervention sur la biodiversité fonctionnelle au verger.
L’après-midi doit permettre de prolonger ces échanges sur le terrain, avec des ateliers plus pratiques et plus spécifiques.
Le Centre de développement de l’agroécologie
Le Centre de développement de l’agroécologie est présenté comme une structure dédiée à la transition agroécologique.
Selon Sébastien Roumégoux, l’agroécologie peut être comprise comme « de la bonne agronomie », autrement dit une manière de revenir à des fonctionnements logiques du vivant. Au-delà des mots — agroécologie, agriculture régénératrice, etc. — l’important est de s’intéresser aux principes sous-jacents.
Les activités de la structure s’articulent autour de plusieurs axes :
- la recherche et développement ;
- l’expérimentation ;
- l’animation agricole ;
- le travail avec des groupes de producteurs ;
- le conseil et la formation.
Un point important est souligné : le producteur est considéré comme un élément clé de l’innovation, et non comme un simple récepteur d’un savoir descendant. Il s’agit plutôt de collaborer pour construire de nouveaux itinéraires techniques fondés sur d’autres bases de réflexion et d’autres clés de décision.
Trois besoins majeurs pour réussir une transition sont mis en avant :
- savoir faire un bon diagnostic de parcelle ;
- se former pour comprendre les mécanismes en jeu ;
- expérimenter, y compris à l’échelle de sa propre exploitation.
L’exploitation agricole est ainsi présentée comme une entreprise qui doit aussi disposer de son propre petit pôle de recherche et développement, même modeste, en testant sur de petites surfaces avant de déployer.
Qu’est-ce qu’un sol qui fonctionne ?
L’intervention entre ensuite dans le cœur du sujet : comprendre ce qu’est un sol fonctionnel.
Sébastien Roumégoux explique qu’il préfère parler d’un sol « à l’optimum de son fonctionnement » plutôt que d’un simple « sol vivant ». Pour illustrer cela, il prend l’exemple d’analyses de sol comparant une bordure de champ ou un fossé à une parcelle agricole conduite de manière classique.
Comparaison entre une bordure et une parcelle cultivée
Plusieurs paramètres agronomiques sont évoqués.
Matière organique
Entre la bordure et la parcelle, on observe une chute importante du taux de matière organique, parfois proche d’un point et demi, soit presque une division par deux.
Cette baisse de matière organique entraîne de nombreuses conséquences :
- moindre résistance à la compaction ;
- moindre porosité ;
- moindre capacité de stockage de l’eau ;
- moindre capacité à retenir les éléments nutritifs.
Porosité
La bordure présente environ 50 % de porosité, contre environ 39 à 40 % dans la parcelle.
L’intervenant rappelle qu’un sol qui fonctionne bien est un sol contenant environ 50 % de vide. Cela peut paraître contre-intuitif, mais ce vide est précisément ce qui permet au sol de respirer, de stocker l’eau et d’héberger l’activité biologique.
Réserve utile en eau
La bordure peut présenter près de 20 mm de réserve utile de plus que la parcelle.
Ce supplément ne change pas forcément totalement un cycle cultural, mais il apporte davantage de flexibilité et de résilience :
- meilleure capacité à remplir le profil en eau ;
- vidange plus lente ;
- meilleure tenue face aux sécheresses répétées.
Capacité d’échange cationique
La capacité d’échange cationique, comparée à un « frigo du sol », est elle aussi plus élevée dans la bordure, de l’ordre de 25 à 30 % de plus.
Cela signifie que le sol naturel, laissé plus tranquille, conserve mieux les nutriments que le sol cultivé dans certaines conditions.
Ce que révèle cette comparaison
La conclusion n’est pas qu’il faudrait « planter des haies tous les 50 cm », mais que le fonctionnement naturel tend à stabiliser un certain nombre de paramètres agronomiques à un niveau jugé intéressant :
- autour de 3 % de matière organique ;
- une bonne porosité ;
- une bonne capacité de rétention d’eau ;
- une bonne capacité de stockage des éléments nutritifs.
À l’inverse, certains systèmes de production ont progressivement fait chuter ces niveaux. Cela n’est pas vu comme le résultat d’une seule pratique, mais comme la résultante cohérente d’un système de production :
- régime de travail du sol ;
- plan de fertilisation ;
- gestion de l’interculture ;
- rotation ;
- pratiques répétées sur plusieurs dizaines d’années.
Le système produit ainsi, dans le temps, une diminution du capital du sol.
Le sol comme capital
L’idée centrale développée est que le sol doit être considéré comme un capital.
Si l’on réduit ce capital :
- on diminue la matière organique ;
- on augmente la sensibilité à la compaction ;
- on réduit la capacité à stocker l’eau ;
- on réduit la capacité à retenir les éléments nutritifs.
Dans ce cas, pour maintenir les niveaux de production, il faut ajouter davantage d’intrants, car le milieu a perdu une partie de sa performance intrinsèque.
L’intervenant pose alors une question de fond : comment produire sur une parcelle pendant mille ans, et non seulement pendant cent ou cent cinquante ans ?
Il ne s’agit pas d’un raisonnement abstrait, mais d’une réflexion sur la durabilité réelle des systèmes de production.
Une image parlante : le compte bancaire du sol
Le sol est comparé à un compte en banque :
- la matière organique représente le capital ;
- les intérêts correspondent aux services rendus par le sol.
Certaines pratiques peuvent augmenter temporairement les « intérêts » disponibles, par exemple en accélérant la minéralisation, mais au prix d’une consommation du capital. Cela revient à vivre sur ses réserves.
À terme, si le capital s’épuise, les intérêts diminuent aussi.
Cette image sert à illustrer le fait qu’un sol peut paraître productif pendant un certain temps tout en se dégradant lentement.
Observer visuellement les différences de sol
Au-delà des analyses, l’intervenant insiste sur la nécessité de savoir observer le sol directement.
Il présente un exemple personnel : lors de courses à pied effectuées toujours dans le même secteur, il a prélevé des profils de sol dans trois situations :
- un bord de champ ;
- une parcelle sans couverture ;
- une parcelle en prairie temporaire.
Ce que montre l’observation
À l’œil nu, plusieurs différences apparaissent :
- le sol du bord de champ est plus noir ;
- sa structure est plus grumeleuse ;
- sa porosité est plus importante ;
- les surfaces planes et arêtes nettes, typiques de la compaction, sont moins présentes.
À l’inverse, dans les autres situations, même avec de la prairie temporaire, la structure est moins favorable.
Le message est important : même lorsqu’il y a des racines, cela ne signifie pas forcément que le sol fonctionne de manière optimale. Les effets cumulés sur le long terme restent déterminants.
Laisser agir les processus biologiques
Un point clé est développé : l’agriculteur ne « fabrique » pas une plante, un arbre ou un fruit. Il crée des conditions favorables pour que le vivant s’exprime.
De la même manière, il ne fabrique pas directement la porosité biologique du sol. Aucune machine ne peut recréer la porosité produite naturellement par l’activité biologique.
Cela conduit à une idée forte : il faut apprendre à collaborer avec le végétal et avec la nature, plutôt qu’à intervenir systématiquement de manière mécanique.
L’enjeu n’est pas de laisser tout en friche, mais de construire des systèmes de culture capables de produire tout en se rapprochant davantage du fonctionnement naturel.
Exemple de comportement de l’eau sur deux parcelles
Une photographie de deux parcelles voisines, séparées par un chemin, sert d’illustration.
On y voit :
- à gauche, une parcelle sur laquelle l’eau s’infiltre mal, le sol est plus clair, plus battant ;
- à droite, une parcelle où l’eau s’infiltre bien, permettant même d’y marcher avec de petites chaussures sans accumuler de boue.
Les différences visibles sont notamment :
- la présence de débris végétaux à droite ;
- probablement du semis direct à droite ;
- du travail du sol à gauche ;
- une porosité très différente entre les deux parcelles.
La discussion avec la salle permet de faire émerger une idée importante : ce n’est pas simplement l’arrêt du labour qui crée le bon fonctionnement, mais l’arrêt de la perturbation mécanique systématique combiné à l’installation d’une biologie fonctionnelle et nourrie.
La source d’énergie du système : le végétal
Pour comprendre le fonctionnement du sol, l’intervenant revient à la question fondamentale de l’énergie.
La vie sur Terre dépend d’une source d’énergie initiale : le soleil.
La plante est présentée comme l’intermédiaire essentiel qui capte cette énergie lumineuse par la photosynthèse et la transforme en biomasse, donc en énergie chimique disponible pour l’ensemble de la chaîne alimentaire.
Pourquoi le végétal est central
La plante :
- prélève de l’eau ;
- prélève du CO2 ;
- utilise l’énergie lumineuse ;
- fabrique de la biomasse.
Cette biomasse nourrit :
- les êtres vivants du sol ;
- les animaux ;
- les humains, directement ou indirectement.
Quand on raisonne sur le sol, la plante recharge le système par son activité photosynthétique.
Le raisonnement proposé est donc très simple :
- si un système agricole favorise la production de biomasse végétale, il nourrit mieux la chaîne alimentaire du sol ;
- s’il y a peu ou pas de végétal, l’activité biologique est limitée.
Deux façons de nourrir un système
L’intervenant utilise une analogie : dans un désert, une ville peut exister si l’on fait venir la nourriture de l’extérieur.
De même, dans un système agricole :
- soit on produit l’énergie et la nourriture sur place grâce au végétal ;
- soit on perfuse le système par des apports extérieurs.
Cela vaut pour :
- la matière organique ;
- la fertilisation ;
- les intrants de toutes sortes.
Selon cette lecture, nourrir uniquement la plante sans nourrir le milieu est une erreur fondamentale qui conduit, à long terme, à la dépréciation du capital sol.
Ressources et habitat pour la vie du sol
Le fonctionnement biologique du sol est résumé par une approche « ressources / habitat ».
Les ressources
Les êtres vivants du sol mangent :
- de la matière organique ;
- des exsudats racinaires ;
- des résidus végétaux ;
- des apports organiques.
La chaîne alimentaire commence par les décomposeurs :
- bactéries ;
- champignons ;
- organismes en symbiose avec les racines.
L’habitat
La qualité de l’habitat dépend notamment :
- de la structure du sol ;
- de la porosité ;
- de la réduction des perturbations mécaniques.
Dans les cultures pérennes, le travail du sol est moins central que dans les cultures annuelles, mais la question de l’habitat reste liée à la structure et à la continuité biologique.
Agriculture durable : une question de fonctionnement du milieu
Sébastien Roumégoux avance une idée importante : l’agriculture durable ne se réduit ni à l’arrêt des pesticides ni à l’arrêt des engrais chimiques.
Selon son expérience, certains des sols les plus riches en biodiversité qu’il a observés n’étaient pas forcément en agriculture biologique, mais dans des systèmes de semis direct avec beaucoup de couverts végétaux.
À l’inverse, un système sans pesticides mais sans gestion du végétal ni des matières organiques ne peut pas être considéré comme durable au sens du fonctionnement de l’écosystème.
La vraie question devient donc : est-ce que le système pérennise les fonctions de l’écosystème ?
Couverture végétale et arboriculture
En arboriculture, le lien entre couverture végétale et fonctionnement du sol est présenté comme fondamental.
L’intervenant distingue plusieurs situations :
- absence de couverture ;
- enherbement géré de manière trop rase, comme une « pelouse de golf » ;
- couvert permanent laissé s’exprimer ;
- couvert annuel semé ;
- mulch sur le rang ;
- systèmes mixtes.
L’idée est que le végétal ne doit pas seulement être présent, mais produire suffisamment de biomasse aérienne et racinaire pour rendre des services.
Rôle de la couverture végétale
Une couverture végétale bien gérée permet :
- de limiter l’érosion ;
- de réduire le lessivage ;
- d’augmenter la porosité ;
- de nourrir l’activité biologique ;
- d’augmenter progressivement la matière organique ;
- de stocker du carbone.
Quelques résultats évoqués
Des études citées montrent que les sols couverts de végétation permanente ou associés à du mulch :
- présentent moins de lessivage ;
- subissent moins d’érosion ;
- ont une densité apparente plus faible ;
- montrent un meilleur état structural ;
- ont des taux de matière organique plus élevés, surtout dans les systèmes les plus anciennement couverts.
La conclusion est que si l’on veut plus de matière organique, il faut travailler autrement le végétal.
Le carbone comme nourriture du système
La nutrition de la vie du sol est largement pensée à travers le carbone.
Trois formes de carbone sont distinguées :
- le carbone de la biomasse végétale ;
- l’humus, qui constitue un stock ;
- le carbone liquide des exsudats racinaires.
Le carbone liquide
La plante peut allouer jusqu’à 50 à 60 % de ce qu’elle capte par photosynthèse à ses exsudats racinaires.
Ces exsudats :
- nourrissent les bactéries ;
- alimentent les symbioses avec les champignons ;
- sont essentiels au fonctionnement de la rhizosphère.
La plante est présentée comme digérant « à l’extérieur » : elle met à disposition des composés autour de ses racines pour activer le sol.
D’où cette formule marquante : le sol n’est pas un support, c’est un appareil digestif.
Les organismes du sol et la chaîne alimentaire
Une présentation est faite des grands groupes d’organismes du sol :
- bactéries ;
- champignons ;
- protozoaires ;
- nématodes ;
- vers de terre ;
- autres décomposeurs et régulateurs.
L’important n’est pas seulement leur présence, mais leurs interactions.
Une chaîne alimentaire complète
Les décomposeurs primaires transforment la matière organique fraîche. Les bactéries et champignons la dégradent, libérant des éléments qui seront ensuite consommés ou régulés par d’autres organismes.
Par exemple :
- les bactéries immobilisent puis relarguent des éléments ;
- les protozoaires et nématodes qui consomment les bactéries relarguent de l’azote en excès ;
- les vers de terre accélèrent les cycles de transformation.
L’intervenant insiste sur le fait qu’une chaîne de minéralisation complète est nécessaire pour obtenir une fertilité fonctionnelle.
Le rôle majeur des vers de terre
Le ver de terre est présenté comme un catalyseur.
Il est capable :
- de manger l’ensemble de la chaîne alimentaire ;
- d’accélérer le passage du carbone et de l’azote ;
- de produire rapidement des turricules riches en éléments nutritifs disponibles.
Selon les systèmes, on peut passer d’un kilo de turricules produits à onze kilos, ce qui change complètement les flux de nutriments.
Cette notion de seuil biologique est importante : il faut une population suffisante de vers de terre et d’autres organismes pour que les services deviennent réellement significatifs.
La fertilité est toujours biologique
Une idée forte est formulée : il n’existe pas de « fertilité non biologique ».
Même lorsque l’on fertilise chimiquement, la présence de biologie dans le sol change profondément le fonctionnement du système.
L’exemple donné montre qu’une plante poussant dans un sol désinfecté pousse beaucoup moins que dans un sol non désinfecté, même sans autre changement.
Ainsi, plus la biologie est active, plus le potentiel de service rendu est élevé.
Les pratiques qui influencent la vie du sol
Plusieurs facteurs sont mentionnés comme influençant fortement l’activité biologique :
- le contexte pédoclimatique ;
- le travail du sol ;
- la gestion des matières organiques ;
- les couverts végétaux ;
- la rotation ou, en arboriculture, le traitement de l’inter-rang ;
- les applications phytosanitaires.
Pour prioriser les actions, l’intervenant insiste surtout sur la disponibilité des matières organiques et la production de biomasse.
Évaluer les entrées de carbone dans le système
Une méthode simplifiée de bilan humique est proposée.
L’idée est de raisonner en matière sèche :
- plus une biomasse est sèche et lignifiée, plus elle contribue à fabriquer de l’humus ;
- la matière sèche devient donc un indicateur simple pour estimer ce qui entre dans le système.
Règle pratique donnée
Pour estimer rapidement un couvert :
- si un couvert produit 3 tonnes de matière sèche aérienne, on considère qu’il produit aussi environ 3 tonnes de biomasse racinaire ;
- soit 6 tonnes de matière sèche restituées au total.
Sources de carbone en arboriculture
Dans un système arboricole, les entrées de carbone peuvent venir :
- du couvert végétal de l’inter-rang ;
- de la biomasse racinaire associée ;
- des bois de taille ;
- des amendements organiques ;
- du mulch sous le rang.
L’objectif évoqué est d’avoir idéalement entre 20 et 25 tonnes de matière sèche qui circulent dans le système par hectare et par an. En arboriculture, cela est souvent plus difficile qu’en grandes cultures.
Un exemple est donné :
- les bois de taille apportent environ 1,5 tonne de matière sèche par hectare et par an ;
- un couvert inter-rang peu productif laisse un déficit important ;
- un couvert plus développé réduit fortement ce déficit.
Les outils mobilisables en arboriculture
Trois grands outils sont proposés :
- les couverts végétaux ;
- le mulch ;
- les amendements organiques.
Les couverts végétaux
La séquence générale proposée est :
- semer ;
- laisser s’exprimer le couvert ;
- détruire soit par roulage au rouleau faca, soit par broyage.
Une préférence est donnée au roulage plutôt qu’au broyage, car il protège mieux le sol et conserve davantage les structures végétales.
Périodes de semis
Deux grandes périodes sont distinguées :
- les semis d’été ;
- les semis d’automne, éventuellement avant récolte.
Le semis avant récolte peut être intéressant pour profiter d’un sol encore portant, avant le passage de nombreuses machines.
Rôle des légumineuses
Les légumineuses sont jugées essentielles dans les mélanges, car elles :
- activent fortement le sol ;
- apportent de l’azote ;
- améliorent les interactions avec l’arbre.
Des mélanges sans légumineuses risquent davantage de pomper des éléments sans les restituer de manière aussi favorable.
Exemples d’espèces citées
Pour les semis d’été :
- avoine de printemps ;
- vesce ;
- tournesol ;
- sorgho ;
- trèfle ;
- sarrasin ;
- phacélie ;
- moutarde ;
- colza ;
- radis chinois.
Pour les semis d’automne :
Ces espèces peuvent être mélangées, éventuellement avec un trèfle pérenne pour prendre le relais ensuite.
Le mulch
Le mulch sous le rang est présenté comme un bol alimentaire pour les décomposeurs et comme un moyen de :
- protéger le sol ;
- retenir l’eau ;
- nourrir la chaîne de décomposition.
Il est observé qu’en grattant sous un mulch, on trouve une forte densité d’organismes vivants.
Le mulch peut être produit à partir :
- des couverts végétaux rabattus sur le rang ;
- de biomasse déplacée mécaniquement ;
- d’autres apports organiques.
Les amendements organiques
L’intervenant insiste sur l’importance de comprendre ce que l’on apporte réellement.
Tous les amendements organiques n’ont pas le même effet :
- un fumier très pailleux apporte davantage de carbone et contribue davantage à l’humus ;
- un fumier mou ou un lisier se comporte davantage comme un fertilisant que comme un véritable apport de matière organique structurante.
Là encore, la matière sèche est présentée comme le juge de paix pour apprécier la valeur humifère d’un apport.
Diagnostiquer son sol
Avant toute stratégie, il est jugé indispensable de faire un diagnostic du sol.
Plusieurs outils sont mentionnés :
- profils de sol ;
- test bêche ;
- analyses physico-chimiques ;
- observations visuelles ;
- analyses biologiques type Biologer ou analyses de microbiologie des sols ;
- analyses de sève pour la fertilité chimique.
L’idée est de raisonner les trois piliers de la fertilité :
- fertilité physique ;
- fertilité biologique ;
- fertilité chimique.
Si le sol est dégradé sur ces trois piliers, il faut le considérer comme un système restreint. En pré-plantation, beaucoup de problèmes peuvent encore être corrigés ; après plantation, cela devient plus complexe.
Conclusion de l’intervention de Sébastien Roumégoux
L’intervenant conclut en invitant les participants à :
- rester ouverts aux possibilités ;
- ne pas s’enfermer dans un seul modèle ;
- tester sur de petites surfaces ;
- passer à l’action progressivement.
Il rappelle qu’il est possible de démarrer avec des couverts annuels, puis de passer à des couvertures pérennes lorsque le sol est mieux remis en route.
Des ateliers de conception de systèmes sont annoncés pour l’après-midi, afin de travailler plus concrètement sur les transitions adaptées aux exploitations.
Retour d’expérience d’un arboriculteur : Clément Tourrès
Clément Tourrès, arboriculteur dans les Baronnies, au sud de la Drôme, prend ensuite la parole.
Il précise d’emblée qu’il ne vient pas donner des recettes toutes faites, mais plutôt partager un retour d’expérience fait à la fois de réussites et de nombreuses erreurs, qu’il juge très instructives.
Présentation de l’exploitation
L’exploitation familiale comprend :
- 12 hectares d’abricotiers ;
- 20 hectares de plantes aromatiques ;
- une pépinière de plantes aromatiques.
Le contexte est celui de coteaux, avec :
- beaucoup de pente ;
- des sols limono-calcaires ;
- un pH élevé, entre 8 et 9 ;
- des situations hydriques très tendues.
Sur ce territoire, certains arboriculteurs ne disposent pas d’irrigation et conduisent même en sec. Les volumes d’eau disponibles sont faibles, et l’eau constitue donc une contrainte majeure.
Le taux de matière organique de l’exploitation est relativement bon, autour de 2,5 %, grâce à un passé en polyculture-élevage qui a laissé des retours organiques importants.
Pourquoi s’intéresser à la matière organique ?
Clément Tourrès explique qu’il s’est très vite intéressé à la matière organique, qu’il considère comme le pilier du fonctionnement du sol.
Il ne se reconnaît ni pleinement dans la voie de l’agriculture raisonnée, jugée insuffisante, ni dans la filière biologique, qui ne répond pas selon lui à toutes les problématiques sanitaires en arboriculture.
Son objectif est de construire une arboriculture résiliente, capable d’encaisser les chocs traumatiques à venir :
- événements climatiques plus violents ;
- sécheresses ;
- tensions agronomiques et économiques.
Il présente aussi cette approche comme une arboriculture de conservation, fondée sur l’expérimentation paysanne et le partage entre producteurs.
Les phases de transition selon Clément Tourrès
Pour lui, le travail sur la matière organique dans les vergers se raisonne en phases de transition d’environ cinq ans.
Cette durée dépend de l’état de départ, notamment du taux de matière organique, mais il choisit malgré tout de se donner cinq ans.
Pendant cette période, il cherche à :
- travailler au plus simple ;
- préserver la sécurité économique de l’exploitation ;
- ne pas mettre la production en péril pour tester des couverts.
Deux années de rotation et trois premières années du verger
Il concentre son travail sur :
- deux années de rotation ;
- les trois premières années du verger.
Ces choix sont motivés par le fait que :
- pendant les rotations, il est plus libre d’agir ;
- sur les jeunes vergers, il n’y a pas encore de récolte ;
- les arbres sont jeunes ;
- les contraintes de circulation des machines sont moindres ;
- il peut encore utiliser du matériel de type tracteur cabine et gros outils.
L’expérimentation repose alors sur une logique simple :
- semer ;
- observer ce qui pousse ;
- conserver ce qui fonctionne ;
- supprimer ce qui ne fonctionne pas ;
- recommencer.
Quand semer et comment raisonner les couverts ?
Selon lui, en verger, il faut travailler à contre-cycle : pendant que l’arbre pousse, on limite ou on adapte le couvert.
Exemple de la féverole
La féverole est présentée comme une plante très intéressante :
- facile à semer ;
- floraison assez précoce ;
- bien adaptée à l’organisation du travail avant éclaircissage ;
- système racinaire acide autour de 4, qui permet de solubiliser fer, calcium et phosphore dans les sols alcalins.
Elle apporte donc un intérêt agronomique particulier dans les sols à pH élevé des Baronnies.
Espèces jugées faciles et robustes
Parmi les graminées :
Parmi les légumineuses :
- féverole ;
- vesce.
Les crucifères sont abordées avec davantage de prudence, car :
- leurs graines sont petites ;
- elles demandent de très bonnes conditions pour réussir ;
- leur implantation est jugée moins simple.
Clément Tourrès préfère donc travailler prioritairement sur des mélanges graminées / légumineuses.
Répartition du mélange
Sa règle de base est :
- 60 % de légumineuses ;
- 40 % de graminées.
Il a même testé ensuite du 70/30.
Cette proportion lui semble cohérente avec :
- l’équilibre d’une prairie autofertile ;
- ses observations en verger, où des enherbements initiaux trop riches en graminées finissent par laisser revenir davantage de légumineuses.
Pour lui, cela montre que les sols ne sont pas suffisamment chargés en azote pour accueillir durablement des graminées pures.
Méthode de construction des mélanges
Clément Tourrès explique sa méthode pratique :
- partir de la dose de semis en pur de chaque espèce ;
- appliquer le pourcentage souhaité dans le mélange ;
- additionner les doses obtenues ;
- ajuster ensuite légèrement à la hausse si nécessaire.
Il donne l’exemple d’un mélange comprenant :
- seigle forestier ;
- vesce de Cerdagne ;
- pois ;
- féverole.
Ce type de mélange permet d’obtenir des couverts très développés, avec :
- seigle pouvant monter à 2,20 m ;
- vesce atteignant environ 1,80 m en grimpant dessus.
Importance de sécuriser les semis
L’un des messages les plus forts de son intervention est qu’il faut sécuriser les semis.
Il sème toujours :
- à la veille de la pluie ;
- avec des graines rustiques et puissantes.
Il insiste sur le fait que l’arboriculteur n’est pas d’abord céréalier, et qu’il faut donc choisir des espèces faciles à réussir.
Le semis en mélange est jugé indispensable, car si une espèce rate, les autres peuvent compenser.
Les méthodes de semis
Plusieurs modalités sont évoquées :
- travail superficiel du sol ;
- semis direct ;
- semis à la volée.
Le semis direct
Pour lui, le semis direct est la méthode la plus évidente et la plus intéressante.
Il regrette de ne pas avoir été équipé plus tôt, car :
- cela lui aurait fait gagner du temps ;
- cela aurait limité le salissement ;
- cela aurait simplifié l’enchaînement des cycles.
Il montre des exemples de semoirs de semis direct, y compris des matériels autoconstruits, beaucoup moins coûteux que des matériels industriels.
L’autoconstruction
Deux exemples sont cités dans le Luberon :
- un semoir monté sur un vieux châssis avec distribution Delimbe ;
- un autre semoir plus élaboré avec disques ouvreurs.
L’idée est qu’il est possible, même à faible coût, de se doter d’un matériel performant pour entrer dans ces systèmes.
Premiers essais et premières erreurs
Clément Tourrès présente ensuite ses essais, sans masquer les difficultés rencontrées.
Rotation après arrachage
Après arrachage de verger :
- broyage des bois de taille ;
- semis de sorgho pur.
Avec le recul, il estime que ces premières années après arrachage devraient être mises à profit pour produire beaucoup de biomasse carbonée, avec des espèces comme :
Cela permettrait de relever plus efficacement le taux de matière organique.
Mais il souligne aussi qu’il a ensuite enchaîné deux cycles de graminées, ce qui a posé problème sur l’azote.
Problèmes rencontrés
Parmi les erreurs qu’il identifie :
- deux cycles successifs de graminées ;
- pas assez de légumineuses ;
- semis en techniques culturales simplifiées dans des résidus difficiles à gérer ;
- forte salissure ;
- accumulation de pailles de sorgho ;
- compaction progressive ;
- absence de fertilisation des arbres alors que la biologie n’était pas encore prête à tout fournir.
Il explique que la rotation sans travail du sol n’a pas suffi à remettre en place une biologie capable de tout dégrader et de nourrir les arbres.
Essai comparatif : système labouré contre système sans travail du sol
Un essai est présenté avec deux situations :
- une partie de verger préparée avec labour ;
- une autre avec simple sous-solage localisé, chaumage et semis d’un couvert.
Résultats observés
Dans le système labouré :
- les arbres atteignent environ 2 mètres ;
- les charpentières sont épaisses ;
- la croissance est jugée très satisfaisante.
Dans le système sans travail du sol :
- les arbres restent beaucoup plus petits ;
- les charpentières sont fines ;
- les arbres « crèvent la dalle » selon son expression.
Son analyse
Pour lui, le problème vient du fait que :
- la ration du sol et la ration des arbres n’ont pas été différenciées ;
- le sol recevait bien de la paille ;
- mais les arbres, eux, n’avaient pas assez à manger ;
- la biologie n’était pas encore assez fonctionnelle pour transformer cette matière au bon rythme.
Conclusion :
- dans une phase de transition, il faut nourrir les arbres séparément si nécessaire ;
- avec du compost, du digestat, du NPK ou d’autres solutions ;
- tant que le sol n’est pas capable de tout fournir seul.
Nouveaux essais en couvert d’été
Sur la suite du verger, Clément Tourrès s’oriente vers un couvert d’été de type sorgho / vesce, en adaptant la largeur de semis et l’irrigation.
Il cherche à :
- réduire la concurrence ;
- garder de la sécurité avec l’eau ;
- éventuellement accompagner les arbres avec un peu d’engrais si besoin.
Il observe néanmoins que le labour, après deux ans d’accumulation de pailles, provoque une forte minéralisation :
- les pailles enfouies s’oxydent ;
- les éléments sont relargués ;
- les arbres repartent alors très fortement.
Cela explique selon lui la très belle croissance observée sur les arbres dans la partie labourée.
Perspectives de travail
Clément Tourrès présente ensuite les pistes qu’il souhaite poursuivre.
S’équiper en semoir de semis direct
C’est pour lui une priorité absolue.
Le semis direct permettrait :
- de gagner énormément de temps ;
- de mieux gérer les résidus ;
- de limiter le salissement ;
- de réussir plus facilement les implantations.
Favoriser les sources carbonées lignifiées en rotation
En rotation, il souhaite continuer à produire de fortes biomasses carbonées pour :
- relever la matière organique ;
- créer de la structure ;
- construire le système à long terme.
Conserver l’objectif du sans labour, mais fertiliser
Il garde un objectif de réduction du travail du sol, car labourer revient selon lui à « casser la maison et vider le frigo ».
Mais il estime désormais que :
- dans les phases de transition ;
- surtout après arrachage ;
- il faut fertiliser le système pour accompagner le redémarrage biologique.
Il envisage notamment :
- compost mûr ;
- apports organiques tampon ;
- appui sur les légumineuses.
Les légumineuses comme pilier
Pour lui, les légumineuses sont clairement :
- le pilier des phases de transition ;
- le pilier de la fertilité future ;
- le pilier de la gestion de l’azote dans les systèmes.
Vers une couverture permanente
À terme, il aimerait aller vers une couverture permanente avec, par exemple :
- fétuque élevée ;
- ray-grass italien ;
- éventuellement trèfle.
Mais la question centrale reste pour lui la concurrence avec l’arbre. Il préfère donc continuer à tester par bandes, progressivement.
Conseils donnés par Clément Tourrès
Il résume son expérience en quelques conseils pratiques :
- expérimenter à petite échelle ;
- ne pas mettre en péril tout le verger ;
- choisir des graines faciles ;
- prévoir le matériel de semis direct dès le départ ;
- limiter autant que possible le travail du sol ;
- observer et sélectionner les espèces qui réussissent.
Il invite aussi les participants à rejoindre la page Facebook « Arbo de conservation », où plusieurs producteurs partagent leurs essais, réussites et échecs.
Intervention sur la biodiversité fonctionnelle au verger
La troisième intervention est assurée par Johan Avinens Chassary, entomologiste.
Elle porte sur la biodiversité utile ou fonctionnelle, c’est-à-dire l’ensemble des organismes qui rendent des services en agriculture, notamment au verger.
Qu’est-ce que la biodiversité utile ?
La biodiversité utile comprend les organismes qui assurent des fonctions telles que :
- la pollinisation ;
- la prédation et le parasitisme des ravageurs ;
- la décomposition ;
- la santé du système racinaire ;
- la vie du sol.
L’intervenant se concentre surtout sur le système aérien, en commençant par la pollinisation.
La pollinisation
Il rappelle que :
- 80 % des espèces végétales dépendent des pollinisateurs pour assurer leur survie ;
- le service rendu à l’agriculture mondiale par les pollinisateurs a été estimé à 195 milliards d’euros.
Au niveau mondial, les principaux pollinisateurs sont les coléoptères, mais en France et en Europe occidentale, ce sont surtout les abeilles.
Les abeilles sauvages
Il est rappelé qu’il existe environ 1 000 espèces d’abeilles en France.
Parmi elles :
- l’abeille domestique ;
- les bourdons ;
- les osmies ;
- de nombreuses abeilles solitaires.
Le cas particulier des osmies
Les osmies sont présentées comme d’excellentes pollinisatrices du verger, car :
- elles travaillent à basse température ;
- elles volent très tôt en saison ;
- elles sont bien synchronisées avec la floraison des fruitiers.
Elles nichent dans :
- les tiges creuses ;
- les trous des murs ;
- les interstices.
Il est donc possible de les favoriser en installant des nichoirs avec des tiges creuses, par exemple en bambou, de diamètre adapté.
L’intervenant conseille cependant de :
- ne pas concentrer tous les nichoirs au même endroit ;
- les répartir dans l’espace ;
- éviter aussi de les placer trop près de nichoirs à oiseaux, qui pourraient augmenter la prédation.
Les auxiliaires du verger
Une grande partie de l’intervention est consacrée aux auxiliaires de protection des cultures.
Les araignées
Les araignées sont présentées comme des auxiliaires importants.
On distingue :
- les araignées tisseuses de toiles, qui capturent surtout les petits insectes volants ;
- les araignées chasseuses sur la plante, comme les araignées sauteuses ;
- les araignées du sol, comme les araignées-loups.
Ces dernières sont particulièrement intéressantes pour capturer les larves ou chenilles qui se laissent tomber au sol avant nymphose.
Les chrysopes
Les chrysopes sont des névroptères bien connus.
Leurs larves sont de redoutables prédatrices généralistes, consommant :
Les œufs, portés sur de petits pédoncules, sont typiques et permettent de repérer facilement leur présence.
Les adultes, eux, se nourrissent de pollen et de nectar. Ils apprécient notamment :
- les fleurs d’ail et autres alliacées ;
- les apiacées comme carotte, aneth, fenouil, coriandre, persil ;
- des astéracées comme bleuet ou certaines camomilles.
Comme les chrysopes sont plutôt nocturnes ou crépusculaires, elles sont parfois peu visibles malgré leur présence.
Les punaises prédatrices
Plusieurs familles de punaises prédatrices sont mentionnées :
- anthocorides ;
- mirides prédatrices ;
- autres petits groupes.
Elles se reconnaissent souvent à leur mobilité très rapide sous les feuilles.
Elles consomment une large gamme de proies.
Les parasitoïdes
Les hyménoptères parasitoïdes sont présentés comme très spécifiques et très efficaces.
Le principe est rappelé :
- la femelle pond dans l’hôte ;
- la larve se développe à l’intérieur ;
- elle tue l’hôte pour achever son cycle.
L’exemple des pucerons est détaillé :
- le puceron parasité se transforme en « momie » ;
- le parasitoïde émerge ensuite en découpant un trou ;
- les adultes se reproduisent sur place et repartent parasiter d’autres pucerons.
L’exemple d’Aphelinus mali est cité pour le puceron lanigère.
Les syrphes
Les syrphes sont des mouches mimétiques, ressemblant parfois à des abeilles ou des guêpes.
Les adultes :
- font du vol stationnaire ;
- consomment pollen et nectar.
Les larves, qui ressemblent à de petits asticots, consomment surtout des pucerons, à raison de plusieurs dizaines par jour.
Les cécidomyies prédatrices
Des larves orange, présentes parmi les pucerons, peuvent être des cécidomyies prédatrices.
Elles apparaissent surtout à partir de juin et participent aussi à la régulation.
Les coccinelles
Il existe environ 135 espèces de coccinelles en France.
Le nombre de points ne donne pas l’âge, mais aide souvent à reconnaître l’espèce.
Selon les espèces, les coccinelles peuvent consommer :
- pucerons ;
- cochenilles ;
- acariens ;
- voire certains champignons comme l’oïdium ou la tavelure pour certaines espèces mycophages.
Les carabes et staphylins
Ces coléoptères du sol sont présentés comme de très grands prédateurs :
- des larves se laissant tomber au sol ;
- des nymphes ;
- parfois des limaces pour les plus gros.
Ils jouent un rôle important dans les régulations au niveau du sol.
Les forficules
Les perce-oreilles ont une alimentation mixte, mais peuvent avoir un rôle utile important sur les pucerons.
Les vertébrés auxiliaires
L’intervenant rappelle que les auxiliaires ne sont pas seulement des arthropodes.
Les mésanges
Un couple de mésanges peut consommer environ 1 200 chenilles pour nourrir sa nichée.
Selon les situations, elles peuvent donc jouer un rôle majeur, par exemple sur processionnaires ou autres chenilles. En verger, il évoque jusqu’à quatre couples par hectare.
Les chauves-souris
Les chauves-souris peuvent consommer jusqu’à 3 000 insectes par nuit, dont :
- moustiques ;
- lépidoptères nocturnes ;
- carpocapses ;
- tordeuses.
Elles ont besoin de corridors paysagers pour se déplacer, comme les haies ou lisières.
Le renard
Le renard est présenté comme un bon régulateur des campagnols et mulots. Une estimation économique de son service de régulation est citée de façon illustrative, à hauteur de 3 800 euros.
Le rôle du paysage
L’intervenant insiste fortement sur le rôle du paysage dans la présence des auxiliaires.
Entre :
- un paysage simple et très ouvert ;
- un paysage bocager ou plus complexe ;
la diversité et la quantité d’auxiliaires peuvent être très différentes.
Un paysage complexe permet :
- plus de biodiversité ;
- une recolonisation rapide après perturbation ;
- davantage de résilience.
À l’inverse, dans un paysage très simple, il y a souvent peu d’auxiliaires au départ, et donc peu de capacité de régulation naturelle.
Les haies et les corridors écologiques
La plantation de haies est présentée comme un levier intéressant, à condition de :
- choisir des essences adaptées au sol et au climat ;
- raccorder les haies à l’existant ;
- raisonner en corridors.
Parmi les essences jugées intéressantes pour les auxiliaires :
L’intervenant précise qu’il faut aussi varier les essences et éviter certains excès, comme trop de rosacées autour de vergers déjà riches en rosacées.
Il mentionne également l’intérêt d’une floraison étalée, jusqu’au lierre en automne.
Les bandes fleuries
Les bandes fleuries sont un autre levier fort.
L’intervenant oppose :
- les mélanges horticoles très esthétiques, mais souvent peu utiles ;
- les mélanges plus fonctionnels, avec beaucoup de légumineuses et de plantes sauvages adaptées.
Ce qui fonctionne bien
Parmi les plantes utiles pour les auxiliaires :
- luzerne ;
- trèfles ;
- vesce ;
- féverole ;
- carotte, fenouil, aneth ;
- chicorée ;
- bleuet ;
- tanaisie ;
- souci ;
- bourrache ;
- vipérine ;
- mélilot jaune.
Le mélilot jaune est également mentionné comme intéressant contre les campagnols.
L’idée n’est pas de mettre la même chose partout, mais de varier les habitats et les floraisons.
Fonction des bandes fleuries
Les bandes fleuries permettent :
- de nourrir les adultes des auxiliaires ;
- de leur offrir des lieux de reproduction ;
- de leur permettre de pondre dans ou près des parcelles ;
- d’augmenter rapidement leur présence.
L’intervenant explique que les effets des bandes fleuries sont parfois plus rapides que ceux des haies.
Cas particuliers évoqués
L’intervenant aborde brièvement quelques ravageurs spécifiques :
- l’anthonome ;
- les punaises ;
- la punaise diabolique.
Dans ces cas, il indique que certaines plantes peuvent avoir des effets répulsifs ou attractifs pour les auxiliaires, mais que les régulations demandent souvent du temps, notamment pour que les parasitoïdes s’adaptent.
Il insiste sur l’importance de ne pas raisonner trop simplement et de tenir compte des cycles biologiques, qui peuvent nécessiter plusieurs années avant d’atteindre des niveaux de régulation satisfaisants.
Comment aménager concrètement le verger ?
Selon lui, il n’existe pas un modèle unique.
Les aménagements peuvent être :
- en bout de rang ;
- sur un rang sur trois ;
- en bordure ;
- en lien avec les haies ;
- dans des zones moins circulées.
L’essentiel est de :
- diversifier ;
- offrir des floraisons étalées ;
- créer de la végétation dense ;
- laisser des habitats.
Il déconseille une logique de monoculture de fleurs dans la monoculture, qui finirait par recréer les mêmes problèmes de simplification.
Conclusion générale de la matinée
La matinée met en avant une vision cohérente de l’arboriculture fondée sur :
- le fonctionnement du sol ;
- la production de biomasse ;
- la couverture végétale ;
- la fertilité biologique ;
- l’expérimentation progressive ;
- la biodiversité fonctionnelle.
Trois idées traversent l’ensemble des interventions :
- le sol est un capital qu’il faut préserver et reconstruire ;
- le végétal est la porte d’entrée principale pour nourrir le système ;
- la transition doit être pensée comme un processus progressif, fondé sur l’observation, le diagnostic et l’expérimentation.
L’après-midi doit permettre de prolonger ces apports théoriques par des observations de terrain et des ateliers pratiques sur parcelle.