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Ferme du Moulin Guérin

De Triple Performance
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Une ferme hautement productive et autonome
Anton Sidler
Ver de Terre Production Orne (département) Polyculture-élevage

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Corps de ferme au Moulin Guérin

Anton Sidler, polyculteur-éleveur dans l'Orne, partage avec nous le portrait de sa ferme menée en système "autonome et rentable" avec hauts potentiels de production. Originaire de la Suisse, Anton faisait déjà de l'agriculture régénérative, c'est en 1992 que Marlène et lui s'installent dans l'Orne, à la ferme du Moulin Guérin avec 80 vaches et 80 ha. Dès le départ, pour un meilleur confort au travail, l'équipe de la ferme a investi dans des bâtiments neufs aux normes.



Contexte de la ferme
Exploitant Anton Sidler
Exploitante Marlène Sidler
Exploitant Adrien ( gendre, reprend la ferme)
Conseiller Arthur Clause (LVH) conseiller nutrition (il travaille main dans la main avec Pierre Rubin avec pour objectif d'avoir de meilleurs mélanges variétaux pour avoir une bonne qualité de fourrages par la suite).
Conseiller Pierre Rubin (LVH) conseiller rotation, itinéraires techniques (ITK).
Groupes Ferme pilote du groupe LVH (La Vache Hereuse)

Spécificités

  • Système "autonome et rentable", hauts potentiels de production.
  • Ateliers : Vaches laitières, vaches allaitantes, 60 ha de céréales vendus, méthanisation, photovoltaïque.
  • Mesures RedOx en élevage.
  • Qualité génétique des plantes + mélanges Suisses.
  • Diagnostics de sols avant toute action sur les cultures.
  • Vers l'autonomie énergétique avec la méthanisation et le photovoltaïque.
  • Amélioration de la qualité des fourrages.
  • Recherche d'une meilleure valorisation du lait sans insecticides et sans fongicides.
  • Semis Direct (SD) + Techniques Culturales Simplifiées (TCS) très simplifiées depuis 25 ans.
  • Séchage en grange.
  • HVE 3.

Enjeux locaux

  • Zone vulnérable humide.
  • Climat océanique avec hivers froids.


Etapes de transition

  • 1999 : Premiers méteils (à la base principalement des céréales, car encouragé par la PAC à l’époque) et des intercultures.
  • 2000 : Participation au groupe BASE (Biodiversité, Agriculture, Sol et Environnement), notamment dans la création d’un groupe dédié à l'élevage (techniques couverts en fourrage).
  • 2005 : Essais "méteils protéagineux" pois/vesce/féverole utilisé en Suisse (précédent céréale), semis automne, récolte printemps.
  • 2008 : Fin des quotas laitiers (explosion de la production, effondrement des prix).
  • 2008/2009: Suppression de l’ensilage de maïs en plante entière (10 t/ha de restitués).
  • 2013 : Création de La Vache Heureuse (LVH) par Anton Sidler, Angela Sidler et Konrad Schreiber.
  • 2015-2016 : Construction d’un méthaniseur (250kWh).
  • 2018 :
    • Formation d'Anton à l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, sur la génétique et la reproduction, pour parvenir à le faire lui-même, et premiers essais en non travail du sol avec le semoir Atchison.
    • Investissement dans un système d’épandage du lisier (sans tonne) par un tuyau flexible mobile à partir de la fosse ou d’un container. Cela a pour résultat d'améliorer la portance des sols.
  • 2019 : Installation du robot de traite.
  • 2020 :
    • Augmentation du cheptel (+ 40 vaches laitières) et agrandissement de la stabulation.
    • Construction d’une pré-fosse à côté du méthaniseur.
  • 2021 : Début du projet d'installation de panneaux photovoltaïques.

Objectifs globaux

  • Recherche sur la qualité des fourrages.
  • Autonomie du système de production.
  • Recherche d'une meilleure valorisation du lait.
  • Vers une autonomie énergétique.

Système actuel : Nourrir le sol et les vaches

Nourrir le sol

Contexte pédoclimatique
Texture de sol Limons argileux, hétérogénéité de terres et de profondeurs de sol
Taux de MO du dernier test labo (2022) 5,2
PH du sol 2020 (2022) Un peu faible
Vers de terre à l'ha 3,5 t de vdt/ha
Pluviométrie annuelle moyenne (mm) entre 700-850 mm/ha (Source : Anton Sidler)
Température moyenne maximale 15°C
Température moyenne minimale 6°C
  • Toutes les parcelles reçoivent des prairies temporaires d'environ 3 ans, avec une adaptation des dates de semis et des cultures implantées en fonction du contexte de ces parcelles. Par exemple, pour les terres séchantes, superficielles, à faible taux de de matière organique, la rotation sera constituée de prairies temporaires constituées de luzerne et de brome puis méteil, maïs et une céréale (les rotations en parcelles saines et humides sont détaillées dans le paragraphe "Rotations types" de ce document).
  • Les prairies et le maïs grain : deux cultures très bénéfiques pour le sol :
    • Prairies :  Bilan humique positif (avec des fauches assez hautes une bonne productivité + plantes pérennes avec entre 7 et 15 t/ha d'exsudas racinaires).
    • Maïs grain avec précédent méteil (partie aérienne : 6 t de MS restituées au sol + racines → 10 t au total ). C'est restitué à l’automne, une période où il y a beaucoup d’activité biologique.
    • Maïs ensilage : Récupèrent juste la poupée, le reste reste au champ.
  • Globalement, il s’agit de "nourrir 3 fois" :
    • Nourrir les sols qui génèrent un gîte pour la biodiversité,
    • Fournir une alimentation de qualité pour les vaches,
    • S’il y a assez de biomasse végétale, nourrir la méthanisation pour la productions d’énergie renouvelable.
  • Dans ce sens il s'agit d'allier les synergies entre ruminants prairies et sol: "On se rend compte, avec les pratiques de la vache heureuse, notamment pour la fertilisation, qu'on arrive à avoir des plantes qui ont de très bonnes qualités nutritives, on arrive donc à améliorer la performance de l'atelier laitier tout en nourrissant et respectant le sol : grâce a Pierre (conseiller en suivi des cultures à LVH) j'arrive à avoir des fourrages de très bonne qualité pour nourrir les bovins". explique Arthur Clause.

Analyses de sol

Analyse Kinsey Ferme du Moulin Guérin.

Les prélèvements pour les analyses Kinsley sont employés, ces dernières se distinguent par le fait de ne regarder pas tant la quantité des différents éléments minéraux, que la relation entre eux. Pour arriver à un équilibre idéal, la CEC (Capacité d'Echange Cationique) doit contenir 68 % de calcium, 12 % de magnésium, 4 % de potassium, 1,5 % de sodium et 10 % d’hydrogène selon Alfred Gässler.

Ces prélèvements sont faits sur 15cm. Comme la ferme est en semis direct ou très simplifié depuis plus de 20 ans la matière organique se concentre davantage en surface. L'idée est de se concentrer sur les premiers centimètres, là où les racines s'implantent en premier et en majorité, et où les agriculteurs vont pouvoir avoir le plus de leviers d'actions.


Le résultat de ces analyses de sol vient encourager les pratiques mises en place sur la ferme : "du calcium, du soufre et ensuite des oligo-éléments (bore, manganèse, cuivre, zinc qui sont apportés avec en plus ou moins grande quantité).

Il y a des importances plus ou moins grandes selon les cultures. Par exemple pour les luzernes les oligo-éléments sont importants notamment le bore.

  • CEC : 11,8 (ce qui reste plutôt bas mais en partie lié aussi à la texture du sol qui est plutôt limoneuse).
  • Matière Organique (MO) : 5,3 (élevé car bonnes pratiques, restitution de MO...).
  • Apporter davantage de calcium :  1344 Kg de carbonate de calcium pour corriger les bases de la CEC.
  • Bons en magnésium : 12,6.
  • Beaucoup de potasse présente (la raison soulignée est que la méthanisation est beaucoup alimentée par effluents de bovins riches en potasse).
  • Apporter du calcium, du magnésium. "La seule chose qu'il faut faire attention avec ces analyses, c'est que des fois, ils ont tendance à conseiller un peu trop de magnésium" - estime Pierre Rubin -"Il ne faut pas saturer notre sol en magnésium."

Gestion des cultures fourragères

Anticiper les semis

"Nous on préfère semer tôt pour gérer du végétal que de semer tard pour gérer les ravageurs, après on gère si jamais il y a trop de développement". Etre trop en retard sur les semis engendrerait de devoir gérer la culture dans de mauvaises conditions, cela se manifeste par des semis précoces notamment pour les parcelles humides, pour générer des racines plus rapidement qui pourront permettre à la plante d'avoir davantage de résilience et de mieux infiltrer l’eau dans le sol (cf. Impact des nouvelles pratiques).

S'adapter aux conditions météo

"On peut faire notre assurance nous même, à condition de bien gérer" : Anton parle du fait que, quelque part, il génère sa propre assurance risques en partageant les aléas au sein de la rotation. Cela se fait par un arbitrage de quelles cultures implanter et où. Par exemple si une année sèche et froide est annoncée ou pressentie, il rallonge les méteils (qui sera de meilleure qualité fourragère et fera plus de rendement) car la prairie produit moins. "La prairie pousse toujours au printemps : les bons mélanges ont fait 15 t en 5 coupes en 2023, alors qu'en 2022 les conditions étaient plutôt sèches, les meilleures prairies ont fait 10 t, mais les méteils étaient super".

Analyser pour mieux gérer

  • La stratégie de gestion des cultures fourragères au Moulin Guérin est à la fois une stratégie de long terme (analyses de sol) et de court terme (observation du sol). Toute intervention sur une culture (que ce soit amendement, traitements ou travail de sol s'il le faut) est réfléchie après une observation du climat et du sol. "Il ne faudrait surtout pas intervenir quand c'est trop humide, parce que cela engendrerait des semelles de travail du sol ou des lissages au semis" explique Pierre Rubin.
  • Pour cela sont mis en place  :
    • Le test du pâton (si boudin uni = conditions trop humides).
    • Le test bêche pour la structuration du sol notamment pour les semis de printemps, automne et hiver.
    • Pas d'analyse de sève mais réflexion de sa mise en place pour être davantage performants sur la fertilisation foliaire.

Assolement 2024

L'assolement n'a pas beaucoup évolué depuis les dernières années. Le seul ajout a été le colza suivi d'un trèfle car davantage de surfaces étaient disponibles.


Usages :

Blé D'abord autoconsommé.

Surplus vendu.

Maïs (vaches) Mais grain : pour stockage, vaches ou vente.

Mais ensilage : pour méthanisation et génisses.

Colza Semé sous couvert de trèfle blanc pour faire un couvert permanent et du fourrage.
Prairies temporaires Prairies ensilables à 80% pour vaches laitières différentes en fonction des parcelles.

Luzerne ou trèfle violet (souvent associé à une graminée ex: Brome ou Ray grass)

Prairies multi-espèces Mélanges suisses (légumineuses en proportion assez importante, puis des graminées). Objectif : bonne qualité génétique.
Méteils Les méteils son récoltés en "double culture" soit avec le maïs épis soit avec le maïs grain.

Une partie des méteils sont à base de seigle et trèfle pour la méthanisation. L'autre partie des méteils, davantage constitués de graminées, est destiné aux vaches laitières et ensilé.


Compositions méteils et prairies :

Prairie temporaire Luzerne ou trèfle violet en associé, brome ou ray-Grass
Méteil précoce (récolte 20 avril) Plus riche en graminées (poussent plus vite en sortie d'hiver) : 100 kg mélange seigle-triticale 20kg vesce velue et 5 kg trèfle de Michelli assez précoce environ 50 kg fèverole (structuration du sol)
Méteil tardif (récolte autour du 15 mai, précédent maïs) Plus riches en légumineuses et protéagineux ( 100-80kg de féverole, pois-vesce-trèfles Squarrosum et Michelli, un peu d'avoine ou de triticale

Autres types de surfaces : 16 km de haies.

Rotations types

Amendements organiques et minéraux

A la ferme du Moulin Guérin on utilise le Compost Walter Witte, un mélange de matières organiques fraîches "fermentescibles" et à haute teneur en lignine, chez Anton cela se manifeste par un mélange de copeaux de bois mélangés à du digestat et fumier.

  • Un compostage à "froid", c’est à dire à basse température (la température moyenne doit être inférieure à 49°C).
  • Il se conduit comme un "ensilage" (en anaérobie) qui a pour but de développer des "humines microbiennes et des bactéries lactiques".
  • C’est un compost qui nécessite un certain temps de maturation et de biotransformation (8 semaines minimum). A la ferme du Moulin Guérin, la fermentation dure de 3 à 6 mois.


Pour ramener de l'équilibre au sol il y a un apport conséquent de digestat (il y a un traitement des fumiers et lisier avant intégration dans le digesteur pour diminuer les pertes d'azote). Les cultures valoriseraient mieux le digestat que les engrais minéraux, car là où l'engrais chimique va avoir tendance à minéraliser la matière organique ("tirer sur la réserve d'humus"), le digestat se rapproche plutôt de l’urée que de l’ammonitrate et a une faible volatilité.


Les pratiques d'épandage sont également différentes de la plupart des fermes : Les amendements sont davantage apportés en automne ou au début du printemps pour diminuer les pertes d'ammoniaque, et comme les sols sont vivants, et toujours couverts, avec présence des racines, il y a un risque limité de lessivage. Le compost est également apporté en automne après les céréales.

Travail sur engrais starter : Il y a eu beaucoup d'essais sur la ferme pour voir sur quels engrais starters ils peuvent faire une impasse ou les remplacer : Anton travaille notamment sur le maïs, une culture qui doit vite se développer. Il travaille donc sur les enrobages de semences, en zinc, phosphore, LiFoFer mélasse...

Le bilan azoté est calculé en fonction des exportations des cultures, par exemple :

  • Les prairies temporaires produisent environ 10t/ha. Sachant que 1 t de MS de luzerne exporte environ 300 U d’N. Les prairies temporaires sont en partie autonomes par rapport à l’azote avec la présence de légumineuses mais 2/3 de cet azote est apporté par de la fertilisation (50m2 de digestat qui apporte environ 200 U, ce qui peut paraître beaucoup mais pas tellement par rapport au rendement).
  • Les luzernières sont également autonomes en partie sur l'azote, mais ce n'est pas le cas pour tous les minéraux. Il apportent donc également du digestat, ce qui aura pour effet de diminuer la fixation symbiotique, mais il y aura un soutien au niveau de la potasse par exemple.
    • L'apport de soufre leur permet de valoriser davantage l'azote. Pour les graminées, il est conseillé d'apporter 1 U de soufre pour 10 U d'azote puis pour les légumineuses : 1 U de soufre pour 5 U d'azote.
    • Apports de carbonate de calcium tous les 2 ans (soutient les exportations de calcium sur les parcelles).


Protection des cultures

Les fongicides ne sont plus utilisés de façon systématique sur la ferme, seulement en dernier recours. En préventif, sont utilisés plutôt d’autres techniques comme l'apport d'oligo-éléments à travers l'Assimil K et un pilotage grâce au RedOx pour mieux piloter l'usage de ces oligo-éléments.

  • Le RedOx est généralement bas sur les blés : fertilisés organiquement et urée mise assez tôt au printemps (engrais peu oxydant car il y a des formes d’azote non réductrices type "ammonium") puis sachant qu'il a une tendance des plantes à s’oxyder au mois d’avril/mai il y a un apport du cocktail d’oligo-éléments pour maintenir les plantes dans un "aspect réduit".
  • "Ce n’est pas du remplacement d’un fongicide par un cocktail d'oligo-éléments, c’est du préventif quand la plante est encore en bonne santé et pour qu’elle conserve cet état sanitaire" explique Pierre Rubin.
  • Aspect de la plante moins vertes mais parfois plus dures et moins gonflées (forme ammonium assimilable par les plantes, moins d’eau et d'oxygène dans les cellules qui sont moins gonflées → plante plus solide et moins sensibles aux attaques de champignons).
  • Le non travail du sol induit aussi moins d’oxydation, c’est un ensemble de pratiques qui font que la plante reste en bonne santé.
  • Enfin, apportés par les feuilles les oligo-éléments permettent de passer les blocages présents dans le sol.


Mesures Redox mi-avril 2024

Méteil tardif (24h après la récolte) Blé (24h après la récolte) Prairie permanente
Brix 7 (+3 ou 4) 9 (+3) 5 (+3)
PH 6,54 6,15 (6,2-6,6) 6,17
NO3- 530 1200 1500
K 3400 3900 3700
Na 53 83 68
Ca 250 170 170
Redox -100 -102 215

Si le PH est bas, la plante se nourrit mal en base. La mesure 24h après la récolte dégrade légèrement les valeurs.


Zoom sur les IFT globaux 2023 en fonction des cultures :

Cultures IFT de la ferme IFT moyen 2017

Basse-Normandie

Blé 1,64 6,7
Maïs ensilage 2,47 3,3
Maïs grain 2,15 Pas de données
Méteil fourrager 0 Pas de données
Prairie, luzerne 0 Pas de données

En guise de comparaison, nous pouvons nous appuyer sur les moyennes publiées par Agreste dans les Enquêtes Pratiques Culturales en Grandes Cultures 2017 :

Moyenne des IFT par culture par région en 2017. Source : Agreste Chiffres et Données - n° 2019-3 - Juin 2019


Itinéraires techniques

Méteils précoces et tardifs précédent maïs
Familles semées
  • Méteil précoce : + Graminées, à base de seigle et trèfles (permet une implantation du maïs plus précoce, sécurisant ainsi son implantation). Une partie de ces méteils va à la méthanisation.
  • Métal tardif : + Légumineuses (80 kg de féverole, 40 kg de vesce velue et commune, 5kg de trèfle de Michelli, 5 kg de trèfle Squarosum, 15-20 kg de triticale). Davantage destiné aux vaches laitières.
Pré -semis 20 m3 de digestat + déchaumage à 3 cm
Semis
  • Méteil précoce : 15/09
  • Méteil tardif : 10/10
Fauche
  • M. précoce : 20/04
  • M. tardif : 15/05
Herbicides Aucun (semé très dense)

Selon Anton ce ne sont pas les grains qui nourrissent, mais les feuilles et les tiges, cela va aussi orienter l'arbitrage dans les dates de récolte, notamment des méteils.

Maïs au strip-till
Pré -semis
  • 22/04 : 20 m3 de digestat + déchaumage 3 cm
Semis
  • 25/04 : en strip-till ( 17 cm de profondeur de travail sur la ligne de semis)
  • 100L d’N 39 liquide sous la dent de strip-till
Herbicides
  • En pré-levée (doses préconisées)
  • En rattrapage si besoin en stade 6 feuilles
Oligo-éléments
  • 10/05 : Assimil k + Silice (notamment pour les parois des cellules)

Une bonne coupure pour les adventices.

Blé précédent maïs grain
Pré-semis
  • 22/04 : 20 m³ de digestat + déchaumage 3 cm : pour dégrader les cannes de maïs qui sont riches en carbone, cet apport d’azote permet de rééquilibrer la fertilisation. Avec les cannes de maïs, il y a moins de sol nu donc moins de levées d’adventices.
Semis
  • 10/10 en semis direct
  • Mélange de variétés fermières
  • 350 grains au m² → 70 €/ha avec l'enrobage et le triage
  • 30 kg de soufre élémentaire
Herbicides
  • Désherbage post-semis (antigraminées, antidicotylédones)
  • Désherbage en mars si besoin
Fongicides
  • Semence enrobée
  • Si printemps pluvieux → "demi fongicide"
Fertilisation
  • 15/02 : 120-150 kg d’azote soufré
  • 25/02 - 01/03 : 40 m3 de digestat (quand le blé talle)
  • Si on a pas de digestat Anton indique qu'on peut aussi mettre de l’urée à la place.
Oligo-éléments
  • 15/04 (compense l’oxydation du désherbage) : 2,5 L/ha
  • 15/05 deuxième passage + Silice : 0,25 L
Colza
Pré-semis 30 m3 de digestat avant semis
Semis
  • 23/08 en semis direct sous couvert de trèfle blanc pour faire un couvert permanent et du fourrage
  • 2.5 kg de colza (10% de variété précoce pour les méligèthes)
  • 2.5 kg de trèfle blanc (Variété Huia)
  • Soufre élémentaire
Herbicides 2 désherbages anti graminée à l’automne (forte pression Ray Grass)
Fongicides Aucun
Fertilisation 200 kg d'engrais 15N 45S au printemps
Oligo-éléments 2 passages au printemps : 2.5 L Assimil K santé + silicium Pro (Oligo + acide ortho silicique)

Gestion des prairies temporaires

Mélanges Suisses Semental (50% de légumineuses, 50% de graminées)

  • 15% de trèfle hybride variété Frida
  • 35% de trèfle violet variété Secrétariat (faible dormance : sécurise la production en sortie d’hiver et sur l’année)
  • 10% de RGI variété Majesty
  • 25 % de Ray Grass Hybride, variétés Lontal et Daboya
  • 15% de Ray Grass Anglais, variété Zalando


Objectifs : Une bonne qualité génétique pour de bons fourrages

Pré-semis Digestat - Déchaumage ( 3 cm ) : pour enfouir et qu’il n’y ait pas de pertes
Associations possibles Méteil "simple" (avoine - vesce) pour la couverture initiale du sol
Semis
  • En automne
  • SD (semoir Sky)
  • Semis davantage superficiel que les méteils (2 cm)
Nombre de fauches Entre 3 et 5
Stade de fauche 3 feuilles à partir de 7 cm au printemps (d'une part car important de laisser une réserve pour la plante et de l'autre car la tige est trop dure pas de très bonne qualité pour les vaches)
Dernière fauche Octobre
Pâturage 1 paturage par les genisses dans l’année sur quelques parcelles en fonction de leur positionnement dans la ferme
Amendments
  • Octobre ou début printemps : 25 m3 de digestat
  • Compost de bois Walter White mis à la phase humide et aura le temps de se dégrader tout l’hiver
  • Février  : 25 m3 de digestat
  • Automne : Soufre élémentaire quand sur-semis (30kg/ha 100 U) : intervient dans la construction des protéines, permet de valoriser l’azote (apporté en partie par les effluents organiques), d'acidifier le sol, et de libérer des éléments comme le phosphore. Pour un ordre d'idée Pierre Rubin recommande d'apporter 1 u de soufre pour 10 u d’azote pour des graminées et 1 u de soufre pour 5 u d’azote pour des légumineuses).
  • Carbonate de calcium tous les 2 ans
Oligo-éléments Avril/mai : "Assimil k santé" après 1ère et 2ème coupe car les températures augmentent, il y a plus d’ensoleillement donc on essaye de réduire l'oxydation de la plante.


Système qui marche très bien selon Anton: "trèfle superficiel et graminées un peu plus bas en couverture".

Semences fermières

  • La ferme du Moulin Guérin produit en partie ses propres semences de ferme en céréales, et fait un peu de maïs population (adapte cette variété qui vient du sud c'est la 5eme année, l'idée c'est de précocifier cette variété pour qu'elle soit adaptée à l'Orne, avec gabarit plus adapté à la verse).
  • Triticale/blé/seigle la ferme en a un peu sélectionné.

Impacts des nouvelles pratiques (comparaisons entre une gestion en ACS et conventionnelle pure)

Slake test à la ferme du Moulin Guérin. Comparaison entre une parcelle de la ferme en ACS depuis 5 ans (tube de droite) et une parcelle cultivée avec des pratiques conventionnelles + labour. ©Ferme du Moulin Guérin.
Photos des parcelles comparées dans le slake test. © Ferme du Moulin Guérin.

Comparaison entre un blé semé avec et sans travail du sol

Ci dessous nous pouvons voir en photo une comparaison entre une parcelle de blé de la ferme du Moulin Guérin (parcelle en haut de la photo) et une parcelle de blé de la ferme d'un voisin (parcelle en bas de la photo). Ce sont les mêmes terres (limons argileux assez superficiels, limons argelettes), le même contexte pédo-climatique et les mêmes cultures en place, mais avec un système et une gestion complètement différents :

  • Chez le voisin : Précédent maïs, travail du sol à la herse rotative pour faire de la terre fine qui a ensuite été retassée fortement par les pluies. Semée tardivement (vers fin novembre sachant d'une part, qu'en 2023 il y a eu très peu de fenêtres en conventionnel pour semer dans de bonnes conditions, et de l'autre que le conseil dans l'agriculture conventionnelle, c'est de semer assez tard les céréales, à partir du 25 octobre, pour éviter tous les ravageurs (ex : pucerons).
  • A la ferme du Moulin Guérin : Précédent méteil puis maïs épis. Blé semé en direct dans les cannes de maïs autour du 15 octobre, juste avant les grosses pluies donc dans de très bonnes conditions. Le blé est poussant et les cannes de maïs se dégradent rapidement. Apports : digestat avant implantation, 150 kg d'azote soufré le 15 février, puis début mars apport d'Urée.


On retrouve la différence de structuration de sol très compact, peu grumeleux, avec peu de vers de terre et de matière organique (de par la couleur) dans une parcelle qui a peu de racines, peu de couverture végétale pendant un hiver très pluvieux et une parcelle qui est constamment couverte, de la restitution de cannes de maïs et un travail très superficiel.

Comparaisons de gestion de cultures en parcelles hydromorphes

  • A la ferme du Moulin Guérin : Précédent triticale/pois grain, dans une parcelle très humide à 30% d'argile. Il y a beaucoup de restitution de matière organique avec le maïs. La parcelle étant en zone hydromorphe, l'objectif est d'y planter des méteils tôt pour que les plantes fassent leurs racines le plus rapidement possible avant les fortes pluies.
    • Observation : La motte dégagée est pleine de racines qui entretiennent le sol, "ça sent correct" selon Anton. Le sol en dessous est beaucoup moins humide. En effet, Anton explique qu'au dessus, dans les 5 premiers cm, le sol s'asphyxie et l'argile se compacte, comme il y a très peu de travail du sol, et que les racines sont présentes l'eau parvient quand même à pénétrer et en dessous de ces premiers cm, le sol est grumeleux et organisé.
    • Il y a 15 ans cette parcelle était une "flaque d'eau marron" raconte Anton Sidler. Cette année a été un peu limite car il y a eu de fortes pluies, et l'humidité se démontre par la présence du pâturin dans la parcelle, "normalement c'est des terrains à faire des prairies", mais face aux circonstance sa culture est résiliente.
    • Objectif : amener davantage de compost carboné et des oligo-élements au printemps pour renforcer les plantes face à l'humidité.
  • Sur la parcelle du voisin : Parcelles humides, même type de sol, en bordure de cours d'eau. Rotation maïs sur maïs et travail du sol (labour à 25 cm puis herse).
    • Observation : La motte creusée sent la putréfaction et l'humidité, elle a des teintes de bleu et de gris. Au fond du trou creusé grâce à la bêche, se trouve de l'eau. "Là vous ne pouvez pas mettre de méteil en automne, il n'y a aucune structure, aucune vie".


Nourrir les vaches

  • Description du cheptel :
    • Race Prim’Holstein croisement Simmental, race plus productive et plus adaptée au bâtiment, grande capacité d’ingestion. Génétique américaine employée pour un patrimoine génétique plus sûr.
    • 100 vaches à la traite et 135 vaches au total.
  • Système de traite : Robot depuis 4 ans.
    • "Quand on veut installer un robot, il faut une certaine rentabilité à la vache. Aujourd'hui, on part du principe avec la ferme service et avec les autres techniciens avec lesquels j'échange que si on veut installer un robot pour amortir une salle, il faut au moins sortir 7,50 € de marge/vache par jour minimum" Arthur Clause.
  • Insémination artificielle : Anton insémine lui même ses vaches avec génétique américaine (recherche de côtes larges, coffre large à l'avant qui permet d'ingérer beaucoup de fourrage (3kg de MS en plus que d'autres élevages ). Les autres critères de sélection sont les indices de lait, les pattes, TB (Taux Butyreux) et TP (Taux Protéique)...


Objectifs globaux :

  • Maximiser l’ingestion à tout âge à travers :
    • L'élevage de veaux et génisses.
    • La préparation au vêlage.
    • Les rations.
  • Stade de lactation moyen (en traite) entre 5 et 5,5 mois ( = 150 j) à travers :
    • Le suivi de la reproduction.
    • La conception des rations et notamment grâce à la coupe fine des aliments. Par exemple le maïs et le blé sont broyés finement : contrairement aux croyances cela n'est pas davantage acidogène, c'est surtout mieux valorisé.

Composition de la ration des vaches en fonction des lots

Si la théorie de la maximisation de l'ingestion semble magique, la mise en place requiert de solides connaissances en nutrition et du temps de passé pour mesurer les apports, faire des tests etc.

Dans le prolongement de la réflexion sur l'anticipation et de la recherche/analyse pour une amélioration du système, des analyses de fourrage sont faites régulièrement pour apprécier leur digestibilité (3 par silo en fonction de l'avancée du tas). "C’est la digestibilité qui compte pour pouvoir produire du lait derrière" explique Anton. Par exemple, la luzerne est très riche en nutriments mais il n’est pas possible d’augmenter les quantités au delà d’un certain point par manque de digestibilité.

Priorité Objectifs de la ration Chiffre cherché
1 Une ration stable tout

au cours de l'année (pour une flore compatible avec la ration)

2 Maximisation de l’ingestion à tout

âge pour le bon développement du rumen et une bonne préparation au vêlage :

"2 ou 3 kg de MS en plus ingérées font vraiment la différence en quantité de lait produit."

15 kg de MS ingérées minimum
3 Recherche d’un haut pourcentage de

Matière Azotée Totale (MAT)

16 %
4 Maîtrise de la Balance Alimentaire

Cations-Anions (BACA) ⇒ différence entre les apports alimentaires de potassium (K) et de sodium (Na)

Entre 0 et -50

mEq/kg de MS = PH urinaire

6,5 - 7

Ce qui permet d'ajouter entre 8-10 kg de lait au pic de lactation pour les vaches laitières et 4-5 kg pour les génisses.


La ration est globalement la même au fil des saisons car les vaches sont en bâtiment. Leur vision est que le microbiote du rumen doit être perturbé le moins possible, et depuis l'installation du robot, induisant une traite continue au fil de la journée, les vaches pâturent moins. Au printemps, la différence réside dans le fait que l'affouragement vert vient en complément de la ration globale et que l'équipe diminue, donc la quantité de tourteaux (prairies riches en légumineuses, trèfle).

Il y a des plans d'alimentation en fonction de la productivité de la vache :

  • Des plans en début de lactation, donc de 0 ( au moment du vêlage) à 20 jours, les vaches sont toutes alimentées de la même manière "où justement, on a des quantités d'énergie qui sont assez importantes pour donner assez d'énergie à l'animal pour lui permettre d'exprimer son pic laitier".
  • A partir de 20 jours en fonction de la productivité de la vache il y a un plan de complémentation adapté qui est réadapté à 50-60 jours.
  • Ration des vaches laitières :
Ration à l'auge VL Kg de MS
Méteil 10-11
Maïs épis 6
Céréales 2,7 (50% de maïs et de blé)
Paille 0,7
Correcteurs azotés 2,5
Minéraux "adaptés" en fonction

des besoins de chaque vache

0,6
Sel 0,2

Au sujet des minéraux : Les apports sont importants notamment en zinc/cuivre/manganèse/cobalt et une attention particulière est apportée sur le fait de varier les sources de sulfates : "oxydes et chélates". Arthur Clause nous explique que "dans la plupart des minéraux que les agriculteurs achètent, ils ont souvent que des sulfates parce que c'est ce qui coûte le moins cher. Sauf que pour améliorer l'assimilation par les animaux il faut également des macro éléments, des oligo-éléments et des vitamines, surtout les oligo-éléments, il faut varier les sources. Par exemple, on n'a pas que des phosphore bi calcique, on a des mono, on a des sources de calcium assimilables, et cetera et on travaille aussi beaucoup les vitamines (A, D, 3E + biotine pour le revêtement de sabots)..."


Au sujet du foin/paille : "Le foin de luzernière est de très bonne qualité, vert et assez dur (la caractéristique "piquante" est recherchée pour développer les papilles ruminales, les résistances du rumen de la vache et exciter la vélocité des parois".

Ration robot vaches laitières Kg de matière brute
VL 1 : Correcteur énergétique pour les fortes productrices, fabriquée avec les céréales de la ferme : "on travaille avec un marchand d'aliments qui récupère nos céréales et qui les valorise en un aliment énergétique ". Entre 2,8-3
VL 2 : Pour fin de lactation à base de sainfoin (naturellement riche en tanin apporter des PDIA ce qui assainit et prépare la mamelle) 0,5

Cette ration distribuée par le robot est constituée à 45% d'ingrédients de la ferme.

Performance du troupeau :

  • Quantité de lait produit par jour (L/j) :40 kg lait/vache.
  • Volume vendu en L : 1 000 000 L.


Comparaison avec d’autres systèmes productivistes : Arthur Clause s'exprime par rapport à la santé/longévité des animaux en système productif et explique qu'"en système productiviste on est fragiles si et seulement si on ne réadapte pas la ration face à cette hausse de production, si on ne fait pas le dernier pas. Aux États-Unis et en Israël par exemple, il y a des vaches à cinq, six, sept lactation sans problème avec une bonne santé, sans avoir une mammite. Ils ont déjà longtemps réfléchi sur ça. Et nous en France, la majorité des systèmes sont basés à 80% sur du "maïs-ensilage" 80 %, des correcteurs et un peu de paille, c'est tellement déséquilibré... On ne peut pas avoir la longévité dans ce genre de système".

Coût de la ration des vaches laitières

  • Charges opérationnelles : 6,4 €/ VL / jour.
  • Prix du lait (en moyenne avec les primes) : 450 € le 1000 L.
  • Produit : 19 €/ VL / jour.
  • Marge : 12, 60 € / VL / jour.
  • Coût sans la complémentation de ration par le robot : 5,3 € (cette complémentation a un coût de 0,9 € / vache / jour).
  • Marge : 9,1 € /VL.
  • Pour 100 vaches : 300 € /jour.

Génisses

  • Génisses avant insémination :
    • Ont une ration à l’auge.
    • Objectif : contrôler ce qu’on leur donne pour faire des vêlages précoces permettant de revenir rapidement sur investissement.
  • Génisses après insémination :

Une fois inséminées les génisses partent dans les paddocks pâturer (pas du pâturage tournant, mais au fil). Il y a quand même une fourniture, "mais elles ont besoin de moins d'apport nutritif parce qu'elles ont déjà fait leur croissance".

  • Ration type des génisses :
    • MS foin (coupé très finement) : 3 kg.
    • MS paille (coupé très finement) : 3kg.
    • MS de correcteur azoté (soja, + TANIN protéines tannées) : 3kg.
    • MS de méteil (côté appétence) : 4-5 kg.
    • MS de maïs épis (produits à la ferme) : 2 kg.
    • Soja : Si besoin.
    • Aliment BACA : 300g/vl/j.
    • Minéral : 300g/vl/jour : "On a un minéral spécial génisse. Mais moi, pour la plupart de mes éleveurs, je conseille de mettre le même minéral pour les vaches. Comme ça, les animaux font déjà leur plein en zinc, en manganèse, en biotine, etc., et ça va intervenir aussi dans la santé du veau. La dureté des ongles longs, le développement de la mamelle, donc la minéralisation, c'est aussi très important" explique Arthur Clause.
    • Sel (intervient dans la santé des cellules) : "Pour qu’une cellule soit en bonne santé il y a un échange entre le sodium et le potassium. Et nous, comme on est sur des rations, ici, il n'y a pas de maïs ensilage pour les animaux, hormis si on a des problèmes de stocks pour les génisses. Mais dans 95 % du temps, c'est des fourrages verts qui sont riches en potassium. Donc on est obligés d'avoir des quantités de sel  élevées pour avoir un rapport environ deux ou trois entre le sodium et le potassium. Et cet échange là, il permet à la cellule d'avoir une fourniture énergétique assez importante."
    • Correcteur si besoin, par exemple pour les méteils de 2023, qui faisaient 16% de MAT, il n'y a pas eu besoin de correcteur azoté.
    • Objectif d'ingestion de 15kg de MS et d'équilibre des rations :
      • 0,82 à 0,85 UF (Unité Fourragère), pas trop élevé sinon la vache produit du gras et moins de lait.
      • 15-16% MAT (Matière Azotée Totale).
      • 110 PDIN (Protéines Digestibles dans l'Intestin grêle).
      • 105 PDIE Protéines Digestibles dans l'Intestin grêle (PDI) permises par l'énergie (E) .

Objectif de la ration des génisses : Apporter notamment de la MAT, un peu en énergie et un tout petit peu en correcteurs si les méteils ne sont pas d’assez bonne qualité.

"L'UF fait du gras. La MAT : fait de l’os et du muscle, ce qui est recherché dans la ration de génisse. Il faut savoir que jusqu'à la 3ème lactation d’une vache il y a une différenciation cellulaire qui se fait dans la mamelle. Soit on va faire des cellules adipocytes, donc du gras, soit on va faire des cellules lactocytes, donc du lait et c'est ça qu'on recherche en production laitière. Cette différenciation cellulaire se fait en fonction de l'alimentation qu'on donne à l'animal. Si on lui donne un apport énergétique important, on va faire des cellules adipocytes, si on lui donne beaucoup de protéines dans la préparation, et notamment des PDIA  on va favoriser les cellules lactocytes."

Travail de préparation au vêlage

La préparation aux vêlages à la ferme du Moulin Guérin est plus longue que chez la plupart des éleveurs, en effet, 6 semaines avant qu’elle vêle la génisse est déjà en préparation vêlage (et les vaches laitières au minimum trois ou quatre semaines). L'équipe de la ferme a observé qu'avant d’avoir travaillé sur la préparation aux vêlages, ils avaient des colostrum de moins bonne qualité. Là, ils arrivent sur des colostrum à 25-27% de Brix, permettant de bien charger les veaux en immunité et qui derrière ont moins de problèmes.


Une attention particulière est apportée au :

  • Contrôle du PH urinaire (se situer entre 6,5 et 7) toutes les deux semaines et de la BACA (pour les vaches laitières : 300 de BACA, PH de 9).
  • Suivi du coups cétonique pour prévenir l'acétonémie : Au delà de 1,2 mmol/L il faut un apport de sucre. "Cela permet de prévenir des maladies qui peuvent arriver parce qu'un animal n'a pas assez d'énergie, il va puiser dans ses réserves graisseuses. Donc il va maigrir."
  • En fin de lactation contrôler la glycémie de l’animal, avec la préparation au vêlage, ils essayent justement de la baisser et de la rendre négative.
  • Conséquences d'un vêlage sans assez d'énergie:
    • Risque d'involution utérine qui ne va pas être fait correctement.
    • Risques de métrite.
    • Risque que les chaleurs soient décalées (au lieu de revenir à 50 jours, les animaux vont peut-être revenir à 100-150, voire même dans certains cas, 200 jours.


Résultats de ce travail : 35L de lait à 50 jours / 50L de lait à 30 jours / insémination artificielle à 45 jours.

Alimentation/conduite des veaux

  • Important : Apporter de l'eau à disposition dès la naissance en plus du lait.
  • Pour l'instant les veaux restent 21 jours dans des niches individuelles. Pour l'instant il y a un trou immunitaire entre l'apport de colostrum et de lait par la mère et création de leurs propres anticorps sanguins (ce qui se passe entre les 15 et 20 jours). Il est important de ne pas véhiculer de stress pendant cette période. Il y a donc une réflexion de faire passer de niches individuelles a collectives plus tôt (13eme jour) ou plus tard à 25/30jrs.
  • 0 - 10 jours : Montée en lait jusqu’à 8L.
  • A partir de 8L : Passage aux niches collectives jusqu’à 60-65jrs à partir de là, les quantités de lait descendent. Ration de maïs + blé pour la variation des deux sources d’amidon, l'amidon du maïs = lent / l'amidon du blé = amidon rapide. Cela est ensuite mélangé à du foin/paille qui fait la rumination des veaux + sainfoin (soutien apport de MAT, déparasité + antioxydant).
  • Ensuite passage à des niches par groupes.
  • Passage de nouveau à un autre bâtiment.
  • La litière peut être soit de paille soit de BRF quand ils en ont.
  • L'insémination de kéfir dans la litière :
    • Permet d'éviter que la litière chauffe.
    • Ne sent pas l'ammoniaque.
    • Animaux en bonne santé.
  • Résultat : Le taux de mortalité sur les veaux est de 3%.

Autonomie alimentaire du troupeau

"Sur 25 kg de MS ingérées, 20 kg sont produits sur la ferme" :

  • Autonomie fourragère à 100%.
  • Autonomie protéique à 80% : achètent 2kg de soja + l'AVL énergétique.

Autres ateliers et autonomie

Méthanisation

  • L'objectif, de départ était de diversifier la source de revenus de la ferme, ce qui permettrait de compenser les prises de risques des investissements sur l’atelier laitier :"C’est pour gagner de l’argent, on l’assume, on veut gagner notre vie avec notre métier" affirme Anton.
  • Productions : Electricité et digestat (l'électricité est utilisée pour chauffer les maisons, sachant que 25% de la chaleur thermique produite par la méthanisation repart pour chauffer les cuves du méthaniseur).
  • L'arbitrage des intercultures pour la méthanisation est simple : les moins bonnes en qualité fourragère partent à la méthanisation, les bonnes sont pour les vaches.
  • Pour être autonomes, 3 voisins apporteurs de fumier et lisier = 4000 t de fumier. En échange, ils reçoivent du digestat : 1 t de fumier pour 1 t de digestat chez eux. Certains font des couverts de méteil pour la méthanisation, dans ce cas le "méteil est indemnisé" pour la quantité qui est rapportée.
  • Ration de la méthanisation :
    • 75% fumier / lisier (9000 t).
    • 25% : CIVE ou cultures "ratées", déchets laiterie (graisse, lactosérum).
    • Sous-produits végétaux de l’industrie.

= 45 t ingérées / jour pour faire tourner 2 moteurs de 400 kW/h.

  • Investissement : 2 à 2,5 millions €.
  • Amortissement : en 10 à 12 ans.

Grâce à la méthanisation la ferme a de la "fertilisation à volonté" tout en respectant les normes, cela permet de s’affranchir des engrais chimiques moins bons pour le sol et d'être résilient par rapport à la montée des prix des engrais.

Photovoltaïque

Production de 100 kW , vente 36kW, le reste est dédié à l'autoconsommation.

Vaches allaitantes

  • Angus.
  • Pâturage toute l'année.

Equipement et stockage

Equipements
Equipement 1 Déchaumeur à disques (5,5 m, utilisé pour 150 ha, deux fois par an)
Coût En CUMA
Equipement 2 Strip-till pour implantation du maïs, avec semoir combiné et cuve engrais
Coût 25 000€ d’occasion (7 ans d'amortissement)
Equipement 3 Semoir Sky pour semis céréale, méteil et prairie (6m)
Coût 35 000€ à charge sur 115 000€ (en copropriété, 7 ans d'amortissement)

équipe de plusieurs trémies pour pouvoir mettre l'engrais starter en même temps que le semis

Equipement 4 Robot de traite
Coût Prix a été fixé 175 000 € , 50 000 € d'amortis. Emprunt sur 7 ans.


"La tranquillité d'esprit vient avec la capacité de stockage " : Il y a un bâtiment de stockage du fourrage où l'équipe stocke son foin, (paille pour le paillage des vaches et paille ensilée  pour l'alimentation).

"Grâce à nos luzernes qui sont mises dans la rotation et grâce au séchage en grange, on arrive à avoir un foin vraiment de super qualité et qui est assez dur."


Conservation silos :

On utilise un conservateur bio, depuis longtemps, qui marche bien et qui est simple. Ça coûte entre quinze et 20 € /hectare, c'est un produit qui n'est pas cher et qui est basé sur des bactéries lactiques qui consomment l'oxygène en 48 h pour descendre le pH à 4.

Pour un maïs : "taux 50% de MS dans le silo" (préconisation d’être entre 50 et 55%).

Bâches 700€ pour 40ha, 17€/ha.

"silo tampon --> assure la transition d'au moins 3 semaines entre la récolte du nouveau méteil et sa conservation"

Silos à la ferme du Moulin Guérin.
Silo sandwich à la ferme du Moulin Guérin.

Freins en semis direct

Anton explique qu'en semis direct il est important de niveler son sol : "plus le sol est nivelé, mieux c’est pour le futur grain". Pour lui, les semoirs direct ont un handicap : "Ils n'ont pas une herse devant qui nivèle la terre". Alors qu'en semis direct il est important que l'élément semeur suive bien les courbes du terrain.

Technique : Croiser les lignes de semis du précédent maïs avec celles de blé, tout en croisant les lignes de traitement et de récolte avec les lignes de semis de blé actuelles.

On observe bien les deux lignes des semis qui se croisent pour obtenir un nivèlement des parcelles à la ferme du Moulin Guérin

Commercialisation

Laiterie devant la ferme du Moulin Guérin (se situe à 5 km du corps de ferme).
Laiterie.

Economie

Pour Anton l'effet du prix de vente du lait à la laiterie joue en partie sur les retombées économiques de la ferme, cependant Anton cherche l'efficacité et la rentabilité du modèle avec les prix actuels. Cela passe par la diversification des ateliers.

CA Vaches laitières 500 000/600 000 €
CA Méthanisation 600 000/700 000 €
CA Photovoltaïque 24 000 €

Marges brutes /ha


Evolution économique

Bilan social

Temps de travail

Dans une semaine à 6jours : minimum 10h /jour + 1h de bureau, parfois Anton peut monter à 200h /mois.

Organisation de la journée :

  • But : à 6h 30 - 18h 30.
  • Pauses : 30 min le matin, 1h 30 à midi.

Satisfaction économique

Anton se plaît dans son travail mais se sent toujours en tension par rapport à la trésorerie : "On a connu des moments bien mieux, plus tranquilles dans notre carrière, mais aujourd’hui nous avons investi, on fait vivre beaucoup de monde, on met des produits bien plus sains qu’à l’époque, on fait attention au bien être de nos animaux, on utilise des outils plus propres et modernes, faciles à travailler, et de l’autre côté on se verse parfois moins d’argent qu’un salarié finalement, surtout par rapport au temps de travail et on a pas de possibilité d’épargner, même dans les bonnes années". Il ressent aussi le poids des charges sociales, de la MSA et des impôts.

Santé au travail

"A la ferme cela a toujours été un principe d’être super bien équipé. Faire le moins possible à la main. Mais tout ça a un coût. À vrai dire, je rêve de faire tout à la main avec la nature, c'est une bien jolie image, mais il faut le faire après." Depuis les nouveaux investissements Marlène et Anton ont moins de problèmes de dos, d'épaules, moins de pénibilité physique. Anton reconnaît qu'il y a certains inconvénients il insiste cependant que leur système ne s'épuise pas mais "tous les ans se construit davantage, se remet en question, s'améliore… ". Par ailleurs la diminution des phytosanitaires qui accompagne la transition de système le rend davantage heureux. Dans ce sens, il sait qu’il a un métier qui a du sens et qu'à son échelle il peut avoir un grand impact par le seul changement de pratiques :"L’agriculteur c’est l’acteur principal pour lutter contre le changement climatique, c’est pas le plus gros pollueur, mais c’est celui qui a le plus de choses en main pour avancer vite, avec les surfaces on peut faire énormément de choses"

Conclusion

  • Conseils pour la transition :
    • Ne jamais se lancer tout seul (par exemple, à son arrivée en France Anton s'est entouré du groupe BASE).
    • "Cela ne sert à rien de remplacer une machine par une autre, ce sont les racines qui font à la place des machines" : au départ Anton a investi dans du matériel de culture en copropriété avec un voisin (un Cultiplow: ameublisseur/décompacteur et un semoir Horsh). Cependant les changements attendus dans les sols n'étaient pas satisfaisants, ce sont les itinéraires techniques et la rotation qui auraient dû changer d'abord, notamment en faisant intervenir de bons couverts.
    • Le système polyculture élevage laisse plus de marge d'erreur dans le sens où il est possible de faucher des cultures "ratées" et les récupérer en fourrage. Anton constate que cela laisse une marge de manœuvre importante lors des premières années en semis direct, ou même pour des essais sur plus petites parcelles.
    • Pour avoir un sol vivant il faut nourrir la pédofaune constamment, en surface sur les premiers cm pour que les vers de terre, par exemple, viennent chercher la nourriture et au passage creuser les galeries qui vont faire la structure du sol.

Sources

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