Utilisation de compost Walter Witte en polyculture élevage bio, retour d'expérience de Michel Couderc

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Dans cette vidéo, Michel Couderc, agriculteur bio depuis 43 ans en polyculture-élevage, partage son retour d’expérience sur l’utilisation du compost Walter Witte. Installé avec sa famille sur une ferme aujourd’hui transmise à son fils, il défend une agriculture biologique conduite sans apports minéraux, fondée sur les rotations, l’autonomie et la vente directe. Depuis trois ans, il a profondément modifié la gestion de ses 700 tonnes annuelles de fumier en les mélangeant à des déchets verts, puis en tassant fortement le tas pour éviter la montée en température et limiter les pertes d’azote et de carbone. Résultat : beaucoup moins de pertes, un volume d’amendement bien supérieur et une efficacité agronomique nettement accrue. Michel observe des céréales plus vigoureuses, de bons rendements en bio, et une amélioration globale de la fertilité des sols, tout en réduisant les émissions liées au compostage classique.

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Résumé
Dans cette vidéo, Michel Couderc, agriculteur bio depuis 43 ans en polyculture-élevage, partage son retour d’expérience sur l’utilisation du compost Walter Witte. Installé avec sa famille sur une ferme aujourd’hui transmise à son fils, il défend une agriculture biologique conduite sans apports minéraux, fondée sur les rotations, l’autonomie et la vente directe. Depuis trois ans, il a profondément modifié la gestion de ses 700 tonnes annuelles de fumier en les mélangeant à des déchets verts, puis en tassant fortement le tas pour éviter la montée en température et limiter les pertes d’azote et de carbone. Résultat : beaucoup moins de pertes, un volume d’amendement bien supérieur et une efficacité agronomique nettement accrue. Michel observe des céréales plus vigoureuses, de bons rendements en bio, et une amélioration globale de la fertilité des sols, tout en réduisant les émissions liées au compostage classique.

Cette vidéo a été réalisée dans le cadre du Carrefour des Éleveurs 2023 organisé par La Vache Heureuse : https://www.lvh-france.com/




Présentation de la ferme et parcours de Michel Couderc

Michel Couderc se présente comme agriculteur bio depuis 43 ans, avec son épouse. Il précise qu’il s’agit probablement de sa dernière année d’activité, même si son fils poursuit sur la ferme, ce qui assure la continuité de l’exploitation.

Le passage en agriculture biologique remonte à 1980. Il explique que ce choix était avant tout un choix philosophique. Formé à l’école d’agriculture, il dit qu’on lui avait appris les méthodes classiques, mais que cela ne lui convenait pas. Il se décrit comme étant à contre-courant, y compris au sein de sa propre famille, issue du monde paysan depuis plusieurs générations.

À l’époque, le passage en bio était très mal perçu. Il explique qu’ils avaient « tout le monde contre eux » : la famille, les voisins, l’environnement professionnel. Cette situation a été difficile à vivre au début, d’autant plus qu’ils avaient une famille nombreuse avec cinq enfants.

L’installation s’est faite sur une toute petite surface, 20 hectares au départ, en bio directement. Le lait était livré à la coopérative avec un quota très faible, seulement 17 000 litres. Malgré cela, ils ont persisté, par conviction et par ténacité.

Une logique économique fondée sur la sobriété

Michel Couderc explique que, dès le départ, la bio a aussi répondu à une nécessité économique : ils n’avaient pas les moyens d’investir lourdement. Il prend l’exemple de l’orge à l’époque : avec 50 quintaux, il fallait engager environ 5 000 francs par hectare, pour n’en retirer qu’environ 500 francs de bénéfice. Son raisonnement a donc été de réduire fortement les dépenses pour conserver un bénéfice similaire, voire meilleur, sans courir après des rendements élevés coûteux à produire.

Selon lui, c’est ce qui s’est passé : avec moins de charges, le système a tenu. Il évoque aussi le regard très sceptique de son père, qui pensait qu’ils allaient échouer. Pendant plusieurs années, son père ne venait même pas les aider, persuadé qu’ils « allaient se casser la gueule ». Ce n’est qu’au bout de 7 ou 8 ans, en constatant que la ferme tenait toujours, qu’il est revenu leur donner un coup de main.

Une bio sans restitution minérale

Michel Couderc insiste sur le fait qu’ils n’ont jamais fait de restitution minérale. C’était l’inverse exact de ce qu’on lui avait appris à l’école. Il se souvient des remarques de son entourage, notamment de son oncle, qui lui disait qu’en bio, sans engrais, les plantes resteraient petites, jaunes, et qu’il n’arriverait à rien.

Pourtant, sur les terres reprises dans sa famille, il a réussi à faire produire les parcelles sans apport minéral, uniquement grâce à la rotation des cultures. À l’époque, les rendements en céréales se situaient entre 25 et 35 quintaux, mais sans frais importants, ce qui permettait de faire tourner l’exploitation.

Avec le recul, il estime que s’ils avaient su dès le début ce qu’ils savent aujourd’hui, ils auraient progressé beaucoup plus vite.

L’exploitation aujourd’hui

Aujourd’hui, la ferme fait environ 80 hectares, contre 72 encore récemment. Quatre personnes y travaillent. Michel Couderc explique qu’en pratique, cela revient à vivre chacun sur environ 20 hectares.

L’exploitation est en polyculture-élevage biologique, avec environ 78 UGB. Elle produit autour de 700 tonnes de fumier par an. Ce fumier provient principalement des vaches, avec aussi quelques cochons.

Une caractéristique importante de la ferme est la vente directe : ils vendent toute leur production eux-mêmes. Michel Couderc y voit une démonstration concrète qu’un système bio diversifié peut être rentable sur une surface relativement modeste, contrairement au discours selon lequel il faudrait absolument de très grandes surfaces pour vivre.

Les limites du compost classique

Avant d’adopter la méthode dite du compost Walter Witte, la ferme produisait du compost de manière plus classique, avec retournement des andains. Selon Michel Couderc, cela conduisait à de très fortes pertes.

Avec 700 tonnes de fumier, ils n’obtenaient au final qu’environ 300 tonnes de compost. Il rappelle que c’est ce qu’on leur avait appris en agriculture biologique : faire du compost, le retourner, le gérer en andains. Mais avec le recul, il considère désormais que ce n’est pas la bonne méthode.

Selon lui, le retournement entraîne :

  • des pertes d’éléments fertilisants ;
  • des pertes sous forme de gaz à effet de serre ;
  • une dégradation de la valeur agronomique du produit final.

Il estime qu’au lieu de ramener ces unités fertilisantes au sol, on les laisse partir dans l’air. Il considère donc que ce système n’est bon ni pour la planète, ni pour le paysan.

Il ajoute que le compost produit n’était pas toujours de bonne qualité. Celui fabriqué en hiver était à peu près correct, mais celui réalisé en été était souvent mauvais. Dans son contexte, avec beaucoup de soleil, un fumier curé en été et simplement mis en tas montait rapidement à 60 ou 70 °C. À la fin, il se transformait presque en paille sèche, ayant perdu selon lui jusqu’à 80 % de sa valeur.

Le principe du compost Walter Witte

Michel Couderc explique qu’ils utilisent depuis environ trois ans la technique du compost Walter Witte, qu’il présente comme une avancée majeure.

Le principe est de ne plus laisser le fumier chauffer, mais de le faire fermenter à froid, dans un milieu tassé, pauvre en oxygène. L’objectif est d’éviter la montée en température, responsable des pertes importantes observées dans le compost classique.

Selon lui, la différence est considérable :

  • la quantité de matière conservée est bien plus importante ;
  • la valeur fertilisante semble supérieure ;
  • le produit final est plus efficace au champ.

Il estime qu’en ajoutant environ 300 tonnes de déchets verts aux 700 tonnes de fumier, ils mettent en chantier près de 1 000 tonnes de matière, et qu’à la sortie il reste environ 900 tonnes à épandre. Il retient prudemment une perte de 10 %, qu’il juge sans doute surestimée, mais préfère rester large.

Il compare cela à l’ancien système, où les mêmes 700 tonnes de fumier ne donnaient que 300 tonnes de compost. À ses yeux, l’écart est évident : avec le même cheptel, on obtient environ trois fois plus de produit à épandre.

La fabrication du tas

Le fumier est curé avec un godet de 2,20 m. Au moment du curage, ils mélangent :

  • deux godets de fumier ;
  • un godet de déchets verts fins.

Le mélange se fait grossièrement dans la benne. L’important n’est pas un mélange très homogène au départ, mais surtout le tassage du tas.

Le tas est fait au plus près de la stabulation pour éviter les pertes de temps et rendre la pratique durable dans le travail quotidien. Michel Couderc insiste sur ce point : si une technique est trop contraignante, on finit par l’abandonner.

L’utilisation des fines de déchetterie

Au départ, pour fournir le substrat carboné nécessaire, ils faisaient broyer du bois de haies. Mais cela coûtait cher : le broyeur revenait à environ 350 euros de l’heure. Il fallait donc avoir de gros volumes prêts à broyer, et surtout du bois suffisamment gros pour que l’opération soit rentable. Les petits buissons n’étaient pas intéressants économiquement.

Ensuite, ils ont trouvé une autre solution : les fines de déchetterie.

Michel Couderc explique que les particuliers déposent en déchetterie leurs tontes, tailles de haies, branches, etc. La déchetterie trie ces déchets :

  • les gros morceaux vont vers le broyage pour alimenter des chaufferies ;
  • les « fines », c’est-à-dire les petits morceaux, sont plus difficiles à valoriser.

Ces fines coûtent de l’argent à la collectivité si elles doivent être envoyées vers une usine de compostage. Dans leur cas, la déchetterie préfère les faire livrer gratuitement à la ferme, située à 12 km. Pour la ferme, c’est un apport de matière carbonée gratuit et disponible à volonté.

L’importance décisive du tassage

Michel Couderc insiste très fortement sur ce point : le plus important dans la technique, c’est le tassage.

Au début, sur conseil de Conrad, ils avaient essayé de tasser seulement avec le pont avant du tracteur. Cela ne suffisait pas : seul le dessus était vraiment tassé, et le cœur du tas chauffait encore. Le tas fumait le matin pendant longtemps, signe pour lui de pertes massives.

Ils ont ensuite essayé de monter complètement sur le tas avec le tracteur, malgré le caractère délicat et potentiellement dangereux de l’opération. Il précise que ce n’est pas une tâche à confier à un stagiaire. La première montée est la plus risquée, car la matière est encore meuble. Une fois qu’on a roulé une première fois, le tas se cale et devient plus stable.

Ils roulent ainsi plusieurs fois sur le tas afin de le compacter fortement. Depuis qu’ils procèdent ainsi, les tas ne chauffent presque plus.

Selon ses mesures, la température maximale atteint environ 35 °C, alors qu’un fumier simplement mis en tas monte très vite à 60 ou 70 °C. Pour lui, c’est précisément à ce moment-là que « tout part » : les éléments fertilisants, l’azote, la valeur du produit.

Il résume cela de façon très concrète : quand on voit la vapeur sortir du tas comme d’une cheminée, on voit partir l’argent.

Le rôle de la couche de finition en déchets verts

Une fois le tas bien tassé, ils ajoutent par-dessus une couche de fines de déchets verts, sur environ 20 à 35 cm d’épaisseur.

Cette couche a plusieurs fonctions :

  • elle protège le tas du soleil ;
  • elle limite le dessèchement en été ;
  • elle sert de filtre aux gaz ou émanations issus de la fermentation.

Michel Couderc pense qu’il subsiste malgré tout une légère fermentation dans le tas, mais que les composés qui s’échappent traversent cette couche de fines, où ils peuvent se fixer au lieu de partir directement dans l’air.

Il note aussi que les fines issues de résineux sentent fortement le conifère lorsqu’elles sont déposées, mais qu’après un mois sur le tas, cette odeur a disparu. Il ne propose pas d’explication précise, mais constate que cela fonctionne.

Une fermentation froide et anaérobie

Dans l’intervention qui accompagne le témoignage, il est expliqué que cette technique s’apparente davantage à une fermentation qu’à un compostage aérobie classique. Le principe est similaire à celui de l’ensilage ou de la choucroute : on tasse pour chasser l’oxygène et favoriser des fermentations anaérobies, notamment liées aux bactéries lactiques.

L’idée défendue est que la construction de la fertilité du sol dépend fortement de processus biologiques se déroulant en milieu pauvre en oxygène. La matière organique serait ainsi mieux conservée, avec beaucoup moins de pertes en azote et en carbone.

Il est également évoqué que ces pratiques se développent notamment en Allemagne, avec un mélange idéal présenté comme proche du 50 % fumier / 50 % bois broyé, tassé comme un silo.

Comparaison agronomique avec le compost classique

L’un des intervenants rappelle des essais simples menés pour comparer différents produits organiques. Selon lui :

  • un compost industriel chaud, hygiénisé et normé ne restaure pas correctement la stabilité structurale du sol ;
  • un engrais vert incorporé donne le même problème ;
  • au contraire, des matières brutes riches en carbone comme la paille ou le bois permettent une meilleure stabilité structurale.

Cette lecture rejoint le constat de Michel Couderc : le compost classique, surtout lorsqu’il chauffe beaucoup, perd de sa valeur. À l’inverse, le fumier fermenté à froid avec apport de bois ou de fines conserverait bien mieux ses qualités.

Il est aussi mentionné qu’une première étude, issue de travaux repris de l’université d’Uppsala en Suède, montre que ces composts de type Walter Witte contiennent davantage :

  • d’azote ;
  • d’ammonium ;
  • de carbone

qu’un fumier ou un compost traditionnel. Les émissions de gaz à effet de serre pendant la phase de transformation seraient également plus faibles.

Effets observés sur la ferme

Michel Couderc dit très clairement qu’il ne conduit pas lui-même d’essais scientifiques, mais qu’il observe ce qui se passe sur sa ferme.

Son constat est que, à quantité épandue équivalente, le compost Walter Witte est plus efficace que le compost qu’ils faisaient auparavant. Il évoque notamment des apports de l’ordre de 40 t/ha sur céréales, comme ils faisaient déjà autrefois, mais avec un effet visuel très supérieur.

Au début de l’hiver, les céréales lui ont paru exceptionnellement développées, au point de lui faire presque peur tant elles étaient vigoureuses. Selon lui, ils n’avaient jamais vu cela au mois de novembre-décembre.

Il insiste sur le fait que :

  • il y a plus de produit disponible ;
  • ce produit est plus efficace par tonne ;
  • il faut donc apprendre à gérer cette fertilité nouvelle.

Le risque de trop d’azote

Un point marquant de son témoignage est que, contrairement à une idée répandue, leur problème n’est pas le manque d’azote, mais parfois l’excès.

Il rappelle qu’en 43 ans de métier, il n’a jamais acheté ni un kilo d’azote, ni un kilo de tourteau. Pourtant, avec le compost Walter Witte, ils peuvent désormais se retrouver avec trop d’azote.

Cela les oblige à adapter leurs rotations. Autrefois, ils faisaient des associations avec des féveroles sans se poser autant de questions. Aujourd’hui, ils doivent être plus attentifs pour éviter la verse et un excès de végétation, en particulier sur certaines cultures.

Exemple sur l’orge

Michel Couderc cite le cas de l’orge. L’année précédente, ils ont obtenu 55 quintaux. Il distingue deux îlots, dont un derrière luzerne.

Il explique que, chez eux, les cultures ont pu être si poussantes qu’elles ont étouffé les mauvaises herbes. Il décrit des parcelles très propres et très belles, comparables à celles de systèmes conventionnels fertilisés, avec en plus l’absence de traces de roues liées aux apports d’engrais.

Pour lui, le résultat est très parlant : ils obtiennent des rendements élevés avec une fertilisation entièrement issue de la ferme, valorisée par cette nouvelle manière de gérer le fumier.

Rotations et associations culturales

Michel Couderc présente une approche fondée sur les mélanges et la souplesse.

Il dit ne jamais faire de féveroles pures. Pour lui, cela n’a pas de sens. Il préfère les associer avec une céréale. Par exemple :

  • un big-bag de féveroles ;
  • un big-bag d’orge.

Le mélange est réalisé simplement, parfois directement au godet ou au semoir, sans recherche de sophistication. Les semences sont des semences fermières.

Les semis sont faits au combiné, souvent autour de 175 kg/ha. Cette année-là, ils ont semé vers le 8-10 octobre, un peu avant la pleine lune, ce qu’il relève comme une observation intéressante. En règle générale, il préfère semer un peu avant que trop tard.

Le non-labour et le travail du sol

Michel Couderc explique qu’il n’a plus labouré depuis environ 15 à 20 ans. Il en est très satisfait, notamment à cause des cailloux : le labour faisait remonter énormément de pierres, ce qui compliquait fortement le travail. Depuis l’arrêt du labour, ils en sortent « 95 % de moins ».

Leur outil principal est un cultivateur à dents type Solano Horizonte, un outil espagnol robuste. Selon les situations, ils utilisent les dents seules ou avec ailettes.

Pour détruire une prairie avant blé, par exemple, ils commencent tôt, dès juillet si possible, surtout s’il y a eu un orage et que le sol est travaillable. Ils passent plusieurs fois :

  • d’abord avec les dents sans ailettes ;
  • puis avec ailettes ;
  • ensuite semis au combiné ;
  • puis roulage.

Le roulage est important chez eux à cause des cailloux, mais aussi parce qu’il permet de sécuriser la culture. Si une parcelle est trop sale, elle peut toujours être valorisée en fourrage annuel.

Le cas du blé en anciennes variétés

Le blé est vendu en farine, en vente directe. La clientèle demande des anciennes variétés, et la ferme s’adapte à cette demande.

Mais ces anciennes variétés supportent mal les excès d’azote. Michel Couderc raconte qu’un blé semé derrière luzerne avait été magnifique toute l’année, avant de verser totalement trois semaines avant la moisson. Il estime avoir perdu une dizaine de quintaux sur cette parcelle, alors que le mélange à côté est resté bien debout et a donné autour de 50 à 55 quintaux.

Cela confirme, selon lui, que leur système peut désormais produire beaucoup de fertilité, au point qu’il faille la piloter finement.

Organisation de l’épandage

La gestion du stock est devenue un enjeu central, puisqu’ils ont désormais beaucoup plus de matière à épandre.

Michel Couderc explique qu’il faut absolument que les tas soient vidés avant le 1er novembre, car c’est le moment où les animaux rentrent et où une nouvelle production importante de fumier commence. Avec près de 1 000 tonnes en jeu, il faut anticiper.

Ils utilisent d’abord le produit sur :

  • les terres destinées aux céréales ;
  • le jardin ;
  • un peu de maïs ;
  • les betteraves ;
  • puis les prairies.

Le compost est généralement incorporé superficiellement, sur les 5 à 10 premiers centimètres, puis roulé. Ils évitent de le laisser simplement en surface pour les céréales.

Questions sur la couverture et la température

Une question est posée sur le fait que le tas n’est pas couvert par un film. Michel Couderc répond que, sans couverture, la partie supérieure peut sécher, surtout en été, mais que cela reste sans commune mesure avec un fumier simplement benné et abandonné. Le fait que le tas soit tassé change tout.

Il insiste à nouveau sur l’importance d’intervenir tout de suite après le curage :

  • tasser immédiatement ;
  • recouvrir rapidement de fines.

Car s’ils remettaient cela au lendemain, ils ne le feraient souvent pas, et la qualité du produit s’en ressentirait.

Analyses et premières références

Michel Couderc dit qu’il n’a pas lui-même fait analyser son fumier, mais il est fait référence à des analyses d’autres fermes, notamment en Sarthe, montrant que ces fumiers avec bois peuvent atteindre près de 9 unités d’azote, déjà nettement plus que des fumiers conventionnels sur paille.

Il est avancé que le bois joue un rôle de capteur d’ammoniac, ce qui limite les pertes et maintient l’azote dans la matière.

Il est aussi question de références allemandes évoquant jusqu’à 20 unités d’azote avec des procédés bien maîtrisés.

Émissions de méthane et microbiologie

Une autre question porte sur le méthane. La réponse donnée est que, d’après des retours d’expérience belges, ces fermentations anaérobies particulières n’émettraient pas de méthane de manière significative, car elles mobilisent une microbiologie différente de celle des fermentations produisant du méthane.

L’idée est que le tassage oriente la vie microbienne vers des ferments lactiques et d’autres familles anaérobies utiles, au lieu des processus de dégradation aérobie chaude du compost classique.

Il est précisé que ce champ de recherche est encore en cours d’exploration, mais que les observations de terrain sont très encourageantes.

Une pratique encore en construction

La fin des échanges montre que les pratiques ne sont pas encore complètement stabilisées. Certains participants évoquent l’ajout de bactéries lactiques ou d’autres préparations microbiologiques. D’autres utilisent des liquides comme du lisier ou du digestat pour humidifier et ensemencer la matière.

L’idée générale est qu’il existe plusieurs voies pour mieux conserver l’azote et transformer le fumier en produit agronomiquement très performant. Michel Couderc, de son côté, reste fidèle à une logique simple et économe : il préfère faire avec les moyens de la ferme, sans achats supplémentaires, en observant ce qui fonctionne.

Ce que retient Michel Couderc de la méthode

Le témoignage met en avant plusieurs résultats majeurs observés sur la ferme :

  • une forte réduction des pertes par rapport au compost classique ;
  • un triplement approximatif des volumes de matière à épandre ;
  • une meilleure efficacité agronomique du produit ;
  • une plus grande vigueur des cultures ;
  • la possibilité d’atteindre des niveaux élevés de fertilité sans achat d’azote ;
  • la nécessité d’adapter ensuite les rotations pour ne pas subir d’excès.

Au-delà de la technique elle-même, Michel Couderc insiste sur un point : une méthode n’a d’intérêt que si elle est réellement faisable dans le travail quotidien de la ferme. C’est pour cela qu’ils ont placé les tas au plus près de la stabulation et qu’ils ont organisé leur chantier pour pouvoir le reproduire durablement. Selon lui, c’est cette simplicité pratique, combinée à l’efficacité observée, qui permet à la méthode de tenir dans le temps.