Stratégie de gestion de la fertilité

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Engrais vert de sorgho sous serre

En Maraîchage sur Sol Vivant la gestion de la fertilité se traduit principalement par la gestion du taux de MO du sol ainsi que par la stimulation de l’activité biologique des sols.

Piloter le taux de MO pour atteindre l'auto fertilité des sols

L’objectif est de maintenir ou augmenter le taux de matière organique (MO), en réintroduisant du carbone dans les sols pour viser le taux de MO d’une prairie naturelle bien pâturée : 4 et 5 %. Ainsi plusieurs cas de figures se présentent :

Taux de MO Stratégie
< 3 % prévoir des apports de MO
> 3 % et < 4 % maintenir le taux de MO
> 4 % bonus


Olivier Husson présente la capacité de production du sol en fonction du taux de MO ou du rapport carbone/argile. Il situe à 3,5 % de MO un seuil à partir duquel le sol fonctionne en auto-fertilité.

Pascal Boivin, chercheur suisse, met en relation la structure des sols, en fonction de leur teneur en argiles et de leur part de MO. Apparaît ainsi un seuil à partir duquel le rapport entre la MO et la teneur en argiles n’est plus suffisant pour assurer une bonne porosité du sol. Celle-ci ne résistera pas aux intempéries. Les 3 paliers qui résultent de ses recherches sont les suivants pour un ratio % Argiles/MO :

  • Mauvaise structure du sol : < 12 %
  • Structure du sol limite : = 17 %
  • Bonne structure du sol : > 24 %


Ainsi, avec 2 % de MO sur un sol sableux, la structure d’un sol peut être bonne, alors qu'un sol à 20 % d’argiles, (2/20 = 10 %) aura plus de difficultés à maintenir une porosité et une structure satisfaisant, par manque de MO. Le légume n’est pas auto-fertile car il est généralement récolté avant le stade floraison et n’a pas été sélectionné pour produire de grandes biomasses. Un légume restitue au sol (résidu du système aérien et racinaire) environ 1 t de MS/ha/an, ce qui est très éloigné des 20 t MS/ha nécessaire pour entretenir l'auto fertilité. Il est donc souvent nécessaire d’apporter des MO en fonction des sources d'approvisionnement exogènes disponibles. Dans un enjeu d’autonomie en MO, ce fascicule traite également des systèmes sans apport de MO exogènes (voir chapitre couvert végétaux).

Tableau de caractérisation de différentes matières organiques
Matière Densité Taux matières sèches (%) C/N Coût (sans transport) en €/T Effet auto fertilité Pas de faim d'azote Semis Mécanisation
BRF 0,3 60 50-80 20-40 +++ Epandeur / Désileuse
Paille 0,1 (vrac) 60 50-70 80 ++ Epandeur / Pailleuse
Foin 0,1 (vrac) 55 40-60 80 ++ Epandeur / Pailleuse
Paillette (lin, miscanthus, chanvre, menue paille) 0,1 (vrac) 60 30-60 20-80 ++ (attention, forte épaisseur) Epandeur / Sableuse / désileuse
Feuilles 0,1 75 20-70 0 ++ Epandeur / Pailleuse / Désileuse
Fumier de cheval 0,2 40 20-50 -10 - 0 ++ Epandeur / Pailleuse
Fumier de bovin 0,65 25 12-18 0 - 20 Epandeur / Désileuse
Broyat dechet vert 0,4 50 15-30 0-20 ++ ++ + Epandeur / Désileuse
Enrubannage luzerne 0,2 60 15-30 80 + ++ Epandeur / Désileuse
Compost déchets verts 0,35 55 10 10 - 20 ++ ++ Epandeur / Sableuse / désileuse
Compost fumier bovin 0,85 25 10 10 - 20 ++ Epandeur / Désileuse
Tonte gazon 0,4 85 10-15 0 ++ Epandeur / Désileuse
Fumier de volaille 0,45 50 7-10 0 - 20 ++ Epandeur / Désileuse
Lisier 0,7 40 4-9 0 - 4 ++ Tonne à lisier
Bouchon organique 0,75 90 4 < 0,2 €/m² ++ A la main / Epandeur à engrais
Urine 1 5 0,8 0 ++

Type de MO carbonée : BRF / broyat de déchet vert / compost de déchet verts

Copeaux ou BRF (C/N 60)

Il y a souvent une confusion de définitions entre BRF, broyats de déchets verts et compost de déchets verts. Pour notre part, nous considérons le BRF tel que des copeaux de bois (en faisant fi de l’âge du bois coupé, des essences), le broyat comme un mélange de copeaux, de feuilles et de tontes de gazon, et le compost comme le résultat 6 mois après du broyage et de l’arrosage des tas de déchets verts. Voici ci-dessous une série de photos de MO carbonée et leur C/N.

Broyat déchets verts sec (C/N 50)
Broyat déchets verts (C/N 30-40)
Broyat de déchets verts mûr (C/N 20)
Compost de déchets verts (C/N 10)


Mais qu'est-ce que le C/N ?

Le rapport C/N est un indicateur qui caractérise une MO. Il représente le ratio entre la quantité de carbone et la quantité d’azote contenues dans la MO étudiée. Ce sont les deux éléments clés dans la dynamique des matières organiques. Plus le C/N est élevé, plus la biodégradation de la MO est lente. Le C/N nous informe sur la vitesse de minéralisation d’une MO mais ne nous apprend pas tout sur la dégradation de cette dernière : d’autres indicateurs (qualité chimique ou indice de stabilité) jouent également un rôle. Le C/N d’un sol et de la biologie des sols avoisine 10. Tout le travail de la dégradation des MO sera donc de digérer les MO, détruire les liaisons chimiques qui organisent les atomes d’azote et de carbone, pour descendre le C/N des MO à 10 : on obtient alors de l’humus et des minéraux disponibles pour les plantes.

  • Pour un C/N < 25 : la dégradation de la MO est rapide. Les éléments minéraux sont rapidement disponibles pour la plante : le bilan est alors positif pour la culture.
  • Pour un C/N > 25 : la MO nécessite beaucoup d’énergie de la faune du sol pour être dégradée. L’énergie de cette faune, c’est l’azote. La dégradation de la MO va donc provoquer une immobilisation temporaire de l’azote : la faim d’azote.


Qu'est-ce que la faim d'azote?

Bien que la vie du sol soit favorisée par l'apport de MO, les bactéries et champignons responsables de sa décomposition s'accaparent, dans un premier temps, l'azote présent dans le sol (élément nutritif nécessaire à leur fonctionnement et développement). Ils mobilisent donc le stock d'azote disponible, aux dépens des plantes en place qui n'en bénéficient plus : les cultures subissent alors une carence provisoire. La carence se manifeste par un arrêt de la croissance des plantes accompagné parfois d'un jaunissement du feuillage. La durée de la faim d’azote est très variable car elle dépend de nombreux facteurs : nature de l'apport, type de sol, intensité de la vie biologique du sol, conditions météorologiques... Cependant, cette durée excède rarement les 6 mois (sauf en cas de plus de 10 cm de BRF non intégré au sol).

Démarrer en sol vivant

Installation sur prairie bien structurée

Bâche sur prairie

Une prairie ayant une bonne pousse spontanée (voir chapitre Diagnostic de son sol) possède un sol bien vivant avec un taux de MO compris entre 4 et 6 %. Dans ce cas, pas besoin d’apporter de matières organiques au sol, qui en est déjà bien pourvu. De plus, la prairie, au moment de sa destruction, relargue encore de la MO par la décomposition du système racinaire et aérien de ses plantes. Dans cette situation,on peut alors commencer directement à cultiver certains légumes.

Pour cela, il est d’abord nécessaire de détruire l’enherbement en place par occultation. Un mois après on peut immédiatement planter dans la bâche afin de produire des légumes tout en désherbant. En effet, il faut compter 6 mois de bâchage poussant pour détruire les vivaces d’une prairie ou d’une planche enherbée mais on peut commencer à cultiver en plantant dans la bâche un mois après sa pose. Le démarrage sur prairie s’avère être la solution la plus simple et efficace pour démarrer en MSV : en effet, cette méthode permet de ne pas avoir à investir au démarrage dans la matière organique.


Intrant massif

Si le sol est dégradé, il est nécessaire de le remettre en vie avant de commencer les itinéraires techniques. Un sol travaillé implique un faible taux de MO, souvent inférieur à 2 %. Le principe de l’intrant massif est d’incorporer au sol une grosse quantité de MO carbonée afin de remonter son taux de MO et d’éviter la compaction liée à une perte de porosité mécanique lors de la transition au non-travail du sol. L’objectif est d’apporter en une fois le carbone qui manque pour passer à un taux de MO de 5 %. Il s’agit d’intégrer une matière à fort rapport carbone sur azote (C/N), comme le broyat de bois, avec des quantités pouvant aller entre 50 t/ha à 400 t MS/ha en fonction du taux de MO de départ et de la matière utilisée.

Cette intervention génère immanquablement une faim d’azote. Dans le cas où vous avez du temps devant vous, vous pouvez laisser passer cette faim d’azote sans rien faire : les micro-organismes, en manque d’azote, le fixeront dans l’atmosphère et vous gagnerez une grande quantité de cet engrais, gratuitement ! Un couvert végétal peut permettre de stabiliser votre apport en attendant le passage de la faim d’azote. Dans le cas où vous souhaitez démarrer directement après l’intrant massif, vous pouvez pallier la faim d’azote en mélangeant votre apport carboné à de la matière azotée : gazon/fumiers/lisiers/compost. Dans la même idée, plus votre MO carbonée aura un C/N élevé, plus il faudra la compenser avec une MO azotée pour démarrer rapidement. Et souvent, la MO azotée n’est pas gratuite : tout n’est qu’histoire de compromis !

Comment remonter le sol d'1% de matière organique?

Comment remonter le sol de 1 % de MO ?

  • Sur 1 hectare, 30 cm de profondeur = 4 000 t de terre
  • 1 % de 4 000 t = 40 t d’humus en plus pour remonter de 1 % son taux de MO
  • 40t d’humus (de MO dans le sol) x K1 (part de la MO minéralisée) / %MS (car le K1 est calculé sur MS(matière sèche) et que nous cherchons une quantité de MO en MF(matière fraîche) = Quantité en t/MF/ha de MO à ajouter pour + 1 % de MO dans le sol

Le tableau ci-dessus montre qu’il faut donc environ 5 cm de BRF pour gagner 1 % de MO, et 30 cm de paille pour le même résultat. Cette différence s’explique par la meilleure efficacité de minéralisation du BRF (K1 de 50 VS K1 de 15 pour la paille) et par la densité bien moindre de la paille (0,1 t/m3 VS 0,3 t/m3 pour le BRF) qui lui donne cette aptitude à foisonner (prendre plus de place).


Attention

Sur les sols fragiles, il faut être vigilant face à l’engorgement en eau des matières organiques dans le sol. Cet engorgement peut créer des asphyxies, hydromorphie, compaction, fossilisation... Par exemple, un gros apport de MO sur un sol argileux à l’automne (en conditions humides) peut être dangereux : le sol risque de ne pas repartir ou de mal repartir au printemps.


Remise en vie douce

Il existe aussi une voie plus douce pour ramener de la fertilité dans nos sols : apporter des MO ou des associations de MO au rapport C/N = à 20 ou 30, sur un sol qui était travaillé, afin de nourrir la plante et l’activité biologique. Exemple : Broyat de déchets verts frais, du fumier de cheval, association paille-gazon, foin vert ou luzerne. Des petits apports de 20 à 50t de MS/ha permettent d’éviter la faim

d’azote, d’apporter la ration du sol, et plus encore pour stocker de la MO dans le sol et remonter progressivement les taux de MO de vos sols.

En fonction de ses objectifs et de ses moyens, des stratégies d’apports en plusieurs fois, sur plusieurs années peuvent aussi être envisagées. La rapidité de décomposition et d’assimilation dépend de la taille des éléments et du ratio C/N de la matière (cf tableau “les matières organiques” : C/N)


Entretenir la fertilité

Réussir un couvert végétal

La couverture du sol est un élément clé en maraîchage sol vivant. Il est pertinent d’utiliser des couverts végétaux notamment entre les cultures. L’objectif principal de ces couverts est de créer de la biomasse, notamment racinaire, pour apporter de la matière organique au sol. Un couvert végétal bien mené augmente les taux de matières organiques et de carbone dans le sol, mobilise et limite le lessivage des éléments minéraux, limite l’érosion des sols, concurrence le développement des adventices et enfin, offre une bonne structuration du sol.


Réussir l’implantation de son couvert

Pour implanter un couvert, il faut garantir un bon contact sol/graine. Semées à la volée (manuellement ou avec un épandeur à graines de gazon), les graines doivent être recouvertes, par exemple de compost, de broyat de verdure, de déchets de culture ou encore de paille. On peut encore utiliser un broyeur à axe horizontal après le semis à la volée pour assurer un bon contact sol/graine en touchant légèrement le sol. Si le sol est nu avec peu de matières, on peut prévoir un grattouillage de sol sur les tous premiers centimètres pour assurer la levée du couvert. Un passage de rouleau lisse après semis du couvert permet de réappuyer les graines au sol et de favoriser la germination de celles-ci.


Réussir la destruction de son couvert

Destruction d'un couvert de seigle par occultation. Ferme du Petit Chesnay (72), Mars 2021.

Une fois que le couvert est arrivé à floraison, il s’agit de le coucher. Pour ce faire, on utilise un rouleau Faca, qui a l’avantage d’assurer l’absence de repousses, ou un rouleau Cambridge, rouleau plat, qui fonctionne dans certaines conditions (couvert à floraison ou en période de gel sur couvert gélif). Il semble également possible d’utiliser un Roll’n’Sem, en effet, encore en phase de test, cet outil fonctionnant en rippage a montré pouvoir détruire une luzerne en deux passages. On peut aussi coucher le couvert à la main. Pour réussir une destruction uniquement par couchage sans risque de repousse, il faudra choisir une ou deux espèces maximum qui atteignent ensemble le stade de floraison. En règle générale, il est préférable de sécuriser le roulage du couvert par un bâchage de quelques semaines, afin d’éviter les repousses. A grande échelle, ce bâchage peut être remplacé par un désherbage thermique :

certes à prix élevé (90 euros à l’hectare), cette technique, qui consiste à faire éclater les cellules par un passage de flamme, garantit la non-reprise du couvert. Ensuite on peut planter directement ou semer en ligne dans le couvert avec un semoir de précision si le semoir arrive à bien atteindre la terre.


Le choix du couvert : espèces et densité

Il est important de garantir la propreté du couvert. Pour cela on privilégie de hautes densités de semis et une multitude d’espèces et de variétés.


Pour aller plus loin

Pour la destruction des couverts, voir Gérer l'enherbement en maraîchage sol vivant (paragraphe sur les couverts végétaux). Plus d’infos en consultant les documents suivants :


Exemple de couverts intéressants

Source : Couverts biomax selon Frédéric Thomas et Mathieu Archambeaud, 2018[1]
Mélange biomax Dose semis par espèces (t/ha) Commentaires
Moutarde

Phacélie

Pois

Vesce

2

2

20

12

Mélange équilibré avec une base de couverts classiques en association avec un binôme de légumineuses performantes. Convient bien pour les implantations de mi à fin août pour une interculture d’automne et d’hiver. Pour des semis plus précoces le risque de montée à graine de la moutarde est toujours à craindre, bien que ralentie par l’association.
Tournesol

Radis

Phacélie

Pois

Vesce

6

2

2

15

10

Mélange plus charpenté et gros producteur de biomasse et d’azote. Il est possible de le semer plus tôt, voire sitôt la récolte d’une paille. Il convient parfaitement entre deux pailles mais peut aussi servir de couvert pour une interculture plus longue. Généralement il sera assez facilement détruit par le gel durant l’hiver sans aucune intervention.
Radis

Lin

Phacélie

Pois

Vesce

3

7

2

15

10

Si le tournesol est présent dans la rotation il est possible de renforcer le radis et d’intégrer du lin. Ce couvert sera peut-être légèrement moins productif en biomasse mais l’effet structurant de la combinaison du radis et du lin en fait aussi un couvert intéressant.
Radis chinois

Phacélie

Féverole

Trèfle d’Alexandrie ou incarnat

Vesce ou pois

2

2

30

3

10

Couvert avec 5 étages dont le radis chinois qui occupe la strate « dans le sol ». Ce biomax sera moins haut avec une biomasse légèrement plus faible que les précédents mais il sera très dense, structurant avec une très bonne fixation d’azote et un retour de fertilité assez rapide. Il s’agit ici d’un couvert idéal entre deux pailles.
Avoine

Féverole

Pois

Vesce

Phacélie

25

50

20

15

2

Mélange légèrement surdosé et destiné à une interculture d’hiver-printemps. Implanté en octobre ou novembre, la majorité des plantes vont passer l’hiver et redémarrer au printemps. Cependant, comme la plupart sont des légumineuses, sa croissance consommera bien entendu de la réserve hydrique pour la culture suivante mais produira du carbone et augmentera la quantité d’azote fixée. Dans ce type d’association l’avoine classique peut être facilement remplacée par de l’avoine strigosa, du seigle ou toute autre céréale en adaptant les doses de semis.
Sorgho

Radis

Moha

Avoine.strigosa

Pois

Vesce

Trèfle d'Alexandrie

3

2

5

10

10

5

3

Biomax fourrager d’été à implanter assez tôt après une orge ou un colza. Le potentiel de production est très élevé et la diversité de la végétation assurera une production quelles que soient les conditions climatiques.
Féverole

Vesce

Pois

Trèfle d’Alexandrie

Lentille

30

10

15

3

5

Biomax de légumineuses pour une fixation maximum d’azote. Sur 3 à 4 mois d’interculture d’été et d’automne il est possible de produire 4 à 5 t de MS avec 100 à 180 kg de N (dans la biomasse totale : aérienne et racinaire) dont une bonne partie (40 à 50 %) sera restituée à la culture suivante.
Tournesol

Phacélie

Radis fourrager

Colza

Avoine strigosa

Lin

Nyger

Pois

Vesce

Trèfle incarnat

Féverole

3

2

1

3

4

3

1

6

5

2

15

Biomax très charpenté avec 10 espèces. Avec ce type d’association et si les conditions climatiques sont favorables, la production de biomasse aérienne peut, après une paille, atteindre voire dépasser les 10t de MS/ha avec 150 à 250 kg de N recyclée et fixée dans cette biomasse. Ces types d’associations sont vraiment des boosters de la fertilité des sols
Votre propre Biomax. Laissez libre cours à votre créativité... N’hésitez pas à nous faire parvenir les photos de vos couverts avec éventuellement des mesures et des analyses. Votre réussite, vos observations et vos remarques nous intéressent.


Couverture spontanée

Il est plus facile, pour quelqu’un qui s’installe ou quelqu’un qui débute avec les couverts végétaux de réussir un couvert végétal spontané, c'est-à-dire un enherbement spontané de mauvaises herbes. Ce couvert peut être réalisé à l’échelle du jardin ou d’une planche. Il suffit ensuite de bâcher la zone pour se débarrasser des adventices. Ces dernières ont l’intérêt, une fois bâchés, de constituer un apport de matière organique au sol, prêt à accueillir une nouvelle culture. De plus, le système racinaire des adventices étant plus intéressant que celui des légumes, le sol en bénéficie largement.

L’enherbement est donc un allié mais seulement s’il est bien géré : il faut veiller à ce qu’il n'apparaisse que lorsque la culture est bien implantée afin de ne pas lui faire trop de concurrence. Certains légumes ont une tolérance moindre à l’enherbement, à l’image du poireau ou de céleri, tandis que d’autres s’y plaisent totalement, comme le chou.


Enherbement spontané

A la ferme du Château (14), Didier travaille avec l’enherbement spontané. Sa logique est d’intervenir avec précision et au bon moment sur la flore spontanée, afin de gérer la concurrence qu’elle crée aux légumes cultivés. Cette stratégie de fertilité des sols suit la logique selon laquelle la biomasse spontanée est la plus à même de répondre aux besoins de fertilité du sol qui tend toujours à se rééquilibrer. Pour canaliser les plantes spontanées, Didier dispose d’une bineuse/buteuse tractée qui fauche et incorpore les adventices au sol. Les passe-pieds sont très larges pour permettre une biomasse conséquente ainsi que le passage de l’outil tracté. Pour les planches cultivées, une débroussailleuse, ainsi que différents outils manuels comme un taille-bordure sont utilisés pour passer entre et autour des plants avec différents niveaux de précision. Grâce à cette technique de gestion des adventices, la ferme du château est sans apport en extérieur depuis 1999. Les deux problématiques majeures induites par la présence encouragée des adventices sont la compétition pour la lumière et la compétition pour l’eau : le terrain de la ferme du Château étant humide (zone pluvieuse), cette dernière compétition est moins problématique. Pour ce qui est de la lumière, il est important de connaître les besoins en lumière des différentes plantes et donc de gérer les espacements nécessaires au bon développement des cultures implantées.


A la ferme de Buis (Drôme) ou ferme des Champeaux (Seine-Maritime), la majorité des cultures sont en planches permanentes coffrées en bois

Passe-pieds enherbés

En poussant l’idée de la couverture spontanée, on peut concevoir des systèmes de passe-pieds enherbés générateur de fertilité. L’idée est d’enterrer au moins sur 10 cm des planches de bois le long des planches des cultures pour éviter l’invasion des vivaces (type chiendent, liseron ou ortie) dans les planches mais aussi une concurrence trop forte entre passepied et culture. Sans l’usage de ces barrières physiques, il suffit d’arroser et fertiliser davantage en azote, surtout au lancement du système. L'entretien d’un passepied enherbé peut se faire à la tondeuse ou à la débroussailleuse. Dans ces cas, il faut prévoir une largeur de bande plus grande que celle de l’outil, qui projettera éventuellement la coupe directement sur la planche de culture. Dans ce système, on compte aussi sur les vers de terre pour déplacer la matière organique créée par les passe-pieds dans les planches de culture.

Rotation sur prairie

En agriculture conventionnelle, la rotation des cultures est nécessaire pour garantir le peu de fertilité du sol, minimiser les risques d’infection des plantes sur un système qui est déjà déséquilibré, minimiser les risques d’enherbement des cultures, etc. En sol vivant, équilibré, en bonne santé, les rotations ne sont pas toujours nécessaires, voire judicieuses. Aussi, la rotation sur prairie en MSV est envisagée dans une stratégie globale pour répondre aux principaux défis rencontrés : la présence des ravageurs et de l’enherbement ainsi que la bonne répartition des apports carbonés. Ce qui est intéressant avec la stratégie de rotation c’est qu’elle peut permettre de s’approcher de l’autonomie en apport de MO. Quelles que soient les pratiques utilisées, une culture sans bâche est difficile à tenir plus de 2-3 ans à cause de l’enherbement. La bâche revient donc régulièrement dans les systèmes MSV : quitte à s'en servir pour détruire quelques mauvaises herbes, autant l’utiliser pour détruire une couverture du sol bien fournie : une prairie.

A ce moment, on atteint un système en régime de croisière. Pour résumer, la rotation sur prairie est une alternance de 2 ans de prairie, suivie d’un an de culture sur bâche et d’un an de culture sous paille ou semis direct. Cette dernière culture tolère un enherbement en fin de cycle qui ressème naturellement la prairie pour 2 ans.

Rotation sur prairie

Exemple de rotation sur prairie

Année 0 :

  • bâcher 1/4 de la surface pour préparer les semis et plantation sur paillage
  • 3/4 de la prairie continue de pousser.

Année 1 :

  • Sur le 1/4 de prairie bâché en N-1 : légumes dans paillage + semis direct/ compost
  • Sur 1/4 de la prairie en poussée en N-1 : Pose de la bâche et culture de plants sur bâche 1 mois plus tard.
  • 1/2 reste en prairie.

Année 2 :

  • Sur 1/4 de culture paillée en N-1 : laisser l’enherbement : retour à la prairie
  • Sur 1/4 en culture sur bâche en N-1 : légumes dans paillage + semis direct/ compost
  • Sur 1/4 de la prairie en pousse en N-1 : Pose de la bâche et culture de plants sur bâche 1 mois plus tard.
  • Dernier 1/4 en prairie


Taille mécanisée de noisetier à courte rotation

Agroforesterie génératrice de carbone

Pour répondre à l’objectif autonomie en MO, l’option agroforesterie peut sembler pertinente. En taillant les haies, on pourrait apporter une partie de la MO nécessaire aux légumes sous forme de feuilles et branchages. Toutefois, créer son propre broyat est chronophage et bien souvent, en comptant le temps de travail, il est plus économique d’acheter son broyat que de le produire soi-même. En conclusion, l'agroforesterie peut permettre de tendre vers une forme d’autonomie en MO, à condition d’être bien conscient du temps et du coût qui y est lié, et à condition de coupler les apports de broyat à l’utilisation des couverts végétaux, la densification des cultures, etc.


Exemples de chantiers d'agroforesterie

Broyage de haies au broyeur attelé, chargé manuellement
  • Débit de chantier (2 personnes pour charger) = 15 m3 matières fraîches / jour
  • Ration du sol = 1 cm de broyat de haie
  • Coût de production : 8h de travail (15 €/h) + 300 € location matériel + 60 € de fioul = 32 €/m3

L’apport de la ration du sol en broyat nécessite peu d’épaisseur (1 cm). Cette épaisseur étant souvent insuffisante pour recouvrir le sol et limiter l’enherbement, il est fréquent de pailler avec 5 cm de broyat, quitte à dépasser la ration du sol et à l’apporter pour plusieurs années.

Parcelle de miscanthus récolté à l’ensileuse
  • Débit de chantier = 15 t/MF/ha = 100 m3 matières fraîches / jour
  • Ration du sol = 3 cm de miscanthus (=300 m3/ ha) Coût d’implantation : 2000 à 3500 €/ha (production à partir de la 3ème année)
  • Coût de la récolte : 300 à 600 € / ha = 10 à 40 €/t fraîche = 2 à 8 €/m3
  • Surface nécessaire : 4 ha (1ha = 60 m3)

Attention à ne pas mettre plus de 5 cm de miscanthus en couverture du sol : risque de croûte (comme le gazon) et d’anaérobiose : apport de miscanthus en mélange.

Broyage avec bras articulé
Broyage de haie mécanisé (pelle d’abattage, broyeur, bras articulé)
  • Débit de chantier = 30 m3/heures (1 km de haie = 100 m3 matières fraîches)
  • Ration du sol = 1 cm (100 m3)
  • Il coûtera environ 15 à 25 €/m3.
  • Surface nécessaire : 7 km de haies (taillés/ broyée tous les 7 ans en têtards) = 17 ha agroforestiers avec une haie tous les 25 m pour 1 ha de maraîchage !

Attention aux conditions de réalisation du chantier : les engins peuvent facilement tasser les sols, créer des ornières. De plus, si vos haies sont en bordure de parcelle maraîchère, il faut prévoir des tournières assez larges pour le passage des engins.


L’autonomie en MO en agroforesterie est coûteuse en temps ou en argent mais aussi en surface disponible. Rappel : coût de la MO en plateforme de déchets verts = 0 à 20 € m3


Attention aux ordres de grandeur (MS produite vs nécessaire à la ration du sol)

Rappel : Besoin en ration du sol = 20 t MS/ha = 100 m3 matières fraîches (variable selon taux d’humidité et densité de la matière)


Pour aller plus loin

Les tailles à courte rotation pour se chauffer ou vendre du bois. Les carnets de Valbiom n°4, 2007 https://afac-agroforesteries.fr/wp-content/uploads/2015/02/Guide-bois-format-r%C3%A9duit.pdf

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