Les vers de terre dans l'écosystème sol

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher
Ver de terre


Dans un sol vivant, on trouve entre 100 et 1 000 vers de terre au m², ce qui représente entre 2 à 5 tonnes à l’hectare. Que font-ils dans le sol et pourquoi est-il si important de les conserver ?

Différentes espèces et catégories

Il existe plusieurs espèces de lombriciens (déjà 150 en France) ayant toutes un comportement différent. En fonction de ce comportement et de la place qu’ils occupent dans l’écosystème, il est possible de classer les lombriciens en trois catégories écologiques :

Les trois catégories écologiques de vers de terre

Les endogés

Vivant dans le sol minéral en profondeur, ils n’ont pas de pigments cutanés. Ils se nourrissent d’une terre plus pauvre en matière organique et ont ainsi développé un appareil digestif avec une très grande surface d’assimilation. Ils ne forment pas de galeries importantes puisqu’ils sont capables de se déplacer par ingestion de sol, de façon horizontale.

Les épigés

Ils vivent majoritairement en surface, dans la partie la plus organique du sol où ils travaillent sur les brindilles, débris et feuilles mortes. Assez petits et très prolifiques, leur pigmentation sombre leur permet de se cacher des prédateurs auxquels ils sont très exposés.

Les anéciques

Ce sont les plus nombreux (80 % des vers de terre) et les plus grands. Ayant perdu leur clitellum, ils travaillent davantage

les sols et ce de manière verticale. Ils se nourrissent de débris présents en surface qu’ils tirent à l’intérieur du sol et qu’ils utilisent ensuite pour couvrir les parois de leurs tunnels avant de les consommer. Enfin, ils remontent à la surface pour déféquer, laissant de petits tas appelés turricules. Ce sont de véritables architectes, ou ingénieurs du sol.

Schéma de présentation de l'organisme d'un ver de terre


Rôle des vers de terre

Travail naturel du sol

Dans une prairie fertile, les galeries d'anéciques, mises bout à bout, peuvent représenter 400 m de galeries par mètre carré. Elles aèrent le sol, facilitent l’infiltration et la bonne dispersion de l’eau ainsi que la pénétration et la répartition des racines. Là où il y a des galeries de vers de terre, les plantes exploitent mieux le milieu, s’y développent plus profondément. De plus, l'épaisseur de la terre végétale

s’accroît tandis que sa teneur en humus augmente. Dans les galeries verticales, les vers de terre mélangent la matière minérale avec la matière organique ce qui permet d'avoir des grumeaux stables et donc une bonne structure de sol.


Brassage du sol

Si les vers de terre sont bien actifs, ils peuvent déplacer une quantité impressionnante de terre : 270 kg de sol sec pour 1 kg d’anéciques frais chaque année selon Marcel Bouché. N’ayant pas de dents, les vers de terre ingèrent simultanément de la MO et un peu de terre pour broyer les végétaux. Ils digèrent cette terre puis la rejettent en surface, enrichie de matières organiques non digérées sous forme de turricules. Ceux-ci peuvent représenter 400 à 1200 kg de terre à l’hectare (Bertrand et Renaud). Ce brassage intime optimise

la dégradation de la matière organique et permet l’enrichissement du sol en éléments assimilables par les plantes.


Enrichissement du sol

Les vers de terre ont un rôle biochimique puisque le mixage des matières organiques et minérales va permettre un enrichissement important des différentes couches du sol en éléments minéraux (azote, phosphore, potasse, magnésium, calcium,…) et en oligo-éléments minéraux qui contribuent à l’équilibre nutritionnel des plantes.


Circuit de l'azote avec le ver de terre
  • La plante, en restituant au sol sa MO, produit de l’azote et le rend disponible pour les vers de terre.
  • Le ver de terre, se nourrit de cette MO (et de ses propres excréments), assimile l’azote et le fait transiter dans son métabolisme.
  • Afin de se déplacer dans la galerie, il les tapisse de mucus, riche en azote qu’il vient assimiler.
  • Les micro-organismes se concentrent sur le mucus et le décomposent : l’azote devient assimilable par les plantes.
  • Les plantent envoient donc leurs racines dans les galeries de vers de terre, riches en azote assimilable.
  • Elles remontent cet azote, de leur système racinaire à leur système aérien, et créent de la biomasse organique, qui tombera au sol, sera décomposée, assimilée etc. Le cycle est ainsi bouclé et on se retrouve face à une distribution d’azote aux plantes en flux tendu.
1 tonne de vers de terre, par ha et par an:
  • Consomme 2,3 tonnes d’azote.
  • Défèque 1,7 tonne d’azote (en partie ré-ingérée par les vers de terre, en partie mis à disposition des plantes).
  • Excrète 600 kg d’azote assimilable par les plantes (sous forme de mucus (95 % ) et d’urine (5 %, sous forme d'ammoniac donc directement assimilable par les plantes)).


Il faut, à titre indicatif, 14 jours pour que l’azote du mucus viennent dans les plantes, c’est donc un modèle très efficace. En effet, un ver de terre renouvelle en 40 jours l’azote présent dans son organisme et celui-ci se retrouve à 100 % dans les plantes, il n’y a donc pas de perte, aucun lessivage d’azote. Le bilan des transits intestinaux et métaboliques lombriciens est donc plus qu’intéressant pour le sol et les plantes. En effet, un agriculteur apporte en moyenne 250 kg/ha/an d'azote.


Mouvements d'azote depuis la nourriture ingérée puis digérée par les lombriciens vers le sol (sur une année, pour une population d'1,2 t de vers de terre/ha)



Comment attirer les vers de terre

Quel agroécosystème pour les satisfaire ?

Seules les techniques de non-labour et de travail du sol simplifiées, couplées à un apport régulier de MO fraîches, maintiennent un niveau de population de vers de terre élevé. En effet, un coup de charrue c’est 80 % de vers de terre en moins dans le sol, et le reste est indéniablement fragilisé. Dans un sol totalement nu, pauvre en matières organiques, qui va être travaillé, les pertes en vers de terre peuvent être proches de 100 %.

Dynamique des poplations de vers de terre, comparaison des systèmes

En agriculture de conservation bien menée, les niveaux sont plus élevés grâce à l’apport de plus de MO ainsi qu’à l’arrêt des insecticides et fongicides.

  • La présence de couverts végétaux denses et quasi-permanent permet de protéger les vers de terre et de les nourrir efficacement
  • La réduction, voire l’absence, du travail du sol assure la conservation de niveaux de populations plus élevés que dans les autres systèmes.
  • C’est surtout l’été que l’agriculture de conservation est pertinente puisqu'elle est une garantie pour les vers de terre qui peuvent passer cette saison dans de bonnes conditions, donc survivre et ne pas cesser leur activité. Les techniques de conservation permettent en effet au sol de stocker plus d’eau et de mieux résister au manque de précipitations et aux températures élevées.


Les besoins du ver de terre




Partager sur :