Produire ses propres semences

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher
Oignons et salades en graines

L’autoproduction de semences demeure assez rare en maraîchage mais de nombreuses raisons peuvent vous pousser à vous engager dans cette voie : L’envie peut être celle de vous diversifier, de relever le défi technique de conduire une parcelle de porte-graines, de viser l’autonomie de son système, d’adapter les graines à votre terroir ou encore de posséder des semences introuvables dans le commerce et ainsi de les préserver.


Commencer par les semences les plus faciles : tomate, poivron, aubergine, melon, blette, persil, épinard


Ressources en ligne : Nous recommandons le site internet Diyseeds, un projet associatif international qui diffuse librement 40 vidéos pour apprendre à faire soi-même ses semences paysannes.


Le temps et la charge mentale supplémentaire pour faire ses graines n’est pas si importante sur certains légumes (tomate, poivron, aubergine, melon, blette, persil, épinard, …) mais d’autres légumes sont beaucoup plus contraignants (courges, carottes, brassicacées, …) en premier lieu car ce sont des variétés qui se croisent très facilement. Il est donc conseillé de commencer par ce qui est le plus facile.


Produire ses propres semences : un modèle pertinent ?

Avantages Inconvénients
  • Gain économique (semences coûteuses)
  • Travail stimulant et valorisant
  • Graines adaptées au contexte pédoclimatique et à votre façon de jardiner : les graines deviennent de plus en plus performantes au fil des générations (climat, maladies, nuisibles quantités d’eau) et développent leur plein potentiel
  • Sélection de plantes capables de s’adapter aux changements climatiques
  • Réduction de l’utilisation d’engrais, pesticides et fongicides
  • Gain en autonomie et indépendance vis à vis des compagnies semencières
  • Utilisation des semences non hybrides
  • Survivance de la diversité génétique de notre alimentation
  • Conservation d’un savoir-faire
  • Temps important de travail supplémentaire
  • Nécessité d’une organisation rigoureuse
  • Compétences importantes requises
  • Grande technicité en maraîchage diversifié
  • Difficile gestion des plans de culture

Le matériel nécessaire

Vous aurez idéalement besoin d’une batteuse et d’une colonne à air pour trier toutes les graines mais à défaut, travaillez avec un tamis. Le principal est d’avoir des grilles et un ventilateur ainsi que des sacs bien étiquetés et de stocker vos graines dans un local à température constante et à l’hygrométrie peu élevée, avec une légère aération dans l’obscurité.

Une ferme semencière inventive pour faciliter le travail de conditionnement des graines : Rencontre avec Grégory Milan, producteur de semences de Kokopelli.


Les étapes de reproduction des graines

Se procurer les graines

Au début, il est nécessaire de posséder des graines. Celles ci doivent être de qualité, non hybrides, reproductibles et déjà le plus possible adaptées au terroir. Pour cela, adressez vous à des voisins, à des grainothèques ou simplement à des semenciers locaux.


Sélectionner les individus

Une fois que la première génération de culture a poussé, envisagez de sélectionner les individus afin de ramasser les graines puis les conditionner et les conserver. L’idéal est de récolter le plus tard possible.


Récolter les graines

Graines de petits pois

Pour le ramassage, chaque plante a sa spécificité : certaines graines se récupèrent dans les fruits tandis que d’autres se trouvent directement sur la plante. Pour ces dernières, il suffit d’attendre qu’elles soient sèches pour les ramasser, bien veiller à retirer tous les insectes puis les conserver. Dans le cas des légumes, c’est assez simple de les récupérer. Il y a néanmoins une spécificité pour les graines des fruits aqueux comme la tomate ou certains concombres qui sont entourées d’une partie de gélatine. Récupérez alors

les graines dans le jus du fruit, laissez le mélange fermenter pendant quelques jours afin que la gélatine se sépare et quitte les graines, qui, elles, ne pourrissent pas. Rincez et retenez ensuite les graines à l’aide d’une passoire.


Conserver les graines

Une fois récupérées, les graines sont séchées sur un papier asséchant type papier absorbant avant d’être conservées, en notant toujours les indications nécessaires (espèce, variété, date, lieu).

Les graines de faible durée (anis, cerfeuil, oignon, panais, poireau, …) sont à multiplier tous les ans tandis que les graines de bonne conservation (artichaut, blette, betterave, aubergine, chicorée, concombre, courge,...) peuvent être utilisées ce qui permet alors de multiplier un maximum de variétés pendant ce temps. Cf nombre année de germination selon Goust.


Sélectionner les individus, une étape sous haute vigilance

Tout processus de reproduction implique nécessairement une étape de sélection des individus à faire reproduire. Les plantes ont différents rythmes biologiques de reproduction. Elles sont alors caractérisées plantes annuelles, bisannuelles et vivaces. Pour les premières, la formation de graines intervient juste après le développement végétatif. Pour les secondes, la sélection des graines peut s’effectuer en fin d’hiver sur des critères de résistance au froid et de conservation. Enfin pour les vivaces, un même sujet peut

servir de porte-graines plusieurs années de suite.

L’étape de sélection permet de préserver les caractères types d’une variété (taille, couleur, forme, goût) mais aussi de sélectionner des caractères qui amélioreront la prochaine génération (résistance, précocité, conservation …). Les porte-graines ne sont alors pas les plantes les plus grosses ou les plus grandes mais les pieds moyens, équilibrés et harmonieux qui réunissent les caractéristiques désirées. Le mieux est d’effectuer un choix progressif des porte-graines : en sélectionner davantage que prévu et éliminer ceux qui ne conviennent pas au fur et à mesure. Pendant tout le processus de sélection, il est nécessaire d’être très vigilant, au risque de perdre la « pureté » de la variété, voire la faire évoluer vers un état dégénératif. Veillez donc à :

  • Éviter les mélanges accidentels qui peuvent arriver à chaque étape de la culture. Pour cela il est nécessaire de bien annoter les sachets et de nettoyer son matériel (tamis, semoirs,…).
  • Limiter les croisements indésirables en isolant les plantes par la distanciation des cultures, de quelques mètres à des kilomètres selon les variétés, ou l’installation de filets de protection. Il est important de noter que le risque est beaucoup plus grand pour les plantes allogames.
  • Préserver la diversité génétique et prévenir la dégénérescence générée par la conservation d’un nombre trop faible d’individus destinés à être des porte-grains. Les exigences sont déterminées par la variété, selon son degré d’homogénéité : pour des variétés allogames, prévoir au minimum 50 plantes, voire une centaine si la variété est peu homogène tandis que pour les plantes autogames, il faut prévoir au moins 20 individus, même si 5 peuvent suffire à certaines variétés très homogènes.


En bref

  • Ne pas cultiver deux variétés interfécondes fleurissant en même temps.
  • Faire la chasse aux repousses sauvages et aux résidus des cultures précédentes .
  • Pour les plantes bisannuelles : supprimer tous les plants qui fleuriraient la première année.


Produire ses semences légalement

La production de semences même à usage non commercial est réglementée. Le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation précise que la production des semences dépend du caractère protégé ou non de la variété :

  • Si elle n’est pas ou plus protégée alors il n’y a aucune restriction à l’utilisation de ses propres semences, cependant celles-ci ne pourront pas être vendues (ce qui n’est bien sûr pas le cas pour les fruits et légumes obtenus).
  • En revanche, si la variété est protégée par un COV (Certificat d’obtention végétale, détenu au maximum pour 25-30 ans selon les espèces), il n’est pas possible de la reproduire. Cependant, depuis le règlement européen 2100/94, certaines conditions permettent de déroger à l’obligation d’obtenir l’autorisation de la personne détenant le COV : pour une majorité d’espèces agricoles (blé, orge, pommes de terre, lentilles, haricots...), un dispositif est prévu pour que les agriculteurs puissent utiliser leur propre production de semences tout en rémunérant l’obtenteur de manière simplifiée : montant moindre uniquement si les semences avaient été directement achetées, en sachant que ceux qui produisent plus de 92 tonnes de céréales sont exonérés.


Pour échanger ou commercialiser des semences et plants, les variétés doivent être inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés, donc passer par un nombre important de tests. Si cela ne pose pas problème pour les hybrides, caractérisées par leur homogénéité, la tâche est plus complexe pour les variétés paysannes et locales qui sont beaucoup moins stables, ce qui rend leur inscription impossible, comme leur commercialisation de fait.


Garantir une bonne germination des graines

Test du taux de germination : le taux de germination - mesuré ou estimé -des graines maintenues à l’humidité permet de connaître la valeur germinative d’un lot de graines.

Les conditions de stockage sont importantes : le local, les emballages, la température et l’humidité influent de manière directe sur les facultés germinatives des graines. Ces dernières ne doivent être ni trop sèches ni trop humides. Le séchage s’effectue à l’abri de la lumière directe, dans un local aéré, ventilé et sec. Pour éviter la dissémination, il est préférable d’étaler les récoltes sur un support laissant passer l’air (papier, toiles, carton).

Le moment du semis est l’épreuve de vérité : les conditions externes et l’état de la graine doivent être optimales. Il arrive parfois que même dans ces conditions cela ne fonctionne pas : la graine est entrée en dormance. Pour éviter de la semer en vain, des tests de germination peuvent être réalisés (Illustration de gauche).

De même, la germination peut être facilitée avec des techniques de stratification (séjour dans des conditions thermiques spéciales), de trempage, de prégermination ou encore de scarification et d’épluchage.


Produire ses semences collectivement

En maraîchage diversifié, il peut être difficile et surtout très chronophage de se lancer dans la production de ses propres graines mais cela ne doit pas annihiler le désir de protéger les variétés anciennes et locales. C’est pourquoi se forment de nombreux collectifs entre maraîchers, jardiniers et consommateurs pour conserver et multiplier les graines.


Collectifs existants


Autres ressources

Il existe également différents ouvrages traitant de la production de ses propres semences. Nous vous recommandons le très pédagogique “Le plaisir de faire ses graines” de Jérôme Goust qui dispose de tableaux récapitulatifs des modalités germinatives des graines des principaux légumes et fruits. Ici : un exemple de certaines lignes des tables de germination de Jerome Goust numérisées

dans leur globalité dans nos ressources en ligne :

Espèce Nom latin Famille Nombre de graines au gramme durée germinative maximale (en années) Température de germination (tests officiels) Délai maximal de germination (en jours)
Min Max Moyenne

optimale

Melon Cucumis melo Cucurbitacees 35 5 16° 38° 20° à 35° 10
Moutarde Brassica juncea Brassicacees 650 4 - - 15° 10
Navet Brassica rape Brassicacees 450 a 700 5 - - 10° à 20° 10
Oignon Allium cepa Liliacees 250 2 35° 10° à 30° 26
Partager sur :