Gérer l'enherbement en maraîchage sol vivant

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Le désherbage, grâce à l’arrêt du travail du sol et à la couverture du sol, devient très rare dans un système MSV. Chaque maraîcher a sa tolérance de l’enherbement, mais on peut statuer qu'au-dessus d’une adventice au m², le travail de désherbage n’est plus envisageable, étant trop chronophage. Si l’enherbement est lancé mais que la culture est déjà bien partie avec plus d’un mois d'avance, la majorité des cultures pourront tolérer la cohabitation. Vous pouvez donc laisser pousser les adventices, et bâcher la parcelle à la fin de la culture afin de la “nettoyer” pour la prochaine culture.


Les trois types d’adventices

  • Annuelles : “Plante dont le cycle végétatif est toujours inférieur à un an et ne fleurissant qu’une fois”
  • Pluriannuelles : “Plante vivant plusieurs années mais qui dépérit in fine après plusieurs floraisons”
  • Vivaces : “Espèce qui se perpétue à l’infini par des organes végétatifs, tels que bulbes, drageons, rhizomes, stolons, tubercules, racines tubérisées [...]. La reproduction sexuée joue un rôle mineur dans le maintien et l’extension de l’espèce”



Les conditions de levée de dormance d’une graine

Elles sont liées à trois variables principales : la température, l’hygrométrie et la luminosité. Une forte variation de ces variables entraîne la germination d’une graine. Il faut donc chercher à limiter ces variations brutales. Pour cela, par exemple, sur un sol déjà paillé ou bâché, on fera un semis direct ou une plantation suivi d’un paillage, afin d’éviter le choc lumineux des graines en surface du sol. Le non-travail du sol permet d’éviter le choc lumineux des graines situées sur les premiers cm du sol.


Une puissante capacité de germination

Si une culture paillée s’est enherbée et que de nombreuses graines ont germé, la mise en place de la culture suivante risque d’être compliquée s'il s’agit d’un semis sans aucun paillage. Pour se prémunir d’une levée de dormance, il faut envisager de faire une culture avec un fort paillage, comme les oignons, en année 1, avant de faire un semis l’année suivante.

Différentes tolérances à l’enherbement des légumes

Pour certaines cultures, comme le chou ou le brocoli, l’enherbement en fin de culture ne pose pas de problème puisque les vivaces, qui reviennent nécessairement, ont un retard sur les légumes qui ont eu le temps de se développer et d’être en bonne santé. Il faut compter au minimum 2 mois de décalage entre le début de la culture et le démarrage des adventices pour ne pas faire souffrir la culture.

Toutefois, certaines cultures (type poireau, épinard, mâche, céleri) craignent beaucoup plus la concurrence. Pour celles ci, il faudra donc envisager un itinéraire garantissant très peu d’enherbement.


Outils de gestion

Que peut-on faire pour éviter l’enherbement ? Occuper l’espace lumineux : l’accaparer avec les plantes que nous souhaitons cultiver pour ne pas laisser de place aux adventices. On peut pour cela jouer sur les densité de culture, les associations etc. Le deuxième levier essentiel est la couverture du sol, qu'elle soit organique vivante, morte ou inorganique.

Le paillage organique

Paillage organique. Jardin des Peltier (27), Décembre 2020.

Cette méthode est très efficace pour maîtriser les annuelles, jusqu’au stade plantule mais ne va pas permettre de gérer les vivaces (liseron, chiendent,...) qui ont des réserves et des racines courantes leur permettant de traverser des épaisseurs de paille très importantes. Pour réussir à maîtriser l’enherbement d’une culture en ITK plantation dans la paille, il faut une épaisseur de paillage de 20 à 30 cm au démarrage (il en restera ainsi environ 15 cm après tassement). Ce paillage sera digéré en une année par la vie biologique du sol. C’est encore plus rapide dans le sud de la France, ce qui limite l’utilisation du paillage.

Broyage d'engrais vert sous serre donnant un paillage organique

Une astuce de désherbage de parcelle paillée consiste à venir remuer la paille en place (au moyen d’un broyeur à axe horizontal,en régime moteur faible et avance rapide), afin de la réétaler de façon homogène, et de bousculer les adventices qui auraient commencé a germer dedans. Attention à ne pas broyer trop finement, cela pourrait entraîner une perte de l’efficacité du paillage : plus les fibres sont longues, plus le matelas est épais et plus l’occultation est bonne. En plus de ce relevage de paillage, vous pouvez donc pailler à nouveau si nécessaire.


Attention aux tendances à diminuer les paillages pour en réduire les coûts économiques car c’est courir le risque d’être rattrapé par le désherbage. Il s’agit de faire le bon compromis entre le coût de la matière organique et le coût du désherbage.

Le bâchage

Plastifieuse Regero.jpeg
Plastifieuse Regero au Jardin du CEP

Outil de base du maraîcher et source de nombreuses polémiques, le bâchage plastique à plusieurs avantages :

  • Il détruit tout type d’enherbement sans détruire la vie du sol, à pénibilité réduite
  • Il conserve une humidité et une chaleur propice au développement du sol
  • Il peut être récupéré gratuitement chez les éleveurs : recyclage de bâches d’ensilage (Possibilité de déposer les bâches trop abimées aux filières de collecte des plastiques agricoles Adivalor)
  • Il peut être mécanisé, même dans une prairie, sans bousculer le sol (grâce à la plastifieuse à incorporation directe Regero)


Utilisation des bâches en occultations

Plantation sur bâche

Pour une plantation de culture sur bâche, planter directement après la pose d’une bâche sur une prairie peut être très fastidieux. Au contraire, laisser un sol bâché plusieurs mois avant de planter dans la bâche limite la production d’herbe (spontanée ou vivace) à un moment où cette production aurait pu maximiser la fertilité du sol. Idéalement, il vaut donc mieux prévoir 1 mois entre la pose de la bâche (sur prairie ou planche enherbée) et la plantation dans les trous pour :

  • Ralentir la vigueur des vivaces et éviter une reprise par les trous de plantations
  • Simplifier les opérations de plantations (tissu racinaire plus souple / moins dense)


Destruction de vivaces par bâchage

Le bâchage assure une destruction totale de toutes vivaces (rumex, ortie, liseron, chiendent, ronces, …) en 6 mois poussants (=autour de l’été). Il faut être extrêmement vigilant à ce que les vivaces telles que l’ortie et surtout le liseron ne passent pas par les trous, sinon le bâchage n’atteindra pas l’objectif de désherbage. En méditerranée, où les plantes ont l’habitude de souffrir du sec (et sont donc plus résistantes), on remarque qu’il faut plutôt viser un bâchage d’un an pour détruire les vivaces.

Destruction de couvert végétal par bâchage

La destruction d’un couvert végétal sans vivace dure généralement un mois.

Maintien des bâche en période creuses

Les bâches peuvent être laissées sur place plusieurs mois après la culture sur bâche. On les retire ensuite juste avant l'implantation de la culture suivante (semi sur sol propre, plantation alliacés avec gros paillages etc … ). Cette pratique facilite la gestion de l’enherbement.

Stratégie globale de bâchage

Tout l' enjeu du bâchage réside dans la question suivante : comment mes pratiques de l’année N me permettent d’avoir un sol propre en année N+1 voire N+2 ? Si vous ne souhaitez jamais désherber, les adventices vont prendre possession de vos planches en fin de culture, et vos bâches reviendront plus souvent sur vos parcelles. Certaines fermes choisissent de simplifier le désherbage en utilisant les bâches 1 an sur 2. D'autres privilégient le faible déplacement des bâches, et enchaînent plusieurs cultures sur bâches sur plus d’une année. Dans ces cas, la ration du sol est apportée pour plusieurs années, avant la pose de la bâche. Sur un sol vivant et peu sensible (absence d'hydromorphie, pas trop argileux), les cultures peuvent tenir jusqu’à 3 ans sans apport de MO.


Dans des sols sensibles à l’hydromorphie, il est préférable d’insérer un maximum de couverts végétaux au lieu des bâches (ou paillage) pendant l’hiver pour drainer le sol par les plantes.

Type Bâche tissée Bâche d’ensilage Film plastique
Caractéristiques habituelles 130 g/m2 130 microns 20 microns
Coût HT 0,60 € / m² 0 - 0,25 € / m² 0,10 € / m²
Durée de vie 10 - 30 ans 5 -15 ans 1 an
Remarques Mauvais pour désherbage

sur 1 mois

Laisse bien passer l’eau

Retient l’humidité

(évapotranspiration pendant

2 ans)

Sec après

Mécanisable

Comment lester les bâches ?

Bâchage d’occultation au jardin d’Ardennes ; différents lestages

Il est relativement difficile de maintenir les bâches durant des coups de vents violents. Diverses techniques de lestages sont utilisées selon les matériaux de récupération disponibles :

  • Agrafes tous les 3 à 6 m sur les bords reliées par des ficelles tendues
  • Agrafes tous les 1 à 3 m sur les bords de bâches + lestage au centre (rondins, sacs de sables, briques, tuiles, ardoises, plots bétons, parpaings, …)
  • Lestage uniquement (généralement sur bâche d’ensilage) (pneu, sac de cailloux, briques, bois … soyez inventifs mais surtout généreux !)


Quoi du plastique ?

Les alternatives à la bâche pour désherber sont peu nombreuses et peu satisfaisantes :

  • Le travail mécanique est à éviter.
  • Le désherbage thermique ne vient pas à bout des vivaces et est énergivore.
  • Le désherbage à la main est souvent très difficile.
  • Les nouveaux matériaux, comme le chanvre, ne sont pas forcément assez puissants pour détruire les vivaces, et coûtent très cher.
  • Les films plastiques dits 100 % biodégradables fonctionnent bien mais utilisent quand même du pétrole et laissent de nombreux résidus dans le sol.

Les conséquences environnementales du bâchage plastique ne sont évidemment pas négligeables mais de façon pragmatique il reste à l’heure actuelle le meilleur compromis. N’oublions pas qu’une bâche peut être de seconde main et utilisée plusieurs années (jusqu’à 30 ans selon les bâches). De plus, la bâche permet de passer à un système en sol vivant ce qui réduit l'utilisation d’énergie fossile auparavant nécessaire à d’autres postes (faire fonctionner le motoculteur, apporter plus de matière organique pour couvrir). Les bâches sont donc à ce jour un très bon compromis, qui sera amené à être remplacé par les couverts végétaux, lorsque nous aurons relevé le défi technique de leur maîtrise : mélange assez agressif en concurrence, destruction entière par roulage.


Les couverts végétaux

Le paragraphe "Réussir un couvert végétal" dans Stratégie de gestion de la fertilité explique comment réussir un couvert végétal. Ici nous nous concentrons sur le pouvoir désherbant des couverts végétaux. Un couvert végétal est un outil très intéressant pour la gestion de l’enherbement car il occupe un espace et empêche donc l’arrivée des adventices pendant l’interculture (le couvert étant plus simple à détruire que l’enherbement spontané).


Le pouvoir désherbant des couverts

Un engrais vert sous abri

Diverses études[1] se sont intéressées aux relations entre couverture du sol et présence d’adventices. Elles ont montré que plus un couvert végétal est dense et couvrant, plus la densité et la biomasse d’adventices sont réduites (en comparaison à des parcelles témoins). Ces résultats s’expliquent surtout par l’effet d’ombrage et la compétition racinaire. L’efficacité du couvert sur les adventices dépend de :

  • La rapidité de son implantation.
  • Sa durée de végétation.
  • La persistance de sa biomasse sous forme vivante ou morte après destruction.
  • Sa capacité à assainir le sol par les composés allopathiques de ses racines.


Cependant, comme nous l’avons précisé dans le paragraphe dédié aux couverts végétaux (page….), ces derniers doivent être détruits pour ne pas gêner à leur tour la culture suivante. Coucher un engrais vert ne garantit pas sa destruction : dotez vous d’outils secondaires pour sécuriser, comme le bâchage, le brûlage thermique ou encore la chimie pour ceux qui ne sont pas en agriculture biologique.


Destruction des couverts végétaux

Destruction d'un engrais vert au broyeur

K. Schreiber aux Conférences techniques - 7èmes Rencontres Nationales MSV (1:14:25) propose un itinéraire permettant de détruire une prairie (et donc probablement aussi un tapis de vivaces) de la manière suivante :

  1. Destruction de la prairie à l’automne (meilleure gestion de l’azote) par un travail superficiel de 5 cm au rotavator (vitesse lente).
  2. Implantation à l’automne d’un couvert végétal facile à détruire. Exemple :
  3. Roulage du couvert végétal et plantation ou semis direct des légumes. (voir paragraphe "Réussir un couvert végétal" dans Stratégie de gestion de la fertilité).


Attention cet itinéraire nécessite une validation sur le terrain. A essayer sur petites surfaces.


Autres techniques de maîtrise de l’enherbement

Le faux-semis

Un bâchage simple se passe en deux temps : bâchage / débâchage pour semer. La technique du faux-semis requiert d’ajouter une étape supplémentaire : avant le débâchage final prévu, vous débâchez, arrosez abondamment et bâchez à nouveau. Ce débâchage éphémère supplémentaire est caractéristique du faux-semis : toutes les bonnes conditions (sol nu et bien propre, lumière, variation forte d'hygrométrie) sont mises en place pour faire lever le stock de graines. Il a lieu 10 à 15 jours avant le semis. Le faux-semis n’implique pas de travailler son sol, bien au contraire : même un petit grattage après débâchage viendrait annuler les effets de celui-ci.

La pré-germination

Pourquoi prégermer ses graines ?

R. Maiti et K. Pramanik[2], après avoir étudié différents types de pré-germination sur légumes, ont recensé les nombreux avantages liés à la pré-germination :

  • Réduire la dormance
  • Réduire le temps de germination
  • Augmenter le taux de germination quelque soit la température
  • Accélérer la levée avant que la formation de croûtes du sol devienne problématique
  • Améliorer l’uniformité de la levée
  • Limiter le besoin de semer à nouveau
  • Avoir des plantes plus vigoureuses (notamment plus tolérantes à la sécheresse et résistantes au stress climatique)
  • Atteindre de manière plus précoce le stade de floraison
  • Avoir de meilleurs rendements.


De manière indirecte, ils notent aussi que :

  • Les semis sont réalisés plus tôt
  • La récolte est plus précoce
  • Les cultures concurrencent plus efficacement les mauvaises herbes
  • Les semences attaquées par des bactéries et des champignons sont considérablement moins nombreuses
  • Le risque d'échec de culture est réduit (ce qui limite l’utilisation d’engrais)
  • Les semences se conservent plus longtemps.


Comment pré-germer ses graines ?

Levée de graines de carotte dans du compost de déchets verts

Il existe plusieurs techniques de pré-germination. En voici une que vous pouvez réaliser facilement : faites tremper les graines dans l’eau tous les jours et laissez les ressuyer en les égouttant. Cette technique de pré-germination est à réaliser dans un endroit protégé, notamment du soleil, avec une température idéale de 20°C.

  • Mettre les graines dans une chaussette
  • Faire tremper chaque jour la chaussette pendant 12 heures
  • Laisser la chaussette hors de l’eau pendant 12 nouvelles heures pour qu’elle s’égoutte.

Répétez ce programme pendant plusieurs jours. (Les graines de carottes mettent à peu près trois jours pour germer dans ces conditions)


Astuce : Pour anticiper le moment de germination, faites un petit lot témoin, qui commence à tremper avec un décalage dans le temps, par exemple 2-3 jours. Lorsque ce lot germera, vous saurez alors qu’il reste le temps de décalage pour que le lot principal germe à son tour. Dès la germination, semez rapidement vos graines.


  1. Charles R., Wirth J., Büchi L., Sarthou J.P., Justes E., 2013.“Couverts végétaux et allélopathie : où en est la recherche ?”Techniques culturales simplifiées, 71, 24-25
  2. Ratikanta Maiti et Kalipada Pramanik (2013). “Vegetable Seed Priming : a Low Cost, Simple and Powerful Techniques for Farmers’ Livelihood”. International Journal of Bio-ressource and Stress Management, N°413, pages 475-481.
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