Journée nationale Redox
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Journée nationale "Redox" le 11 mai à Villeveyrac (34) :
LA SANTÉ UNIQUE EN PRATIQUE PAR LE SUIVI DES ÉLECTRONS ET DES PROTONS
Chercheurs et agriculteurs expliquent comment, du sol aux plantes, des plantes aux animaux et aux hommes, "la vie est un petit courant électrique entretenu par le soleil". La matinée sera consacrée aux sols et aux plantes et l'après-midi aux animaux et aux hommes.
Programme :
8h45-9h00 : Pourquoi une journée nationale "Redox et santé unique ?" par Jean-Pierre Sarthou (Entomologiste et agro-écologue, INP Toulouse-CNRS)
9h00-9h30 : L'indispensable maintien des équilibres Eh-pH dans les systèmes sol/plantes/microorganismes. Où on comprend que toute l'énergie du système provient de la photosynthèse et que la structure du sol est fondamentale par Olivier Husson (Agronome, CIRAD)
9h30-10h00 : Equilibres Eh-pH et santé des plantes. Où on apprend que les bioagresseurs se développent sur des plantes oxydées par Lydia Bousset (Pathologiste, INRAE)
10h00-10h30 : Equilibres Eh-pH et microorganismes. Où on découvre le rôle fondamental du microbiote pour maintenir les équilibres Eh-pH par Isabella Tomasi (Microbiologiste, Consultante)
10h30-11h00 : Impacts des pratiques agricoles sur les équilibres Eh-pH des sols et des plantes. Où on réalise qu'un sol nu est un sol foutu ! par Olivier Husson (Agronome, CIRAD)
11h00-11h15 : PAUSE. Où on se recharge les batteries
11h15-12h00 : Mesurer pour mieux comprendre. Où on mesure Eh et pH par spectrométrie proche infra-rouge sur la vigne par Philippe Cousin (Directeur, Senseen) et Jessica Lécuyer Dupey (Conseillère en Agroécologie, Terre Amany)
12h00-12h30 : Eh-pH de la vigne au vin. Où on voit que le vin est aussi une histoire d'oxydation et de réduction par Nicolas Devrieux (Conseiller viticole et phytothérapie, Emmanuel Gagnepain Consultants)
12h30-13h00 : Agroécologie, Eh-pH et viticulture bio. Où on cultive la vigne sans aucun fongicide Luc Fonta (Viticulteur agroécologiste, Domaine Les 3 Mazets)
Après-midi : Animaux et hommes, équilibres Eh-pH et santé animale
14h00-14h30: Implication des déséquilibres redox chez les "animaux de rente" sur leur santé, leurs performances et la qualité de leurs produits. Où on voit que les équilibres Eh-pH sont aussi importants chez les animaux par Denys Durand (Chercheur, INRAE)
14h30-15h00 : L'application de la Bioélectronique Vincent en élevage bovins et ovins. Où on régule Eh et pH pour la santé des animaux par Pierre Emmanuel Radigue (Vétérinaire, 5MVet)
15h00-15h30 : La régulation des conditions Eh-pH-CE dans l'eau en aquaculture. Où on voit que cela marche aussi dans l'eau par Benoit Husson (Ingénieur Halieute, IDEE Aquaculture)
15h30-15h45 : PAUSE. Où on boit de la bonne eau et mange des aliments sains Equilibres Eh-pH et santé des hommes
15h45-16h15: Régulation physiologique et Chimie Redox. Où l'on voit que la santé n'est pas qu'une question d'équilibre redo par Jérôme Santolini (Chercheur, responsable du laboratoire « Stress oxydant et détoxication » au CEA-Saclay)
16h15-16h45: La médecine du stress oxydatif. Où on fait de la prophylaxie en mesurant et régulant les stress oxydatifs par Michel Brack (Fondateur et président de l'Oxidative Stress College; ex médecin attaché à l'INSERM- Hopital de la Pitié Salpêtrière)
16h45-17h30: Conclusion: Vers une approche Redox de la santé unique. Où on s'appuie sur des processus universels pour une approche prophylaxique de la santé Grands témoins: Jean-Pierre Sarthou (Entomologiste et agro-écologue, INP-Toulouse/CNRS) Mohamed Benahmed (Médecin, Chercheur en épigénétique, Université de Nice)
Introduction de la deuxième partie de la journée
L’après-midi est consacré aux animaux et aux humains, avec une légère modification du programme en raison de contraintes de transport. L’objectif reste le même : poursuivre l’exploration du redox comme fil conducteur entre les différents compartiments du vivant, du sol jusqu’à la santé humaine.
Cette partie de la journée montre que les mêmes notions de pH, de potentiel redox, de dynamique oxydative et de capacité tampon peuvent être mobilisées aussi bien pour comprendre le fonctionnement des élevages, de l’aquaculture, que certaines pathologies humaines.
Régulation physiologique et chimie redox
L’intervention de Jérôme Santolini porte sur la manière dont la chimie redox intervient dans la régulation du vivant. Il souligne d’emblée que le terme « redox » est aujourd’hui employé dans de très nombreux contextes, parfois de façon floue, et qu’il est donc nécessaire de préciser de quoi l’on parle.
De quoi parle-t-on quand on parle de redox ?
Selon l’intervenant, le redox peut être compris à trois niveaux :
- comme un ensemble de substances, c’est-à-dire des molécules ou biomolécules impliquées dans des échanges d’électrons ;
- comme un ensemble de réactions, c’est-à-dire des processus chimiques d’oxydation et de réduction ;
- comme un ensemble de relations, c’est-à-dire des interactions entre des molécules, des compartiments cellulaires, des tissus, des organismes et leur environnement.
Cette distinction est importante, car le redox n’est pas seulement une grandeur physico-chimique. C’est aussi une manière de penser l’organisation du vivant.
Les substances redox dans le vivant
L’intervenant rappelle que la vie s’est construite à partir d’objets chimiques simples, puis de plus en plus complexes :
- gaz ;
- métaux ;
- petites molécules ;
- cofacteurs ;
- enzymes ;
- complexes protéiques ;
- organites cellulaires.
Il cite notamment :
- les chaînes de transfert d’électrons ;
- les complexes photosynthétiques ;
- les mitochondries ;
- les peroxysomes ;
- les chloroplastes.
L’idée centrale est que la complexification du vivant s’est accompagnée d’une complexification des chimies redox.
Les réactions redox
Le redox ne se réduit pas à un simple échange d’électrons entre deux molécules. Il s’agit d’un ensemble de réactions très nombreuses, en interaction permanente, et fortement dépendantes du milieu.
Jérôme Santolini insiste sur le fait que cette chimie est :
- continue ;
- combinatoire ;
- difficilement prévisible ;
- dépendante des conditions locales.
Une même molécule peut avoir des comportements biologiques très différents selon le contexte.
Le « redox interactome »
Pour rendre compte de cette complexité, l’intervenant présente la notion de redox interactome.
Il s’agit d’un concept qui cherche à intégrer :
- les molécules impliquées ;
- les réactions chimiques ;
- les réseaux biologiques et les compartiments où elles se déroulent.
L’idée est que la biologie redox repose sur un tissu d’interactions extrêmement dense, où les substances, les réactions et les territoires biologiques sont intriqués.
Cette vision permet de mieux comprendre comment des perturbations locales peuvent avoir des effets systémiques, et pourquoi les approches trop simplistes sont souvent insuffisantes.
Le redox comme langage du vivant
Une idée forte développée dans la présentation est que la chimie redox constitue une forme de langage du vivant.
Les molécules redox font l’interface :
- entre l’intérieur et l’extérieur de la cellule ;
- entre les différents compartiments cellulaires ;
- entre l’organisme et son environnement ;
- entre les échelles du vivant.
Elles permettent au vivant :
- de percevoir des changements du milieu ;
- de les traduire en réponses biochimiques ;
- d’adapter ses fonctions physiologiques.
Dans cette perspective, le redox n’est pas seulement une question d’équilibre chimique, mais un système de communication.
Une critique de la notion d’équilibre redox
Jérôme Santolini insiste sur un point théorique important : la biologie redox ne peut pas être correctement pensée comme une simple balance entre oxydants et antioxydants.
Selon lui :
- un organisme vivant n’est jamais à l’équilibre thermodynamique ;
- les systèmes biologiques sont ouverts ;
- les milieux changent en permanence ;
- les flux dominent sur les états fixes.
Ainsi, les notions trop statiques comme :
- « équilibre redox » ;
- « balance oxydants/antioxydants » ;
- « tampon antioxydant »
sont jugées insuffisantes pour rendre compte du vivant.
L’intervenant propose plutôt de penser :
- des dynamiques ;
- des réseaux ;
- des flux ;
- des communications.
Le cas du monoxyde d’azote
Pour illustrer la polyvalence du redox, Jérôme Santolini prend l’exemple du monoxyde d’azote (NO).
Cette molécule joue des rôles très variés dans l’organisme :
- signalisation cellulaire ;
- régulation vasculaire ;
- modulation immunitaire ;
- neurotransmission.
Mais elle peut aussi devenir toxique selon le contexte.
Le message principal est qu’une molécule comme le NO n’a pas une seule fonction. Son effet dépend :
- du milieu ;
- des partenaires chimiques présents ;
- de l’état redox local ;
- de l’histoire du système.
C’est donc le contexte qui détermine la fonction réelle de la molécule.
Le redox et le Covid-19
L’intervenant revient ensuite sur les travaux menés autour du Covid-19, en particulier sur l’idée d’une maladie redox.
L’approche proposée consiste à regarder le Covid non seulement comme une infection virale, mais aussi comme une perturbation massive des régulations redox, en particulier :
- au niveau de l’endothélium ;
- au niveau des réactions inflammatoires ;
- dans les processus de signalisation ;
- dans les réactions de stress oxydatif.
Selon cette lecture, les formes graves sont liées à une rupture de la cohérence du système redox, avec perte de la capacité de régulation et de communication entre compartiments biologiques.
Redox, stress et crise
Jérôme Santolini distingue plusieurs niveaux dans la réponse du vivant :
Le stress redox
C’est une perturbation encore gérable, pour laquelle les systèmes de défense et de régulation peuvent s’activer.
La crise redox
Lorsque la perturbation se prolonge ou s’intensifie, il ne s’agit plus seulement d’un déséquilibre moléculaire, mais d’une altération plus large du milieu, du fonctionnement métabolique et de la coordination des réponses.
L’effondrement
Si la situation continue à se dégrader, l’organisme perd sa capacité de communication et de synchronisation. Ce n’est plus seulement un problème de molécules abîmées, mais une défaillance de l’organisation même du vivant.
Exemples biologiques : coraux et symbioses
Pour sortir du cadre humain, l’intervenant donne deux exemples particulièrement parlants.
Le blanchiment des coraux
Dans les coraux, le redox intervient dans la relation symbiotique avec les organismes photosynthétiques associés. Lorsque l’environnement change, en particulier avec :
- le réchauffement ;
- l’acidification ;
- les UV,
les conditions redox se modifient, et des molécules qui avaient un rôle de régulation de la symbiose deviennent impliquées dans un processus de rupture.
Le blanchiment peut ainsi être compris comme une conséquence d’un changement d’état redox du système.
Le calamar lumineux
Un autre exemple est celui d’un petit calamar vivant en symbiose avec des bactéries bioluminescentes. Là encore, le monoxyde d’azote joue plusieurs rôles :
- guidage de la colonisation ;
- régulation de la symbiose ;
- défense immunitaire.
Cela illustre le fait qu’une même molécule peut servir à des fonctions très différentes selon le contexte.
Une vision intégrée de la biologie redox
En conclusion de son intervention, Jérôme Santolini propose de voir la biologie redox comme un système global de régulation et de communication, fondé sur :
- la mémoire ;
- la perception du milieu ;
- la diversité des trajectoires biochimiques ;
- l’intégration entre échelles.
Les pathologies redox ne sont donc pas seulement des excès de molécules oxydantes, mais des crises de signalisation et de coordination physiologique.
Le redox en aquaculture
Benoît Nourrisson présente ensuite l’usage du redox en aquaculture. Son intervention montre que les mêmes outils et les mêmes raisonnements peuvent être mobilisés sur des systèmes d’élevage aquatiques très différents.
Il rappelle que son bureau d’études travaille depuis de nombreuses années sur des élevages variés :
- crevettes tropicales ;
- poissons marins ;
- poissons d’eau douce ;
- coquillages ;
- algues.
Des systèmes d’élevage très variés
Les structures concernées vont :
- des petites écloseries ;
- à des systèmes de recirculation ;
- à des bassins de biofloc ;
- jusqu’à de très grandes fermes, comme celle de Madagascar évoquée pendant la présentation.
Le redox y est utilisé comme indicateur central de compréhension du fonctionnement de l’eau et des dynamiques biologiques.
Origine de la démarche
Le travail sur le redox en aquaculture est parti de constats très concrets :
- des divergences d’évolution entre bassins pourtant démarrés de manière identique ;
- des mortalités inexpliquées ;
- des libérations de métaux comme le manganèse lorsque l’eau devient trop stagnante et trop réduite.
Les premières difficultés rencontrées ont été liées à la mesure elle-même, en particulier aux perturbations électriques, sujet qui reviendra plusieurs fois dans la discussion.
Les paramètres utilisés
L’approche mobilise les trois paramètres de la bioélectronique Vincent :
- pH ;
- rH2 ;
- résistivité / conductivité.
Le rH2 est jugé plus pertinent biologiquement que le simple potentiel redox.
Le Magic, autre grandeur utilisée par l’équipe, est une puissance électrique calculée à partir du redox et de la salinité. Il permet d’apprécier certains excès énergétiques du milieu.
La cible de fonctionnement
Les données sont représentées dans l’espace défini par :
- le pH ;
- le rH2 ;
- la résistivité / conductivité.
Une zone centrale, appelée cible vortex, correspond au confort physiologique des animaux aquatiques. Lorsque les mesures restent dans cette zone :
- la croissance est bonne ;
- la survie est meilleure ;
- l’état sanitaire est plus stable.
À l’inverse, des sorties de cible correspondent à des dysfonctionnements.
Exemples d’interprétation
L’intervenant montre de nombreux exemples où le positionnement des bassins dans la cible permet de comprendre :
- les différences de croissance ;
- les blocages d’élevage ;
- les crises sanitaires ;
- les évolutions défavorables.
Le redox est utilisé comme outil d’anticipation, souvent plusieurs jours avant que d’autres paramètres plus classiques, comme l’oxygène dissous, n’alertent.
Le rôle des micro-organismes et du phytoplancton
L’approche permet aussi de mieux comprendre :
- les dynamiques de phytoplancton ;
- les blooms ;
- la place des cyanobactéries ;
- l’effet des bactéries en systèmes biofloc ;
- les équilibres entre autoépuration et pollution organique.
Différentes familles de phytoplancton se positionnent dans des zones spécifiques du diagramme. Cette lecture aide à piloter les bassins et à éviter les dérives.
Les pathologies et les zones de risque
L’équipe observe que :
- les problèmes bactériens apparaissent plutôt en bas de cible ;
- les champignons et parasites dans des zones plus oxydées et acides ;
- les virus dans des zones très oxydées et très alcalines.
Cela rejoint ce qui a été dit le matin sur les plantes : les différents pathogènes se développent dans des contextes redox spécifiques.
L’importance des perturbations électriques
Benoît Nourrisson insiste fortement sur ce point : les perturbations électriques sont un problème majeur, à la fois pour :
- les mesures ;
- les animaux eux-mêmes.
Des microfuites électriques, des défauts de mise à la terre, des équipements mal isolés peuvent :
- modifier les valeurs mesurées ;
- électrifier les animaux ;
- perturber leur comportement ;
- provoquer des dysfonctionnements d’élevage.
Avant d’interpréter finement des mesures redox, il faut donc s’assurer de la qualité de l’environnement électrique.
Le redox en élevage de ruminants
L’intervention de Pierre-Emmanuel Radigue, vétérinaire et agronome, porte sur l’usage du pH, du redox et de la conductivité en élevage bovin, ovin et caprin.
Même si la connexion est difficile, plusieurs idées fortes ressortent.
Une approche globale du système d’élevage
L’intervenant explique que la bioélectronique n’est utile que si l’on regarde l’ensemble du système :
- les sols ;
- les plantes ;
- l’eau ;
- l’alimentation ;
- le tube digestif ;
- le sang ;
- les urines ;
- le lait ;
- les effluents d’élevage.
L’idée est bien de suivre les continuités biologiques entre ces compartiments.
L’importance historique du pH
Dans la pratique vétérinaire, le pH est utilisé depuis longtemps, notamment pour :
- comprendre les états acido-basiques ;
- prévenir certaines pathologies autour du vêlage ;
- raisonner les apports minéraux ;
- mieux gérer l’alimentation.
Le redox et la conductivité viennent enrichir cette lecture.
Les cinq piliers de la santé
Pierre-Emmanuel Radigue présente une lecture de la santé animale en cinq piliers :
- l’hydratation ;
- la nutrition ;
- l’intégrité physique ;
- l’environnement ;
- le bien-être et le stress.
Les paramètres bioélectroniques permettent d’éclairer chacun de ces piliers.
Que cherche-t-on à mesurer ?
L’objectif est de comprendre ce qui se passe :
- dans l’eau consommée ;
- dans les aliments ;
- dans le rumen ;
- dans l’intestin ;
- dans le sang ;
- dans les urines ;
- dans le lait.
L’intervenant explique que le grand enjeu est la cohérence entre compartiments. Il faut toujours confronter ce qui se passe :
- dans le système digestif ;
- dans les liquides biologiques ;
- dans les sorties de l’animal.
Le modèle du ruminant équilibré
Selon l’expérience présentée, un ruminant fonctionne bien quand :
- il consomme des végétaux adaptés, souvent légèrement acides et relativement réduits ;
- il dispose d’une eau de bonne qualité ;
- son rumen est légèrement acide et très réduit ;
- ses urines sont alcalines ;
- son sang reste légèrement alcalin ;
- son lait reste dans des zones compatibles avec une bonne santé mammaire.
Quand ces cohérences sont présentes, on observe :
- une bonne santé ;
- une bonne reproduction ;
- une bonne production ;
- une bonne qualité du lait et de la viande.
Les situations problématiques
L’intervenant souligne que, dans de nombreux cas de dysfonctionnement observés en élevage, on rencontre :
- des alcaloses métaboliques ;
- des oxydations excessives ;
- des déséquilibres digestifs ;
- des problèmes liés aux apports minéraux ou énergétiques.
Les excès d’amidon, certains ensilages, certaines rations mal équilibrées, ou des déséquilibres sur les minéraux peuvent déplacer le système dans des zones défavorables.
Ce que permet la bioélectronique en élevage
Elle permet de :
- objectiver des états de déséquilibre ;
- suivre des tendances ;
- ajuster les pratiques ;
- mieux comprendre les liens entre alimentation, digestion, santé et effluents.
L’objectif final est que les éleveurs puissent s’approprier progressivement ces outils, même si certaines mesures plus invasives restent du domaine vétérinaire.
Le stress oxydant en santé humaine
La dernière grande intervention est celle du docteur Michel Braque, qui revient sur la question du stress oxydant chez l’humain.
L’entrée choisie est volontairement très pédagogique : comprendre à la fois le rôle indispensable de l’oxygène et sa toxicité potentielle.
Le paradoxe de l’oxygène
L’oxygène est indispensable à la vie complexe, car il a permis :
- une production énergétique beaucoup plus efficace ;
- le développement de grands organismes ;
- le fonctionnement de systèmes biologiques sophistiqués, notamment le cerveau.
Mais il est aussi à l’origine de molécules radicalaires capables d’abîmer :
- les lipides ;
- les protéines ;
- l’ADN ;
- les membranes ;
- les organites.
Le rôle des mitochondries
Le docteur Braque rappelle que les mitochondries sont issues de bactéries ancestrales intégrées très tôt dans l’histoire du vivant.
C’est grâce à elles que l’oxygène est devenu utilisable comme comburant très efficace, permettant de passer d’un rendement énergétique très faible à un rendement bien supérieur.
Cette avancée a rendu possible le développement des grands mammifères et du cerveau humain, mais au prix d’une exposition constante à des réactions oxydatives potentiellement dangereuses.
Les radicaux libres
Lors de l’utilisation de l’oxygène, différentes formes radicalaires peuvent apparaître.
Ces radicaux libres sont des espèces chimiques très réactives qui vont chercher à récupérer un électron et peuvent ainsi endommager les molécules voisines.
Le processus devient alors enchaîné : une molécule agressée devient elle-même radicalaire et attaque à son tour.
Ce mécanisme explique les réactions en chaîne des dommages oxydatifs.
Les cibles du stress oxydant
Le stress oxydant peut toucher :
- les lipides membranaires ;
- les protéines ;
- l’ADN ;
- les lipides circulants comme le LDL cholestérol.
Le docteur Braque insiste notamment sur le fait que le LDL oxydé joue un rôle majeur dans la formation de la plaque d’athérome. Ce n’est pas seulement le LDL élevé qui pose problème, mais le LDL oxydé.
Quelles maladies sont concernées ?
Le stress oxydant est impliqué dans :
- les maladies cardiovasculaires ;
- les maladies neurodégénératives ;
- certains cancers ;
- les maladies inflammatoires chroniques ;
- certaines pathologies oculaires ;
- des situations infectieuses graves.
Il intervient aussi dans des contextes de vieillissement, d’obésité, de diabète, de tabagisme, d’hypertension, de stress chronique ou d’exposition à certains médicaments.
Peut-on mesurer le stress oxydant ?
La réponse donnée est clairement oui.
Michel Braque explique qu’il existe aujourd’hui une biologie validée du stress oxydant, avec des marqueurs jugés pertinents, parmi lesquels :
- le rapport cuivre / zinc ;
- les protéines thiol ;
- le rapport glutathion réduit / glutathion oxydé ;
- les LDL oxydés ou certains dérivés apparentés.
Cette approche permet :
- d’objectiver un stress oxydant ;
- d’en estimer l’intensité ;
- de distinguer des situations aiguës ou chroniques ;
- de suivre l’effet d’une correction.
Peut-on corriger un stress oxydant ?
L’intervenant affirme qu’il est possible de corriger les bilans de stress oxydant dans plus de 90 % des cas.
En revanche, la question la plus importante reste : est-ce que corriger biologiquement ce stress oxydant améliore réellement la santé à long terme ?
Il rappelle que cette question demande des études cliniques coûteuses et difficiles à financer.
Exemple d’étude clinique
Une étude réalisée à Montpellier chez des patients atteints de myopathie facio-scapulo-humérale est présentée.
Dans cette étude :
- tous les patients ont eu un bilan de stress oxydant ;
- un groupe a reçu une correction adaptée ;
- un autre groupe a reçu un placebo.
Les résultats montrent que le groupe traité a récupéré :
- de la masse musculaire ;
- de la force musculaire,
contrairement au groupe placebo.
Cet exemple est cité comme une démonstration concrète qu’une correction ciblée du stress oxydant peut avoir un effet clinique.
Le Covid-19 et le stress oxydant
Michel Braque revient aussi sur le Covid-19, en écho à l’intervention précédente.
L’hypothèse formulée est qu’une partie des formes graves relève d’un orage oxydatif majeur, avec atteinte pulmonaire sévère.
Une étude a été menée à l’hôpital Cochin montrant que la baisse de certains marqueurs protecteurs, comme les protéines thiol, est associée à la gravité du Covid.
Cela renforce l’idée que l’état redox initial d’un patient peut influencer la sévérité de certaines infections.
Antioxydants : prudence et nuances
L’intervenant insiste sur un point de vigilance : les antioxydants ne sont pas toujours bénéfiques, ni à n’importe quel moment.
Il rappelle notamment qu’il ne faut pas chercher à neutraliser systématiquement les états oxydatifs dans certaines situations où ils sont utiles ou nécessaires :
- début de certaines infections ;
- début de certaines réponses immunitaires ;
- traitements anticancéreux ;
- tout début de la grossesse.
En particulier, les radicaux libres jouent un rôle dans certaines apoptoses physiologiques et dans certaines réponses thérapeutiques.
Le message est donc qu’il faut sortir d’une vision simpliste selon laquelle « antioxydant = Toujours bon ».
Conclusion générale de la journée
En conclusion de la journée, plusieurs intervenants reviennent sur la force de l’approche redox comme outil intégrateur.
Cette journée a montré que le redox permet :
- de faire dialoguer chimie, biologie, physiologie et agronomie ;
- de relier sols, plantes, micro-organismes, animaux et humains ;
- de mieux comprendre la santé comme un phénomène systémique ;
- d’éclairer les interactions entre environnement, alimentation et physiologie.
Il est aussi rappelé que les plantes occupent une place centrale dans cette vision : elles sont la source primaire d’énergie de la biosphère et conditionnent en grande partie la santé des sols, des animaux et des humains.
Enfin, plusieurs intervenants soulignent que cette approche redox ouvre des pistes de recherche, de formation et de pratique très importantes, et qu’elle pourrait constituer un axe fort pour le développement d’une agroécologie réellement intégrée.