Triple Performance

Implanter des cultures dérobées ou une double-culture

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Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Parcelle de Moha. Graminée à cycle court que l'on peut semer en dérobée Crédit : Auteur : ROUX Philippe
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1. Présentation

Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Une culture dérobée est implantée entre deux cultures principales de la rotation, mais se distingue d'une culture intermédiaire par un objectif de valorisation de la production. Plusieurs insertions peuvent être distinguées :

  • En système de grandes cultures implantation de cultures à cycle court (soja, tournesol, maïs, sarrasin, sorgho...) pour récolte de grains, entre une culture à récolte précoce (orge d'hiver, pois, ail, colza...) et une culture d'hiver (blé, orge...) ou de printemps (maïs...)  
  • En système polyculture-élevage, implantation de cultures à valorisation fourragère récoltées en ensilage ou enrubannage (ray-grass d’Italie, moha, éventuellement associé à du trèfle, meteil…), ou pâturé (colza fourrager, chou fourrager...). L'implantation peut alors avoir lieu pendant l'hiver entre deux cultures de printemps (ray-grass d'Italie entre deux maïs...). En agriculture biologique, avec des reliquats azotés à la récolte souvent faibles, des légumineuses à vocation fourragère peuvent être implantées en dérobées (vesce, luzerne, trèfle...).
  • En système avec méthanisation, implantation de CIVES (Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique). Dans ce cas, la plante entière est récoltée pour alimenter le méthaniseur. Grâce à la fermentation des CIVES, le méthaniseur peut produire du biogaz, utilisé comme source de chaleur ou d’électricité. Le méthaniseur produit également du digestat qui peut servir à la fertilisation des cultures.


On distingue 2 types de CIVES :

  • Les CIVES d’été (sorgho, maïs, tournesol, associé ou non de légumineuses), semées principalement entre mi-juin et fin juillet afin de bénéficier de températures chaudes et de journées plus longues. Les rendements de ces cultures sont très variables car leurs croissances dépendent de la pluviométrie estivale.
  • Les CIVES d’hiver (mélanges à base de graminées (ex : seigle, avoine, triticale) et parfois de légumineuses) semées autours du mois d’octobre. Ces cultures profitent d’une période de croissance longue (supérieure à six mois) et humide.


Précision sur la technique :

Dans le cas des cultures fourragères ou des valorisations énergétiques, l’objectif de la culture dérobée est de produire une grande quantité de biomasse en peu de temps afin d’être valorisée sous différentes formes (récoltes en grain, fourrage, énergie…). Le choix de la culture portera donc plutôt sur des espèces à forte production de biomasse


Période de mise en œuvre Pendant l'interculture


Echelle spatiale de mise en œuvre Parcelle


Application de la technique à...

Neutre Toutes les cultures : Généralisation parfois délicate


Pour une récolte en grains, seules les cultures à cycle court (tournesol "de 100 jours", soja 000 ou 0000 à partir de 2013, variétés de maïs ou sorgho ou pois de printemps précoces, sarasin) sont adaptées à une implantation en dérobée.


Neutre Tous les types de sols : Généralisation parfois délicate


En dehors des sols hydromorphes qui peuvent rendre délicate une récolte courant octobre dans le ca d'une valorisation en grain, la technique peut être généralisée à tous type de sol. Un accès à l'irrigation peut être nécessaire pour sécuriser la levée et le rendement.


Neutre Tous les contextes climatiques : Généralisation parfois délicate


Les cultures implantées en dérobé pour une valorisation en grain nécessitent tout de même un cumul de température minimum pour arriver à maturité (1 300 à 1 400 °C base 6 °C pour un tournesol en dérobé, 1420°C base 6°C pour un soja 000). Cette technique implique la réalisation d'une analyse climatique fréquentielle permettant de déterminer la fréquence à laquelle elle permet d'atteindre les résultats attendus, et la date limite de semis en dérobé. L'implantation en dérobé est à considérer comme une stratégie d'opportunité à mettre en oeuvre quand les conditions climatiques de l'année le permettent (récolte précoce de la culture précédente par exemple). L'implantation en dérobé de cultures à vocation fourragère peut être envisagée dans une plus large gamme de contextes climatiques.


Réglementation

Les cultures dérobées sont implantées pendant la période d’interculture et doivent par conséquent respecter la réglemen­tation en vigueur à cette période, c’est-à-dire la Directive Nitrates.




2. Services rendus par la technique

Stabilité physique et structuration du sol

L'implantation de cultures dérobées permet :

  • De couvrir le sol à l’interculture et donc de limiter la battance et d’érosion.
  • De pomper l’eau des sols hydromorphes en hiver. Cela facilite le semis de la culture de printemps suivante.


Niveau d'effet : MOYEN si technique utilisée seule, à combiner


Indice de confiance : FORT




TECHNIQUE(S) COMPLEMENTAIRE(S)

Utiliser des mulchs de bois raméal fragmenté


Restituer et incorporer les résidus de la culture précédente


Restituer et laisser en surface les résidus de la culture précédente


Introduire un couvert végétal d'interculture en production légumière



TECHNIQUE(S) INCOMPATIBLE(S)

Régulation et gestion des adventices

Couvrir le sol à l’interculture peut permettre de réguler, de limiter le développement des adventices par des phénomènes de compétition, d’allélopathie ou de bio-fumigation.


Niveau d'effet : MOYEN si technique utilisée seule, à combiner


Indice de confiance : MOYEN




TECHNIQUE(S) COMPLEMENTAIRE(S)

Semer / repiquer des variétés concurrentielles par rapport aux adventices


Cultiver des espèces étouffantes


Implanter des cultures intermédiaires à effet allélopathique ou biocide - biofumigation


Semer / repiquer à forte densité



TECHNIQUE(S) INCOMPATIBLE(S)

Gestion des maladies

Couvrir le sol à l’interculture peut permettre de de mieux gérer les pathogènes, en particulier les maladies telluriques en provoquant des ruptures de cycle dans le développement de la maladie.


Niveau d'effet : MOYEN si technique utilisée seule, à combiner


Indice de confiance : MOYEN




TECHNIQUE(S) COMPLEMENTAIRE(S)

Cultiver des associations d'espèces annuelles


Cultiver des espèces diversifiées dans la rotation



TECHNIQUE(S) INCOMPATIBLE(S)

Gestion des ravageurs

Certaines plantes de couverture implantée en interculture sont utilisées pour leurs propriétés à repousser certains ravageurs


Niveau d'effet : MOYEN si technique utilisée seule, à combiner


Indice de confiance : MOYEN




TECHNIQUE(S) COMPLEMENTAIRE(S)

Implanter des cultures pièges à bio-agresseurs


Association de cultures


Cultiver des espèces diversifiées dans la rotation



TECHNIQUE(S) INCOMPATIBLE(S)

Gestion des auxiliaires du sol

Certaines plantes de couverture implantée en interculture sont utilisées pour leurs propriétés à attirer des auxiliaires du sol.


Niveau d'effet : MOYEN si technique utilisée seule, à combiner


Indice de confiance : MOYEN




TECHNIQUE(S) COMPLEMENTAIRE(S)

Implanter des cultures intermédiaires attractives pour les auxiliaires


Implanter des légumineuses en interculture


Association de cultures


Cultiver des associations d'espèces pluriannuelles


Implanter des cultures intermédiaires à effet allélopathique ou biocide - biofumigation



TECHNIQUE(S) INCOMPATIBLE(S)



3. Effets sur la durabilité du système de culture

Critères "environnementaux"

Neutre Effet sur la qualité de l'air : Pas de connaissance sur impact


Neutre Effet sur la qualité de l'eau : Variable


La présence d'un couvert végétal sur la parcelle tout au long de l'année permet de limiter le ruissellement et la lixiviation limitant ainsi  le transfert de polluant. Cependant, si la culture dérobée se développe peu, son rôle de piège à nitrates s’en trouvera très réduit.


Le couvert végétal permet de limiter le transfert de polluant intervenant entre deux cultures principales. Attention, l'implantation d'une culture en dérobé peut cependant impliquer des applications supplémentaires d'herbicides pour gérer les repousses du précédent.


Négatif Effet sur la consommation de ressources fossiles : En augmentation


Même si le travail du sol est limité, les interventions liées à l'implantation de la culture en dérobé impliquent la consommation de carburant. De plus, certaines cultures peuvent nécessiter un séchage (tournesol, maïs) et de l'irrigation.


Neutre Dégagement de GES : Variable


La production de biomasse par la culture dérobée contribue à augmenter la quantité de carbone fixée, la diminution des fuites de nitrates hors de la parcelle diminuent les émissions de N2O indirectes.


Les dégagements de GES liés à la consommation de carburant sont en augmentation, en particulier pour les cultures nécessitant un séchage et/ou de l'irrigation.


Critères "agronomiques"

Positif Productivité : En augmentation


Les cultures récoltées en grain présentent un potentiel de rendement réduit en dérobé du fait d'un cycle plus court. Le rendement des cultures principales peut également être réduit si des variétés précoces sont volontairement choisies pour allonger la durée de l'interculture. Cependant, l'implantation de cultures dérobées en plus des cultures principales conduit à une augmentation de la productivité du système de culture. Dans le cas de cultures dérobées à vocation fourragère, leur récolte contribue à améliorer l’autonomie des exploitations.


Neutre Qualité de la production : Pas d'effet (neutre)


Négatif Fertilité du sol : En diminution


L'implantation de cultures en dérobé implique des prélévements d'éléments minéraux qui peuvent entrainer une moindre disponibilité pour la culture suivante.


Positif Stress hydrique : En diminution


L’implantation de cultures en dérobé implique des prélèvements d'eau qui peuvent entrainer une moindre disponibilité pour la culture suivante. (Moindre disponibilité en eau pour un maïs implanté après un ray-grass en dérobé par exemple).


Neutre Préservation de la structure des sols : Variable


En cas de récolte tardive en mauvaises conditions de la culture dérobée, des risques de dégradation de la structure du sol existent. A l'inverse, en sol hydromorphe, une culture dérobée en hiver qui pompe de l'eau peut permettre une meilleure praticabilité au printemps pour semer une culture de printemps. 


Les cultures dérobées permettent de couvrir le sol à l’interculture et donc de limiter la battance et l’érosion.


Critères "économiques"

Négatif Charges opérationnelles : En augmentation


L'implantation d'une culture en dérobé implique des charges liées à l'achat de semence, de produits phytosanitaires, l'irrigation voire le séchage.


Les coûts de production varient en fonction du choix de la culture. Les mélanges de cultures (ex : avoine et phacélie ou avoine et orge) ont des coûts de production de l’ordre de 250 €/ha car le coût du désherbage est réduit.  A l’inverse, certaines cultures ont un coût de désherbage et de semence plus élevé (ex : maïs ou navet) et ont des coûts de production de l’ordre de 350€/ha.


Négatif Charges de mécanisation : En augmentation


L'implantation d'une culture en dérobé implique généralement un nombre de passages plus important et plus coûteux (travail du sol, semis, récolte...) que si le sol est maintenu nu pendant l'interculture ou qu'une culture intermédiaire non récoltée est implantée.


Neutre Marge : Variable


La marge de la culture dérobée dépend fortement du contexte de prix de vente et d'achat d'intrants, mais elle est inférieure à celle des cultures principales du fait d'un potentiel de rendement réduit. Cependant elle reste généralement positive dans les régions adaptées et contribue à améliorer la marge globale du système.


Négatif Consommation de carburant : En augmentation


L'implantation, le suivi, la récolte d'une culture dérobée implique une consommation de carburant supérieure à la réalisation de faux-semis, à l'implantation et la destruction d'une culture intermédiaire non récoltée.


Critères "sociaux"

Négatif Temps de travail : En augmentation


Les cultures dérobées demandent des opérations culturales supplémentaires (travail du sol, récolte…). par rapport aux cultures non récoltée (Ex : CIPAN)


L'implantation d'une culture en dérobé implique du temps d'observation supplémentaire pour la conduite de l'irrigation, indispensable dans la plupart des situations.


Neutre Période de pointe : Pas d'effet (neutre)


Neutre Effet sur la santé de l'agriculteur : Pas d'effet (neutre)




4. Organismes favorisés ou défavorisés

Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions




5. Pour en savoir plus


Site Internet, 2019


Interview, 2018


Brochure technique, 2018


Ouvrage, 2011


Perspectives agricoles n°357, p93-95, Article de presse, 2009




6. Mots clés

Méthode de contrôle des bioagresseurs : Contrôle cultural


Mode d'action : Barrière


Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Reconception


Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

Est complémentaire des leviers

Contribue à

S'applique aux cultures suivantes