Olivier Husson 5/7 : Impacts des pratiques agricoles sur le Redox-pH

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Dans cette conférence, Olivier Husson explique comment les pratiques agricoles influencent l’équilibre redox-pH des sols et des plantes. En s’appuyant sur une analogie électrique, il compare le sol à une batterie : le carbone stable en constitue la capacité de stockage, tandis que le carbone labile et l’activité biologique en représentent la charge disponible. Il montre que le travail du sol, les sols nus, certains engrais minéraux et de nombreux pesticides favorisent l’oxydation, dégradent la structure, accélèrent la perte de carbone et perturbent les gradients naturels du sol. À l’inverse, les couverts végétaux, la photosynthèse, la matière organique, la biodiversité microbienne et une bonne structure permettent de restaurer un fonctionnement plus réducteur et plus stable. Son message central est clair : pour réussir la transition agroécologique, il faut d’abord régénérer les sols, maximiser la couverture végétale et repenser les systèmes de culture plutôt que seulement substituer des intrants.

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Résumé
Dans cette conférence, Olivier Husson explique comment les pratiques agricoles influencent l’équilibre redox-pH des sols et des plantes. En s’appuyant sur une analogie électrique, il compare le sol à une batterie : le carbone stable en constitue la capacité de stockage, tandis que le carbone labile et l’activité biologique en représentent la charge disponible. Il montre que le travail du sol, les sols nus, certains engrais minéraux et de nombreux pesticides favorisent l’oxydation, dégradent la structure, accélèrent la perte de carbone et perturbent les gradients naturels du sol. À l’inverse, les couverts végétaux, la photosynthèse, la matière organique, la biodiversité microbienne et une bonne structure permettent de restaurer un fonctionnement plus réducteur et plus stable. Son message central est clair : pour réussir la transition agroécologique, il faut d’abord régénérer les sols, maximiser la couverture végétale et repenser les systèmes de culture plutôt que seulement substituer des intrants.

Captation réalisée dans le cadre d’une formation d’Olivier Husson en février 2022 à Châteauneuf-du-Pape.


Captation et montage vidéo réalisé par : Charlotte Brunier et Romain Mercieux.

Découvrez sur la Chaine Youtube l'Alternative un condensé de la formation d'Olivier Husson !

Conférence d’Olivier Husson : https://youtu.be/pq_Yua7Fnas

Lien de la chaîne : https://www.youtube.com/channel/UCYDa7tXvpKOTB2XxnqaaqvQ




Introduction

Cette intervention d’Olivier Husson porte sur les impacts des pratiques agricoles sur le couple redox-pH du sol et des plantes, et sur la manière de comprendre le fonctionnement des systèmes agricoles à partir d’une analogie électrique. L’idée centrale est que les pratiques agricoles modifient à la fois l’état d’oxydation-réduction, le pH, l’activité biologique, la structure du sol et, au final, la santé des plantes.

L’objectif n’est pas seulement de décrire des phénomènes, mais d’expliquer comment les pratiques agricoles conventionnelles, biologiques ou de conservation déplacent les systèmes vers des zones plus oxydées ou plus réduites, et comment il devient possible d’agir pour restaurer des sols fonctionnels.

Une lecture du sol par analogie avec l’électricité

Olivier Husson propose de raisonner à partir d’une analogie électrique simple.

Il rappelle que la plante capte l’énergie des photons du soleil par la photosynthèse, charge des molécules en électrons, puis transfère ces électrons pour récupérer de l’énergie. Le fonctionnement du vivant est donc présenté comme une dynamique de transferts d’électrons.

Dans cette analogie :

  • les feuilles jouent le rôle de panneaux solaires ;
  • le sol joue le rôle d’une batterie ;
  • le carbone stable du sol correspond à la capacité de stockage de cette batterie ;
  • le carbone labile et l’activité biologique correspondent au niveau de charge de la batterie.

Il insiste sur le fait qu’il ne suffit pas d’avoir beaucoup de carbone. On peut avoir une grosse batterie vide, c’est-à-dire beaucoup de carbone stable mais peu de carbone accessible aux micro-organismes, donc peu de fonctionnement biologique. À l’inverse, avoir beaucoup de charge sans capacité de stockage durable n’est pas non plus satisfaisant. Il faut donc un équilibre entre carbone stable et carbone labile.

Carbone stable, carbone labile et analyses

Cette vision conduit à distinguer plusieurs formes de carbone dans le sol.

Les analyses classiques de carbone total reposent sur des oxydations fortes. Elles donnent une idée du stock global, mais pas forcément de la fraction biologiquement accessible. D’autres méthodes plus douces cherchent à approcher le carbone plus « labile ».

Olivier Husson cite notamment :

  • des méthodes au permanganate, qui oxydent plus doucement et donnent une idée du carbone plus accessible ;
  • des approches utilisant des acides organiques comme l’acide oxalique, l’acide malique et l’acide citrique, en s’inspirant de ce que produisent les racines et les micro-organismes.

L’idée est de mieux approcher le « carbone facilement accessible aux microbes », c’est-à-dire ce qui participe effectivement à la charge de la batterie du sol.

La puissance du système : tension, résistance et conductivité

L’analogie électrique est poussée plus loin avec la notion de puissance.

Le potentiel redox corrigé du pH est assimilé à une forme de charge ou de tension du système. La conductivité électrique, inverse de la résistivité, joue sur la capacité du système à faire circuler les flux.

Le raisonnement est le suivant :

  • si la batterie est bien chargée mais que la conductivité est très faible, la puissance du système reste limitée ;
  • dans un sol très sableux, peu conducteur, la production est freinée ;
  • à l’inverse, si la conductivité est très forte, par exemple avec beaucoup d’ions issus d’engrais chimiques, le système peut produire fortement, mais il vide la batterie très vite.

L’hypothèse formulée est que l’agriculture moderne a compensé la baisse de matière organique et donc de « tension » du système en augmentant la conductivité, notamment via les engrais chimiques et certains effets liés au tassement. Cela permet de maintenir la production, mais au prix d’une vidange accélérée de la batterie du sol.

Mesurer facilement la conductivité

Il est évoqué l’existence d’outils simples à utiliser dans le sol, capables de mesurer rapidement :

  • l’humidité ;
  • la température ;
  • la conductivité de l’eau des pores ;
  • la conductivité apparente du sol ;
  • la permittivité électrique.

Ces mesures peuvent aider à suivre le fonctionnement du sol. Olivier Husson souligne toutefois que certaines variables, comme la permittivité ou la conductivité apparente, sont fortement liées à l’humidité, alors que la conductivité de l’eau des pores reflète davantage la présence d’ions.

Travail du sol et inversion des gradients électriques

Un point majeur de l’exposé concerne les effets du travail du sol, en particulier du labour avec retournement.

Dans un sol fonctionnant naturellement, il existe des gradients verticaux de redox et de pH. Le labour avec retournement inverse ces gradients. D’après Olivier Husson, cela crée une force électrique supplémentaire qui pousse les bases et contribue potentiellement au lessivage.

Ce point a été mesuré sur différents types de sols, sur une large gamme de pH et de textures. Le constat est que :

  • le labour avec retournement inverse les gradients ;
  • le travail sans retournement évite cette inversion ;
  • même sans retournement, le travail du sol agit sur l’activité biologique.

Il insiste aussi sur le fait que les effets destructeurs du labour sont d’autant plus importants que les sols sont restaurés et biologiquement actifs. Sur un sol très dégradé, labourer revient à « donner des coups de pied dans les cadavres » : le dommage est réel, mais moins visible. Sur un sol restauré, le labour détruit un fonctionnement redevenu actif.

Le travail du sol vide et réduit la batterie

Le travail du sol est aussi présenté comme une pratique qui :

  • enlève des « panneaux solaires » en détruisant les couverts végétaux ;
  • vide la batterie en accélérant l’oxydation ;
  • réduit la taille de la batterie par perte de carbone stable ;
  • favorise l’érosion ;
  • perturbe l’activité biologique et la structure.

Autrement dit, il vide le stock et dégrade en même temps la capacité de stockage.

Le rôle central de la photosynthèse et des couverts végétaux

L’idée la plus importante de l’exposé est que l’énergie du système doit venir du soleil, via les plantes.

Pour Olivier Husson, ce qui compte avant tout est l’intensité de la photosynthèse. Plus il y a de feuilles, plus le système capte de l’énergie, alimente le sol, nourrit les micro-organismes, entretient la structure et tamponne les fluctuations de redox, de pH, d’humidité et de température.

Il résume cela de manière volontairement simple : la nouvelle agriculture, ce sont des feuilles.

Les couverts végétaux, les plantes pérennes, les associations végétales et, plus largement, le maintien permanent de végétation sont donc vus comme la base de la restauration des sols. Il insiste particulièrement sur le fait qu’il faut aller vers des couverts permanents et, si possible, vers davantage de pérennité, surtout quand les conditions climatiques deviennent plus contraignantes.

Oxydation : ce qui pousse le système vers le haut

Olivier Husson distingue les pratiques et facteurs qui poussent le système vers l’oxydation.

Parmi eux :

  • le drainage et l’assèchement ;
  • le feu ;
  • l’abattis-brûlis ;
  • les engrais sous formes oxydées, comme les nitrates et sulfates ;
  • la plupart des pesticides ;
  • le soleil sur sol nu ;
  • le travail du sol ;
  • l’absence de couverture végétale.

Le feu

Le feu est présenté comme une oxydation extrême. Olivier Husson rappelle avoir travaillé à Madagascar et au Vietnam sur des systèmes d’abattis-brûlis. Il reconnaît qu’il peut y avoir des raisons de recourir à ces pratiques, notamment pour libérer du phosphore sur certains sols acides, mais souligne qu’elles dégradent très vite les sols, en particulier sur pentes.

Il évoque des pertes d’érosion pouvant atteindre 150 tonnes de terre par hectare et par an dans certains systèmes.

Les engrais et pesticides

Les formes nitratées et sulfatées sont décrites comme fortement oxydées. La plupart des pesticides sont aussi considérés comme oxydants, soit directement, soit en perturbant le métabolisme de la plante.

Il nuance toutefois en signalant que certains fongicides préventifs, très réducteurs, peuvent fonctionner autrement, mais sont souvent des composés problématiques, parfois associés à des risques de toxicité ou de cancérogénicité.

Le soleil sur sol nu

Le soleil sur un sol nu favorise des réactions photochimiques, notamment des réactions de type Fenton, impliquant le fer et conduisant à la formation de composés très oxydants. Cela accélère la destruction de la matière organique et la déstructuration.

Le soleil sur une plante, au contraire, alimente la photosynthèse. D’où l’importance de ne jamais laisser le sol nu.

Réduction : ce qui permet de remettre le système en équilibre

Réduire le système est plus difficile. Pour Olivier Husson, les leviers principaux sont :

  • la lumière captée par les plantes ;
  • l’eau, lorsqu’elle favorise la croissance végétale ;
  • la structure du sol ;
  • le mulch ;
  • l’activité biologique ;
  • certaines légumineuses ;
  • l’urée dans certains cas ;
  • l’ensemble des pratiques qui remettent de l’énergie biologique dans le système.

Les plantes sont donc le levier principal. Elles apportent de l’énergie, entretiennent la structure, nourrissent les micro-organismes et contribuent à tamponner les conditions du sol.

Le rôle de certaines légumineuses

Il cite notamment le Stylosanthes guianensis, présenté comme une « luzerne tropicale », capable de produire beaucoup de biomasse et de fixer de l’azote. Il rappelle aussi que la fixation symbiotique de l’azote produit de l’hydrogène, ce qui contribue à réduire le milieu.

Certaines légumineuses, comme les crotalaires, sont mentionnées comme particulièrement intéressantes parce qu’elles cumulent forte biomasse et fixation d’azote.

Sols dégradés, compaction et zone d’alerte permanente

Dans les sols dégradés, compactés, pauvres en matière organique, le fonctionnement oscille en permanence entre excès d’oxydation et excès de réduction. Les plantes y vivent dans une zone d’alerte permanente, à laquelle s’ajoutent les autres stress :

  • sécheresse ;
  • températures extrêmes ;
  • nuages et variations climatiques ;
  • carences et toxicités ;
  • pesticides ;
  • attaques de bioagresseurs.

Un sol bien structuré et biologiquement actif agit comme un tampon et permet aux plantes de rester dans une zone d’équilibre.

Régénérer les sols avant de vouloir passer en bio

Un des messages forts de l’intervention est qu’une agriculture biologique durable suppose des sols régénérés.

Olivier Husson estime qu’il est souvent plus pertinent de commencer par restaurer les sols, en réduisant au maximum les pesticides mais sans se priver trop vite de tous les outils, puis de passer ensuite à des systèmes biologiques pleinement fonctionnels. Selon lui, vouloir passer directement en bio sur des sols très dégradés rend la transition beaucoup plus difficile, notamment pour contrôler les couverts, relancer la biomasse et reconstruire la structure.

Trois niveaux de changement en agroécologie

Il distingue trois approches :

  • améliorer l’efficience des produits ;
  • substituer certains produits par d’autres ;
  • redessiner complètement les systèmes.

Pour lui, les deux premières approches restent dans une logique où l’on cherche encore à tuer ou à corriger de manière ponctuelle. La vraie agroécologie consiste à changer de paradigme : au lieu de laisser les plantes partir dans des zones de déséquilibre où elles deviennent vulnérables, on reconçoit le système pour les maintenir dans une zone favorable.

Cela passe par :

  • la régénération des sols ;
  • la restauration de la structure ;
  • les couverts végétaux ;
  • la réduction du travail du sol ;
  • l’apport de matière organique ;
  • l’activité biologique ;
  • la biodiversité.

Pendant la transition : accompagner les plantes

Olivier Husson insiste sur la nécessité d’une transition rapide. Plus on reste longtemps dans une situation intermédiaire instable, plus la conduite devient difficile.

Si une plante est attaquée et réagit naturellement par sur-oxydation pour se défendre, lui apporter brutalement des produits réducteurs peut empêcher cette défense. Il faut donc comprendre le moment et le sens des interventions :

  • soit aider ponctuellement la plante à sur-oxyder au début de l’attaque ;
  • soit accompagner ensuite le retour vers un état plus réduit pour restaurer son fonctionnement.

Il mentionne à ce sujet des produits très réducteurs comme la sarriette, mesurée avec un redox très bas.

Produits, effets directs et effets indirects

Les produits peuvent agir de différentes façons :

  • en apportant directement des antioxydants ;
  • en améliorant la nutrition, donc la photosynthèse, et en permettant à la plante de produire davantage d’antioxydants ;
  • en provoquant une légère stimulation oxydative, qui pousse la plante à renforcer ses défenses ;
  • en détruisant par sur-oxydation.

Parmi les produits évoqués :

  • les macérations ;
  • la vitamine C ;
  • certains micro-organismes ;
  • certains fongicides préventifs ;
  • le cuivre ;
  • les apports foliaires d’oligo-éléments.

Il met en garde sur le fait qu’une stimulation oxydative peut protéger une plante en bon état, mais épuiser ou achever une plante déjà à l’agonie.

Ne pas mélanger des pratiques à effets antagonistes

Pour réussir la transition, il ne faut pas multiplier les pratiques qui se contredisent. Si l’on cherche à aller vers un système plus réduit, plus vivant et plus tamponné, mais qu’on continue à appliquer en même temps des pratiques très oxydantes, on fait du surplace ou on recule.

Il faut donc aligner les pratiques dans le même sens.

L’importance du matériel d’application

Un point très concret concerne les pulvérisateurs et atomiseurs. Certains matériels peuvent eux-mêmes contribuer à oxyder fortement les bouillies.

Appliquer un produit réducteur ou des micro-organismes avec un matériel qui oxyde fortement la préparation au passage peut faire perdre une grande partie de l’effet recherché. Olivier Husson insiste donc sur la nécessité de mesurer aussi l’effet du matériel sur les solutions appliquées.

Agriculture conventionnelle, bio et conservation

Il propose une lecture comparative des grands systèmes agricoles.

Agriculture conventionnelle

Elle repose principalement sur :

  • le travail du sol pour refaire une structure temporaire ;
  • les intrants chimiques pour nourrir et protéger les plantes ;
  • l’apport permanent d’énergie fossile au système.

La logique dominante est de compenser une faible captation d’énergie solaire par des apports extérieurs.

Agriculture biologique

Elle constitue une rupture réelle en supprimant les intrants chimiques de synthèse, mais elle a souvent augmenté le travail du sol pour gérer les adventices et faire fonctionner le système. Elle remplace donc un problème par un autre.

Agriculture de conservation

Elle constitue également une rupture en supprimant le travail du sol, mais elle s’est fréquemment appuyée sur l’usage des herbicides, notamment du glyphosate, pour contrôler les couverts et l’enherbement.

Vers une bio de conservation

L’objectif serait de réunir les deux démarches : supprimer à la fois le travail du sol et les intrants chimiques les plus problématiques, grâce à des sols restaurés, des couverts puissants et des moyens de contrôle adaptés.

Pour Olivier Husson, le chemin le plus réaliste consiste souvent à :

  1. refaire d’abord les sols ;
  2. relancer la biomasse et la structure ;
  3. réduire ensuite progressivement les intrants chimiques.

Le rôle de la structure et du rapport matière organique / argile

La structure du sol est décrite comme un produit de l’activité biologique, alimentée par les plantes.

Elle se construit progressivement :

  • par les litières décomposées ;
  • par l’action des vers de terre ;
  • par l’association argile-humus ;
  • par les microagrégats, stabilisés par les exsudats racinaires et des bactéries ;
  • par les macroagrégats, stabilisés en particulier par les champignons.

Cette structure ne peut pas être refaite durablement par un outil mécanique.

Les seuils proposés par Boivin

Olivier Husson cite les travaux de Boivin, qui relient le taux de matière organique au taux d’argile. Ils montrent des seuils critiques :

  • en dessous d’environ 12 % de matière organique rapportée à l’argile : forte vulnérabilité ;
  • vers 17 % : niveau plus acceptable ;
  • au-delà : fonctionnement plus favorable.

Cela donne un indicateur simple de l’état structural du sol, surtout au-dessus de 10 % d’argile.

Sols dégradés et sols suppressifs

Dans un sol dégradé, on observe :

  • de fortes fluctuations de pH et de redox ;
  • peu de diversité de niches ;
  • des populations microbiennes opportunistes, souvent favorables aux pathogènes.

Quand les plantes poussent bien, elles modifient la rhizosphère, nourrissent les micro-organismes, améliorent la structure, et orientent progressivement le microbiote vers un état favorable.

On passe alors vers des sols dits suppressifs, où les pathogènes ne sont pas forcément absents, mais dominés par une masse de micro-organismes favorables.

Olivier Husson insiste sur une idée importante : on dit souvent qu’il faut des sols sains pour avoir des plantes saines, mais l’inverse est aussi vrai. Il faut des plantes qui poussent pour faire des sols sains.

Pas d’opposition entre productivité, durabilité et qualité

Dans cette logique, il n’y a pas d’opposition intrinsèque entre :

  • productivité et durabilité ;
  • productivité et qualité.

Au contraire, un système durable doit produire beaucoup de biomasse pour s’entretenir lui-même. Si l’énergie provient du soleil et si le système fonctionne bien, il est possible d’avoir à la fois rendement, qualité et durabilité.

Physique, chimie, biologie : qui commande ?

L’intervention revient à plusieurs reprises sur l’idée que :

  • la physique régule d’abord le fonctionnement ;
  • la chimie en découle ;
  • la biologie apprend ensuite à jouer avec cette physique et cette chimie pour créer des conditions favorables.

Les plantes et les micro-organismes modifient donc fortement la chimie et la physique du sol, mais dans un cadre initialement gouverné par des principes physiques et énergétiques.

Restaurer un sol : une dynamique à seuils

La restauration d’un sol est présentée comme un processus à seuils.

Au-dessus d’un certain niveau de fonctionnement, les rétroactions deviennent positives :

  • meilleure structure ;
  • meilleure croissance des plantes ;
  • plus d’activité biologique ;
  • plus de biomasse ;
  • encore meilleure structure.

En dessous du seuil, les rétroactions sont négatives :

  • compaction ;
  • mauvais enracinement ;
  • faible croissance ;
  • moins de structure ;
  • plus d’érosion ;
  • plus de maladies ;
  • encore moins de croissance.

L’idée clé est qu’il faut passer le seuil le plus vite possible.

Concentrer les moyens pour passer le seuil

Quand les sols sont très dégradés, Olivier Husson recommande parfois de concentrer les ressources sur une partie seulement de la parcelle ou sur certaines bandes, pour franchir localement le seuil de restauration.

Il cite par exemple :

  • des systèmes où l’on concentre la biomasse et les amendements ;
  • les demi-lunes au Burkina Faso ;
  • des systèmes où l’on concentre l’eau, la matière organique et quelques plantes dans de petits volumes.

L’objectif est de relancer localement la machine, puis d’étendre progressivement.

Maximiser la photosynthèse : occuper tout le temps et tout l’espace

Pour séquestrer du carbone et restaurer les sols, il faut maximiser la production végétale.

Cela suppose :

  • de ne jamais laisser le sol nu ;
  • d’occuper tout le temps disponible ;
  • d’occuper tout l’espace disponible ;
  • d’utiliser des mélanges d’espèces ;
  • de maintenir les couverts le plus longtemps possible.

Il insiste particulièrement sur la vigne, où la période automne-hiver-printemps est vue comme un créneau fondamental pour produire de la biomasse sans concurrence forte avec la culture.

Sur vigne, garder le couvert quelques semaines de plus peut faire une différence énorme dans la quantité de carbone injectée dans le système.

Diversité des couverts et assurance climatique

Les mélanges de couverts sont présentés comme une assurance :

  • assurance climatique ;
  • assurance sur la réussite d’implantation ;
  • assurance fonctionnelle.

Dans un mélange de nombreuses espèces, toutes ne réussiront pas chaque année, mais certaines prendront le relais selon les conditions. Cela permet d’éviter de dépendre d’une espèce unique qui pourrait échouer.

Il cite des essais montrant qu’à partir de 8 à 12 espèces, on observe des effets de synergie et des augmentations de biomasse.

Nutrition foliaire des couverts et des cultures

Un autre point essentiel est l’intérêt de la nutrition foliaire, non seulement sur les cultures, mais aussi sur les couverts végétaux.

L’idée est simple : si un couvert est installé sur un sol où certains éléments sont bloqués, notamment par des déséquilibres redox-pH, il ne pourra pas exprimer son potentiel. En lui apportant en foliaire les éléments limitants, on peut le faire produire beaucoup plus, donc relancer plus vite la machine biologique.

Parmi les éléments souvent bloqués figurent notamment :

Analyses de sève et lecture fine de la nutrition

Olivier Husson évoque les analyses de sève utilisées notamment aux Pays-Bas et par John Kempf. Elles consistent à analyser des feuilles fraîches, rapidement après prélèvement.

Deux types de feuilles sont prélevés :

  • une feuille jeune, encore active ;
  • une feuille plus âgée, en voie de sénescence.

Cela permet de distinguer :

  • les éléments mobiles dans la plante, dont la carence se lit d’abord sur les vieilles feuilles ;
  • les éléments immobiles, dont la carence se lit d’abord sur les jeunes feuilles.

Cette approche permet d’ajuster plus finement les apports foliaires.

La pyramide de John Kempf

Olivier Husson résume la lecture de John Kempf en quatre niveaux.

1. La photosynthèse

Premier niveau : faire fonctionner correctement la photosynthèse. Les éléments indispensables cités sont :

  • l’eau ;
  • l’azote ;
  • le phosphore ;
  • le fer ;
  • le magnésium ;
  • le manganèse.

2. La synthèse des protéines

Deuxième niveau : transformer rapidement les formes minérales en acides aminés et protéines. Les éléments cités sont :

3. La synthèse des lipides

Troisième niveau : la liposynthèse.

4. Les métabolites secondaires

Quatrième niveau : la production de métabolites secondaires liés à la santé, à la qualité et aux défenses.

Selon cette lecture, les deux premiers niveaux peuvent être fortement améliorés par nutrition foliaire, tandis que les niveaux supérieurs dépendent davantage d’une forte activité biologique du sol.

L’absorption foliaire est réelle

Olivier Husson rappelle que l’absorption foliaire est connue depuis longtemps. Il cite des travaux remontant au XVIIIe et au XIXe siècle, puis des références sur l’absorption d’éléments minéraux par les feuilles.

Il insiste sur plusieurs points :

  • la pénétration ne se fait pas principalement par les stomates ;
  • la cuticule est une barrière importante ;
  • les formes organiques passent souvent mieux que les formes minérales simples ;
  • l’urée pénètre beaucoup mieux que beaucoup d’ions inorganiques ;
  • les acides organiques et acides aminés facilitent la pénétration.

Parmi les facteurs importants :

  • la taille des ions ;
  • la forme chimique ;
  • l’humidité ;
  • la lumière ;
  • la température ;
  • l’âge des feuilles ;
  • l’espèce et la variété.

Précautions pour les applications foliaires

Plusieurs précautions sont rappelées :

  • préférer des formes réduites pour beaucoup d’éléments ;
  • utiliser des formes associées à des acides organiques ;
  • vérifier l’équilibre pH-redox de la bouillie ;
  • faire attention à la qualité de l’eau, en particulier au chlore ;
  • éviter les mélanges incompatibles ;
  • tenir compte des interactions entre éléments ;
  • appliquer plutôt le soir pour éviter un séchage trop rapide.

Il souligne aussi l’intérêt de mesurer les bouillies avant et après passage dans le pulvérisateur.

Macérations, algues, chitine, micro-organismes

Parmi les leviers évoqués figurent :

  • les macérations végétales ;
  • les algues ;
  • les préparations à base de chitine ou chitosane ;
  • les micro-organismes efficients ;
  • différents produits organiques ou biologiques capables d’agir soit directement sur le redox, soit indirectement via la nutrition ou la stimulation des défenses.

Il mentionne aussi l’intérêt potentiel des déchets de crustacés riches en chitine.

Biochar : des effets très variables selon leur fabrication

L’exposé revient ensuite sur les biochars. Tous les biochars ne se valent pas.

Leur effet dépend notamment :

  • du matériau de départ ;
  • de la température de pyrolyse ;
  • des traitements ou ajouts avant pyrolyse.

Des exemples sont donnés à partir de biochars issus de ceps de vigne. Selon les conditions de fabrication, les biochars obtenus peuvent être :

  • plus acides ou plus alcalins ;
  • plus oxydés ou plus réduits ;
  • plus ou moins paramagnétiques.

Le message est clair : dire « je mets du biochar » ne suffit pas. Il faut savoir ce qu’est ce biochar et dans quel état se trouve déjà le sol.

Paramagnétisme et qualité des sols

Un passage plus exploratoire concerne le paramagnétisme.

Olivier Husson souligne que certains sols très fertiles, certaines roches volcaniques, certaines pouzzolanes ou certains biochars présentent un fort paramagnétisme, et que cela semble associé à une forte activité biologique et à une bonne santé des plantes.

Il mentionne notamment :

  • les Terra preta d’Amazonie ;
  • les sols sur basalte ;
  • des substrats contenant de la pouzzolane ;
  • certaines observations sur la vitalité biologique de litières forestières sur substrat basaltique.

Il précise que les mécanismes restent mal compris, mais que les observations convergent pour suggérer un rôle intéressant.

Mesurer pour comprendre et piloter

Une idée transversale de tout l’exposé est qu’il faut mesurer pour apprendre.

Il s’agit de mesurer :

  • le pH ;
  • le redox ;
  • la conductivité ;
  • les solutions appliquées ;
  • les effets sur les plantes ;
  • l’évolution dans le temps après application ;
  • éventuellement le paramagnétisme.

Sans mesure, on risque de rester dans des raisonnements flous ou contradictoires.

Conclusion

La conclusion générale d’Olivier Husson est que les pratiques agricoles doivent être relues à partir de leur effet sur le couple redox-pH, sur la structure, sur l’activité biologique et sur la capacité du système à capter l’énergie solaire.

Les idées majeures sont les suivantes :

  • les pratiques conventionnelles poussent globalement vers l’oxydation ;
  • le travail du sol détruit des gradients, vide la batterie du sol et réduit sa capacité ;
  • le soleil sur sol nu oxyde et déstructure ;
  • les plantes, les couverts, la biomasse et l’activité biologique sont les vrais moteurs de la restauration ;
  • il faut franchir rapidement des seuils de fonctionnement ;
  • la transition doit aller dans un seul sens, sans mélanger des pratiques antagonistes ;
  • la restauration des sols est la base d’une véritable agroécologie, y compris pour aller vers des systèmes biologiques durables.

Au fond, toute la démonstration repose sur une idée simple : pour régénérer les sols et rendre les cultures plus saines, il faut remettre des feuilles, donc de la photosynthèse, donc de l’énergie vivante, dans les systèmes agricoles.