Hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier, mardi 24/01

De Triple Performance
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Ce webinaire rend hommage à deux figures majeures de l’agronomie, Lucien Séguy et Hubert Charpentier, à travers leurs parcours, leur vision du vivant et l’héritage qu’ils ont laissé à la recherche et aux agriculteurs. La matinée retrace leurs trajectoires, de l’Afrique au Brésil, de Madagascar à l’Asie, en montrant comment ils ont développé une agronomie de terrain fondée sur l’observation, les systèmes de culture et le semis direct sous couverture végétale (SCV). Les interventions soulignent leur approche globale : restaurer les sols, intensifier la production par la biodiversité fonctionnelle, réduire le travail du sol et s’inspirer du fonctionnement des écosystèmes naturels. Un focus est aussi consacré à la méthodologie de recherche-action qu’ils ont construite avec les agriculteurs, ainsi qu’au Manuel pratique du semis direct à Madagascar, ouvrage emblématique de leur démarche.

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Résumé
Ce webinaire rend hommage à deux figures majeures de l’agronomie, Lucien Séguy et Hubert Charpentier, à travers leurs parcours, leur vision du vivant et l’héritage qu’ils ont laissé à la recherche et aux agriculteurs. La matinée retrace leurs trajectoires, de l’Afrique au Brésil, de Madagascar à l’Asie, en montrant comment ils ont développé une agronomie de terrain fondée sur l’observation, les systèmes de culture et le semis direct sous couverture végétale (SCV). Les interventions soulignent leur approche globale : restaurer les sols, intensifier la production par la biodiversité fonctionnelle, réduire le travail du sol et s’inspirer du fonctionnement des écosystèmes naturels. Un focus est aussi consacré à la méthodologie de recherche-action qu’ils ont construite avec les agriculteurs, ainsi qu’au Manuel pratique du semis direct à Madagascar, ouvrage emblématique de leur démarche.

🧐 Lucien Séguy et Hubert Charpentier furent des pionniers du Semis Direct sur Couverture Végétale - leur travail a eu un impact durable sur le développement et la diffusion des techniques SDCV


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Pour le programme complet, c'est ici : https://www.verdeterreprod.fr/hommage-seguy-charpentier/


Ouverture du webinaire et présentation générale

La séance s’ouvre par une vérification du son en présentiel et à distance, puis par un mot d’accueil. Les organisateurs disent leur satisfaction de pouvoir enfin tenir ce webinaire d’hommage à Lucien Séguy et à Hubert Charpentier, hommage envisagé depuis longtemps.

Il est rappelé que ce projet avait été préparé avec Hubert Charpentier depuis plus d’un an, avec une liste d’intervenants potentiels et des salles déjà réservées, mais que la crise du Covid avait empêché sa tenue. Entre-temps, Hubert Charpentier est décédé. Le programme finalement retenu s’appuie donc largement sur une liste d’intervenants établie avec lui.

Les organisateurs soulignent la diversité des participants : chercheurs, agriculteurs, collègues du Cirad, intervenants issus de milieux tropicaux et tempérés, et de nombreux pays dans lesquels Lucien Séguy et Hubert Charpentier ont travaillé pendant de longues années.

Le programme de ces journées est présenté :

  • une première partie historique, consacrée aux parcours de Lucien Séguy et Hubert Charpentier ;
  • une réflexion sur leur méthodologie de travail et leur vision du vivant ;
  • une présentation du Manuel pratique du semis direct à Madagascar ;
  • puis, l’après-midi, des interventions plus scientifiques sur les SCV sous les tropiques, notamment avec le professeur João Carlos de Moraes Sa ;
  • des témoignages d’agriculteurs du Brésil et d’Argentine ;
  • le lendemain, des interventions sur les semis directs en climat tropical en Asie, aux Antilles, en Afrique de l’Ouest et à Madagascar ;
  • enfin, une dernière séquence sur les pionniers entraînés par Lucien et Hubert, puis sur des systèmes en France.

Les organisateurs remercient Ver de Terre production pour l’appui à l’organisation, en soulignant que sans cet appui le webinaire n’aurait pas pu avoir lieu.

Parcours de Lucien Séguy, par Serge Bouzinac

Serge Bouzinac introduit son intervention en remerciant Ver de Terre production et Olivier Husson pour le travail réalisé afin que cet hommage ait lieu. Il précise qu’il parlera surtout de Lucien Séguy tel qu’il l’a côtoyé pendant plus de 45 ans, depuis ses débuts en Afrique au Cameroun et durant toute l’expérience brésilienne qu’ils ont partagée.

Jeunesse et formation

Lucien Séguy est né dans le Périgord vert, dans une famille de petits paysans pauvres pratiquant la polyculture-élevage en traction animale. Il apprend très tôt, auprès de son père Rémi, les pratiques agricoles et l’observation de la nature. De sa mère Odette, il hérite de la volonté de faire.

Il est le seul des quatre enfants de la fratrie à poursuivre des études supérieures. Il se forme comme ingénieur agronome à l’ENSA de Toulouse en 1966, puis se spécialise pendant une année à l’Orstom de Bondy en pédologie tropicale, ce qui le sensibilise très tôt aux problèmes de sol.

Serge Bouzinac insiste sur l’importance de la photo de mariage de 1965, montrant Lucien avec Jacqueline. Il rappelle que Jacqueline a accompagné toute sa carrière et qu’elle mérite un hommage particulier, tant son soutien a rendu possible une œuvre d’une telle ampleur.

Premières expériences africaines

Lucien Séguy commence sa carrière comme VSNA au Sénégal. Au lieu de rejoindre la station de Bambey, haut lieu de l’agronomie tropicale française, il choisit la pleine brousse en Casamance. Il y réalise :

  • une carte pédologique ;
  • une étude sur l’enracinement du riz en fonction du travail du sol et des variétés ;
  • un projet de développement de la traction animale avec la charrue pour la riziculture de Casamance.

De 1970 à 1977, avec l’IRAT, la SATEC et la recherche camerounaise, il poursuit au Cameroun un travail de terrain associé à des projets de développement :

  • dans la plaine des Mbo, avec du riz pluvial mécanisé ;
  • dans la plaine de Yagoua, sur du riz irrigué manuel.

Il poursuit également l’amélioration variétale pour les riz pluviaux et irrigués, et met au point ce qui deviendra sa marque : les recherches systémiques. Son intérêt porte déjà sur l’étude des interactions, par exemple entre fertilité du sol et attaques de pyriculariose selon les types variétaux.

Débuts au Brésil

Les travaux menés en Afrique attirent l’attention de responsables brésiliens du Nordeste. Entre 1977 et 1982, Lucien Séguy passe cinq années dans le Maranhão, avec la recherche de l’État, sur les systèmes de culture en agriculture manuelle à base de riz. Il y poursuit également l’amélioration variétale.

Puis, de 1983 à 1989, il travaille au Centre-Ouest du Brésil, à Goiânia, avec l’Embrapa Arroz e Feijão. Là, il se concentre surtout sur les systèmes de culture mécanisés à base de riz et de soja. Le travail commence par la question du labour et de la compaction, et conduit progressivement vers le semis direct puis les SCV.

De 1990 à 1998, avec différents partenaires sur l’ensemble du Brésil, et sous la tutelle de Rhône-Poulenc Agro, les travaux portent sur l’amélioration des systèmes SCV, l’introduction de mélanges de plantes, l’intégration de l’élevage et la poursuite de l’amélioration variétale, notamment avec Agronorte à Sinop.

De 1999 à 2009, après sa retraite, il continue avec l’université de São Paulo, l’université fédérale de Ponta Grossa et de nombreux partenaires brésiliens. Il ouvre aussi de nouveaux partenariats dans le sud, en Argentine et en Uruguay.

Le Maranhão : du semis direct sans le savoir

Dans le Maranhão, l’équipe travaille dans une région de forêt secondaire à babaçu. Les palmiers sont brûlés, puis les cultures sont implantées sans travail du sol. Serge Bouzinac souligne qu’ils faisaient alors du semis direct sans le savoir.

Il insiste surtout sur la puissance du dispositif expérimental mis en place à Bacabal entre 1979 et 1981. Ce dispositif comprend :

  • un noyau central de grandes parcelles pour étudier l’agro-économie ;
  • dix types de rotations et successions de cultures ;
  • quatre niveaux d’intensification, du zéro intrant à des niveaux avec herbicides, engrais et pesticides ;
  • des essais variétaux ;
  • des essais de fumure en NPK soustractifs ;
  • des essais sur herbicides, maladies et insectes.

Ce système très complet attire l’attention de nombreuses personnalités officielles, jusqu’au ministre de l’Agriculture, et fait connaître l’équipe dans tout le Brésil.

Les Cerrados : diagnostic des sols et remise en cause des pratiques

À Goiânia, dans les Cerrados du Centre-Ouest, le premier travail est un diagnostic des sols. Celui-ci montre :

  • des sols très pauvres ;
  • des systèmes dominés par les outils à disques, passés de nombreuses fois ;
  • la formation d’un horizon compacté, une « semelle » vers 10 à 12 cm ;
  • une faible pénétration des racines et de l’eau ;
  • une forte érosion, notamment en monoculture de soja.

Pour lutter contre cette situation, la première réponse est le labour. Serge Bouzinac insiste sur le fait que cela peut surprendre, mais qu’il fallait d’abord décompacter les sols avant de pouvoir évoluer. Les comparaisons montrent que le labour associé à des rotations redonne de l’enracinement et permet de meilleurs rendements, par exemple sur riz pluvial.

De la restauration mécanique au semis direct sous couverture végétale

Les résultats montrent toutefois que le labour ne suffit pas à restaurer durablement les sols. Sur les courbes présentées, les monocultures de soja en travail du sol perdent fortement de la matière organique. Les rotations limitent cette perte, mais ce sont les systèmes combinant rotation, conservation des pailles et semis direct qui maintiennent ou augmentent légèrement la matière organique.

Les rendements suivent la même tendance : les systèmes avec rotation et semis direct sont les plus performants, alors que la monoculture associée au travail du sol entraîne une forte dégradation.

Serge Bouzinac rappelle la passion de Lucien Séguy pour le profil cultural, qu’il a remis à l’honneur au Brésil. Il cite un mot d’ordre qui résume leur orientation : « Arrêtons le travail du sol intensif ».

Les fondements des SCV sont rappelés comme un « ABC » :

  • absence de travail du sol ;
  • biodiversité fonctionnelle, avec rotations, successions, associations, couverts multi-espèces ;
  • couverture permanente du sol.

Le terme « SCV » est rappelé comme signifiant semis direct sur couverture végétale permanente, formulation portée par Lucien Séguy.

Le modèle de la forêt et la « pompe biologique »

Un apport fondamental de Lucien Séguy a été de proposer comme modèle l’écosystème forestier. Dans la forêt, le feuillage contient les nutriments nécessaires, qui retournent au sol sous forme de litière. Celle-ci est décomposée par les insectes, vers de terre et micro-organismes ; les éléments sont ensuite recyclés et repris par les racines.

Lucien Séguy appelait cela la « pompe biologique ». L’objectif des SCV est de retrouver ce cycle vertueux, fondé sur la litière et sur le recyclage biologique.

Une comparaison est présentée entre trois systèmes :

  • une monoculture traditionnelle de soja avec travail du sol, système ouvert qui perd ses nutriments ;
  • un système en semis direct avec culture de succession, qui recycle déjà mieux les nutriments ;
  • un système plus performant encore, où une plante fourragère de type Brachiaria est ajoutée, fonctionnant toute la saison sèche et améliorant fortement le recyclage.

Les plantes de couverture et leurs fonctions

Serge Bouzinac illustre ensuite plusieurs plantes emblématiques du travail mené avec Lucien Séguy :

  • Eleusine coracana, redécouverte en Inde, très rustique sur sols pauvres, avec un système racinaire puissant et des associations microbiennes permettant fixation d’azote et mobilisation du phosphore ;
  • Sorghum du Nord-Cameroun, utilisé pour produire une forte biomasse et pour ses effets allélopathiques sur les adventices ;
  • les Brachiaria, très efficaces pour explorer le profil et restaurer la structure.

Ces plantes sont intégrées dans des systèmes combinant cultures commerciales et plantes « biomasseuses » ou fourragères.

Création variétale

Parmi les passions de Lucien Séguy figure aussi la création variétale. Avec Agronorte à Sinop, son succès majeur est la variété de riz CIRAD 141, très rustique, à excellente qualité de grain et résistante aux maladies. Cette variété a couvert des centaines de milliers d’hectares pendant plusieurs années dans le nord du Mato Grosso.

Diffusion internationale

Les SCV ont ensuite été diffusés dans de nombreux pays. Serge Bouzinac évoque rapidement l’Argentine, l’Uruguay, Madagascar, l’Afrique et d’autres régions où Lucien Séguy a appuyé des projets.

Il rend un hommage particulier à Jean-Luc Vernel, surnommé « John », qui a travaillé en Argentine et en Uruguay, a implanté des milliers d’hectares en SCV à très grande échelle et est malheureusement décédé lui aussi.

Il cite également Louis Perreault, agronome québécois de SV Agrologie, qui a accueilli Lucien Séguy pendant plusieurs années à partir de 2010. Avec lui, ils ont obtenu des résultats remarquables, notamment avec le semis à la volée de blé d’hiver dans un soja en train de mûrir, ce qui permet une récolte précoce et l’installation d’un nouveau couvert.

Ce que Serge Bouzinac retient de Lucien Séguy

Serge Bouzinac conclut en résumant les traits marquants de Lucien Séguy :

  • un homme de terrain, fier de ses origines paysannes ;
  • un observateur et admirateur de la nature depuis l’enfance ;
  • un pédologue émérite, très sensible à la préservation des sols ;
  • un scientifique de haut niveau, doté d’un grand esprit de synthèse ;
  • une créativité hors du commun ;
  • un visionnaire d’une nouvelle agriculture.

Il souligne que sa disparition est une grande perte pour sa famille, ses amis, mais aussi pour les paysans en général.

Parcours d’Hubert Charpentier, par Olivier Husson

Olivier Husson prend ensuite la parole pour retracer le parcours d’Hubert Charpentier. Il précise qu’Hubert avait beaucoup de points communs avec Lucien Séguy et qu’il disait lui-même que sa rencontre avec Lucien lui avait tout appris en agronomie.

Un compagnonnage étroit avec Lucien Séguy

Olivier Husson explique qu’en préparant son intervention, il a constaté combien l’histoire d’Hubert était liée à celle de Lucien : sur les photos comme dans les diaporamas, il est rare de trouver Hubert sans Lucien, ou sans Roger Michellon, autre compagnon d’aventure de longue durée.

Il insiste sur plusieurs traits qui l’ont marqué chez Hubert :

  • une capacité de travail exceptionnelle ;
  • un grand sens de l’observation de la nature ;
  • une capacité de diagnostic impressionnante, avec une apparente simplicité ;
  • une patience pédagogique pour expliquer, former et transmettre ;
  • une faculté à motiver et entraîner les gens dans la recherche et l’action ;
  • une bonne humeur constante, avec une forte part de jeu et de dérision.

Origines et formation

Hubert Charpentier est né dans le Berry en 1952. Il grandit sur la ferme de ses parents. Comme Lucien, il suit une formation d’ingénieur agronome, à Rennes, où il entre en 1974.

Il commence ensuite comme VSNA en Guyane en 1978-1979 avec l’Inra. Il y travaille sur des essais thématiques dans des conditions peu satisfaisantes et dira plus tard qu’il y a davantage chassé que véritablement avancé sur ses essais. C’est la rencontre avec Lucien Séguy, puis le départ pour Madagascar, qui vont être déterminants.

Premier séjour à Madagascar : le lac Alaotra

Hubert Charpentier rejoint le lac Alaotra à Madagascar de 1980 à 1986. Cette région est présentée comme le grand grenier à riz du pays, avec 70 000 hectares de rizières dans une cuvette entourée de collines.

Dans cette zone, Hubert développe très tôt :

  • des essais multilocaux ;
  • la structuration du milieu pour travailler sur différents contextes ;
  • la conception de systèmes ;
  • l’introduction du blé en contre-saison ;
  • des essais variétaux et de fertilisation sur les périmètres irrigués ;
  • un travail sur l’intégration avec l’élevage sur la rive ouest du lac.

Autour du lac, il doit aussi faire face à des paysages marqués par les lavaka, formes d’érosion spectaculaires, qui donnent la mesure des contraintes du milieu.

Dès cette époque, son travail est déjà très systémique, à grande échelle, en lien avec les paysans.

La Côte d’Ivoire : fixation de l’agriculture et grandes plateformes systémiques

Hubert Charpentier rejoint ensuite l’Idessa, en Côte d’Ivoire, pour travailler sur la fixation de l’agriculture dans le nord du pays. Olivier Husson souligne qu’en replongeant dans son rapport de synthèse de 1995, il a été frappé par la rapidité avec laquelle Hubert avait intégré l’approche proposée par Lucien.

Les dispositifs sont répartis selon plusieurs zones écologiques, entre zones forestières et savanes. Le principal site se situe à Duré-Lagogo, sur schistes.

Les travaux comprennent :

  • un diagnostic des pratiques paysannes en culture attelée et mécanisée ;
  • la prise en compte des unités de paysage ;
  • des aménagements antiérosifs ;
  • des essais système et des essais thématiques ;
  • des tests sur plus d’une vingtaine d’espèces d’arbres ;
  • des travaux rapides sur les techniques culturales simplifiées et sur le zéro labour avec semis dans les résidus ;
  • puis des essais avec de nombreuses plantes de couverture.

En tout, une quarantaine de plantes de couverture sont testées pour maintenir ou restaurer la fertilité à moindre coût. Parmi elles, Stylosanthes guianensis CIAT 184, surnommée la luzerne tropicale, est citée comme plante très polyvalente : fixation d’azote, apport de carbone, pérennité, passage de la saison sèche.

Les dispositifs croisent les modes de gestion, les fertilisations minérales, la fumure organique et les variétés, afin de travailler sur les interactions, souvent négligées dans la recherche classique.

Hubert travaille aussi sur la mécanisation, souvent considérée comme un frein au semis direct, et sur l’analyse économique à grande parcelle, avec calcul des marges nettes et valorisation du travail. Olivier Husson insiste sur le caractère précurseur de ces approches, tant sur le plan des objets étudiés que des méthodes.

Retour à Madagascar avec le Tafa et le GSDM

Hubert retourne ensuite à Madagascar, de 1998 à 2005, avec l’ONG Tafa, en lien avec le GSDM (Groupement semis direct de Madagascar), fortement appuyé par Lucien Séguy.

Cette fois, il ne travaille pas seulement au lac Alaotra, mais dans de nombreuses régions très contrastées :

  • le lac Alaotra ;
  • le Sud-Est, à très forte pluviométrie ;
  • le Sud-Ouest, à longue saison sèche ;
  • le Moyen-Ouest autour de Morondava ;
  • le Grand Sud, aux conditions proches de l’aride.

Dans chacun de ces contextes, il croise les unités de paysage, les types de sols et les systèmes de culture. Cette diversité d’observations et d’essais est à l’origine du Manuel pratique du semis direct à Madagascar, présenté plus tard dans la séance.

La ferme en France et l’appui au Cameroun

En parallèle de son travail à Madagascar, Hubert Charpentier commence à faire évoluer sa propre ferme en France vers le semis direct. Il fait de fréquents allers-retours, quatre à cinq fois par an, avec l’aide de son fils Hervé pour poursuivre le travail sur place.

À partir du début des années 2000, il appuie aussi régulièrement le Cameroun, avec des missions fréquentes pour mettre en place de nouveaux sites.

Un souvenir très fort laissé par Hubert

Olivier Husson insiste sur les conditions de travail très dures : journées entières en voiture sur les pistes malgaches, attentes dans les aéroports, trajets difficiles, puis travail sur les dispositifs de terrain, le tout en gérant en parallèle sa ferme en France.

Ce qui lui reste d’Hubert, c’est :

  • une capacité de travail énorme ;
  • une connaissance exceptionnelle de la nature ;
  • un sens du diagnostic très affûté ;
  • une pédagogie gestuelle et concrète ;
  • une grande capacité à s’amuser, à faire le clown, à détendre l’atmosphère tout en travaillant énormément.

Il conclut en le remerciant pour tout ce qu’il a apporté.

Lucien Séguy et la pensée de la globalité, par Lydie de Neuville

Lydie de Neuville prend ensuite la parole pour présenter ce qu’elle appelle la « globalité » chez Lucien Séguy, qu’elle considère comme un aspect fondamental de son approche.

Une recherche inlassable des interactions

Elle rappelle que Lucien Séguy accordait beaucoup d’importance aux choses dans leur ensemble, aux interactions et aux éléments qui constituent la nature. Sa carrière apparaît comme une recherche continue, presque infinie, de connaissance.

Lucien, dit-elle, accumulait une quantité incroyable de données, classées et organisées, pour accéder à la performance du semis direct sur couverture végétale permanente, qu’il appelait SCV. Il se nourrissait des observations et découvertes faites dans les parcelles du monde entier. Cette accumulation d’informations ne le rendait pas arrogant, mais au contraire modeste devant l’incroyable diversité de ce qu’il restait à comprendre.

Une critique de la spécialisation excessive

Selon Lydie de Neuville, Lucien regrettait profondément que la recherche scientifique soit trop orientée vers les domaines spécialisés. Il déplorait le manque de formation de généralistes, tout particulièrement en agronomie.

Pour lui, penser la globalité n’est pas facile dans un laboratoire. Même un très bon scientifique de terrain peut manquer de recul s’il ne vit pas constamment dans la nature comme un paysan. Les spécialistes sont performants dans leur discipline, mais trop cloisonnés, incapables de relier leur savoir aux multiples paramètres extérieurs susceptibles d’influencer fortement les résultats.

Lucien considérait qu’il était prétentieux de se dire spécialiste face à la puissance incommensurable de Dame Nature.

La forêt comme modèle achevé

Pour Lucien Séguy, la nature, en constante évolution, est le meilleur scientifique. Elle fonctionne seule depuis des millénaires et perfectionne sans cesse ses mécanismes.

Sa grande référence était la forêt, système naturel le plus abouti. C’est le modèle dont il s’est inspiré pour construire les SCV. Dans l’ouvrage La symphonie inachevée du semis direct, la nature au service de l’agriculture durable, Lucien Séguy et Serge Bouzinac montrent comment les SCV peuvent atteindre la puissance et la performance de la forêt.

Le « génie végétal », comme aimait l’appeler Lucien, devient alors l’outil principal pour construire des systèmes de plus en plus performants et écologiques. Les associations d’espèces à fonctions agronomiques complémentaires permettent de tirer parti de la nature tout en la nourrissant dans sa diversité et sa stabilité.

Le rôle central de la biodiversité fonctionnelle

Dans les systèmes SCV, tout se passe comme si la plante disposait d’un « cerveau régulateur » représenté par l’activité biologique intense du sol. Cette activité permettrait à la plante d’équilibrer sa nutrition sans excès, notamment en azote soluble et en sucres réducteurs, qui constituent la nourriture de base des maladies cryptogamiques et de certains ravageurs.

Lydie de Neuville souligne que le retour à la biodiversité fonctionnelle est la seule voie capable de restaurer rapidement les fonctions biologiques du sol.

Lucien estimait que la fonction essentielle de l’agronome de demain devrait être celle de « généticien de l’environnement » : savoir sélectionner les espèces possédant des fonctions gratuites utiles à l’agriculture, et apprendre à les maîtriser dans des systèmes viables et appropriables.

Une agriculture durable face aux grands défis du siècle

Selon elle, les SCV constituent probablement le paradigme le plus complet construit à ce jour pour développer une agriculture durable, préservatrice de l’environnement et gérée au plus près de l’écologie.

Elle appelle à poursuivre cette œuvre afin de répondre aux deux grands défis du siècle :

  • lutter contre la pauvreté, c’est-à-dire nourrir les habitants de la planète ;
  • lutter contre le changement climatique.

Elle rappelle aussi que l’agriculture est influencée par de nombreux autres paramètres : politiques agricoles, climat, hydrologie, commerce, habitudes de consommation, formation, lobbys, religion, revenu, OMC, GIEC, etc.

Les blocages rencontrés en France

Lydie de Neuville affirme que Lucien Séguy était prêt à se donner personnellement pour faire évoluer les agriculteurs français vers les SCV, mais qu’il s’est heurté à un blocage politique et à l’immobilisme du monde agricole français.

En France, dit-elle, les SCV sont longtemps restés tabous. Elle note que seul Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, lui a semblé particulièrement sensible à ces approches avec l’initiative « 4 pour 1000 ».

Elle regrette le faible engouement pour ces nouvelles pratiques, en remarquant que, d’un point de vue économique, elles ne séduisent personne dans un système où moins de matériel, moins de gazole et moins d’intrants font peur.

Selon elle, l’agriculteur français s’est habitué à un confort de travail fondé sur :

  • des solutions mécaniques ;
  • des solutions chimiques ;
  • des solutions économiques, avec les aides PAC et les assurances ;
  • l’appui de techniciens.

Elle estime qu’il a souvent perdu le sens de l’agronomie, des responsabilités et de la décision.

Un grand homme ignoré dans son propre pays

Lydie de Neuville rappelle que Lucien Séguy a consacré sa vie entière à produire partout dans le monde, quels que soient les continents, les climats ou la qualité des terres, une nourriture saine, abondante, tout en préservant l’environnement et en régénérant les sols.

Elle le présente comme probablement l’homme qui a foulé de ses pieds le plus grand nombre de parcelles agricoles au monde, sous tous les climats.

Elle regrette que la France n’ait pas su tirer profit de l’immense travail qu’il a accompli, alors qu’il était reconnu comme un père dans son pays d’adoption, le Brésil, et dans d’autres pays.

Souvenir personnel

Elle se souvient de l’avoir entendu pour la première fois en conférence à Boigneville lors d’un NLSD en 2001 : un homme excité, survolté, provocateur, dynamique, imposant l’attention et forçant chacun à réfléchir.

Elle rappelle qu’en 2005, à Reignac, certains n’ont pas jugé bon de l’écouter car ils pensaient avoir déjà entendu le message, alors qu’au contraire Lucien avait toujours quelque chose de plus à apporter.

Au-delà de ses connaissances, elle témoigne d’un homme simple, généreux, avide de rencontres, mais aussi exigeant. Il savait tester les personnes avant de s’y engager, faute de temps à perdre avec des opportunistes. Il était pressé de communiquer et de transmettre.

Traits personnels

Elle décrit un homme :

  • attentif, capable de diagnostiquer très vite les problèmes d’une parcelle ;
  • doté d’une mémoire encyclopédique ;
  • connaissant une multitude de plantes, y compris sous leur nom latin ;
  • organisant parfaitement ses données ;
  • vivant à un rythme très intense, du matin au soir ;
  • comique et bon vivant, multipliant les histoires drôles avec Hubert ;
  • intègre, refusant le profit ou la corruption.

Elle évoque aussi ses talents pour la peinture, la gastronomie et l’œnologie, ainsi que le rôle de sa femme Jacqueline, toujours discrète et fidèle, et de Serge Bouzinac comme binôme de toujours.

Conclusion

Elle conclut en remerciant Jacqueline, Sandrine et Yannick, et en affirmant que Lucien a su semer des graines chez de nombreux « petits jeunes du Brésil », ainsi que chez beaucoup d’autres, qui auront à charge de poursuivre son œuvre.

La patience de Lucien Séguy, précisée par Olivier Husson

À la suite de cette intervention, Olivier Husson ajoute un commentaire important : si certains disaient que Lucien était impatient, lui estime au contraire qu’il était extrêmement patient.

Il rappelle le nombre de fois où Lucien répétait les mêmes choses à Madagascar, revenait chaque année proposer les mêmes pistes, attendant parfois des années avant que les choses bougent. Il était pressé par l’urgence, mais très patient avec les gens qui voulaient avancer.

Il évoque aussi les longs trajets à Madagascar, parfois 5 000 km de pistes par an, avec Hubert au volant et Lucien en copilote, racontant des histoires drôles, lisant les paysages, nommant les arbres, décrivant les changements de végétation : des moments à la fois d’apprentissage et de joie.

Méthodologie et outils de recherche-action, par Stéphane Boulakia

Stéphane Boulakia présente ensuite les méthodologies de recherche-action mises en œuvre par Lucien Séguy et transmises à ses équipes.

Une méthodologie pour imaginer, concevoir, maîtriser et évaluer

Il s’agit de méthodologies destinées à imaginer, concevoir, maîtriser et évaluer des systèmes de culture à l’échelle des agriculteurs, dans les milieux réels, avec leurs outils et leurs contraintes.

Il rappelle l’importance du modèle forestier, déjà évoqué, qui sert de référence pour penser les systèmes cultivés.

Lucien appelait cette démarche une « création-diffusion ». Elle vise à créer et diffuser des systèmes durables adaptés à un contexte donné.

Stéphane distingue deux grandes périodes :

  • de la fin des années 1970 au milieu des années 1990 : construction et modélisation des systèmes de culture, avec les matrices de systèmes ;
  • à partir du milieu des années 1990 : une fois le semis direct reconnu comme condition nécessaire de la durabilité sous les tropiques, approfondissement du développement des SCV guidé par le génie végétal.

Le diagnostic initial

La première étape est un diagnostic fin du milieu :

  • diagnostic du milieu physique, souvent avec l’aide du morphopédologue Roger Michellon ;
  • cartographie des unités de paysage et des types de sols ;
  • description précise des systèmes de culture de référence dans chacune de ces unités ;
  • diagnostic agrotechnique pour expliciter et hiérarchiser les contraintes limitant la production.

Stéphane Boulakia rappelle l’exemple des Cerrados : le principal facteur limitant était la compaction due au travail intensif au disque, limitant l’enracinement. C’est ce problème qu’il fallait résoudre en priorité.

Les matrices de systèmes de culture

À partir du diagnostic, sont construites des matrices, définies comme des unités pérennisées de création, modélisation et évaluation des systèmes de culture conduits en conditions réelles.

Deux éléments sont soulignés :

  • les systèmes sont testés à l’échelle réelle des pratiques agricoles ;
  • les dispositifs sont pérennisés, avec tous les termes des rotations présents chaque année.

Les matrices incluent les systèmes de culture traditionnels des agriculteurs et des alternatives conçues pour répondre aux contraintes identifiées.

Composantes systémiques et composantes thématiques

Un point fondamental de la méthode est la distinction entre :

  • les composantes systémiques ;
  • les composantes thématiques.

Les composantes systémiques sont les déterminants principaux du profil cultural et de la durabilité. Elles incluent :

  • le mode de travail du sol ;
  • les rotations et successions de cultures ;
  • parfois les dates de semis à l’échelle des exploitations.

Elles ont un pouvoir de transformation des propriétés physiques, chimiques et biologiques du sol, de l’enracinement, des populations d’adventices et des complexes parasitaires.

Les composantes thématiques sont des ajustements secondaires de performance :

  • variétés ;
  • fertilisation ;
  • contrôle des adventices ;
  • contrôle des bioagresseurs.

Elles servent à ajuster les systèmes, mais ne changent pas fondamentalement leur fonctionnement.

Exemple de la première matrice mécanisée au Brésil

Stéphane prend l’exemple de la matrice de Fazenda Progresso, conduite entre 1986 et 1992 :

  • monocultures et rotations ;
  • séquences riz-soja, maïs-soja ;
  • successions annuelles avec cultures de deuxième saison ;
  • comparaisons entre offset, labour, chisel et semis direct ;
  • essais variétaux, fertilisation et lutte phytosanitaire.

Le semis direct n’y est d’abord qu’une modalité parmi d’autres. Les analyses montrent progressivement qu’il constitue une condition de durabilité, mais qu’il faut encore apprendre à le faire fonctionner.

Observation du profil cultural et outils de mesure

La validation des systèmes passe par l’observation du profil cultural. Lucien a développé différents outils :

  • cylindres pour mesurer densité apparente, densité racinaire et conductivité hydraulique ;
  • double anneau pour mesurer l’infiltration ;
  • tests indirects d’enracinement, par exemple avec injection de triazine pour repérer la profondeur atteinte par les racines.

Fermes de référence et diffusion

Les matrices sont complétées par des réseaux de fermes de référence. Les agriculteurs qui visitent ces unités expérimentales y retrouvent leurs propres pratiques, comparées à des alternatives. Cela donne une forte valeur démonstrative.

Dans certains contextes, l’échelle territoriale devient importante, notamment là où les résidus de culture doivent être négociés avec des éleveurs ou des transhumants. Dans ce cas, les règles d’accès aux résidus et l’aménagement de l’espace deviennent partie prenante de la conception des systèmes.

De la validation du semis direct à la construction des SCV

Dans les premières années, les résultats montrent que certaines cultures, comme le riz, échouent complètement en semis direct sur résidus. Le labour profond donne parfois de meilleurs rendements à court terme.

Mais l’analyse de la matière organique montre que seul le semis direct, surtout associé à des rotations et successions productrices de biomasse, permet une restauration durable des sols.

La question devient alors : non plus « faut-il faire du semis direct ? », mais « comment faire un semis direct performant ? ».

Le premier grand succès vient du riz semé directement sur pâturage de Brachiaria, qui avait corrigé les sols. Cela ouvre la voie à une deuxième phase centrée sur la construction de véritables SCV.

Multifonctionnalité des couverts

La deuxième phase consiste à mieux exploiter la nature pour gérer fertilité et bioagresseurs via la multifonctionnalité des couverts.

Il s’agit d’identifier, caractériser et combiner les fonctions des plantes :

  • fixation d’azote ;
  • mobilisation du phosphore ;
  • décompaction biologique ;
  • recyclage profond ;
  • contrôle des adventices ;
  • production de biomasse ;
  • alimentation animale éventuelle.

Les successions deviennent plus complexes, avec deux cultures annuelles, parfois une association avec un pâturage ou une légumineuse pérenne. Les matrices évoluent alors : il ne s’agit plus de comparer seulement des modalités de travail du sol, mais de tester des systèmes complets mobilisant des fonctions agroécologiques.

Conclusion de Stéphane Boulakia

Il conclut en rappelant que cette méthodologie :

  • construit la participation des acteurs autour d’un diagnostic agronomique partagé ;
  • a évolué avec la nature des systèmes conçus ;
  • articule impacts sur le milieu et mobilisation de fonctions agroécologiques ;
  • constitue un outil régionalisé de pilotage, d’accompagnement et de formation ;
  • repose sur une distinction essentielle entre composantes systémiques et thématiques.

Olivier Husson ajoute que Lucien se définissait comme un « sélectionneur de systèmes ». Il insiste aussi sur le fait que l’accumulation de connaissances sur les plantes et les milieux permettait d’aller de plus en plus vite : ce qui demandait autrefois dix ans pouvait ensuite être approché bien plus rapidement grâce à l’expérience accumulée.

Financement et structuration internationale du dispositif

Après la pause, Olivier Husson revient brièvement sur un point qui devait être traité par un autre intervenant absent : le mode de financement de cette recherche, dans lequel Lucien Séguy a innové.

Il rappelle que l’une des grandes particularités du dispositif a été le soutien de l’Agence française de développement, qui a permis de financer des projets dans de nombreuses régions. Le dispositif mondial de l’équipe couvrait une très grande diversité de contextes :

  • Côte d’Ivoire ;
  • Madagascar ;
  • La Réunion ;
  • Cameroun ;
  • Laos ;
  • Cambodge ;
  • Vietnam ;
  • autres terrains d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud.

Les pays n’avaient pas été choisis au hasard, mais de manière à couvrir le plus grand nombre possible de climats, de sols et de types d’agriculture, depuis l’agriculture sur pente au bâton jusqu’à la grande agriculture mécanisée de plusieurs milliers d’hectares au Brésil.

Il souligne qu’un point clé était le caractère pérenne des dispositifs. Alors que les financements de la recherche sont souvent limités à trois ou quatre ans, certains sites de travail ont duré plus de dix ou vingt ans, par exemple à Madagascar ou au Cambodge. Cette continuité a été rendue possible par des modes de financement adaptés, auxquels l’AFD a beaucoup contribué, ainsi que des partenaires privés, notamment au Brésil.

Témoignage de Cédric Cabanes : la vision du vivant

Cédric Cabanes explique qu’il a rencontré Lucien Séguy en 2014, à l’occasion d’une innovation développée par sa petite entreprise sur la multiplication de micro-organismes endogènes. Lucien avait repéré une publication à ce sujet et avait demandé à venir les rencontrer.

Une révélation agronomique

Cette rencontre a été pour lui une révélation. Issu de l’agrofourniture, il dit n’avoir jamais vraiment porté d’attention aux SCV auparavant. Grâce à Lucien, il découvre le vivant du sol et l’agroécologie.

Il explique qu’on lui avait enseigné, à l’école d’agronomie de Toulouse, que le sol était un support d’ancrage des végétaux, avec une matière organique et des propriétés chimiques importantes, mais presque rien sur la vie du sol. Lucien lui fait comprendre que le vivant du sol est déterminant pour la fertilité et la productivité agricole.

Un tour du monde des SCV

Lucien lui fait découvrir l’Amérique du Sud, les Antilles, l’Asie du Sud-Est, puis en France des agriculteurs comme Christian Abadie, Hubert, Noël ou Sandrine. Cédric Cabanes constate que les SCV fonctionnent aussi bien dans de très grandes exploitations brésiliennes que dans de toutes petites structures asiatiques.

Cela le conduit à se demander pourquoi ces techniques restent si peu répandues en France, alors qu’elles paraissent décisives pour l’avenir.

Colloques de Toulouse

Avec plusieurs passionnés, il contribue à l’organisation de colloques sur les SCV à Toulouse en 2017 puis en 2019, sous l’égide de Lucien. Celui-ci ne participe pas directement, mais aide à travers ses contacts.

Une pensée pour l’avenir de l’agriculture

Cédric Cabanes estime aujourd’hui que ce qui a motivé toute la vie de Lucien constitue sans doute une clé pour l’avenir de notre civilisation, notamment face au changement climatique. Il souligne l’importance des services rendus par cette agriculture à la société, au-delà de la seule production marchande.

Il évoque à ce titre le projet Solnovo, porté dans le cadre du pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation, visant à faire financer par la société civile et le monde économique une partie du revenu des agriculteurs via la rémunération des services rendus, en particulier la séquestration du carbone.

Il insiste sur la période de risque de trois à cinq ans que doivent franchir les agriculteurs en transition, période qui pourrait être soutenue par des financements citoyens.

Le manuel pratique du semis direct à Madagascar, par Olivier Husson

Olivier Husson présente ensuite le Manuel pratique du semis direct à Madagascar, dont il souligne qu’il n’aurait jamais existé sans Lucien Séguy, ni pris cette forme sans Hubert Charpentier.

Un travail de synthèse majeur

Ce manuel est issu de longues années de travail et d’échanges, notamment avec Hubert, souvent pendant les trajets en voiture. Il vise à synthétiser les systèmes conçus, testés et compris dans les différents milieux malgaches.

Il a été largement diffusé, traduit en anglais, espagnol, portugais et vietnamien, téléchargé des dizaines de milliers de fois, et adapté pour d’autres régions comme les savanes d’Afrique.

Structure générale

Le manuel comprend trois volumes.

Volume 1 : principes et fonctionnement des SCV

Le premier volume présente :

  • les principes et intérêts des SCV ;
  • le fonctionnement des écosystèmes cultivés en semis direct ;
  • la gestion de ces écosystèmes.

On y retrouve les grands schémas de fonctionnement :

  • rôle de la litière ;
  • décomposition par la faune et la microflore ;
  • minéralisation et humification ;
  • formation du complexe argilo-humique ;
  • rôle des vers de terre ;
  • recyclage des nutriments ;
  • rôle de la couverture végétale dans la régulation de l’eau, des températures et de l’évaporation.

Le manuel insiste sur les trois piliers réinterprétés à la lumière des SCV :

  • couverture végétale permanente ;
  • associations et successions, donc biodiversité fonctionnelle ;
  • absence de perturbation du sol.

Volume 2 : mise en œuvre pratique

Le second volume traite de la mise en place pratique des systèmes :

  • choix des cultures ;
  • choix des systèmes ;
  • choix des itinéraires techniques ;
  • manière de proposer les systèmes aux agriculteurs.

Olivier Husson insiste sur un point central : en agriculture conventionnelle, on règle les problèmes par des itinéraires techniques ; dans les SCV, on les règle d’abord par les systèmes, qui modifient le fonctionnement de l’agroécosystème.

Les itinéraires techniques ont pour fonction d’optimiser ce fonctionnement, non de le remplacer.

Volume 3 : plantes de couverture

Le troisième volume est consacré aux principales plantes de couverture de Madagascar :

Chaque fiche présente :

  • les conditions climatiques et édaphiques ;
  • l’adaptation aux sols ;
  • le cycle de la plante ;
  • les modes d’insertion dans les systèmes ;
  • les modes de contrôle ;
  • les fonctions assurées ;
  • les limites et inadaptations éventuelles.

Structuration du milieu et unités agronomiques

L’un des grands apports du manuel est la définition des « unités agronomiques », issues d’un gros travail collectif de structuration des milieux.

À partir de quelques questions simples :

  • position sur la toposéquence ;
  • régime hydrique ;
  • niveau de fertilité ;
  • niveau de compaction ;

on peut identifier l’unité agronomique dans laquelle se situe une parcelle, puis choisir les types de systèmes de culture adaptés.

Cette structuration ne repose pas d’abord sur la géologie, mais sur les types de systèmes que l’on peut proposer. Olivier Husson indique que cette logique pourrait être très utile si l’on faisait un travail équivalent pour la France.

Bases de données sur les plantes

Le manuel s’appuie sur l’énorme accumulation de connaissances acquises dans les essais des différents milieux. Il contient des tableaux sur :

  • l’adaptation des plantes cultivées aux différents milieux ;
  • l’adaptation des plantes de couverture ;
  • leurs intérêts agronomiques : décompaction, protection contre l’érosion, fixation d’azote, apport de carbone, etc.

Avec ces tableaux, il devient possible de construire des systèmes adaptés de manière relativement simple.

Exemples de systèmes

Le manuel présente aussi, pour différentes régions comme le lac Alaotra :

  • les systèmes adaptés selon les unités agronomiques ;
  • les possibilités selon qu’il y ait ou non élevage ;
  • la disponibilité en biomasse ;
  • les niveaux d’intrants ;
  • les contraintes de divagation ;
  • les fonctions recherchées.

Des systèmes performants sont détaillés, par exemple pour le contrôle du Striga, parasite majeur dans certaines régions, notamment grâce au Stylosanthes.

Annexes

Les annexes comprennent :

  • une flore des principales adventices de Madagascar, avec leurs rôles indicateurs et leurs modes de contrôle ;
  • des éléments d’analyse économique ;
  • des supports de communication et de formation ;
  • un petit manuel illustré pour agriculteurs, Semis direct sur couverture végétale permanente : comment ça marche ? ;
  • des posters pédagogiques ;
  • un jeu de l’oie pédagogique ;
  • un catalogue de variétés, notamment de riz, dont certaines créées ou sélectionnées dans le cadre des travaux de Lucien.

Olivier Husson rappelle l’exemple du chiendent (Cynodon dactylon), utilisé non plus seulement comme adventice à combattre, mais comme couverture vivante dans certains systèmes, ce qui avait surpris de grands pionniers du semis direct.

Diffusion

Le manuel est disponible sur plusieurs sites, notamment ceux du GSDM, du Cirad et de Ver de Terre production.

Olivier Husson conclut en rappelant que ce travail a demandé plusieurs années de réflexion, de synthèse et d’échanges, et qu’il reste une référence encore largement utilisée.

Questions et échanges sur les herbicides, la matière organique et les perspectives

Au cours des échanges, plusieurs questions sont abordées.

Matière organique et carbone

Olivier Husson rappelle que toute l’énergie du système agricole vient de la photosynthèse. Les plantes transforment le CO2 en chaînes carbonées chargées d’hydrogène, lesquelles alimentent toute la vie du sol.

Ainsi, le premier principe est de maximiser la photosynthèse, donc d’avoir autant de plantes que possible, aussi longtemps que possible, pour accumuler énergie et carbone dans le système.

Herbicides et pesticides dans les SCV

Il est rappelé que, historiquement, le semis direct a parfois augmenté le recours aux herbicides pour contrôler les couverts. Toutefois, il faut distinguer :

  • les herbicides ;
  • les fongicides et insecticides.

Dans beaucoup de systèmes, lorsque les sols se remettent à fonctionner, les traitements insecticides et fongicides diminuent rapidement, parfois jusqu’à disparition ou demi-dose.

Pour les herbicides, la baisse est plus lente et plus difficile, car elle dépend beaucoup de la qualité des systèmes, de la couverture et du savoir-faire. Des pistes existent :

Olivier Husson rappelle aussi que dans certains pays, comme le Laos ou Madagascar, les systèmes mis en place ont permis de réduire fortement les quantités utilisées par rapport aux pratiques initiales.

Stylosanthes et semences

Il est indiqué que les semences de Stylosanthes peuvent être produites au Brésil, en Australie, en Thaïlande, et qu’il existe des ressources sur des sites comme Tropical Forages.

Début de l’après-midi : SCV sous les tropiques

L’après-midi est introduit par Vincent de Ver de Terre production, qui rappelle l’organisation du colloque avec Olivier Husson, Stéphane Boulakia, Romain Rollet, Martin Rollet, Rémi Tinière et Noël de Neuville, et remercie aussi l’équipe technique.

Il présente la suite du programme, consacrée à différents systèmes SCV sous les tropiques, avec des intervenants du Brésil, d’Argentine et d’autres pays. Les participants sont invités à poser leurs questions dans le chat YouTube.

Intervention de João Carlos de Moraes Sa

Une vidéo enregistrée du professeur João Carlos de Moraes Sa est diffusée. Le texte de cette partie n’est pas retranscrit dans le détail dans l’extrait fourni, mais elle est présentée comme portant sur le stockage du carbone dans les sols et la dynamique du carbone dans les systèmes SCV au Brésil.

Témoignage sur l’Angola, à partir du travail de Marco Cecconi

En l’absence de Marco Cecconi, Jean-Claude présente le projet angolais auquel celui-ci a participé.

Contexte du projet

Le projet commence après la guerre en Angola, à partir de 2004. Il s’agit d’un pays sortant de longues années de conflit, avec des ressources issues du pétrole offshore, et une volonté politique de relancer l’agriculture.

Le Cirad est sollicité, d’abord pour quelques années d’essais agronomiques. Puis, lorsqu’il faut monter en puissance, Lucien Séguy est envoyé en mission. Comme il ne peut pas s’installer lui-même sur place, il propose qu’un jeune agronome brésilien très brillant, Marco Cecconi, vienne porter le projet. Celui-ci travaillait auparavant sur une grande fazenda à Primavera do Leste.

Mise en place de l’exploitation

Le projet visait à terme 35 000 hectares, mais environ 4 000 hectares sont mis en valeur en quatre ans, ce qui est déjà considérable.

Avant même de défricher, il faut déminer. Les sols sont ensuite équipés avec du matériel adapté, après une première phase où du matériel européen inadapté, comme les charrues, avait été acheté.

Marco Cecconi obtient des investissements très importants, de l’ordre de 25 millions de dollars, pour équiper l’exploitation en tracteurs, semoirs, moissonneuses-batteuses, silos et hangars.

Le but principal est de produire du maïs blanc, aliment de base en Angola, transformé en pâte.

Conditions techniques et difficultés

Les sols sont envahis par des Cyperus vivaces, très difficiles à contrôler, mais que l’équipe réussit progressivement à gérer.

Le travail consiste à niveler, défricher modérément, organiser les surfaces, former les ouvriers locaux, dont beaucoup ont grandi en temps de guerre et n’ont aucune expérience agricole moderne.

Jean-Claude insiste sur les difficultés humaines de formation et d’organisation, mais aussi sur les progrès accomplis : installation d’un silo, d’un moulin pour broyer le maïs, structuration de l’exploitation.

Les rendements progressent fortement :

  • autour de 30 à 35 quintaux au début ;
  • puis autour de 55 à 60 quintaux.

Le climat est marqué par une saison sèche et une saison humide, avec parfois des interruptions de pluie.

Rôle décisif du semis direct

Jean-Claude affirme que tout cela n’a été possible qu’à condition de pratiquer le semis direct et les SCV. Une ferme voisine portée par un projet israélien, qui travaillait les sols hors zones irriguées, n’obtenait pas de récoltes satisfaisantes en maïs ou en soja.

Les responsables de cette ferme demandent finalement à Marco Cecconi et à son collègue d’intervenir sur leur partie non irriguée, où ils parviennent à produire.

Lucien Séguy venait en mission chaque année, généralement en septembre, pour suivre le travail.

SCV et riz en Camargue, par Stéphane Boulakia

Stéphane Boulakia présente ensuite un cas plus inattendu : l’adaptation des SCV à la riziculture en Camargue, dans le cadre d’un projet conduit avec le Centre français du riz et plusieurs agriculteurs.

Contexte camarguais

La Camargue est décrite comme une région deltaïque, organisée en périmètres irrigués-drainés, avec :

  • une agriculture dominée par le riz et le blé dur ;
  • une forte variabilité de salinité selon l’altitude ;
  • un climat méditerranéen chaud, sec et venteux ;
  • une forte exposition au changement climatique ;
  • des risques de remontée du niveau marin.

Les sols sont très compactés, avec des capacités d’infiltration très faibles, la riziculture traditionnelle recherchant des sols qui « gardent l’eau ».

Objectifs du projet

Le projet cherche à savoir si les SCV peuvent être une voie d’adaptation au changement climatique en Camargue, en permettant :

  • d’économiser l’eau ;
  • de mieux gérer les risques climatiques ;
  • de limiter les émissions de gaz à effet de serre liées aux rizières inondées ;
  • de modifier les dynamiques de salinisation ;
  • de réduire les charges et la puissance de mécanisation nécessaire.
      1. Changement de paradigme pour la rizière

Passer la rizière au semis direct implique un changement de paradigme : remplacer la lame d’eau de surface par une lame de biomasse, restaurer la porosité des sols, permettre l’enracinement et recharger les profils en eau.

Pistes testées

Plusieurs voies sont testées :

      1. Exportation de couverts et biomasse

Un essai compare des couverts conservés sur place ou exportés, dans une logique proche de la méthanisation. Les analyses montrent que l’exportation de seulement 6 tonnes de biomasse a déjà un effet sensible sur le carbone labile du sol.

      1. Contrôle des adventices

Les observations montrent aussi que la conservation des couverts réduit fortement certaines adventices comme les échinochloas et les panics.

Perspectives

Le projet est encore jeune, avec des succès mais aussi des échecs. Les pistes envisagées incluent :

  • ouverture de nouveaux sites en zones plus salées ;
  • couplage entre agriculture de conservation et gestion dynamique de l’eau et du drainage ;
  • réflexion à plus grande échelle sur l’aménagement et le pilotage collectif des bassins.

Intervention d’Yvonar Fontaniva (Rex), sur les mélanges de plantes au Brésil

Yvonar Fontaniva présente ensuite, depuis le Brésil, le travail de l’entreprise Rex, pionnière dans la production de semences de plantes de couverture et dans la commercialisation de mélanges.

Parcours de l’entreprise

L’entreprise, située dans l’État de Santa Catarina, est installée dans une région très agricole, à bons niveaux de pluies mais avec des périodes sèches marquées.

Elle distingue trois phases dans son histoire :

  • une phase de conseil agricole centrée sur la fertilité ;
  • la rencontre avec Lucien Séguy et l’entrée dans une phase de recherche ;
  • la mise au point et le développement de mélanges commerciaux de plantes de couverture.

Du conseil en fertilité à la recherche des causes profondes

Les premiers travaux portaient sur les analyses de sols et les recommandations de correction de fertilité. Mais l’entreprise observe que des zones de fertilité chimique équivalente donnent des rendements différents.

Avec Lucien Séguy, rencontré lors d’une réunion, ils commencent à comprendre que le problème est aussi physique et biologique. Lucien leur explique que leur semis direct n’est pas encore un système de production complet, mais seulement une pratique de semis.

Les diagnostics portent alors sur :

  • l’enracinement ;
  • les problèmes sanitaires racinaires ;
  • la vitesse d’infiltration de l’eau ;
  • la teneur en matière organique.

Mise au point des mélanges

Des centaines de parcelles de test sont installées. L’entreprise travaille sur des associations de plantes capables de :

  • améliorer la structure du sol ;
  • produire de fortes biomasses ;
  • couvrir efficacement le sol ;
  • limiter l’érosion ;
  • recycler les nutriments.

Un mélange emblématique associe crotalaire, brachiaria et Cajanus cajan, avant soja.

Les résultats sont ensuite évalués avec différentes institutions de recherche et universités.

Résultats

Entre 2017 et 2022, la diffusion progresse fortement :

  • 12 000 hectares ;
  • puis 50 000 ;
  • puis 107 000 ;
  • puis 250 000 hectares ;
  • avec l’objectif de 350 000 hectares l’année suivante.

Les effets observés incluent :

  • augmentation de la productivité du soja de 8,3 % dans les premières années, puis de 18,3 % en moyenne sur les trois dernières ;
  • augmentation de la biomasse aérienne ;
  • plus forte accumulation de macro-nutriments dans les plantes ;
  • accroissement de la biomasse racinaire profonde ;
  • amélioration de la porosité biologique.

Rex propose aujourd’hui plusieurs types de mélanges selon :

  • le niveau de fertilité ;
  • le temps disponible ;
  • les objectifs agronomiques.

L’entreprise travaille avec des céréales, graminées, crucifères et autres espèces adaptées aux différentes régions.

Intervention de Jadir Tafarel : l’Amazonie brésilienne

Jadir Tafarel, agriculteur à Sinop dans le Mato Grosso, présente ensuite le parcours de sa famille et l’importance de Lucien Séguy dans leur histoire.

Installation en Amazonie

Sa famille arrive dans le Mato Grosso en 1976, depuis le sud du Paraná, dans le cadre de la colonisation de l’Amazonie. Ils achètent une petite fazenda de 40 hectares à 15 km de Sinop.

Le climat est chaud et humide, avec 1 800 mm de pluie par an, concentrés entre octobre et avril. Les sols sont ferralitiques, pauvres, mais plats et mécanisables.

Premières années difficiles

Les cinq premières années sont consacrées à la monoculture de riz avec travail du sol superficiel. Les rendements tombent progressivement de 3 t/ha à 1 t/ha.

Puis la famille passe à la monoculture de soja, toujours en travail du sol superficiel, avec des rendements de 2 à 2,5 t/ha qui commencent eux aussi à décliner.

      1. Rencontre décisive avec le semis direct

Le père de Jadir part alors dans le sud du Brésil, où il découvre le semis direct naissant. Il rencontre Herbert Bartz, puis se rend à la fazenda de Munefumi Mizubara, avec Jadir. C’est là qu’une relation commence à se nouer avec Lucien Séguy.

Les visites croisées entre Lucien à Sinop et les Tafarel à Fazenda Progresso permettent peu à peu de remettre la ferme « sur les rails ».

Introduction des SCV

À partir de 1988-1990, les innovations portées par Lucien permettent :

  • d’introduire le semis direct ;
  • de développer les cultures de succession maïs + brachiaria ;
  • d’améliorer la fertilité biologique et physique ;
  • de stabiliser et accroître les rendements.

La famille Tafarel joue aussi un rôle pionnier dans l’introduction de Brachiaria ruziziensis, plus facile à détruire que les brachiarias plus fourragères.

Évolution des rendements et du système

Avec les années, les rendements deviennent élevés :

  • plus de 4 t/ha en soja ;
  • plus de 10 t/ha en maïs.

La matière organique, après trente ans de semis direct, atteint des niveaux de 3,5 à 3,8 %, équivalents à ceux des sols forestiers selon eux.

La fazenda est passée de 40 hectares cultivés à environ 450 hectares.

Jadir souligne qu’il y a encore des progrès possibles via :

  • les variétés et hybrides ;
  • les biotechnologies ;
  • l’amélioration du semis ;
  • la réduction de certains coûts.

Hommage à Lucien Séguy

Pour Jadir Tafarel, Lucien Séguy a eu un rôle immense pour le Mato Grosso et le Brésil. Il estime même qu’il a contribué à préserver des surfaces de forêt amazonienne, en permettant de produire davantage sur les terres déjà ouvertes, sans aller défricher plus loin.

Il rappelle que Lucien a été fait citoyen d’honneur du Mato Grosso, mais estime que cette reconnaissance reste insuffisante par rapport à ce qu’il a apporté.

Il conclut en disant que Lucien a aidé trois générations de la famille Tafarel : son père, lui-même, et maintenant ses enfants.

Intervention finale : José María Palomo, Argentine

Depuis l’Argentine, José María Palomo présente enfin des systèmes SCV en climat subtropical sec, dans les provinces de Tucumán et de Santiago del Estero.

Conditions de milieu

Le climat est subtropical sec, avec des pluies concentrées sur environ quatre mois, de décembre à mars. Les précipitations annuelles varient de 600 à 900 mm.

Les principales cultures sont :

  • soja ;
  • maïs ;
  • haricot dans une moindre mesure.

L’agriculture est pluviale.

Implantation des couverts

Les couverts sont installés principalement avant la saison sèche, parfois par sursemis dans le soja à maturité, pour profiter de l’humidité résiduelle.

Les espèces testées incluent :

  • blé ;
  • orge ;
  • seigle ;
  • avoine ;
  • quelques légumineuses ;
  • des brassicacées spontanées ;
  • crotalaire dans certains essais.

Les couverts peuvent être roulés lorsque la biomasse est forte, ou laissés tels quels pour le semis direct de la culture suivante.

Cas du maïs

Dans le cas du maïs, les couverts ne peuvent être installés après récolte que lorsque celle-ci est précoce. Les semis tardifs rendent la mise en place de couverts plus difficile.

Ils ont essayé des associations maïs + brachiaria, avec des résultats intéressants sur le sol, mais des effets négatifs sur le rendement du maïs, ce qui les conduit à rester prudents.

Biodynamie et préparations

José María Palomo explique également qu’ils utilisent certaines préparations issues de la biodynamie, notamment à base de plantes spontanées récoltées manuellement, broyées et utilisées en traitement de semences ou en pulvérisation foliaire.

Résultats observés

L’ensemble de ces pratiques — couverts, biofertilisants, biodynamie — a permis selon lui :

  • de réduire l’usage des intrants ;
  • de diminuer les pesticides, y compris les herbicides ;
  • de réduire la variabilité interannuelle des rendements ;
  • de mieux stabiliser les productions.

Sur l’azote, il précise que dans les zones plus humides, les couverts avec légumineuses, comme la vesce, permettent des apports importants, jusqu’à environ 100 unités d’azote dans certains cas. En revanche, dans les zones plus sèches, les légumineuses de couverture s’installent mal, et il n’a pas encore été possible de réduire fortement la fertilisation azotée du maïs.

Clôture de la journée

La journée se termine sur l’annonce du programme du lendemain :

  • une matinée consacrée aux SCV en climat tropical, avec l’Asie du Sud-Est, les Antilles, l’Afrique de l’Ouest et Madagascar ;
  • une après-midi dédiée aux systèmes en France, avec plusieurs témoignages d’agriculteurs.

Il est rappelé que les vidéos resteront disponibles en replay, avec les outils de traduction automatique de YouTube.