Pratiquer le biocontrôle

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Biocontrôle


Le biocontrôle représente l’ensemble des méthodes de protection des cultures s’appuyant sur des mécanismes naturels de régulation des bio-agresseurs. Il vise à protéger les plantes des stress biotiques, en privilégiant l’utilisation de mécanismes et d’interactions qui régissent les relations entre espèces dans le monde naturel. Ainsi, il repose sur la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication.[1] En ce sens, le biocontrôle fait partie des techniques de Protection Biologique Intégrée (PBI), au même titre que la lutte intégrée et la lutte biologique.

Le biocontrôle a vocation à contribuer à la triple performance des exploitations agricoles[2] :

  • au plan économique : l’émergence de solutions d’une efficacité prévisible et dont le coût reste acceptable ;
  • au plan environnemental : des solutions présentant moins d’inconvénients que la seule utilisation de la chimie ;
  • au plan social : une utilisation qui n’impose pas des charges de travail excessives et qui ne menace pas la santé des applicateurs.

Le biocontrôle, qu'est-ce que c'est ?

La définition des produits de biocontrôle est encadrée par le Code rural (art.L.253-6). Il s’agit « d’agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée des ennemis des cultures ». Cette approche technique s’inscrit dans le cadre d’un programme d’action national qui fixe pour objectif la réduction des produits phytopharmaceutiques, comme une réponse aux enjeux « santé humaine et environnement ».[3] Pour autant, certains produits de biocontrôle existent depuis plus de 30 ans (bacillus th.).

Le biocontrôle regroupe ainsi des méthodes de protection des cultures prenant en compte :

  • les interactions entre plantes cultivées, bioagresseurs et auxiliaires
  • la capacité de régulation des organismes vivants présents dans le milieu agricole local
  • la mise en place d’agents vivants ou issus du vivant utilisés en lutte directe ou indirecte

Le biocontrôle est souvent couplé à d’autres actions :

  • Choisir des cultures et des variétés permettant de minimiser la pression des organismes nuisibles
  • Augmenter l’activité des auxiliaires généralistes ou certains oiseaux (implantation de haies) et des services écosystémiques
  • Mettre en œuvre des agents de lutte vivants ou issus du vivant : les produits de biocontrôle


Quelques chiffres-clés

Le biocontrôle est plus ou moins développé selon les cultures, comme le montrent ces chiffres publiés par IBMA :

  • 75% des surfaces de tomates et de concombres sous abris sont protégés par des insectes auxiliaires.
  • 50% des surfaces de vergers de pommiers et de poiriers sont protégés grâce à l'utilisation de phéromones et des techniques de confusion.
  • 5% des surfaces en colza sont protégés par l'utilisation d'un micro-organisme comme fongicide biologique.
  • 2% des surfaces en maïs font l'objet d'une lutte contre la pyrale avec des insectes auxiliaires.


Quels sont les produits de biocontrôle ?

Les produits de biocontrôle sont définis comme des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures.[4]

Ils comprennent 4 catégories :

  • les macro-organismes (auxiliaires invertébrés tels que les insectes, acariens ou nématodes)

Exemple : Trychogrammes contre la pyrale du maïs

Exemple : Un champignon (Coniothyrium minitans) contre la sclérotinia du colza

  • les médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones

Exemple : Lutte contre la bruche de la féverole

Exemple : Kaolin contre la bruche de la féverole

Les micro-organismes, les médiateurs chimiques et les substances naturelles sont considérées par la réglementation comme des produits phytopharmaceutiques, ils répondent donc à la réglementation CE 1107/2009 et nécessitent une autorisation de mise sur le marché, tandis que les macro organismes répondent à une réglementation spécifique à ce type de produit[5].

Usages des produits de biocontrôle

L'utilisation des produits de biocontrôle se veut différente de celle d'un pesticide conventionnel. En effet, ils sont souvent utilisés dans un mode plus préventif que curatif sur des infestations légères à moyennes. Bien souvent, c'est leur association avec un pesticide conventionnel qui est la formule gagnante : l'agent de biocontrôle aura maitrisé les ravageurs ou la maladie assez efficacement durant la saison pour que la quantité et la fréquence d'usage du pesticide chimique soit drastiquement réduite[6].


Ainsi, les produits de biocontrôle peuvent intervenir dans différentes stratégies de conduite de la culture[3] :

  • Certains produits de biocontrôle participent à la reconception du système lorsqu'ils sont mis en place de façon raisonnés, en amont du semis avec d'autres leviers tels que la rotation, le travail du sol, le choix variétal, la date de semis, la densité de semis... Dans ce cas, ces produits visent à baisser la pression des bioagresseurs.
  • Si les leviers du domaine de la reconception n’ont pas suffis et qu’un bioagresseur dépasse le seuil de nuisibilité, une intervention va être nécessaire. Dans ce cas, on recherche alors une solution de substitution aux produits chimiques. Cela peut être un désherbage mécanique sur adventices ou un produit de biocontrôle. Attention toutefois, les seuils utilisés avec les solutions de biocontrôle peuvent être différents de ceux utilisés avec les produits de synthèse.


Evaluation selon la grille d'analyse ESR : Substitution-Reconception


Biocontrôle et IFT

Actuellement, on compte les produits de biocontrôle dans l’IFT global, qui comprend tous les produits utilisés (produits phytosanitaires classiques et produits de biocontrôle). Un produit de biocontrôle est comptabilisé comme un produit classique mais peut aussi être calculé à part (IFT biocontrôle).[7]


Les macroorganismes

Visibles à l’œil nu, les macroorganismes sont des organismes vivants, invertébrés, insectes, acariens ou nématodes utilisés pour exercer une pression directe ou indirecte sur les populations de ravageurs[3]. Ils sont répertoriés sur une liste (arrêté du 26 février 2015) relative aux macro-organismes non indigènes utilisés dans le cadre de la lutte biologique.

Il existe plusieurs catégories de macroorganismes auxiliaires[3] :

  • Les prédateurs qui dévorent leurs proies de l’extérieur (ex : coccinelles)
  • Les parasitoïdes qui utilisent leurs hôtes pour effectuer une partie de leur développement. Les endoparasites se nourrissent de leurs proies de l’intérieur (ex : Trichogramme), les exoparasites de l’extérieur.
  • Les nématodes entomopathogènes ou molluscicides sont des petits vers qui pénètrent dans leurs hôtes et y libèrent leurs bactéries symbiotiques conduisant à la mort de l’hôte.


Les macroorganismes sont utilisés dans différentes stratégies de lutte[3] :

  • La lutte par acclimatation : introduire un ennemi naturel du ravageur, prélevé dans son habitat d’origine.
  • La lutte par augmentation : favoriser le développement de populations d'auxiliaires à court terme via des lâchers inondatifs.
  • La lutte par conservation : favoriser l'installation des auxiliaires indigènes par le maintien de la biodiversité (haies, abris, massifs d'arbustes) pour augmenter la pression sur les ravageurs (intensification des processus de régulation biologiques par conservation des habitats). La lutte par conservation est un fondement de l’agroécologie


Avantages

  • Action rapide et contrôle durable si les conditions permettent une bonne installation.
  • Limite les phénomènes de résistance liés aux applications répétées de produits d'une même famille chimique.
  • Complète les stratégies de protection et ainsi pérennise certaines molécules.
  • Utilisation des pollinisateurs qui permettent d'améliorer la qualité des productions légumières et fruitières[5].


Inconvénients

  • Coût important.
  • L’introduction doit être suffisamment précoce pour un contrôle efficace du ravageur.
  • La qualité du conditionnement et les conditions de transport, si non optimales, peuvent nuire à la survie du macroorganisme.
  • S'ils ne trouvent pas assez de proies, les macro-organismes peuvent migrer ou s’attaquer à d’autres auxiliaires utiles[5].


Les microorganismes

Les microorganismes regroupent les virus, les bactéries, les protozoaires et les champignons. Grâce à leurs modes d’action divers et variés, les microorganismes permettent d'agir directement sur les bioagresseurs ou de stimuler la capacité de défense des plantes[3].

Ils présentent plusieurs modes d’action[3]:

  • Le parasitisme : le microorganisme reconnait spécifiquement sa cible, pénètre dans son hôte et produit des enzymes conduisant à la destruction de ce dernier.
  • L’antibiose : le microorganisme produit des métabolites secondaires toxiques pour l’agent pathogène.
  • La compétition spatiale et nutritive : elle empêche les microorganismes pathogènes de s’installer et de se développer.
  • La stimulation des défenses des plantes


Les micro-organismes peuvent se distinguer en deux catégories[3] :

  • ceux qui agissent en interaction directe avec les ravageurs.

Par exemple, la spécialité commerciale POLYVERSUM contenant la bactérie Pythium Oligandrum M1 attaque les champignons pathogènes tels que la fusariose du blé ou le sclérotinia du colza.

  • ceux qui entrent en interaction indirecte avec les ravageurs, notamment les Substances de Défense Naturelle ou les Substances de Défense des Plantes. Ces dernières déclenchent la sécrétion par les plantes de molécules capables d’engendrer une cascade de réactions la rendant plus résistance aux attaques de maladies ou ravageurs.


Actuellement, une vingtaine de microorganismes ont été homologués et sont commercialisés pour la protection des cultures contre certaines maladies. Les produits de biocontrôle à base de microorganismes sont souvent utilisés dans des stratégies de protection intégrée en combinaison avec des solutions chimiques.[3]


Avantages

  • Préserver les auxiliaires et les pollinisateurs
  • Préserver la diversité de la flore naturelle
  • Limiter les phénomènes de résistance [5]


Inconvénients

  • Rémanence qui peut être faible
  • Spectre d’action parfois limité
  • Toxicité éventuelle
  • Coût [5]


Les médiateurs chimiques

Les médiateurs chimiques sont des substances volatiles et solubles, produites par les plantes ou les animaux dans l’environnement et qui agissent sur le comportement et la physiologie d’autres organismes. Ce sont des substances extrêmement actives agissant en infimes quantités et pouvant être détectées sur de larges distances allant jusqu’à plusieurs kilomètres. En agriculture, les médiateurs chimiques sont utilisés pour le suivi des vols d’insectes ravageurs (dispositifs de captures) ou pour le contrôle des populations d’insectes (méthodes de confusion sexuelle et piégeage de masse).[3] On distingue deux types de médiateurs :

  • Les phéromones : substances chimiques émises par un individu d’une espèce, qui ont pour effet de modifier le comportement d’un autre individu de la même espèce.
  • Les kairomones : substances chimiques capables de déclencher un comportement particulier chez un individu d’une autre espèce qui les perçoit (favoriser les rencontres entre les prédateurs ou parasites et leurs proies, favoriser la pollinisation ou les mécanismes de défenses de végétaux…).


Avantages

  • Très faible toxicité pour les mammifères et les organismes aquatiques
  • Absence de résidus à la récolte
  • Absence de toxicité pour les pollinisateurs
  • Très grande spécificité d’action
  • Méthode de protection durable[5]


Inconvénients

  • Mise en place longue
  • Renouvellement avant le second vol
  • Efficacité pour au moins 5 hectares
  • Coût/temps de travail/efficacité : médiocre[5]


Les substances naturelles

Elles sont composées de substances naturellement présentes dans le milieu et peuvent être d’origine végétale (ex : huiles essentielles), animale (ex : cire d’abeilles), minérale (ex : soufre, terres de diatomées) ou microbienne. Ces substances naturelles ont une action directe par ingestion ou par contact, ou bien indirecte par effet protecteur, répulsif, ou en stimulant les défenses naturelles des plantes. On trouve des substances herbicides (acide acétique ou pélargonique), fongicides (huile essentielle d’orange, extrait de fenugrec …), anti-germinatives (huile d’essence de menthe), nématicides (extrait d’ail), molluscicides.[3]


Avantages

  • Peu de résidus dans l'environnement après application
  • Produits sûrs et à faible risque
  • Diminution de la pression de sélection sur les bioagresseurs et du développement de résistance aux pesticides dans les populations d'organismes nuisibles
  • Compatibilité avec les programmes de Production Biologique Intégrée[8]


Inconvénients

  • Mode d'action plus lent, moins actif et persistant que les pesticides traditionnels
  • Nécessité de répéter les applications pour une efficacité optimale
  • Sensibilité aux conditions climatiques défavorables
  • Nécessité de connaître finement les caractéristiques de l'organisme nuisible cible[8]


Choix du produit de biocontrôle

Le choix du produit de biocontrôle à utiliser dépend de divers facteurs :

  • culture en place
  • cahier des charges cultural
  • bioagresseur ...

Consultez les produits de biocontrôle à disposition selon la culture :


Sources

  1. Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, en ligne, Qu'est-ce que le biocontrôle ?
  2. Ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt, 2017, Les produits de biocontrôle pour la protection des cultures
  3. 3,00 3,01 3,02 3,03 3,04 3,05 3,06 3,07 3,08 3,09 et 3,10 Chambre d'Agriculture de l'Oise, https://hautsdefrance.chambres-agriculture.fr/fileadmin/user_upload/Hauts-de-France/029_Inst-Hauts-de-France/Vos-Chambres/Oise/Note_Technique_Biocontrole.pdf Les champs du possible en lutte biologique sur grandes cultures
  4. Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt du 13/10/2014, reprise dans le Code rural et de la pêche maritime.
  5. 5,0 5,1 5,2 5,3 5,4 5,5 et 5,6 ARRICASTRES T. et al., 2016, Le biocontrôle qu'est-ce que c'est ?, ENSAIA.
  6. Freund P., 2013, Le Biocontrôle : 4 freins au développement d'une filière prometteuse
  7. Institut Français de la Vigne et du Vin, en ligne,Le biocontrôle
  8. 8,0 et 8,1 My green training box, Avantages et inconvénients des substances naturelles de biocontrôle.



Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page


Est complémentaire des leviers

Défavorise les bioagresseurs suivants