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Application d'argile (Kaolinite calcinée) en verger

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Photo d’en-tête : Pulvérisation d’argiles sur arbre pour lutter contre le Psylle du poirier - © La Pugère
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1. Présentation

Caractérisation de la technique

Description de la technique :

Informations issues initialement du Guide pour la conception de systèmes de production fruitière économes en produits phytopharmaceutiques (2014) / Fiche technique n°13 . Pour en savoir plus : Voir lien


Principe


Cette technique de biocontrôle permet, par pulvérisation, d’appliquer une fine couche d’argile calcinée sur le végétal afin d’établir une barrière minérale protectrice. Il s’agit d’une action préventive qui perturbe le bioagresseur ciblé à certaines périodes de son cycle. Il existe différentes hypothèses quant aux modes d’action mis en œuvre :

  • perturbation de la reconnaissance de la plante hôte par la couleur blanche que donne l’argile aux arbres ou aux organes cibles.
  • barrière physique et modification des conditions du milieu affectant la biologie de l’insecte. Ses déplacements sont perturbés par les particules, l’insecte est gêné pour pondre, respirer et se nourrir.


Technique


La technique consiste à pulvériser une fine couche d’argile calcinée sur le végétal sec et en conditions de vent faible. Il est nécessaire d’agiter la bouillie tout au long du traitement pour rester en suspension ainsi que d’adapter les conditions d’application (concentration adéquate, au maximum à 3 pour mille, pression de travail inférieure à 10 bars, type de buses…). En outre, le volume de bouillie doit permettre un bon mouillage mais sans atteindre le point de ruissellement.


Un pulvérisateur adapté à la pulvérisation d’argiles avec pompe à membrane ainsi que des buses en céramique (plus résistantes dans le temps) sont recommandés pour la mise en œuvre de cette technique.


Le moment opportun d’intervention dépendra du bioagresseur ciblé. Pour cela, cette technique doit s’appuyer sur des outils d’aide à la décision (OAD) tels que le piégeage et l’observation visuelle des bioagresseurs pour contrôler leur présence et positionner les traitements.


L’utilisation d’argiles représente un levier principal pour plusieurs bioagresseurs dont la mouche de l’olive (Bactrocera oleae) sur olivier, la mouche de la cerise (Rhagoletis cerasi) sur cerisier, le psylle du poirier (Cacopsylla pyri) sur poirier, la cicadelle verte (Empoasca vitis) sur vigne à raisin de table et la mouche du brou (Rhagoletis completa) sur noyer.


Cette méthode est aussi un levier complémentaire ou a un effet barrière physique sur d’autres nuisibles tels que les cicadelles vertes sur clémentinier, la mouche méditerranéenne (Ceratitis capitata) sur variétés tardives de pommier et clémentinier, le vecteur de l’Enroulement Chlorotique de l’Abricotier (ECA) (Cacopsylla pruni) sur abricotier, prunier et pêcher (à valider en conditions d’exploitation sur le pêcher).


En agriculture biologique, les argiles ont un effet complémentaire sur les niveaux de population des pucerons migrants et non migrants. Des travaux menés sur puceron vert du pêcher et sur puceron cendré du pommier ont montré une réduction de l’intensité des foyers. Des travaux menés à la SEFRA et au GRAB ont montré un effet partiel sur la Drosophila suzukii. Mais les fruits (cerises) restent souvent marqués à la récolte et sont impropres à la consommation sauf si l’épiderme est lavé.


Exemple de mise en oeuvre :

  • Contre mouches sur olive (3-4 passages min.) et cerise (1 à 2 passages max.)


Il faut traiter dès l’observation des premières mouches (piégeage) en fonction des conditions climatiques (temps chaud et sec très défavorable au ravageur). Un renouvellement est nécessaire dès l’apparition de zones du fruit non couvertes ou après lessivage par la pluie ou érosion par le vent. Un dernier positionnement 15 jours avant récolte est conseillé pour limiter le marquage des fruits.


•Contre la mouche du brou sur noyer (3-4 passages)


Il faut traiter dès l’observation des premières mouches (piégeage), puis faire une deuxième application 8 jours après la première et renouveler en fonction du lessivage par la pluie.


•Contre le psylle du poirier (1 à 3 passages en hiver et 0 à 4 en saison)


Il faut réaliser des applications hivernales visant la première génération, issue de la ponte des femelles hivernantes : le positionnement est avant le début de la ponte des femelles hivernantes avec un renouvellement jusqu’au débourrement selon la pluviométrie et la présence d’adultes dans l’environnement du verger (contrôle par battage).


Il est aussi possible de réaliser des applications en saison visant la 2e génération et les suivantes. Ces applications post-florales (avant la ponte de la 2e génération avec un renouvellement tous les 8 à 10 jours selon l’apparition de nouvelles feuilles) ne seront préconisées que si la G1 n’a pu être contrôlée (présence de miellat pendant la floraison).


Le dernier positionnement doit être de l’ordre de 30-40 jours avant récolte pour limiter le risque de marquage des fruits.


•Contre le vecteur de l’ECA (1-2 passages sur prunier et abricotier)


Traiter avant le retour des insectes sur les arbres (avant le débourrement des bourgeons) et jusqu’à la fleur. Renouveler les traitements en fonction du lessivage sur bois de 2 ans. Il est inutile de couvrir systématiquement les pousses de l’année, C. pruni piquant dans le bois de 2 ans..


•Contre cicadelles vertes


Sur raisin de table : des applications sont faites dès l’apparition des larves de cicadelles, à renouveler en fonction du lessivage. Le dernier positionnement est avant la fermeture de la grappe pour limiter le marquage des fruits.


Sur clémentinier : des applications sont faites dès l’apparition des premiers adultes dans les pièges chromatiques (souvent fin octobre-début novembre en Corse), à renouveler en fonction du lessivage. Sur cette espèce fruitière, les argiles sont parfois appliquées jusqu’à la récolte si un nettoyage est possible en station de conditionnement.


•Contre la mouche méditerranéenne


Une seule application est faite avant maturité (au pire à R – 21 j) en fonction du niveau de piégeage. Le délai entre l’application et la récolte est fonction des capacités de lavage et de brossage des fruits en station de conditionnement.


•Contre les pucerons migrants

  • à l’automne : le positionnement des traitements est avant les vols de retour des pucerons ou le plus tôt possible en fonction des dates de récolte pour des espèces se récoltant à l’automne. Plus l’intervention est tardive, plus il y a de pontes déjà réalisées.
  • Au printemps : limiter l’installation des fondatrices et des colonies secondaires.


Précision sur la technique :

Pour une bonne efficacité de cette technique, il est impératif de cibler les périodes et la fréquence des traitements en fonction du cycle biologique du bioagresseur que l’on souhaite contrôler.


L’usage de l’argile est limité à certains stades à cause du marquage sur les fruits.


Pas de traitement pendant la floraison pour protéger les abeilles et insectes pollinisateurs.


Ne pas oublier les équipements de protection individuelle (masque par rapport aux poussières).


Période de mise en œuvre Sur culture implantée


Effet cumulatif sur plusieurs années : à terme, réduction du nombre d’interventions en sortie d’hiver avec une efficacité équivalente.


Efficacité directement conditionnée par la rémanence de l’application.


Echelle spatiale de mise en œuvre Parcelle


Plus le bloc parcellaire est important, meilleur sera le contrôle.


Application de la technique à...

Neutre Toutes les cultures : Généralisation parfois délicate


Généralisation parfois délicate


Parfois délicate en fonction des espèces fruitières concernées (on ne peut laisser de dépôt blanc sur fruits)


Tous les types de sols : Sans objet


Sans objet


Neutre Tous les contextes climatiques : Généralisation parfois délicate


Généralisation parfois délicate


Impossible si neige qui reste sur le végétal


Réglementation

Seules quelques spécialités commerciales à base de Kaolin sont autorisées pour des usages phytosanitaires. Depuis avril 2014, le silicate d’aluminium (kaolin) est listé sur l’annexe II du règlement (CE) no 889/2008 : les spécialités commerciales phytosanitaires à base de kaolin autorisées en France sont donc utilisables en Agriculture Biologique.


L'application d'argile sur les cultures afin de les rendre moins sujettes aux attaques d’insectes en formant une pellicule protectrice fait l'objet d'une fiche CEPP (action n°39 : Lutter contre les insectes piqueurs au moyen d’une poudre minérale de biocontrôle).




2. Services rendus par la technique



3. Effets sur la durabilité du système de culture

Critères "environnementaux"

Négatif Effet sur la qualité de l'air : En diminution


émission phytosanitaires : DIMINUTION


émission GES : AUGMENTATION


émission de particules : AUGMENTATION


Positif Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation


pesticides : DIMINUTION


Négatif Effet sur la consommation de ressources fossiles : En augmentation


consommation d'énergie fossile : AUGMENTATION


Neutre Autre : Pas d'effet (neutre)


Précisions éventuelles ou commentaires :


Pas d’effet significatif connu sur les compartiments de l’environnement (air, eau, sol)


Critères "agronomiques"

Neutre Qualité de la production : Variable


Variable


Pas de résidus de produits phytopharmaceutiques, limite les coups de soleil (noyer-poirier-pommier), améliore la qualité de l’épiderme des fruits (pommier-poirier).


Risque de marquage des fruits pour les applications en saison (ne pas appliquer d’argiles 15 jours avant récolte pour les cerises et olives de bouche et 30-40 jours avant récolte pour le poirier).


Neutre Fertilité du sol : Pas d'effet (neutre)


Pas d'effet (neutre)


Positif Stress hydrique : En diminution


En diminution


Régulation du stress hydrique des plantes


Neutre Biodiversité fonctionnelle : Variable


Variable


Toxicité directe faible sur les auxiliaires. Néanmoins, effets indirects constatés sur certaines familles d’auxiliaires comme par exemple les typhlodromes (prédateurs naturels des acariens jaunes et rouges et des phytoptes de l’acariose ou de l’érinose. Ils peuvent également se nourrir de larves de thrips)


Critères "économiques"

Négatif Charges opérationnelles : En augmentation


En augmentation


Coût : entre 1,4 et 1,8 €/kg (soit environ 50 € à 30 kg/ha/passage et environ 80 € à 50 kg/ha/passage)


Négatif Charges de mécanisation : En augmentation


En augmentation


Passages spécifiques, surtout en sortie d'hiver


Critères "sociaux"

Négatif Temps de travail : En augmentation


En augmentation


Passages spécifiques notamment en sortie d'hiver ou à l'automne (barrière physique Pucerons)


Neutre Période de pointe : Variable


Variable


Temps de travail Identique à un traitement classique si mêmes règlages. Cependant, traitements fréquents au printemps : renouvellement dès l’apparition de nouveaux organes sensibles (ou d’épisodes pluvieux)


Les traitements en automne-hiver sont moins fréquents car renouvellement seulement selon pluies (psylle).


Négatif Temps d'observation : En augmentation


En augmentation


C'est toujours plus difficile d'observer des feuilles blanchies : barrière physique qui peut recouvrir des oeufs ...




4. Organismes favorisés ou défavorisés

Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Mouche de l'olive (Bactrocera oleae) ravageur, prédateur ou parasite Cette technique est un levier principal contre ce bioagresseur
Mouche de la cerise (Rhagoletis cerasi) ravageur, prédateur ou parasite Cette technique est un levier principal contre ce bioagresseur
cicadelle verte de la vigne (Empoasca vitis) ravageur, prédateur ou parasite La technique représente un levier principal sur vigne à raisin de table et un levier complémentaire sur le clémentinier
mouche du brou (Rhagoletis completa) ravageur, prédateur ou parasite Technique utilisée sur noyer (arbres à faible hauteur)
mouche méditerranéenne (Ceratitis capitata) ravageur, prédateur ou parasite La technique est un levier complémentaire sur variétés tardives de pommier et clémentinier
psylle du poirier (Cacopsylla pyri) ravageur, prédateur ou parasite La technique est un levier principal pour les applications d'argile en hiver et un levier complémentaire pour les application en saison.
puceron vert du pêcher ravageur, prédateur ou parasite Utilisée en agriculture biologique (intérêt à confirmer en conventionnel)
vecteur de l’Enroulement Chlorotique de l’Abricotier (ECA) (Cacopsylla pruni) ravageur, prédateur ou parasite Cette technique est un levier complémentaire sur abricotier, prunier et pêcher (à valider en conditions d’exploitation sur le pêcher)


Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions




5. Pour en savoir plus

  • Abricot : privilégier les observations et le biocontrôle pour baisser les IFT
    -Sophie Buléon


Ecophyto DEPHY, Brochure technique, 2015


Lien vers la brochure

  • Appliquer une barrière minérale contre la mouche de l’olive. Partie 1 - Conseil de préparation.
    -Siciliano A.


Centre technique de l’olivier

  • Appliquer une barrière minérale contre la mouche de l’olive. Partie 2 - Essai buses.
    -Siciliano A.


Centre technique de l’olivier

  • Argiles en arboriculture : pommier, poirier, cerisier, olivier
    -Berud M., Warlop F., Libourel G., Filleron E.


Chambre Régionale d'Agriculture PACA,, Brochure technique, 2013


Chambre Régionale d'Agriculture PACA, Ressources, Collection 1 : Les techniques alternatives, document 1 D. Lien vers la brochure

  • Efficacité de l’argile sur plusieurs ravageurs rencontrés en arboriculture fruitière.
    -Darthout L., Favareille J.


2006


Association Française de la Protection des Plantes (AFPP) - 3e Conférence Internationale sur les moyens alternatifs de protection des cultures. Lille, France, 13-15 mars 2006.

  • Kaolin particle films suppress many apple pests, disrupt natural enemies and promote woolly apple aphid
    -Marko V., Blommers L.H.M., Bogya S., Helsen H.


Journal of Applied Entomology, Article de revue avec comité, 2008


Journal of Applied Entomology, (2008) 132, 26-35 . Pour aller plus loin lien vers l'article

  • L’argile barre le psylle
    -Piffady-Durieux A.


2013


Réussir Fruits & Légumes, 327, 34.

  • L’argile kaolinite, une nouvelle méthode de lutte par barrière minérale protectrice contre le puceron vert du pêcher Myzus Persicae Sulz
    -Garcin A.


Innovations agronomiques, Article de revue avec comité, 2009


Innovations agronomiques (2009) 4, 107-113. Lien vers l'article

  • Poire : Maintenir un verger éco- performant en combinant différents leviers
    -Audrey PIFFADY-DURIEUX


Ecophyto - DEPHY, Brochure technique, 2014


Lien vers la fiche

  • The impact of some compounds utilised in organic olive groves on the non-target arthropod fauna: canopy and soil levels.
    -Annotta N., Belfiore T., Noce M.E., Scalercio S., Vizarri V.


2007


VI Jornadas Internacionales de Olivar Ecologico, 22-25/03/2007, Puente de Génave, Espagne.

  • évaluation de l’AGX 12®, de Sokalciarbo® et du Prev-Am® pour lutter contre les cicadelles vertes sur agrumes
    -Areflec. Station d'expérimentation., Rapport professionnel, 2006


Areflec, Rapport résultats d’essai. Lien vers le rapport




6. Mots clés

Méthode de contrôle des bioagresseurs : Lutte biologique


Mode d'action : Action sur le stock initial Barrière


Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Substitution


Annexes

Retours d'expériences évoquant cette page

S'applique aux cultures suivantes

Défavorise les bioagresseurs suivants