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Désherbage mécanique

De Wiki Triple Performance
Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
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Des solutions pour lutter contre les adventices existaient bien avant l’arrivée des produits phytosanitaires. Elles étaient préventives (travail du sol, rotation ou encore paillage) ou curatives (désherbage manuel, désherbage mécanique pour certaines cultures sarclées, etc.). Après la Seconde Guerre mondiale, les herbicides ont rendu le désherbage plus efficace et plus rapide. Leur usage massif montre aujourd’hui ses limites. Le désherbage mécanique peut être l’une des solutions permettant de réduire les risques liés à l’utilisation de la méthode chimique.


Principe

La maîtrise des adventices sans herbicide passe en premier lieu par la prévention, les actions mécaniques interviennent en complément (seules, leur efficacité est limitée).


Il est important de rappeler que les stratégies des systèmes de culture sans herbicide reposent sur deux notions essentielles :


  • L’observation régulière des parcelles et la connaissance de la flore adventice et de la biologie des espèces qui la composent sont la base de toute stratégie de gestion mise en œuvre par l’agriculteur.
  • La maîtrise des adventices, et non leur élimination, est recherchée. Autrement dit, on parle de tolérance aux adventices, celles‐ci pouvant être présentes dans les parcelles sans impacter la production des cultures en place à venir. Certains y voient même des avantages, car elles participent à l’augmentation de la biodiversité, support pour le développement de faune auxiliaire.

Pourquoi désherber mécaniquement?

Ces dernières années, le retrait de substances actives s’est accéléré sans que d’autres solutions soient proposées. Cela a parfois conduit à des impasses techniques. En complément ou non du désherbage chimique, le désherbage mécanique peut apporter une solution plus rentable et plus efficace. Le remplacement de certains traitements par des passages d’outils mécaniques permet d’anticiper les évolutions réglementaires.


Le recours au désherbage mécanique permet de réduire l'impact des substances actives sur l’environnement et d’éviter la pollution des eaux. En pré-levée, il permet ainsi de limiter l’utilisation d’herbicides racinaires, considérés comme les plus nuisibles et risquant d’être entraînés dans les nappes.


Le désherbage mécanique n’est pas seulement utile pour lutter contre les adventices, il présente aussi des avantages agronomiques reconnus. Le passage d’un outil permet, en fonction du matériel et des conditions au moment de l’intervention, de limiter le ruissellement par la destruction de la croûte de battance, d’aérer et de niveler le sol, de réduire l’évaporation de l’eau, de positionner les fertilisants ou encore de relancer la vie microbienne du sol et de favoriser la minéralisation de la matière organique. Selon certains auteurs, deux à trois binages permettraient de gagner vingt unités d’azote, voire plus[1]. Le passage d’outils mécaniques permet également de réduire les pertes en eau du sol, en perturbant l’évaporation dans les premiers centimètres du sol.


Grâce aux nouvelles technologies, notamment le guidage, l’utilisation et les performances des outils de désherbage mécanique sont désormais optimisées, capables de s’adapter à un grand nombre de cultures et de situations. Ces systèmes innovants permettent de gagner en précision et en rapidité de travail.

Les outils

La herse étrille

Herse étrille

La herse étrille travaille à environ 2 cm de profondeur (et jusqu'à 4 cm sur une intervention en prélevée) indépendamment des rangs de la culture et permet donc un désherbage sur toute la surface. Ses dents souples vibrent avec l’avancement de l’outil et déracinent les adventices en les arrachant par effet de vibration et d’impact.


Ces dents, espacées entre elles de 2 à 3 cm, peuvent être droites ou courbées. Les dents courbées offrent une meilleure agressivité que les dents droites mais sont moins adaptées à des sols très caillouteux. Elles sont fixées sur différents panneaux indépendants qui permettent une bonne adhérence au terrain et un bon suivi de ses hétérogénéités.


Les réglages sont nombreux: vitesse d'avancement, profondeur de travail, inclinaison des dents et surtout pression appliquée sur celles-ci.


Elle peut s'utiliser en prélevée, puis à partir du stade 2-3 feuilles et jusque assez tard dans la saison sans prendre trop de risques. Son impact sera efficace sur adventices très jeunes et jusqu'au stade 1 à 2 feuilles.


L'intervention doit se faire sur un sol ressuyé, nivelé et rappuyé pour assurer un bon travail. Si le sol n'est pas propre, il y a risque de bourrage de l'outil. Son efficacité est limitée sur sol battant.


La houe rotative

Houe rotative

La houe rotative travaille à environ 2 cm de profondeur indépendamment des rangs de la culture et permet donc un désherbage sur toute la surface. Elle est équipée de roues aux extrémités en forme de cuillères qui piochent, déchaussent, arrachent puis projettent les adventices.


Le pouvoir de pénétration de l'outil est élevé ce qui la rend efficace sur sol battant. Elle peut également servir d'écroûteuse.


Il est conseillé d'intervenir sur des adventices entre les stades germination et cotylédon.


Il y a peu de réglages possibles: vitesse d'avancement, pression sur les éléments de travail, profondeur.

Il est difficile de l'utiliser sur sol caillouteux.


La bineuse

Soc de bineuse

Les socs de la bineuse coupent ou déchaussent les racines et peuvent enfouir les jeunes adventices en ramenant de la terre sur le rang. Elle désherbe les inter-rangs de cultures en ligne à écartements plus ou moins grands suivant la précision du guidage.


Les différents éléments bineurs (1 par inter-rang) sont fixés à une poutre centrale mais sont indépendants et peuvent être réglés à différents écartements. Ces éléments comportent une à cinq pièces travaillantes, dont le type de soc détermine l’action sur le sol et les adventices.


En céréales le guidage est pratiquement indispensable car l'écartement entre rangs est très faible et des dégâts sur la culture peuvent être importants si la machine ne reste pas au bon endroit. Il peut être mécanique (roue trace) ou électronique (GPS, caméra). Il est également possible de monter l'outil sur le relevage avant pour plus de précision.


Le binage n'est pas recommandé à la levée des cultures mais plutôt pour des passages tardifs au moins jusqu'au stade 1 nœud. Bonne efficacité sur les adventices même au delà du stade 2-3 feuilles.


Plusieurs réglages: profondeur de travail, pression exercée sur chaque élément.


Choix de l'outil

Le désherbage mécanique peut être mis en pratique grâce à un panel d’outils. Certains sont complémentaires, d’autres ont des actions similaires. L’outil parfait et polyvalent n’existe pas encore. Le choix des outils de désherbage mécanique s'effectue selon les cultures, leurs stades, le type de sol et également les adventices[1].


En fonction du stade des cultures

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Desherbage mecanique choix outil legende.png
Herse étrille Houe rotative Bineuse
Densités de semis Augmenter de 10% les densités de semis en prévision des pertes de pieds dues au passage des outils
Ecartement entre rangs Pas d'adaptations nécessaires Les écartements doivent être réguliers, droits et adaptés à la bineuse utilisée
Système de guidage/protège plants Non nécessaire Fortement conseillé
Cultures visées Utilisable sur toutes les cultures Adapté aux cultures en ligne
Désherbage en pré-levée Pas de dommages sur la culture Risque important de dommages sur la culture
Désherbage en post-levée Pas de dommages sur la culture (mais efficace seulement si les adventices son à des stades jeunes) Peu de dommages sur la culture


En fonction du type de sol

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Pour ces 3 outils, il est nécessaire d'avoir un sol nivelé, rappuyé sans gros débris végétaux[1]

En fonction de la flore adventice

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F=feuille

La herse et la houe permettent de désherber sur toute la surface. La bineuse a une bonne efficacité sur l'inter-rang (possibilité d'action sur le rang par doigts souples ou buttage).

La roto-étrille le nouvel outil du désherbage mécanique

Roto étrille Einböck

La roto-étrille est un outil récent, à mi-chemin entre la herse étrille et la houe rotative. Elle est composée de disques à dents rondes d'un diamètre équivalent à celui d'une herse étrille. Cependant chaque disque possède un angle d'attaque à l'image des disques d'un déchaumeur. Toute la largeur de l'outil est travaillée car les disques se recroisent légèrement.


L'action des dents ainsi que l'angle des disques vont soulever une fine couche de terre et ainsi détruire les adventices par déracinement ou par recouvrement.


Elle est efficace sur adventices très jeunes, mais également jusqu'au stade 2-3 feuilles sur dicotylédones.


Plusieurs réglages: l'horizontalité de la machine, la profondeur de travail, la pression appliquée sur les éléments et la vitesse d'avancement.


Comme il n'y a pas d'effet râteau, il n'y a pas de bourrage à cause des résidents présents à la surface de la parcelle. Le sol doit cependant être bien nivelé et avoir reçu une préparation assez fine.

Inclure le désherbage mécanique dans une stratégie agronomique

Dans certaines conditions, le désherbage mécanique n’est pas aussi efficace que le désherbage chimique : pour éviter le salissement des parcelles, il faut revoir le système de culture dans son ensemble pour essayer de réduire le stock de semences. L’allongement des rotations avec l’alternance de cultures de printemps et d’automne améliore l’efficacité du désherbage mécanique. L’alternance labour/non labour et les répétitions de déchaumage en période estivale permettent d’épuiser les stocks semenciers de certaines espèces, notamment les graminées.


Concilier météo et désherbage mécanique

Pour les passages en céréales par exemple, si les conditions climatiques permettent un passage « à l’aveugle » à l’automne, l’efficacité sera accrue. Puis, à la sortie de l’hiver, dès que le sol est suffisamment ressuyé, il faut recommencer le désherbage mécanique. Il faut 2 à 3 jours sans pluie pour éviter le repiquage des plantules. En revanche, si les conditions sont trop sèches au moment du passage, le risque de couper les racines de la culture augmente.


Les limites du désherbage mécanique

  • Pour certaines adventices, il faut intervenir à un stade très précis, il faut alors que les conditions climatiques soient favorables à ce moment là pour permettre le passage de l'outil.
  • Le passage d’un outil mécanique dans les premières phases d’une culture semée comporte un risque d'arrachage ou de blessure des jeunes plantules car leur enracinement est superficiel.
  • Le passage d’une bineuse peut amplifier le phénomène de bouturage.


Des techniques à maîtriser

Chaque condition d’intervention (stade culture, texture du sol, conditions d’humidité, etc.) réclame un outil adapté (lames, dents, étrilles…, en plein ou inter-rangs…), ce qui demande de bien maîtriser ces techniques.


Coûts indicatifs

Coût d'un passage en désherbage mécanique[1] :

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À titre de comparaison, coût d'un passage de pulvérisateur avec un herbicide à 40 €/ha (tenant compte du temps de remplissage et rinçage):

Desherbage mecanique CoutChimique.png

Sources