Arbres fourragers, une chance à saisir pour un élevage paysan, avec Jérome Goust

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Dans cette conférence, Jérome Goust défend les arbres fourragers comme une ressource précieuse pour l’élevage paysan face aux sécheresses, au manque d’herbe et à la dépendance aux achats extérieurs. En s’appuyant sur son enquête de terrain et sur des travaux menés notamment à l’INRAE de Lusignan, il montre que les feuilles d’arbres comme le frêne, le mûrier ou le chêne offrent une alimentation complémentaire, digestible et utile au bien-être animal. Il rappelle aussi que cette pratique ancienne, longtemps courante dans les fermes, peut redevenir un levier d’autonomie, de résilience et de biodiversité. L’arbre protège les troupeaux, régule l’eau, stocke du carbone et améliore les paysages. Mais relancer ces pratiques suppose de lever plusieurs freins : préjugés sur la valeur alimentaire des feuilles, manque de temps, adaptation des systèmes d’élevage et besoin d’outils techniques adaptés.

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Résumé
Dans cette conférence, Jérome Goust défend les arbres fourragers comme une ressource précieuse pour l’élevage paysan face aux sécheresses, au manque d’herbe et à la dépendance aux achats extérieurs. En s’appuyant sur son enquête de terrain et sur des travaux menés notamment à l’INRAE de Lusignan, il montre que les feuilles d’arbres comme le frêne, le mûrier ou le chêne offrent une alimentation complémentaire, digestible et utile au bien-être animal. Il rappelle aussi que cette pratique ancienne, longtemps courante dans les fermes, peut redevenir un levier d’autonomie, de résilience et de biodiversité. L’arbre protège les troupeaux, régule l’eau, stocke du carbone et améliore les paysages. Mais relancer ces pratiques suppose de lever plusieurs freins : préjugés sur la valeur alimentaire des feuilles, manque de temps, adaptation des systèmes d’élevage et besoin d’outils techniques adaptés.

Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !


Aujourd'hui, on continue le cycle avec les arbres fourragers, une chance à saisir pour un élevage paysan, avec Jérome Goust


En collaboration avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.



Le retour des arbres fourragers face aux sécheresses

Jérôme Goust part d’un constat très concret : dans un contexte de sécheresses récurrentes, de prairies grillées et de pénurie d’aliments, les éleveurs s’inquiètent de plus en plus de ce qu’ils pourront donner à manger à leurs animaux.

Il raconte qu’au moment d’un mois de juin particulièrement difficile, il s’est souvenu de ce qu’il avait observé à son arrivée dans le Tarn en 1974, dans le nord du département, dans la vallée du Viaur : ses voisins coupaient chaque année des frênes pour nourrir les animaux. Cette pratique ancienne l’a poussé à enquêter, à rassembler des informations, puis à écrire un livre sur les arbres fourragers.

Journaliste et auteur de livres de vulgarisation, il explique avoir mis six ans à faire ce travail, avec l’objectif de rassembler des éléments sur :

  • ce qui s’était fait autrefois ;
  • ce qui se faisait encore ;
  • ce qu’on pouvait espérer remettre en place aujourd’hui.

Le livre évoqué dans l’intervention est Arbres fourragers, une chance à saisir pour un élevage paysan, paru aux éditions de Terran.

Une réflexion portée avec des acteurs de l’arbre et de l’agriculture

Jérôme Goust indique qu’au moment du confinement, un groupe de travail était en train de démarrer dans le Tarn avec plusieurs partenaires de l’arbre et de l’agriculture :

  • Arbres et paysages tarnais ;
  • Nature & Progrès ;
  • la Confédération paysanne.

L’enjeu est triple :

  • porter une perspective durable pour l’alimentation des élevages paysans ;
  • redonner une source majeure d’autonomie ;
  • s’appuyer sur tous les bénéfices environnementaux de l’arbre déjà évoqués dans les sessions précédentes.

L’idée centrale est que l’arbre peut contribuer à une agriculture paysanne, autonome et agroécologique, et pas seulement à une logique d’aménagement paysager.

Deux références majeures : Pierre Lieutaghi et Dominique Soltner

Jérôme Goust ouvre son propos en rendant hommage à deux auteurs.

Pierre Lieutaghi

Il cite Pierre Lieutaghi, auteur notamment du Livre des arbres, arbustes et arbrisseaux, en rappelant au passage l’importance de soutenir les libraires et de ne pas acheter systématiquement les livres sur les grandes plateformes en ligne.

La citation retenue est la suivante :

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Pour Jérôme Goust, cette phrase dit quelque chose d’essentiel de l’arbre : sa capacité à renaître, à repartir, à produire à nouveau après la taille.

Dominique Soltner

Le deuxième hommage va à Dominique Soltner, qui a très tôt fait entrer l’arbre dans l’enseignement agricole, notamment dans son Manuel d’agronomie.

Jérôme Goust insiste sur un point : beaucoup de choses que l’on redécouvre aujourd’hui étaient déjà écrites chez Soltner dans les années 1970. Le dossier était déjà posé, les enjeux déjà cernés. Ce qu’il manque aujourd’hui, ce n’est pas seulement la connaissance, mais la capacité à remettre ces pratiques au cœur des fermes.

Pourquoi reparler des arbres fourragers aujourd’hui ?

L’intervention s’inscrit dans un contexte de crise multiple :

  • sécheresses récurrentes ;
  • surpâturage ;
  • prairies transformées en « paillassons secs » ;
  • pénurie d’aliments ;
  • recours prématuré aux stocks fourragers ;
  • diminution des cheptels ;
  • achats extérieurs.

Dans ce contexte, le recours aux arbres fourragers apparaît comme une ressource complémentaire permettant de gagner en autonomie.

L’arbre est présenté à la fois comme :

  • protecteur ;
  • accumulateur ;
  • régulateur ;
  • pourvoyeur de nourriture.

Il peut contribuer à microclimatiser une parcelle, protéger les animaux, maintenir la production fourragère et amortir les effets des épisodes climatiques extrêmes.

Une critique de l’agriculture intensive, y compris en bio industrialisée

Jérôme Goust rappelle que l’agriculture intensive a :

  • appauvri les sols ;
  • fait perdre de l’humus ;
  • accentué l’érosion ;
  • réduit la profondeur utile des sols ;
  • provoqué une chute de la biodiversité ;
  • affaibli les régulations écologiques.

À cela s’ajoutent :

  • les changements climatiques ;
  • la destruction de la biodiversité ;
  • l’augmentation des pathogènes ;
  • la mondialisation des échanges.

Il insiste aussi sur le fait qu’une partie de l’agriculture biologique a elle-même basculé dans un modèle intensif mondialisé, utilisant des intrants venus de loin. Il oppose à cela une autre vision : une agriculture paysanne et agroécologique, qui s’appuie sur les ressources locales pour produire localement.

L’élevage attaqué, l’élevage paysan à défendre

Une part importante de l’intervention consiste à distinguer deux élevages :

  • l’élevage industriel, illustré par la « ferme des mille vaches » ;
  • l’élevage paysan de plein air, fondé sur les prairies permanentes, les arbres et l’autonomie.

Jérôme Goust critique les accusations générales portées contre « la viande » ou « l’élevage », en rappelant qu’il faut distinguer les systèmes.

Selon lui, l’élevage paysan :

  • n’est pas la cause des dérives de l’élevage industriel ;
  • ne se réduit pas à une source de gaz à effet de serre ;
  • peut au contraire contribuer au stockage du carbone, notamment avec les prairies permanentes et les arbres ;
  • n’a rien à voir avec la maltraitance visible dans certains élevages concentrationnaires ;
  • ne doit pas être confondu avec les systèmes dépendants d’ensilage, de compléments, de pesticides et d’importations.

Il affirme aussi que l’élevage est indispensable à l’équilibre écologique. Se passer d’élevage reviendrait, selon lui, à rompre la chaîne des êtres vivants reliant :

  • le soleil ;
  • la terre ;
  • les végétaux ;
  • les micro-organismes ;
  • les animaux ;
  • l’être humain.

Refus de la viande et fausse viande

L’intervention évoque également la montée du discours anti-viande et le développement de substituts industriels, notamment les « fausses viandes » végétales ou produites à partir de cultures cellulaires.

Jérôme Goust y voit le risque d’un glissement vers une alimentation artificialisée, déconnectée des fermes, des prairies, des animaux et des paysages.

Son propos n’est pas de défendre toutes les consommations de viande, mais de rappeler qu’il faut distinguer :

  • les produits industriels standardisés ;
  • les productions issues de systèmes paysans, herbagers et agroforestiers.

Les feuilles d’arbres, un aliment très ancien

Jérôme Goust replace la pratique dans le temps long. Il rappelle qu’au Néolithique, lorsque l’agriculture arrive dans nos régions depuis le Croissant fertile, le territoire est largement couvert de forêts et de garrigues.

Sur le site de fouilles de la Grande Rivoire, près de Grenoble, datant d’environ 4500 ans avant notre ère, des traces archéobotaniques montrent l’utilisation de nombreux feuillus pour l’alimentation du bétail :

La pratique de la « feuillée », c’est-à-dire la récolte de feuilles d’arbres pour nourrir les animaux, accompagne donc l’élevage depuis ses débuts.

Une logique technique

Jérôme Goust rappelle qu’au Néolithique, il était plus facile de couper des branches avec une hache en pierre polie que de couper de l’herbe. Ce n’est qu’avec l’apparition de la faux, au Moyen Âge, autour du XIe siècle, que la récolte de l’herbe prend pleinement son essor.

À partir de là :

  • la fauche se développe ;
  • les prairies prennent plus de place dans l’alimentation ;
  • les systèmes évoluent jusqu’à la mécanisation du XIXe et du XXe siècle.

Mais jusque très récemment, dans certaines vallées de montagne ou de piémont, toute la communauté participait encore à la coupe, au feuillage et au stockage des branches.

Une pratique encore présente dans la mémoire des fermes

Jérôme Goust rappelle que dans beaucoup de baux ruraux, on retrouvait encore une distinction entre :

  • le tronc, appartenant au propriétaire ;
  • la ramure, considérée comme faisant partie de la récolte du fermier ou du métayer.

Cela montre que le fourrage d’arbre faisait pleinement partie de l’économie de la ferme.

Aujourd’hui encore, on retrouve des pratiques résiduelles, souvent sous forme de :

  • coupe de branches mises directement au sol ;
  • consommation immédiate par les animaux ;
  • valorisation ultérieure du bois.

L’arbre fourrager n’est pas l’arbre de bois d’œuvre

Un point important de l’intervention est la distinction entre plusieurs formes de conduite des arbres.

L’agroforesterie de production de bois d’œuvre vise à produire des arbres longs, droits, valorisables en charpente ou en menuiserie.

L’arbre fourrager, lui, est conduit autrement :

  • en trogne ;
  • en têtard ;
  • en cépée ;
  • avec des coupes plus régulières ;
  • avec une logique de production de feuilles et de jeunes rameaux.

Il peut donc avoir des formes qui paraissent moins « belles » au regard des standards forestiers, mais qui correspondent à un autre usage.

Les trognes : une forme d’arbre paysan

La trogne, ou arbre têtard, revient souvent dans l’intervention. Il s’agit d’un arbre taillé régulièrement, à une certaine hauteur, pour provoquer le redémarrage de jeunes pousses.

Cette forme permet :

  • de produire du feuillage ;
  • de produire du bois de petit calibre ;
  • de maintenir l’arbre dans le temps ;
  • d’adapter la production aux besoins.

Contrairement à une idée reçue, la taille n’est pas forcément une mutilation. Jérôme Goust insiste sur la formidable vitalité de l’arbre après la coupe : des bourgeons dormants repartent, des couronnes de jeunes pousses apparaissent, et l’arbre reconstitue rapidement sa ramure.

Il montre que cette capacité de rebond est précisément ce qui rend l’arbre fourrager si intéressant.

Une ressource complémentaire dans l’espace et dans le temps

Jérôme Goust insiste sur la complémentarité entre l’arbre et l’herbe.

Cette complémentarité se joue :

Dans l’espace

Les systèmes racinaires de l’arbre et de l’herbe n’explorent pas exactement les mêmes horizons, ce qui permet une meilleure valorisation de l’espace.

Dans le temps

La disponibilité de la feuille d’arbre correspond souvent à des périodes où l’herbe devient moins abondante ou moins productive, notamment en été.

L’arbre apporte donc une ressource décalée, très utile dans les périodes critiques.

Des effets bénéfiques multiples

Outre l’alimentation, les arbres fourragers apportent plusieurs bénéfices :

  • de l’ombre pour les animaux ;
  • une régulation du cycle de l’eau ;
  • une stabilisation des sols ;
  • un abri pour la biodiversité ;
  • un habitat pour les oiseaux, insectes et pollinisateurs ;
  • un meilleur confort climatique dans les parcelles.

Jérôme Goust revient sur l’image de troupeaux exposés sur des prairies nues en période de forte chaleur. Pour lui, ces situations montrent à quel point il manque quelque chose dans beaucoup de systèmes herbagers : la présence structurante de l’arbre.

Les feuilles d’arbres ne sont pas un aliment de mauvaise qualité

L’un des freins majeurs au retour des arbres fourragers est le préjugé selon lequel la feuille d’arbre serait un aliment « ligneux », dur, pauvre et peu digestible.

Jérôme Goust prend le temps de corriger cette idée.

Ce qui est ligneux, ce sont surtout :

  • le bois ;
  • les rameaux plus âgés ;
  • les parties très lignifiées.

Or ce que consomment principalement les animaux, ce sont :

  • les feuilles ;
  • les jeunes pétioles ;
  • les jeunes pousses ;
  • parfois les bourgeons ;
  • parfois une partie de l’écorce fraîche.

Il rappelle que la teneur en lignocellulose du limbe foliaire est comparable à celle de nombreux fourrages herbacés.

Il cite aussi les travaux de l’INRAE à Lusignan, qui montrent que les feuilles d’arbres ont des valeurs :

du même ordre de grandeur que certains fourrages classiques, avec des résultats souvent très intéressants, notamment pour le frêne.

Le programme de recherche de Lusignan

Jérôme Goust s’appuie largement sur les travaux menés à la station de Lusignan, près de Poitiers, où un programme de recherche européen a été lancé sur les arbres fourragers.

Ce programme vise à :

  • insérer des ligneux dans un système laitier ;
  • atténuer les effets du changement climatique ;
  • renforcer l’autonomie fourragère ;
  • améliorer le bien-être animal ;
  • valoriser les ressources du milieu ;
  • renforcer l’équilibre économique de l’exploitation ;
  • créer un paysage agroforestier fonctionnel.

Le dispositif comprend :

  • des parcelles agroforestières ;
  • un arboretum de 50 espèces ;
  • des arbres conduits en têtards hauts et bas ;
  • des bandes fourragères ;
  • des bosquets ;
  • même de la vigne fourragère en palissage haut.

L’intérêt du travail de Lusignan est de ne pas se limiter aux espèces traditionnellement connues, mais d’explorer une large diversité d’arbres potentiellement consommables.

Des espèces étudiées et une grande diversité possible

Parmi les essences évoquées au cours de l’intervention figurent notamment :

Jérôme Goust insiste toutefois sur le fait qu’il ne faut pas transformer cela en recette universelle : il ne s’agit pas de dire qu’il faut planter partout les mêmes arbres. Chaque ferme doit construire son propre système, selon son sol, son climat, ses animaux, ses haies existantes, ses usages et ses objectifs.

Le cas particulier du févier d’Amérique

Un arbre retient particulièrement l’attention dans l’intervention : le févier d’Amérique.

Jérôme Goust le présente comme une espèce très intéressante, notamment pour ses longues gousses, très riches en glucides et en protéines, avec des valeurs comparées à celles du soja.

L’intérêt du févier d’Amérique serait alors double :

  • produire localement une ressource nutritive ;
  • offrir, en tant que légumineuse, un apport en azote au système.

Là encore, il ne s’agit pas d’en faire une solution unique, mais d’ouvrir des pistes.

Les animaux vont naturellement vers les arbres

Un point fort de l’intervention est le rappel de l’appétence spontanée des animaux pour les feuilles.

Plusieurs observations sont mentionnées :

  • lorsque l’éleveur allume la tronçonneuse, les animaux viennent sous l’arbre ;
  • lorsqu’un troupeau a accès à des haies ou des lisières, il va rapidement y prélever des feuilles ;
  • les chèvres, les brebis et les bovins consomment volontiers feuilles, bourgeons et jeunes rameaux.

Jérôme Goust rapporte aussi une journée au lycée agricole d’Aurillac : les vaches, y compris les Holstein, ont mangé les feuillages proposés. Les Salers également. Cela montre que cette ressource reste reconnue par les animaux, même dans des contextes d’élevage modernes.

Il souligne cependant l’importance de l’apprentissage alimentaire des jeunes animaux.

Des effets possibles sur la santé animale

Jérôme Goust rapporte le témoignage du vétérinaire Alain Souriau, pionnier de l’homéopathie vétérinaire, qui avait observé lors de la grande sécheresse de 1976 en Bourgogne que les éleveurs s’étaient mis à couper des arbres pour nourrir leurs troupeaux.

Même si cela s’était parfois fait de manière brutale à la tronçonneuse, il note qu’ensuite, en tant que vétérinaire, il était moins intervenu dans les fermes. Cette observation nourrit l’idée que les feuilles d’arbres peuvent aussi avoir un intérêt sanitaire, au-delà de leur seul apport nutritif.

Comment et quand tailler ?

La taille pour un usage fourrager peut se faire :

  • en été ;
  • jusqu’en septembre ;
  • selon les régions et la situation fourragère.

En cas de besoin précoce, elle peut commencer en juillet, mais Jérôme Goust précise qu’il ne faut pas tout couper trop tôt : l’arbre a encore besoin de feuilles pour continuer à photosynthétiser, à nourrir ses racines et à stocker du carbone.

Selon les cas, la coupe peut donc être :

  • partielle en juillet ;
  • plus franche à partir de fin juillet ou août ;
  • orientée vers une consommation immédiate ;
  • ou vers une constitution de stock de feuilles séchées.

Des pratiques encore visibles sur le terrain

L’intervention montre plusieurs exemples de fermes où la pratique existe encore.

En Aveyron

Chez des éleveurs au-dessus de Rodez, des alignements de frênes têtards sont encore entretenus. Les branches sont coupées à la tronçonneuse, mises à disposition du troupeau, puis le bois est valorisé.

Dans le Tarn et l’Aveyron

Certaines fermes utilisent encore des fagots de feuilles séchées, notamment pour des chèvres ou pour des lapins.

Jérôme Goust insiste sur le fait que les fagots observés plusieurs mois après leur confection se conservaient très bien, ce qui montre que la feuille séchée stockée garde une bonne qualité.

Le stockage de feuilles : une piste d’avenir

Même si la pratique actuelle dominante reste la distribution en vert au sol, Jérôme Goust voit dans le stockage de feuilles séchées une piste importante.

Cela permettrait :

  • de refaire des réserves ;
  • de constituer un fourrage ligneux-feuillu pour l’hiver ;
  • de renouer avec des savoir-faire anciens.

L’enjeu technique est de mettre au point des chaînes de récolte, de séchage et de stockage adaptées aux fermes actuelles.

D’autres formes de conduite : la cépée

Jérôme Goust évoque aussi les arbres conduits en cépée, qu’il rapproche d’une trogne très basse.

Le principe est de :

  • rabattre jeune ;
  • favoriser le départ de plusieurs tiges ;
  • densifier progressivement ;
  • obtenir une masse de jeunes pousses pâturables ou recépables.

Cela peut servir :

  • de fourrage ;
  • de BRF ;
  • de petit bois ;
  • ou de ressource complémentaire en bord de parcelle.

L’arbre pâturé et les parcours

Au-delà des arbres taillés, l’intervention rappelle l’importance de l’arbre pâturé dans les parcours, notamment dans les zones difficiles.

Ces milieux :

  • entretiennent des terrains autrement promis à la friche ;
  • apportent de la diversité alimentaire ;
  • peuvent être gérés de façon rationnelle.

Jérôme Goust cite ici les travaux de la méthode « Grenouille », développée pour évaluer la ressource sur des parcours broussailleux et arborés, afin de mieux gérer les chargements et éviter le surpâturage.

Planter des arbres fourragers

La plantation est bien sûr un levier majeur, mais Jérôme Goust insiste sur une priorité : avant de planter, il faut regarder ce qui existe déjà sur la ferme.

Il propose de partir :

  • des haies ;
  • des bandes boisées ;
  • des arbres de bord de parcelle ;
  • des recrus spontanés ;
  • des bosquets ;
  • des lisières.

Dans ces ensembles, on peut distinguer plusieurs étages :

  • un étage bas pouvant parfois être conduit en cépée ;
  • une partie accessible directement par pâturage ;
  • un étage supérieur susceptible de devenir une ressource de feuillage par taille.

Cette lecture fine du déjà-là permet d’engager une dynamique sans attendre.

Utiliser les recrus

Jérôme Goust montre aussi l’intérêt de prélever de jeunes arbres spontanés dans des zones de reconquête végétale pour les replanter en alignement fourrager.

Il donne plusieurs exemples de plantations de frênes issues de recrus :

  • près du lac du Salagou ;
  • dans le Tarn, chez des éleveurs d’ânesses laitières.

Ces arbres ont montré une croissance rapide, malgré des protections imparfaites.

Les freins au retour des arbres fourragers

Jérôme Goust identifie trois grands freins.

Le préjugé sur la qualité alimentaire

C’est l’idée que la feuille d’arbre serait une ressource médiocre, coriace, peu nutritive.

Le frein temporel

Le plus important selon lui. L’arbre oblige à sortir d’une logique strictement annuelle. Il faut réintégrer du temps long, penser à l’échelle de plusieurs années, voire de plusieurs générations.

Or beaucoup d’éleveurs sont pris dans des systèmes à flux tendu, avec une pression économique forte et peu de marge pour se projeter.

Le frein technique

Aujourd’hui, la récolte de feuilles est peu mécanisée. Elle ne ressemble pas à une chaîne classique de fauche, d’andainage et de pressage. Il faut donc :

  • inventer des outils ;
  • adapter du matériel ;
  • penser des organisations collectives ;
  • articuler usages fourragers, énergétiques et agronomiques.

Le rôle possible de l’Atelier paysan et des CUMA

Dans cette perspective, Jérôme Goust évoque le travail à mener avec l’Atelier paysan, pour concevoir des outils répondant aux besoins concrets des fermes.

Il mentionne aussi l’idée de CUMA spécialisées, capables d’utiliser du matériel de taille ou d’élagage en dehors de leur saison hivernale habituelle, pour intervenir dans les fermes et valoriser :

  • le fourrage ;
  • le bois énergie ;
  • le BRF ;
  • le fagotage.

Le redéploiement des arbres fourragers ne dépend donc pas seulement de la connaissance agronomique, mais aussi d’une réinvention technique et collective.

Une agriculture à remettre dans le temps long

Un thème de fond traverse toute l’intervention : la nécessité de sortir d’une agriculture enfermée dans le court terme.

Pour Jérôme Goust, l’industrialisation agricole, la révolution verte, la mécanisation et la mondialisation ont réduit l’agriculture à une échelle annuelle, en flux tendu.

Le retour de l’arbre dans la ferme oblige à réouvrir le temps :

  • celui de la croissance ;
  • celui de l’entretien ;
  • celui de la transmission ;
  • celui de l’autonomie reconstruite.

Il y voit une forme de révolution culturelle.

Productivisme contre productivité

L’intervention oppose enfin deux logiques.

Le productivisme

Il transforme l’éleveur en travailleur à façon, dépendant :

  • d’intrants venus d’ailleurs ;
  • d’aliments importés ;
  • de chaînes industrielles ;
  • de débouchés déconnectés du territoire.

La productivité réelle

Elle consiste à valoriser les ressources du milieu pour produire une richesse quantitative et qualitative, ici et maintenant, dans les conditions locales.

Dans cette logique, l’arbre fourrager n’est pas un supplément décoratif. Il redevient un élément de production, de résilience et d’autonomie.

Une question de paysage, de biodiversité et de sens

L’arbre fourrager est aussi présenté comme un moyen de reconstruire des paysages vivants :

  • prairies habitées ;
  • haies fonctionnelles ;
  • alignements ;
  • bosquets ;
  • ombre ;
  • diversité.

À travers lui, c’est une certaine idée de l’élevage paysan qui est défendue :

  • un élevage lié à la prairie ;
  • un élevage lié aux arbres ;
  • un élevage inscrit dans un territoire ;
  • un élevage participant à l’équilibre écologique.

Conclusion

Le message de Jérôme Goust est clair : les arbres fourragers ne relèvent ni de la nostalgie, ni de l’anecdote. Ils constituent une ressource réelle, historiquement éprouvée, techniquement crédible, agronomiquement pertinente et politiquement importante pour l’avenir de l’élevage paysan.

Leur retour suppose :

  • de mieux connaître leur valeur alimentaire ;
  • de relire les fermes à partir de leurs ressources ligneuses existantes ;
  • de replanter là où c’est nécessaire ;
  • de développer des outils adaptés ;
  • de redonner sa place au temps long ;
  • de défendre un élevage distingué de ses caricatures industrielles.

En somme, les arbres fourragers apparaissent comme une chance à saisir pour rendre les fermes plus autonomes, plus résilientes, plus vivantes et plus cohérentes avec une agriculture paysanne et agroécologique.