Agriculture bio de conservation, retours d'essais Sud-France

De Triple Performance
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Lors de ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Clémence Rivoire, conseillère-animatrice chez Agribio 04, présente les travaux du collectif ABC Sud sur l’agriculture biologique de conservation en région Sud-PACA. Ce réseau de 20 agriculteurs teste des pratiques adaptées aux fortes contraintes méditerranéennes : sécheresse, pluies extrêmes, sols superficiels, faible disponibilité en azote et pression des adventices. Parmi les axes étudiés : semis précoces de céréales, plantes compagnes, couverts végétaux, associations de cultures et intensité du travail du sol. Les essais sur blé montrent que le semis précoce peut maintenir le rendement, améliorer la rentabilité et favoriser certaines associations, notamment avec la féverole, malgré des résultats variables selon les conditions climatiques. Le collectif explore aussi d’autres leviers innovants, comme le mélilot, et développe un indicateur pour objectiver l’intensité du travail du sol à l’échelle des rotations.

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Résumé
Lors de ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Clémence Rivoire, conseillère-animatrice chez Agribio 04, présente les travaux du collectif ABC Sud sur l’agriculture biologique de conservation en région Sud-PACA. Ce réseau de 20 agriculteurs teste des pratiques adaptées aux fortes contraintes méditerranéennes : sécheresse, pluies extrêmes, sols superficiels, faible disponibilité en azote et pression des adventices. Parmi les axes étudiés : semis précoces de céréales, plantes compagnes, couverts végétaux, associations de cultures et intensité du travail du sol. Les essais sur blé montrent que le semis précoce peut maintenir le rendement, améliorer la rentabilité et favoriser certaines associations, notamment avec la féverole, malgré des résultats variables selon les conditions climatiques. Le collectif explore aussi d’autres leviers innovants, comme le mélilot, et développe un indicateur pour objectiver l’intensité du travail du sol à l’échelle des rotations.

Dans ce webinaire organisé par le Centre national d’agroécologie, Clémence Rivoir, animatrice chez Agribio 04 et membre du groupe ABC Sud, présente des résultats contemporains et innovants relatifs à l’agriculture biologique de conservation des sols dans la région Sud PACA. Elle décrit le collectif ABC Sud, qui rassemble une vingtaine d’agriculteurs engagés dans des pratiques de culture durable, mettant particulièrement l’accent sur l’allongement des rotations, la diversification des cultures, et la réduction du travail du sol.

Clémence aborde les défis uniques que présente la région méditerranéenne, tels que les variations climatiques extrêmes, qui incluent des périodes de pluies intenses suivies de sécheresses, ainsi que des sols superficiels et caillouteux avec des niveaux de matière organique relativement faibles. Le collectif ABC Sud cherche à partager les réussites et les échecs d’expérimentations agricoles pour affiner les pratiques. Parmi les diverses initiatives, elle cite particulièrement des travaux sur le semis précoce de céréales à paille et l’utilisation de plantes compagnes.

Le semis précoce est décrit comme une méthode capable d’optimiser le développement racinaire, d’augmenter les rendements durant la phase de remplissage des grains, tout en réduisant la densité de semis. Les résultats préliminaires montrent que cette méthode aide non seulement à gérer l’azote, mais également à freiner la prolifération des adventices. Clémence met en lumière les expériences menées sur les associations de cultures, spécifiquement entre le blé et des légumineuses comme la févrole de printemps, lesquels ont montré des améliorations en matière de nutrition azotée et des rendements potentiels plus élevés malgré un climat incertain.

Clément s’intéresse également à l’économie de ces pratiques, indiquant que des méthodes améliorées peuvent augmenter le chiffre d’affaires par hectare, en tenant compte des prix du marché pour le blé et les légumineuses. En projetant vers l’avenir, elle souhaite élargir les expérimentations et perfectionner des techniques innovantes de conservation des sols en agriculture biologique.

Highlights

  • 🌾 Collectif ABC Sud : Réunit une vingtaine d’agriculteurs engagés dans des pratiques agricoles durables.
  • ☀️ Défis climatiques : La région méditerranéenne doit faire face à des conditions climatiques extrêmes, impactant l’agriculture.
  • 🌱 Semis précoce : Une méthode favorisant le développement racinaire et la réduction de la densité de semis, avec des résultats encourageants.
  • 🤝 Plantes compagnes : Associations de cultures, comme le blé et la févrole de printemps, sont testées pour améliorer la nutrition en azote.
  • 💵 Aspect économique : Des pratiques agricoles améliorées peuvent augmenter le chiffre d’affaires par hectare.
  • 🔍 Mesures d’impact : Introduction du Soil Tillage Intensity Ratio (STIR

Key Insights

🌍 Importance des Collectifs Locaux

Le collectif ABC Sud joue un rôle fondamental dans la diffusion et l’implémentation de pratiques agricoles durables. En réunissant divers agriculteurs autour de défis communs, il favorise l’échange d’expériences et l’apprentissage collaboratif. Cela souligne l’importance d’une communauté engagée pour l’innovation agricole.

🌦️ Adaptation aux Conditions Climatiques

Les variations climatiques, telles que les sécheresses et les inondations, mettent en avant la nécessité d’une approche d’agriculture résiliente. En expérimentant des méthodes telles que le semis précoce, les agriculteurs peuvent rester proactifs face à ces défis, réduisant ainsi les risques liés aux aléas climatiques.

🌱 Efficacité des Plantes Compagnes

Les essais sur les associations de cultures montrent que le blé, lorsqu’il est cultivé avec des légumineuses comme la févrole, améliore non seulement la nutrition en azote, mais également le rendement final. Cela illustre une approche holistique de la culture qui peut mener à des pratiques plus durables.

💧 Gestion de l’Azote

Les résultats encourageants concernant la gestion de l’azote avec des pratiques telles que le semis précoce montrent qu’il est possible d’optimiser les ressources. Cela a des implications directes sur les coûts d’exploitation, conduisant à une agriculture plus durable économiquement et environnementalement.

📈 Rentabilité des Pratiques Innovantes

En améliorant les pratiques agricoles, il y a un potentiel significatif d’augmentation du chiffre d’affaires. Les méthodes éprouvées, telles que l’utilisation distincte de cultures et la réduction du travail du sol, favorisent un modèle économique viable pour les agriculteurs.

📊 Indicateur STIR

L’introduction du Soil Tillage Intensity Ratio fournit un outil utile pour évaluer l’impact environnemental des pratiques culturales, permettant de prendre des décisions informées et d’ajuster les techniques de travail du sol pour une durabilité accrue.

🤝 Engagement des Agriculteurs

La volonté des agriculteurs du collectif de continuer la recherche et d’expérimenter de nouvelles cultures comme le sarrasin et le Milo indique un engagement clair envers l’innovation et la durabilité. Ce dynamisme permet de mieux répondre aux besoins spécifiques du secteur agricole face à des évolutions constantes.

Dans l’ensemble, ce webinaire illustre comment des pratiques novatrices et adaptées au contexte local peuvent transformer l’agriculture dans la région Sud PACA. L’engagement envers une approche collaborative et l’expérimentation continue se révèlent essentiels non seulement pour la cohésion entre agriculteurs, mais aussi pour le futur des systèmes agricoles face aux défis environnementaux croissants.





Présentation du webinaire et de l’intervenante

Ce webinaire du Centre national d’agroécologie est consacré à l’agriculture bio de conservation et plus particulièrement à des retours d’essais conduits dans le sud de la France. L’invitée est Clémence Rivoire, animatrice-conseillère chez Agribio 04, qui intervient dans le cadre du groupe ABC Sud.

Clémence Rivoire se présente comme conseillère-animatrice pour le GAB des Alpes-de-Haute-Provence, c’est-à-dire le groupement des producteurs bio du département. Cette structure existe depuis une vingtaine d’années et travaille sur les filières végétales à l’échelle départementale et régionale. Pour sa part, elle suit plus particulièrement les grandes cultures biologiques et notamment les questions liées à l’agriculture bio de conservation des sols.

Elle anime depuis trois ans un collectif nommé ABC Sud, dont l’objectif est de développer et déployer les pratiques de bio de conservation des sols en région Sud-PACA.

Le collectif ABC Sud

ABC Sud rassemble 20 agriculteurs répartis dans quasiment tous les départements de la région Sud-PACA, à l’exception des Alpes-Maritimes. La région n’étant pas une grande région céréalière, le collectif regroupe surtout des agriculteurs ayant plusieurs ateliers de production, en particulier des éleveurs, dans des contextes en sec ou en irrigué.

Le collectif travaille à mettre en pratique les grands principes de l’agriculture bio de conservation des sols, rappelés dans la présentation :

  • allongement et diversification des rotations ;
  • réduction du travail du sol ;
  • développement de la couverture du sol.

Clémence Rivoire précise qu’en bio, en région PACA, la suppression complète du travail du sol reste très rare : elle dit ne connaître qu’un seul agriculteur qui s’en passe totalement.

Les contraintes du contexte méditerranéen

La présentation insiste sur le caractère très contrasté du contexte méditerranéen en région Sud-PACA. Clémence Rivoire parle d’un territoire « de tous les extrêmes ».

À l’automne, il peut y avoir des épisodes de pluies très intenses, de type cévenol. Elle cite l’exemple de Forcalquier, où un cumul de 500 mm de pluie avait été enregistré entre le 10 octobre et le 1er décembre 2019, avec des champs totalement inondés.

À l’inverse, certaines années sont marquées par une sécheresse et des chaleurs très fortes, comme en 2022, année décrite comme la plus chaude et la plus sèche, avec des stress hydriques très précoces.

Ces conditions climatiques limitent directement :

  • la capacité à diversifier les rotations ;
  • la possibilité de couvrir les sols ;
  • l’implantation de couverts végétaux en interculture.

Sans accès à l’irrigation, Clémence Rivoire explique que, dans leur contexte, l’interculture entre deux céréales est très difficile, voire impossible.

Les principales difficultés rencontrées en agriculture bio de conservation dans la région

Plusieurs difficultés sont mentionnées.

Contraintes pédoclimatiques

Les sols sont souvent :

  • superficiels ;
  • caillouteux ;
  • à faible réserve utile ;
  • avec des taux de matière organique plutôt bas.

À cela s’ajoutent des températures élevées, qui compliquent encore la gestion des cultures et des couverts.

Gestion des adventices

En bio, la gestion du salissement est une question centrale. Elle devient encore plus importante dès lors qu’on cherche à réduire le travail du sol.

L’objectif des agriculteurs du collectif est souvent de sortir du labour, puis de réduire progressivement :

  • le nombre d’interventions ;
  • la profondeur de travail.

Cela conduit à s’intéresser à des pratiques capables de limiter le salissement tout en s’affranchissant autant que possible du travail du sol.

Nutrition azotée

La présentation insiste aussi sur la question de la nutrition azotée. En agriculture biologique, les systèmes sont souvent décrits comme carencés en azote. Cela amène à travailler sur des stratégies permettant de mieux valoriser les ressources disponibles, de recycler l’azote et de le restituer au bon moment.

Les actions menées par le collectif

ABC Sud fonctionne avant tout comme un collectif d’échanges. Les agriculteurs s’y retrouvent pour :

  • partager leurs réussites ;
  • partager leurs échecs ;
  • organiser des journées techniques ;
  • réaliser des diagnostics en plein champ ;
  • suivre des essais ;
  • mettre en place des expérimentations.

Les thématiques sont mises à l’agenda par les agriculteurs eux-mêmes, puis votées au moment de la planification de la campagne culturale.

Agribio 04 propose également :

  • de la formation ;
  • des voyages d’étude ;
  • des journées techniques de type ferme ouverte.

Les contextes de production suivis vont de la Camargue jusqu’à Gap, dans les Hautes-Alpes, ce qui donne une forte diversité de situations.

Les principales thématiques de travail depuis trois ans

Clémence Rivoire cite les sujets qui ont animé le collectif depuis trois ans :

  • les semis précoces de céréales à paille ;
  • les couverts végétaux ;
  • les associations de cultures de printemps ;
  • le semis sous couvert.

L’idée générale est de mettre en place des pratiques qui permettent :

  • de maximiser la couverture du sol ;
  • de développer les plantes de service dans les rotations ;
  • de mieux gérer les adventices ;
  • de mieux valoriser les cycles de l’eau et de l’azote.

Les semis précoces de céréales à paille

La thématique la plus travaillée depuis trois ans dans le collectif est celle des semis précoces de céréales à paille.

Principe

Cette pratique consiste à avancer fortement la date de semis. Alors que les dates classiques dans la région se situent plutôt fin octobre-début novembre, les essais ont porté sur des semis pouvant être réalisés :

  • à mi-août ;
  • à mi-septembre ;
  • ou, dans l’essai présenté, avec environ deux mois d’avance.

L’objectif recherché est de :

  • favoriser le développement de la céréale ;
  • lui permettre de mieux développer son système racinaire ;
  • améliorer son confort hydrique et nutritionnel ;
  • lui permettre de remplir le grain dans de meilleures conditions.

Le semis précoce est aussi vu comme une opportunité pour :

  • développer un couvert permanent ;
  • valoriser le deuxième pic de minéralisation à l’automne ;
  • recycler de l’azote.

Risques et limites

Cette pratique présente plusieurs facteurs de risque :

  • les créneaux d’implantation restent dépendants du retour des pluies ;
  • en bio, on a historiquement tendance à retarder les semis pour éviter les levées d’adventices d’automne, alors qu’ici on se place au contraire dans une période plus risquée ;
  • il y a un risque de JNO (jaunisse nanisante de l’orge) transmis par les pucerons ;
  • la question du gel des épis se pose ;
  • se pose aussi la question du choix de la plante compagne et de la gestion du couvert à l’automne.

Clémence Rivoire explique qu’un semis précoce peut être pensé à la fois comme une culture et comme un couvert, avec éventuellement une valorisation fourragère ou une destruction à l’automne suivie d’une reprise de la céréale au printemps.

Les stratégies testées

Trois grandes stratégies ont été explorées :

  • semer le blé précocement dans un couvert, par exemple une prairie temporaire de trèfle violet ;
  • semer le blé précoce en pur ;
  • semer le blé précoce avec une plante compagne.

Un exemple est donné avec un blé semé courant août avec de l’avoine et du trèfle violet, puis broyé vers mi-novembre avant de repartir l’année suivante. Cette logique peut permettre une double, voire une triple valorisation, selon la stratégie retenue sur la ferme.

Les leviers mobilisés pour limiter les risques

Le collectif a travaillé sur plusieurs leviers :

  • le choix variétal : partir sur des variétés d’hiver, très hiver, avec un besoin en froid élevé, pour éviter une montaison trop rapide et limiter le risque de gel des épis ;
  • le choix de variétés avec une forte fertilité d’épis ;
  • le choix de la plante compagne en fonction du service recherché ;
  • la gestion du couvert à l’automne : densité de semis, broyage, pâturage éventuel.

Les plantes compagnes testées ont été :

  • la féverole de printemps ;
  • l’avoine de printemps ;
  • le sarrasin ;
  • la moutarde blanche.

La féverole était pensée pour injecter de l’azote dans le système ; le sarrasin pour son développement rapide et son effet alléopathique, avec l’espoir qu’il disparaisse au gel.

Essai 2024 sur semis précoces de blé

En 2024, un essai à six modalités a été conduit.

Les modalités

Les modalités étaient les suivantes :

  • un blé témoin sans plante compagne, semé au 25 novembre ;
  • un blé témoin en semis précoce, semé au 25 septembre ;
  • quatre associations avec plante compagne :
    • féverole de printemps ;
    • avoine de printemps ;
    • sarrasin ;
    • moutarde blanche.

La densité de semis du blé précoce a été divisée par deux, avec un semis à 90 kg/ha.

Début d’essai difficile

Clémence Rivoire insiste sur le fait que l’essai paraissait très mal engagé :

  • mauvaise levée de la moutarde ;
  • attaques de zabre sur le semis précoce non associé ;
  • inquiétudes fortes lors des visites de terrain.

Malgré cela, l’essai a pu être mené jusqu’au bout.

Observations au printemps

Au 20 mars 2024, des prélèvements de pieds de blé ont été réalisés pour :

  • compter le nombre de talles ;
  • observer le système racinaire.

Des reliquats azotés ont également été mesurés un mois plus tôt afin de suivre la dynamique de minéralisation et d’évaluer si l’avancement de la date de semis permettait une meilleure valorisation de l’azote.

Les principales observations ont été les suivantes :

  • tous les semis précoces ont montré un tallage maximisé ;
  • cet effet était particulièrement marqué avec la féverole et le sarrasin ;
  • le sarrasin a disparu très rapidement dès les premières gelées ;
  • en revanche, l’avoine, la féverole et la moutarde n’ont pas gelé, ce qui a conduit à de véritables cultures associées jusqu’à la récolte ;
  • la moutarde s’est révélée très agressive, notamment vis-à-vis de l’azote.

Les reliquats azotés en sortie d’hiver étaient environ de 60 unités en dessous du semis à date normale, ce qui a été interprété comme un possible signe d’azote absorbé par la culture.

Biomasse produite à floraison

À floraison, la biomasse a été mesurée afin de connaître :

  • le potentiel de biomasse produit ;
  • la quantité d’azote absorbée par cette biomasse.

Les résultats montrent que :

  • la modalité avec moutarde blanche a été très pénalisée ;
  • en dehors de cette modalité, les modalités associées ont produit plus de biomasse que le blé témoin semé à date normale ;
  • aucune pression adventice particulière n’a été observée dans cet essai.

Clémence Rivoire rappelle toutefois que l’année 2024 a été très pluvieuse, ce qui ne correspondait pas aux conditions de stress hydrique initialement recherchées pour tester pleinement les hypothèses de départ.

Azote absorbé

Le suivi a montré que plus la biomasse produite était importante, plus la quantité d’azote absorbée par la céréale augmentait.

Un point jugé intéressant est l’effet de la féverole : à niveau de biomasse similaire à floraison, le blé associé à la féverole présentait environ 40 unités d’azote absorbées en plus par rapport au blé associé à l’avoine.

Quand on prend en compte l’azote absorbé par l’ensemble blé + plante compagne :

  • la modalité avec féverole atteint environ 180 unités d’azote absorbées ;
  • le blé témoin semé à date normale se situe autour de 120 unités.

La moutarde blanche, en revanche, a pénalisé la culture jusqu’au bout.

Indice de nutrition azotée

L’essai a aussi permis de calculer l’INN (indice de nutrition azotée), qui permet d’estimer si le blé se trouve dans un confort optimal sur le plan azoté.

Clémence Rivoire rappelle que :

  • plus l’indice est proche de 1, mieux c’est ;
  • en conventionnel, on peut s’en approcher facilement ;
  • en bio, on se situe souvent autour de 0,4 à 0,5.

Dans cet essai, le blé associé à la féverole a montré une meilleure nutrition azotée que le blé témoin semé à date normale.

Verse et comportement des blés

L’essai a été conduit avec une variété ancienne non homologuée, adaptée au système de l’agriculteur accueillant, un paysan boulanger : la Cézanne de Provence (transcription incertaine du nom variétal, non vérifié dans la vidéo).

Le 10 juin, il a été observé que :

  • les blés semés à date normale avaient versé ;
  • les blés semés précocement, pourtant en moyenne 40 cm plus hauts, n’avaient pas versé.

Ce point a été jugé marquant et n’a pas été expliqué complètement. L’hypothèse avancée est que les tiges des blés précoces étaient plus épaisses et plus vigoureuses, ce qui aurait limité la verse. La fertilité d’épis était plus élevée dans les semis précoces.

Rendement et teneur en protéines

Les performances agronomiques présentées montrent que :

  • le témoin semé à date normale a produit environ 25 q/ha avec 11,7 % de protéines ;
  • le blé semé précocement a produit un peu plus, avec légèrement moins de protéines, mais à un niveau globalement comparable ;
  • l’association avec féverole a permis une hausse de la teneur en protéines de plus de 0,5 point ;
  • cette même modalité a également permis de récolter environ 15 q/ha de féverole de printemps en plus.

Si l’on rapporte le rendement à la densité de semis, les blés précoces apparaissent jusqu’à deux fois plus productifs, notamment pour la modalité avec sarrasin, du fait de la réduction de moitié de la dose de semis.

Composantes du rendement

Les semis précoces ont montré :

  • davantage de tallage observé initialement ;
  • mais pas nécessairement plus d’épis au final ;
  • parfois même moins d’épis que le semis normal ;
  • en revanche, une meilleure fertilité d’épi ;
  • des grains plus gros, avec en moyenne 9 % de gain.

Les résultats obtenus l’ont été dans un contexte non limitant en eau, ce qui conduit à rester prudent sur leur extrapolation.

Valorisation de l’azote

L’équipe a cherché à savoir combien d’unités d’azote absorbé étaient nécessaires pour produire :

  • un quintal de blé ;
  • 1 % de protéines.

Finalement, c’est le blé témoin semé à date normale qui a semblé optimiser le mieux les ressources en azote pour produire rendement et protéines. Autrement dit, même si les semis précoces ont absorbé davantage d’azote dans certains cas, cela ne s’est pas automatiquement traduit par une meilleure efficacité d’utilisation de cet azote.

Analyse économique

Une analyse de chiffre d’affaires a été réalisée à partir d’hypothèses de prix antérieures à la crise :

  • 400 €/t pour le blé tendre bio ;
  • 400 €/t pour la féverole bio.

Ont été pris en compte :

  • le coût des semences ;
  • les opérations culturales supplémentaires ;
  • les bonifications liées au taux de protéines ;
  • le chiffre d’affaires des plantes compagnes valorisées, uniquement dans le cas de la féverole.

Il ressort de cette analyse que :

  • le blé semé précocement est plus rentable que le blé semé à date normale, principalement parce que la dose de semis est divisée par deux ;
  • la modalité avec féverole est également intéressante économiquement, grâce à la valorisation de la féverole malgré son coût en semences.

Le tri ultérieur de la féverole n’était toutefois pas inclus dans ce calcul.

Bilan provisoire sur les semis précoces

Pour résumer les résultats 2024, Clémence Rivoire indique que le semis précoce, dans des conditions pluvieuses :

  • n’a pas créé de perte de rendement ;
  • a pu être plus rentable ;
  • n’a pas présenté de problème de verse ;
  • semble intéressant en association avec une légumineuse.

En revanche, plusieurs objectifs initiaux n’ont pas été réellement atteints :

  • pas de preuve claire d’une meilleure valorisation de l’azote pour produire rendement et protéines ;
  • pas de véritable double production, car les plantes compagnes n’ont pas toujours gelé ou n’ont pas pu être gérées comme prévu ;
  • nécessité d’éviter les plantes compagnes trop agressives, notamment certaines crucifères et graminées.

Les essais ont été poursuivis en 2025 en se concentrant sur :

  • la féverole de printemps ;
  • le sarrasin.

Une photo du 1er janvier 2025 montre que, plus au nord de la région, même des gels répétés jusqu’à -10 ou -12 °C n’avaient pas suffi à faire disparaître la féverole, ce qui amène à douter de son caractère réellement gélif dans ces conditions. Le sarrasin, en revanche, avait gelé rapidement.

Autres pratiques innovantes suivies dans le collectif

Clémence Rivoire présente ensuite un panorama plus large des pratiques mises à l’essai dans le collectif. Parmi elles :

  • colza bio associé ;
  • association maïs-sarrasin ;
  • travail sur la sulla ;
  • mélilot ;
  • semis d’avoine sous couvert de luzerne ;
  • semis de maïs sous couvert de seigle roulé ou broyé ;
  • association pois chiche-sarrasin temporaire ;
  • céréales associées ;
  • corridors solaires.

Tous les résultats ne sont pas détaillés pendant le webinaire, mais ils sont indiqués comme disponibles sur la page internet du collectif.

Le mélilot

Le mélilot est une plante particulièrement observée dans le collectif. Clémence Rivoire rappelle qu’on le retrouve souvent dans la région comme adventice, mais que les agriculteurs s’y intéressent ici comme couvert ou plante compagne.

Il s’agit d’une légumineuse bisannuelle semée en avril et pouvant être récoltée, broyée ou détruite l’année suivante. Les références citées font état d’une dose de semis de 30 kg/ha.

Les intérêts mentionnés sont les suivants :

  • valorisation possible comme fourrage ;
  • effet supposé répulsif contre les campagnols ;
  • forte production de biomasse ;
  • possibilité d’insertion dans différents systèmes.

Exemples cités

Deux exemples sont donnés.

Le premier est un couvert de mélilot ayant produit, à floraison, plus de 10 t de biomasse aérienne par hectare dans les conditions très pluvieuses de l’année, soit environ 260 unités d’azote restituées à la parcelle.

Le second est un semis associé de mélilot avec du carthame, culture de printemps peu exigeante en eau, utilisée pour produire de l’huile destinée à l’alimentation ou à la savonnerie. Dans cet essai :

  • semis en avril ;
  • récolte du carthame ;
  • pas de compétition observée entre les deux espèces ;
  • poursuite du mélilot jusqu’à l’année suivante.

Le mélilot perd ses feuilles en fin d’automne-hiver, ce qui a amené certains agriculteurs à envisager du sursemis afin de garder un sol couvert et biologiquement actif durant l’hiver.

Le semis d’avoine sous couvert de luzerne

Cette pratique est suivie notamment chez des éleveurs. Les objectifs sont multiples :

  • sécuriser la ressource fourragère ;
  • stimuler l’activité biologique ;
  • couvrir le sol ;
  • gérer le salissement.

Clémence Rivoire insiste sur un problème de plus en plus important dans la région : les attaques de phytonome sur luzerne, qui ravagent notamment la première coupe, participent au salissement et finissent par faire perdre leur potentiel productif aux luzernières.

Dans l’exemple présenté, l’agriculteur sursème de l’avoine dans sa luzerne dès septembre. Selon la météo et l’état de la luzerne, l’avoine peut ensuite être :

  • conduite jusqu’au grain ;
  • pâturée sur place ;
  • exportée en fourrage.

L’association temporaire pois chiche-sarrasin

Cette association est travaillée depuis deux ans, notamment dans les Hautes-Alpes. L’objectif est de profiter de l’effet alléopathique du sarrasin pour contrôler le salissement dans une culture de pois chiche.

Le principe est de faire une association temporaire, avec destruction du sarrasin en cours de culture par binage, de façon à :

  • bénéficier de son effet sur les adventices ;
  • éviter une compétition trop forte ensuite avec le pois chiche.

L’essai mis en place l’année précédente a été un échec, en raison :

  • d’un précédent cultural non optimal ;
  • d’un fort salissement ;
  • de grosses difficultés liées aux vivaces ;
  • d’un contexte pluvieux empêchant d’intervenir au bon moment dans la parcelle.

L’essai a aussi été tenté sur haricot, et il est prévu de le retravailler.

Travail sur l’intensité du travail du sol : l’indicateur STIR

Dans une dernière partie, Clémence Rivoire présente une réflexion menée dans le collectif autour de l’intensité du travail du sol.

Lors des rencontres de l’ABC de l’année précédente, le groupe a découvert un indicateur nommé STIR (Soil Tillage Intensity Rating), qui permet de mesurer l’intensité du travail du sol à l’échelle :

  • d’une culture ;
  • puis d’une rotation.

Intérêt de cet indicateur

L’intérêt, pour le collectif, est d’objectiver les différentes visions des agriculteurs. Certains refusent le labour, voire n’ont plus de charrue sur la ferme, mais recherchent tout de même un lit de semis très propre, ce qui peut conduire à multiplier les passages d’outils superficiels. D’autres acceptent ponctuellement le labour, par exemple pour sortir d’une luzerne et gérer les repousses.

Le STIR permet donc d’ouvrir la discussion sur les itinéraires techniques réels.

Ce que prend en compte le STIR

L’indicateur tient compte de :

  • l’outil utilisé ;
  • la profondeur de travail ;
  • la vitesse d’avancement ;
  • la surface perturbée.

Il est calculé entre la destruction du précédent et la récolte de la culture considérée.

Un exemple est donné avec un outil à pattes d’oie sur blé, à 10 km/h et 9 cm de profondeur, correspondant à un certain score de référence.

Référentiels cités

Des scores de référence ont été construits pour des itinéraires types :

  • 134 pour un itinéraire avec labour à 25-30 cm ;
  • 99 pour un labour à 15-20 cm ;
  • 67 pour un déchaumage ou scalpage à 8 cm ;
  • 47 pour 1 cm ? ;
  • 27 pour un autre scalpage à 8 cm selon la configuration évoquée oralement ;
  • 8 pour un scalpage à 2 cm.

La transcription orale sur cette partie est parfois difficile à suivre, mais l’idée générale est bien de disposer d’un référentiel pour situer les pratiques des agriculteurs.

Un STIR de référence PACA a également été calculé à partir de fermes types, en lien avec Arvalis, avec des valeurs comprises entre 56 et 87 selon le contexte pédoclimatique et le précédent.

Application à une ferme

L’indicateur a été calculé pour l’ensemble des cultures d’un agriculteur, y compris dans des rotations intégrant la lavande et le lavandin, mais aussi :

  • tournesol ;
  • méteil ;
  • luzerne ;
  • prairies temporaires.

Cela permet ensuite :

  • de lisser la note à l’échelle de la sole ;
  • de la rapporter à l’assolement de l’année ;
  • d’obtenir un score moyen par hectare.

Dans l’exemple présenté, le score moyen obtenu est de 60,5 par hectare, soit environ la moitié du score de l’itinéraire de labour de référence le plus intensif.

Limites et prolongements

Deux limites ou pistes d’amélioration sont citées :

  • la question du tassement, qui n’est pas encore prise en compte mais est en développement en Suisse ;
  • la question économique, notamment le coût du gasoil/GNR selon les itinéraires et la puissance mobilisée.

Questions-réponses

La dernière partie du webinaire est consacrée à quelques questions.

Exigences du mélilot pour le lit de semences

À la question sur les exigences du mélilot en termes de lit de semences, Clémence Rivoire répond qu’elle n’est pas encore très bien renseignée sur ce point, mais comme il s’agit d’une très petite graine, elle fait l’hypothèse qu’un sol bien affiné est nécessaire pour obtenir une bonne levée.

Risque de grenaison du sarrasin

Interrogée sur le risque que le sarrasin grainne et pose problème dans la rotation suivante, elle distingue plusieurs situations :

  • dans l’association temporaire avec pois chiche, l’objectif est de détruire le sarrasin avant qu’il ne grainne, mais cela reste dépendant du bon créneau d’intervention ;
  • dans les essais de semis précoces, le gel a jusqu’ici stoppé le sarrasin avant que cela ne pose problème ;
  • dans une association maïs-sarrasin suivie l’année précédente, le sarrasin avait été difficile à arrêter, notamment du fait d’un cycle indéterminé et des pluies, ce qui avait conduit à de fortes pertes au champ et à la présence d’un couvert spontané de sarrasin dans le blé à l’automne.

Effet alléopathique du sarrasin

À propos de l’effet alléopathique du sarrasin, Clémence Rivoire indique qu’il n’a pas vraiment pu être caractérisé dans les essais de semis précoces, faute de forte pression adventice. Quelques différences de matière sèche produite avaient été observées à l’automne, mais cela restait très anecdotique. Les effets éventuels devaient surtout être recherchés sur les prélèvements ultérieurs.

Jaunisse nanisante de l’orge sur les semis ultra-précoces

Sur les semis très précoces, elle précise que la JNO a bien été observée la première année sur le réseau de parcelles, en particulier sur les blés non associés.

En revanche :

  • sur les blés associés, aucune JNO n’a été observée cette année-là ;
  • la littérature évoque un possible effet de camouflage des plantes compagnes, à condition qu’elles soient suffisamment développées pour cacher les céréales ;
  • selon les travaux cités, notamment d’Arvalis, cet effet resterait toutefois assez faible.

Contrôle de la luzerne dans l’avoine sous couvert

À la question sur le développement de la luzerne dans l’avoine sous couvert, Clémence Rivoire répond qu’il n’y a pas, dans le cas présenté, de contrôle spécifique de la luzerne entre le semis et la valorisation de l’avoine, que celle-ci soit conduite en grain, pâturée ou exportée.

La sulla

Une question porte aussi sur la sulla, une légumineuse fourragère méditerranéenne. Clémence Rivoire explique qu’il s’agit d’une plante bisannuelle, un peu comparable au mélilot, très travaillée au Maghreb et en Tunisie. Le collectif s’y intéresse comme possible alternative aux légumineuses fourragères pluriannuelles telles que sainfoin ou luzerne, de plus en plus difficiles à implanter dans leur contexte.

Les principales interrogations actuelles concernent :

  • sa sensibilité au gel ;
  • la meilleure date de semis, automnale ou printanière ;
  • son potentiel de production de biomasse ;
  • sa capacité d’adaptation aux conditions sèches et arides.

Le phytonome sur d’autres légumineuses

Sur le risque de phytonome, Clémence Rivoire indique que la luzerne semble être la plante préférentielle, mais que l’insecte peut aussi être observé sur :

  • le mélilot ;
  • les vesces ;
  • le trèfle blanc.

Elle fait l’hypothèse qu’une plus grande diversité végétale pourrait contribuer à limiter l’impact des attaques. Elle cite notamment des observations d’agriculteurs selon lesquelles les luzernes associées à des céréales semblent subir moins d’attaques.

Méthodologie utilisée pour l’INN

Enfin, à propos de la méthode de calcul de l’INN, Clémence Rivoire détaille qu’il repose sur des prélèvements de biomasse à floraison, stade auquel on considère que la céréale a absorbé le maximum d’azote qu’elle remobilisera ensuite en partie pour fabriquer les protéines.

La méthode consiste à :

  • faire des prélèvements sur des longueurs définies de rang ;
  • réaliser plusieurs répétitions par modalité ;
  • trier les échantillons pour séparer blé et adventices ;
  • peser ;
  • faire sécher les sous-échantillons à l’étuve ;
  • envoyer les échantillons au laboratoire pour analyse.

À partir de ces données, il est ensuite possible de calculer la note d’INN.

Ressources et contacts

Pour retrouver les résultats, Clémence Rivoire invite à consulter le site internet d’Agribio 04 en recherchant Agribio 04 ABC Sud. On y trouve :

  • des témoignages ;
  • les derniers résultats d’essais ;
  • des informations sur les pratiques suivies dans le collectif.

Les agriculteurs de PACA intéressés peuvent également rencontrer ou contacter les agriculteurs du collectif. Des journées techniques sont organisées trois à quatre fois par an pour échanger autour de l’agriculture bio de conservation dans la région.