SOL VIVANT OU LABEL BIO ? François Mulet @La Ferme de Cagnolle
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Vidéo réalisée par la ferme de Cagnolle, merci à eux pour l'aimable autorisation de remise en ligne : https://www.youtube.com/channel/UCdxoKgrL0f8F4OVoC38B4rg
Historique de la démarche maraîchage sur sol vivant
François Mulet revient sur la création, autour de 2010-2012, du réseau « maraîchage sur sol vivant » (MSV) avec plusieurs collègues. La question de départ est simple : pourquoi créer encore « une énième tendance » agricole, alors qu’existent déjà l’agriculture biologique et tout le reste de l’agriculture dite conventionnelle ?
Selon lui, ce n’était pas au départ une volonté de créer une nouvelle chapelle. C’est plutôt le résultat d’un besoin partagé par plusieurs praticiens : développer une thématique agronomique précise, peu ou mal abordée par les réseaux existants. Cette thématique, c’est la vie du sol, le fonctionnement biologique des sols, et plus largement le retour de l’agronomie au centre des systèmes de production.
François Mulet explique que, face aux différents labels, mentions et surcouches réglementaires qui se sont ajoutés au fil du temps au-dessus de la bio — pour parler de local, de circuits courts, de social, de bien-être animal — il manquait selon lui un travail de fond sur le fonctionnement agronomique réel des sols. Pour lui, la spécificité du maraîchage sur sol vivant est là : remettre l’agronomie au cœur du sujet.
Une critique de la bio comme système devenu insuffisant
Le propos n’est pas de rejeter en bloc l’agriculture biologique. François Mulet insiste au contraire sur le fait qu’il existe dans le cahier des charges bio et dans son esprit initial beaucoup de bonnes intentions agronomiques. Mais il estime qu’au fil du temps, il y a eu une dérive.
Dans sa lecture, la bio s’est historiquement construite comme réaction à la montée en puissance du modèle NPK, c’est-à-dire d’une agriculture pensée à partir de la [[nutrition minérale]] des plantes, de l’engrais, et plus largement de la chimie. Des pionniers ont vu arriver ce modèle et ont compris qu’il passait à côté d’une grande partie du fonctionnement réel du vivant. La bio a donc été pensée comme une résistance à cette réduction de l’agriculture à quelques éléments fertilisants.
Cependant, il considère qu’avec le temps, cette critique agronomique s’est transformée en une position beaucoup plus simplifiée : la bio serait avant tout « sans chimie ». Pour lui, on est passé d’une vision complexe du vivant à une opposition plus binaire, centrée sur le refus des produits de synthèse.
C’est là que naît une tension : le cahier des charges bio contient de beaux principes agronomiques, mais dans la pratique, les obligations réellement contraignantes portent surtout sur l’interdiction de certains produits, tandis que les objectifs agronomiques restent souvent de l’ordre de la recommandation.
Pourquoi le réseau MSV ne s’est reconnu ni dans la bio ni dans le conventionnel
François Mulet explique que les fondateurs du réseau MSV ne se sont reconnus ni dans les réseaux bio, ni dans ce qu’on appelle l’agriculture conventionnelle.
Du côté conventionnel, il dit avoir rencontré un discours technicien qui réduisait souvent les problèmes environnementaux à des questions de précision de dosage, par exemple en azote, grâce au GPS ou à d’autres outils de pilotage. À ses yeux, cela ne répondait pas aux questions de fond : dégradation des sols, perte de matière organique, baisse des services écologiques, pollution diffuse, perte de fertilité.
Du côté bio, la réception a parfois été plus hostile encore. En posant la question du non-travail du sol et du sol vivant, le réseau MSV est venu toucher un point très sensible : si l’on veut désherber sans chimie, on en revient très souvent au travail du sol. Or, ce travail du sol peut lui-même être extrêmement destructeur pour la biologie des sols. Dès lors, mettre le sol vivant au centre du débat revenait aussi à mettre en difficulté certains fondements pratiques de l’agriculture biologique telle qu’elle s’était stabilisée.
François Mulet cite comme exemple le fait qu’au moment de structurer l’association « Maraîchage sol vivant » et de la faire reconnaître comme organisme de formation, il a constaté de nombreux blocages. Il explique qu’aucun réseau existant n’est venu leur dire : « ce que vous faites est important, profitons-en collectivement ». Au contraire, ils ont souvent rencontré du rejet ou de l’incompréhension.
La question centrale : la vie du sol et le cycle de la fertilité
Le cœur de la critique portée par François Mulet concerne le cycle de la fertilité. Pour lui, beaucoup de systèmes agricoles, bio comme conventionnels, se sont éloignés du fonctionnement écologique fondamental des sols.
Il insiste sur une idée : un sol fertile est un sol qui produit beaucoup de biomasse et qui recycle beaucoup de biomasse. Dans les écosystèmes naturels, la fertilité est entretenue par une forte production végétale, puis par le retour au sol d’une grande partie de cette biomasse, qui nourrit toute la vie souterraine. C’est ce cycle qui permet au système de durer.
À l’inverse, dans les systèmes agricoles modernes, on exporte beaucoup et on perturbe énormément le sol. On remplace alors les processus biologiques par des intrants, des engrais, des produits de protection, ou du travail mécanique. Selon lui, l’enjeu est donc de reconstruire des systèmes où l’on nourrit à nouveau le sol et où l’on laisse les organismes vivants faire une grande partie du travail.
Il souligne que l’objectif du maraîchage sur sol vivant est précisément de retrouver cette logique : réactiver les services écosystémiques du sol, réduire l’entropie du système, et rendre les fermes plus autonomes et plus stables.
Une vision agronomique jugée dépassée
François Mulet estime que la vision agronomique présente dans de nombreux cahiers des charges est en partie datée. Il dit qu’elle est issue d’une époque où l’écologie du sol, les transferts de carbone sol-plante, le rôle des champignons, des bactéries, des vers de terre et de l’ensemble du réseau trophique du sol étaient encore mal connus ou peu pris en compte.
Il cite plusieurs auteurs ou praticiens comme Claude et Lydia Bourguignon, Konrad Schreiber, ou encore Dominique Soltner, en rappelant que beaucoup de réflexions essentielles sur l’agronomie ont parfois été portées à côté des grands instituts, et non par eux. Il regrette que la recherche agronomique se soit longtemps concentrée sur les modèles NPK, la génétique ou le moléculaire, en laissant de côté l’écologie du sol.
Il prend l’exemple d’une intervention dans une école d’agronomie, où une maraîchère bio installée depuis vingt-cinq ans racontait la dureté de sa carrière, le désherbage manuel, la pénibilité du métier, jusqu’aux déformations physiques. Pour lui, le problème est que l’assistance a applaudi l’exploit moral d’avoir produit sans chimie, au lieu de se demander pourquoi la recherche et le développement n’avaient pas fourni plus tôt des solutions agronomiques permettant d’éviter une telle souffrance.
Le rôle du travail du sol dans les impasses actuelles
Un point majeur du raisonnement de François Mulet est que le travail du sol est très souvent sous-estimé dans ses effets destructeurs. Il considère que la bio, en rejetant la chimie sans aller assez loin dans l’intégration de l’écologie du sol, a fini par s’appuyer massivement sur les outils mécaniques.
Or, selon lui, ces outils ne sont pas neutres. Ils détruisent les galeries, les structures biologiques, les réseaux de champignons, l’habitat et parfois directement les organismes du sol comme les vers de terre. Ils accélèrent aussi l’oxydation de la matière organique.
Il souligne donc une contradiction : on peut afficher un objectif de fertilité, de vie du sol et de limitation de l’érosion, tout en maintenant des itinéraires techniques très perturbateurs. Cela crée une dissonance entre le discours et la réalité des pratiques.
Lecture du cahier des charges bio
François Mulet propose ensuite une lecture transversale du règlement bio, notamment du règlement européen n° 834/2007, afin de comprendre sa structure et sa logique.
Il distingue deux niveaux :
- d’un côté, les grands principes et les intentions générales ;
- de l’autre, les annexes et règles précises qui disent ce qui est autorisé ou interdit.
Selon lui, le règlement mélange des déclarations de principes agronomiques, des intentions générales, des définitions juridiques et des interdictions concrètes. Cela produit un ensemble dans lequel les objectifs les plus intéressants agronomiquement ne sont pas réellement contraignants.
Sur les OGM
Le texte dit que les organismes génétiquement modifiés sont incompatibles avec le concept de production biologique. François Mulet remarque que cette incompatibilité est affirmée, mais peu expliquée dans le règlement.
Il souligne que, dans les faits, certains systèmes conventionnels en semis direct, y compris avec OGM selon les pays, ont réussi à construire des fonctionnements de sol très performants. Il ne défend pas les OGM en eux-mêmes, mais il pointe ici une ambiguïté : on mélange selon lui des choix politiques ou éthiques avec des affirmations d’incompatibilité agronomique qui ne sont pas démontrées comme telles dans le texte.
Sur les ressources renouvelables et le recyclage
Le règlement indique que la culture biologique devrait surtout s’appuyer sur des ressources renouvelables, sur des systèmes organisés à l’échelle locale, et recycler les déchets et sous-produits végétaux et animaux pour restituer les éléments nutritifs à la terre.
François Mulet juge cela intéressant, car on y retrouve l’idée de cycle. Mais il note aussi que le vocabulaire reste très marqué par une approche en termes d’« éléments nutritifs », donc de logique NPK, plus que par une compréhension globale de la vie du sol et de ses besoins en carbone, en énergie et en structures biologiques.
Sur la fertilité et l’érosion
Le règlement précise que la production végétale biologique devrait contribuer au maintien et à l’amélioration de la fertilité des sols et à la prévention de l’érosion.
Pour François Mulet, cette phrase est juste dans son intention, mais son problème est qu’elle n’impose rien de concret. Le mot « devrait » revient souvent, sans indicateurs de résultat, sans seuils, sans obligations vérifiables. Il estime qu’un système peut donc rester dans le cadre bio tout en ayant une fertilité médiocre, de l’érosion, et un sol peu vivant, tant qu’il respecte les interdictions de substances.
Sur l’alimentation des plantes par l’écosystème sol
Le règlement dit aussi que les végétaux devraient être nourris de préférence par l’écosystème du sol plutôt que par des engrais solubles ajoutés.
François Mulet considère là encore qu’il s’agit d’un bon principe, mais non contraignant. Dans les faits, de nombreux systèmes bio reposent sur des apports extérieurs de fertilisants organiques assez concentrés, parfois sous forme de granulés. Cela permet de produire, mais pas forcément de reconstruire un sol vivant.
Sur la place de l’élevage
Le texte bio donne une place importante à l’élevage, présenté comme fondamental dans l’organisation de la production agricole, notamment parce qu’il fournit de la matière organique et des nutriments nécessaires aux terres cultivées.
François Mulet conteste l’idée selon laquelle l’élevage serait indispensable. Il reconnaît que l’élevage peut être un outil très intéressant pour faire des transferts de fertilité à partir de prairies, mais il affirme qu’on peut aussi construire des systèmes performants sans élevage.
Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre l’outil et le principe. Le principe, c’est de produire et transférer de la biomasse, de nourrir le sol, et de maintenir un cycle fertile. L’élevage peut aider à cela, mais il n’est pas la seule voie.
Il rappelle aussi que, dans les écosystèmes naturels, les mammifères supérieurs représentent peu de biomasse par rapport à la biomasse animale du sol, notamment les vers de terre. De ce point de vue, le véritable « élevage » central pour la fertilité est celui de la faune du sol.
Sur la rotation pluriannuelle
Le règlement bio met en avant la rotation des cultures comme principe important. François Mulet reconnaît que les rotations sont un bon outil agronomique pour gérer maladies, adventices et rythmes de fertilité, mais il conteste le fait de les considérer comme un fondamental absolu.
Pour lui, là encore, il faut distinguer l’outil du principe. Une rotation peut être utile, mais ce qui fait la fertilité durable, c’est d’abord la production de biomasse, son recyclage, et le respect de la vie du sol. À l’inverse, une rotation compliquée avec travail du sol et faible retour de biomasse peut continuer à dégrader le système.
Il donne plusieurs exemples de monocultures ou quasi-monocultures qui fonctionnent durablement lorsqu’elles reposent sur un sol vivant, une forte couverture, et des cycles biologiques efficaces. Il cite notamment des cas en légumes, en courges, en salades, ou dans d’autres cultures où la répétition n’a pas conduit à l’effondrement attendu, dès lors que le sol restait protégé et nourri.
Le problème des obligations négatives et l’absence d’obligations positives
L’un des diagnostics centraux de François Mulet est le suivant : dans le cahier des charges bio, les obligations réellement fortes sont surtout des obligations négatives. On interdit des produits, on interdit des pratiques, on fixe des listes de substances autorisées ou non.
En revanche, ce qui relèverait d’une obligation positive — par exemple maintenir un certain niveau de matière organique, garantir une activité biologique minimale, suivre des indicateurs de structure du sol, ou se former à l’écologie des sols — n’est pas réellement imposé.
Il considère que cela explique une grande partie des écarts observés sur le terrain. Des systèmes très différents, avec des impacts écologiques très contrastés, peuvent se retrouver sous le même label bio.
Le décalage entre image publique et réalité technique
François Mulet insiste sur le fait que beaucoup de consommateurs, et même de décideurs ou de professionnels éloignés du terrain, ont une vision idéalisée de la bio. Dans cette image, la production biologique ressemblerait à une prairie fleurie, avec des papillons, des fleurs et un sol naturellement vivant.
Or, il rappelle qu’un champ labouré en bio reste un champ labouré. Après certains passages d’outils, le sol peut être aussi perturbé qu’ailleurs. La différence ne suffit donc pas à se lire à partir de l’absence de pesticides de synthèse.
Cela explique selon lui la difficulté du débat public : le label bio est souvent perçu comme une garantie écologique globale, alors qu’il garantit d’abord un mode de production encadré par des interdictions précises, sans forcément assurer le niveau de fonctionnalité écologique que beaucoup imaginent.
Productivité, biomasse et capacité à nourrir la planète
Une objection classique faite à la bio est qu’elle ne pourrait pas nourrir la planète. François Mulet estime que cette objection est mal posée.
Selon lui, si l’on compare les systèmes bio actuels, souvent très travaillés, avec des systèmes conventionnels fortement fertilisés, il est vrai que les rendements bio sont fréquemment inférieurs. Mais cela ne prouve pas qu’une agriculture fondée sur les processus biologiques soit intrinsèquement peu productive.
Au contraire, il rappelle que les écosystèmes naturels produisent souvent plus de biomasse que les cultures agricoles classiques. Une prairie ou une forêt bien fonctionnelle produit énormément de matière sèche. Cela montre qu’un système vivant et écologiquement cohérent peut être très productif.
Le problème n’est donc pas la vie du sol, mais notre incapacité actuelle à construire des agroécosystèmes cultivés qui exploitent aussi bien que les écosystèmes naturels les ressources fondamentales que sont l’eau et l’énergie solaire.
Dans cette perspective, il considère que le maraîchage sur sol vivant et plus largement les démarches de sol vivant ouvrent justement une voie pour sortir de l’opposition simpliste entre productivité et écologie.
La réussite économique du maraîchage sur sol vivant
François Mulet souligne que le maraîchage sur sol vivant est aussi né d’une réalité économique. Selon lui, le réseau a montré qu’il était possible d’installer des fermes avec peu de moyens, souvent portées par des néoruraux ou des personnes en reconversion, et d’obtenir des taux de survie élevés.
Il attribue cela au fait d’avoir remis le sol vivant au centre du projet. En améliorant les services écologiques du sol, les fermes gagnent en résilience, en productivité utile, et en viabilité.
Il oppose cela à des trajectoires d’installation où les producteurs restent enfermés dans un modèle très manuel, très pénible, avec beaucoup de désherbage et peu de solutions agronomiques. Pour lui, un système qui oblige à désherber à la main des journées entières n’est pas un horizon souhaitable.
La recherche, les instituts techniques et le retard sur l’agronomie du sol vivant
François Mulet reproche aux instituts de recherche et de développement d’avoir longtemps laissé de côté ces questions. Il reconnaît qu’il existe des chercheurs et des travaux importants, mais il estime qu’il y a eu un retard collectif considérable sur la prise en compte de la biologie des sols, du rôle des vers de terre, des matières organiques ligneuses, des couverts, des paillages, des transferts de carbone et des systèmes peu perturbateurs.
Il cite le cas de Dominique Soltner, qui selon lui a porté seul, ou presque, une vulgarisation agronomique de très haut niveau, là où les grands organismes auraient dû produire beaucoup plus tôt des références solides.
Il note toutefois qu’un mouvement de réappropriation de l’agronomie est en cours, avec le retour de certains outils de réflexion comme le bilan humique, et avec davantage d’intérêt pour les paillages, les couverts, les mulchs, ou les systèmes sans labour.
La chimie, le glyphosate et la fausse bonne opposition
Un autre point important est la critique de l’opposition trop simpliste entre chimie et mécanique. François Mulet considère que le débat public s’est durci autour du couple « glyphosate ou charrue », alors que cette alternative est insuffisante.
Pour lui, la bonne question est d’abord celle des services écologiques du sol. La chimie pose des problèmes, bien sûr, mais le travail du sol peut lui aussi être extrêmement destructeur. Il ne s’agit donc pas de remplacer automatiquement un outil chimique par un outil mécanique en croyant avoir résolu le problème.
Il explique que dans certains systèmes de semis direct aboutis, très riches en activité biologique, il devient possible de réduire très fortement les insecticides et fongicides, parfois jusqu’à les supprimer presque totalement certaines années. Il reste parfois des usages ponctuels, mais la logique générale est celle d’un système de plus en plus autonome parce que la biologie et le cycle de la fertilité sont restaurés.
La question politique et les aides
Sur le plan politique, François Mulet ne croit pas d’abord à un changement venu d’en haut. Il pense que les transformations réglementaires suivront surtout lorsque la lame de fond sociale et technique sera assez forte.
Il considère que les politiques publiques, y compris les aides, ont souvent soutenu des systèmes dépendants des intrants plutôt que des systèmes fondés sur l’autonomie écologique. Mais pour lui, le levier principal reste d’abord l’acculturation, la formation et la diffusion pratique des solutions.
C’est dans cette perspective qu’il insiste sur le rôle de la chaîne YouTube, de la formation et du partage d’expériences : faire circuler vite les références et les outils, pour permettre aux agriculteurs de s’approprier ces pratiques.
Conclusion
Pour François Mulet, le maraîchage sur sol vivant n’est pas né du désir de créer un nouveau label ou une nouvelle chapelle. Il est né d’un constat : ni la bio telle qu’elle s’est institutionnalisée, ni l’agriculture conventionnelle, n’avaient réellement remis au centre la question de la fertilité biologique des sols.
Sa critique de la bio n’est donc pas une critique de son intention historique, qu’il juge souvent juste, mais une critique de ses limites actuelles :
- trop d’obligations négatives et pas assez d’obligations positives ;
- trop peu d’indicateurs de résultat sur la vie du sol ;
- une dépendance persistante au travail du sol ;
- une confusion entre refus de la chimie et réussite agronomique.
À l’inverse, il défend une approche où la priorité est donnée au cycle de la fertilité, à la production de biomasse, au respect de la biologie du sol, et à la construction de systèmes réellement durables et économiquement viables.
Dans cette logique, la diffusion des connaissances et des pratiques est essentielle. L’idée finale est claire : seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. Et c’est par cette dynamique collective, plus que par les seules évolutions réglementaires, que le changement agricole pourra selon lui se faire.