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Mise en place d'un verger maraîcher patrimonial en agroforesterie

De Triple Performance
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Vue aérienne du Cabanon de San Peyre


Sur le site internet du Cabanon San Peyre, on apprend qu’il s’agit d’une petite ferme familiale, engagée dans une démarche de conservation et de valorisation du patrimoine naturel et culturel Provençal. C’est en effet une longue histoire de famille car l’exploitation des terres perdure depuis plus de 100 ans et elles ont vu se succéder 3 générations !


Historique

Parcours d'installation

Eloïse a commencé son parcours d’installation en 2018 avec la chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône. Elle suit également une formation sur 6 mois « éco paysan » proposée par l’ADEAR Bouches-du-Rhône.

Cette formation est axée sur les petits projets transversaux et diversifiés. Eloïse va notamment apprendre tout l’aspect juridique de la création d’entreprise. De nombreuses visites de fermes sont organisées et un système de tutorat avec un maraîcher est mis en place. Pour elle, le tutorat a été décisif dans la réussite de son projet. En effet, en plus de la transmission de savoir lors du stage, une relation sur le long terme s’établit, permettant à Eloïse de pouvoir poser des questions à un maraîcher expérimenté lors des périodes difficiles où les doutes s’installent.

Enfin, Eloïse suit différentes formations, plus courtes et plus ciblées. Avec le CIVAM et AGROOF, elle aborde l’agroforesterie avec notamment des sujets autour du design forestier, les plantations de haies et le rôle des arbres dans la biodiversité et les systèmes cultivés.  Grâce au réseau Edulis (réseau d’échange de semences paysannes) et au programme Fruinov (programme de recherche de variétés d’arbres fruitiers) développés par le GRAB, Eloïse travaille également sur l’adaptation au changement climatique par des essais variétaux et sur l’adaptation de variétés locales.

L’année suivante, elle crée son entreprise et commence la recherche de financement. Une grande partie des financements a été trouvée sur la plateforme Pur Projet. Cette dernière a pour ambition de régénérer des écosystèmes en soutenant divers projets à travers le monde. Depuis 2021, la ferme est également sous contrat avec Agrosemens. Elle lui livre des semences bio, anciennes et locales.


Recherche de financement

Comme évoqué ci-dessus, une grande partie des financements proviennent de la plateforme Pur Projet. Eloïse nous confie que sans cet apport, il n’aurait pas été possible de planter autant de fruitiers. En effet, les petits projets transversaux et diversifiés comme celui-ci ne rentrent pas dans les cases classiques. De ce fait, les possibilités de subventions sont très réduites. De plus, lors de sa reconversion, Eloïse avait plus de 40 ans, âge limite pour toucher la Dotation au Jeune Agriculteur (DJA). A noter également que pour bénéficier des aides PAC, il faut être titulaire d’un droit à paiement de base (DPB). Or Eloïse n’a pas souhaité déposer de dossier pour s’éviter des frais, qui s’élèvent à environ 1500 €. L’ensemble du projet est donc exclusivement financé sur fonds propre et par les financements obtenus via Pur Projet.


Le contexte

Le foncier est très souvent le point noir des projets d’installation agricole, Eloïse a la chance de pouvoir bénéficier d’une terre qui appartient à sa famille. D’autant plus que, d’après elle, pour des projets agroforestiers il est indispensable d’être propriétaire des terres. En effet, l’échelle de temps est grande lorsque l’on attend un retour sur investissement d’une plantation d’arbres.


Avant le début du projet, les différentes parcelles en question étaient exploitées par des céréaliers, dont 2 en Agriculture Biologique et 1 encore en conventionnel. Les espèces cultivées étaient principalement du blé, du pois chiche, du maïs, du tournesol et de la luzerne. L’avantage ici est que les terres récupérées étaient entretenues. Pas besoin de décompacter ou de travailler le sol pour pouvoir continuer sur des nouvelles plantations.


Le projet

Avec 2,5 ha de superficie, la ferme se compose d’un verger maraîcher patrimonial, d’une serre froide, d’une oliveraie et d’une forêt-jardin. Les débouchés commerciaux sont les suivants : un contrat avec le semencier Agrosemens, des restaurateurs et une clientèle professionnelle pour les fleurs, vente directe aux particuliers pour les produits transformés. A noter que la majorité de la production est vouée à la transformation.


Les objectifs

L’objectif premier est de produire une alimentation saine et à fort ancrage territorial, notamment en privilégiant des espèces régionales. Une grande affection pour les arbres pousse l’agricultrice à les mettre au cœur de son agrosystème.

Les grandes orientations du projet sont aussi influencées par des motivations liées à la protection de la biodiversité et à l’intégration paysagère. L’idée de départ, en plus de créer une ferme nourricière, est de recréer une zone bocagère au milieu du bassin céréalier. Dans les alentours, peu de parcelles sont encore délimitées par des haies. Ces plantations de haies se veulent diversifiées, avec des essences locales et/ou des essences historiques qu’on ne rencontre plus sur le territoire. L’orme en est une bonne illustration.


Spécificités pédoclimatiques

Les terres sont situées sur les plaines alluviales de Peyrolle-en-Provence, sur l’ancien lit de la Durance. Les sols à tendance limoneuses sont riches en nutriments mais sont également sujets à la battance. Les parcelles se trouvent au-dessus d’une nappe phréatique. L’eau se trouve à 3 mètres de profondeur et est donc facilement accessible par forage. La ferme n’est pour le moment pas gênée par des problèmes de sécheresses. En revanche, la plaine s’élève à 200 mètres d’altitude et subit un climat très sec et très chaud. C’est donc une zone d'asséchement.


Caractéristiques du projet

L’espace de production peut être séparé en deux parties :

  •   Un parc de 6000 m² très arboré constitué d’un mélange de variétés champêtres et de variétés fruitières (olivier, abricotier, pommier, figuier). Les plantations sont denses et ne laissent pas de place à d’autres cultures potentielles.
  •   La deuxième parcelle est donc le projet agroforestier. La partie fruitière représente 2000 m² et la partie maraîchère 7000 m² :
    • Les fruitiers sont implantés en double rangs.
    • Entre ces doubles rangs s’intercalent les cultures maraîchères.
    • 6 blocs de culture constituent la partie maraîchère.
    • 2 blocs de 20 x 80 m.
    • 4 blocs de 10 x 80 m.
    • Il serait envisageable d’intensifier la production en cultivant à l’intérieur des doubles rangs de fruitiers.
  • Enfin, la serre froide s’étend sur 500 m².


Gestion du maraîchage

Pour l’irrigation, étant donné qu’il n’y a pas de canal, l’irrigation par gravité n’est pas une option. Cependant, la nappe phréatique sous-jacente est idéale pour un forage et donc un système d’irrigation au goutte à goutte est en place.

Comme évoqué plus haut, le climat en Provence est très sec et très chaud. De ce fait, l’activité biologique est ralentie et obtenir un taux de matière organique (MO) élevé est difficile. Dès lors, les techniques de MSV (maraîchage sur sol vivant) ne sont pas toutes applicables sous un climat de type Provençal.


Les apports de MO proviennent de 2 sources différentes. Il y a tout d’abord un amendement de fond réalisé avec des bouchons de fumier de mouton, produits dans les Alpes de Hautes Provence. Ensuite, du tourteau de ricin est épandu, apportant de l’azote organique et de la matière organique.

La pluviométrie est assez faible également, ce qui engendre une moindre humidité dans le sol. Un paillage plastique est nécessaire pour garder l’humidité au maximum. Ce paillage sert également à maîtriser l’enherbement. La hauteur de ce dernier permet de protéger les jeunes plantations d’arbres.


Toutes les plantations de légumes se font de mi-mai à début novembre. Il y a peu de culture en hiver, ce sont principalement des légumes d’été et de plein champs. En effet, l’hiver, du temps doit être dégagé pour l’entretien du verger.

Pour ne pas trop complexifier le modèle, la diversité de légumes reste modeste. La rotation est composée de 3 familles différentes et d’une fabacée :

  • Une fabacée (haricot coco) ou alors de la jachère.

Aucun travail du sol n’est effectué sauf au moment des plantations. Un passage de herse rotative est effectué juste avant le semis. Pour gagner en efficacité et en temps, cette opération est réalisée par un agriculteur voisin bien mieux équipé. De manière générale, Eloïse est peu mécanisée (petit tracteur Ford des années 70) et ne dispose pas de main d’œuvre supplémentaire. Ce qui engendre beaucoup de travail manuel et notamment beaucoup de désherbage.


Pour limiter la pénibilité, l’agricultrice s’équipe au fur et à mesure des saisons. Par exemple, elle se dote de cannes forestière à planter. Ce sont des tubes en bec qui s’enfonce dans la terre en poussant avec le pied et qui permettent ensuite d’insérer le plant dans le tube. Le fait de pouvoir rester debout fait gagner en confort de travail.


Etant donné que les couverts d’engrais verts sont difficiles à détruire, l’introduction d’une fabacée dans la rotation joue le rôle d’engrais. En terme de couverture du sol, Eloïse laisse l’enherbement naturel se développer entre les cultures. Les passes pieds sont par exemple souvent enherbés.


L’arboriculture

La première partie du verger a été plantée en 2019. La deuxième partie, plantée durant l’hiver 2021, est encore jeune.

Durant la phase juvénile des fruitiers, l’irrigation en cuvette (ou à la conque) permet de faire pénétrer lentement l’eau dans le sol. Les poches d’air entre les racines et la terre sont évitées, « plombant » alors les racines en pleine croissance. De plus, cette technique permet de limiter l’évapotranspiration grâce à un arrosage massif (apport d’eau conséquent) sur un endroit ciblé.

Au total, ce sont plus de 1000 arbres et arbustes qui ont été plantés sur l’ensemble de la ferme dont 700 seulement pour le verger-maraîcher.


Le petit îlot forêt-jardin entre les deux parcelles est composé de :

  • Variétés champêtres (murier, orme, noyer).
  • Différentes strates avec des variétés sauvages comestibles.


Le choix de la transformation

La majeure partie de la production est transformée, il s’agit d’un parti pris assumé dès la conception du projet. Comme évoqué plus haut, la plantation d’arbres fruitiers nécessite d’attendre 4 à 5 ans avant de jouir d’un éventuel retour sur investissement. Pour autant, les arbres occupent une surface non négligeable qui aurait pu être plantée en légumes. A surface équivalente, on se retrouve alors avec une quantité produite inférieure. Dans l’optique de compenser ce manque à gagner, la transformation doit permettre d’augmenter la valeur ajoutée des productions.

Aussi, d’après Eloïse, il y a une vraie difficulté à conduire un atelier arboricole et notamment si l’on souhaite obtenir de jolis fruits, bien calibrés et sans vers. Une vente directe de fruits frais requière de la part de l’agriculteur un investissement personnel très chronophage, qui laisse peu de temps pour s’occuper de la partie maraîchage. La taille, les traitements ou encore les aménagements de plantations rendent l’activité complexe. Le choix de la transformation est ici pertinent car il offre beaucoup plus de souplesse. Un gros fruit ou un tout petit ne modifiera aucunement la qualité des produits transformés.

L’outil de transformation du Cabanon San Peyre est sommaire et très artisanal. Il se compose principalement de grandes marmites et de stérilisateurs. L’amélioration et la modernisation de l’outil apparaît dans la liste des prochains investissements.

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