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Itinéraires techniques Maraîchage Sol Vivant - Légumes du désert

De Triple Performance
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Présentation du contexte et des itinéraires techniques mis en place par Morgane Fournier, à la ferme Légumes du désert, petite surface en maraîchage sol vivant à Le Château d’Alemêche (61). Les informations présentées sur cette page sont issues de plusieurs comptes rendus de visites de ferme réalisées depuis 2019.


Présentation générale de la ferme

  • Localisation : Le Château d’Alemêche, Orne (61).
  • Année d'installation : 2017.
  • Formation : Ecole d'ingénieur agronome.
  • Sol : Argilo-limono-sableux : 32,5% argile, 33,5% limon, 33% sable (analyse 2021). 25 - 30 cm de terre végétale, cultivable maximum 40 cm avec une réserve en eau assez faible. Risque de Chlorose (carence minérale) ce qui fait une tendance à "sur-fertiliser" au printemps pour assurer le démarrage des cultures et éviter les carences. Un sol argileux engendre des problématiques d’enracinement des légumes.
  • pH : 8,2, sol basique. Roche mère : marne calcaire.
  • MO : 4,90% (analyse 2021 en plein champ). Selon Pascal Boivin, par tranche de 10% d’argile, il faut au minimum 1,73% de MO dans les sols pour qu’ils puissent exprimer leur potentiel de fertilité. Avec 32,5 % d’argile dans les sols de la ferme, il faudrait au minimum un taux de MO = 5,6%.
  • SAU : 2,4 ha.
  • UTH : 2.
  • Cahier des charges : Agriculture Biologique.
  • Production : Tomates, oignons, carottes.
  • Historique :
    • Morgane est ingénieure agronome, elle a travaillé pendant 2 ans à l’association MSV - Maraîchage Sol Vivant. En mars 2016, elle décide de s’installer en maraîchage. Sa compagne Adèle avait déjà un réseau de contact dans la région. Morgane n’a pas souhaité acheter du terrain, mais a voulu dès le départ s’installer chez un agriculteur pour bénéficier des avantages comme le matériel, l'entraide, les contacts,... Elle s'est installée chez Didier, un éleveur de volailles Label Rouge. Dans son projet, elle ne voulait pas manipuler les matières organiques (MO) à la main, donc il lui fallait un accès à du matériel de gestion des MO comme des tracteurs, des épandeurs,... , or le matériel agricole coûte cher, surtout dans une installation maraîchage, d’où l’intérêt de s’installer chez un agriculteur. La région de l’Orne a l’avantage d’être une région d’élevage, donc le matériel est disponible partout, ce qui lui a permis de faire des propositions de location à la journée pour le maraîchage.
    • Date de son installation le 01/04/2017. Date qui coïncide avec la date d’accord de la DJA (Dotation Jeune Agriculteur). Elle bénéficiait du chômage de MSV à l’installation.
    • Sa première commercialisation était prévue en juillet 2017, finalement elle aura été début mi-août 2017, ce qui lui à dégagé un chiffre d'affaires de 7 000 € la 1ère année avec un retard au niveau du montage des serres.
    • Lors de son installation, elle avait très peu de ressources financières personnelles, elle a donc fait un emprunt bancaire (le diplôme d’ingé agro facilite la demande !). Elle souhaitait démarrer en maraîchage avec un outil confortable et fonctionnel.


Objectifs

  • A terme : souhait d’être 2 personnes sur la ferme maraîchère (2 UTH).
  • Produire des légumes de qualité : gustatif, produits frais, vente locale.
  • Qualité sociale : être capable de faire ce travail 10 ou 20 ans, et pouvoir se rémunérer correctement.


Statut juridique

Morgane est en Entreprise Agricole au microBA (micro bénéfice agricole), elle est autorisée à faire 83 000 € de CA et est imposée sur 13% du CA. Avec Marc Guilloussou associé, ils réfléchissent au statut d'un GAEC, ce qu’ils trouvent bien mais pas il n'y a pas d’achat revente sinon c'est SCEA ou EARL.


Organisation sur la ferme

Temps de travail et rémunération

Objectifs :

  • Se rémunérer 1 SMIC pour 4 jours / semaine de travail lissé sur l’année.
  • Ne pas travailler les week-ends (famille, amis, …) ce qui nécessite une organisation de la commercialisation (pas de marché le samedi).

Évolution de la charge de travail :

  • 1ère année : Grosse charge de travail.
  • 2ème année : 1 à 3 dimanche disponibles / mois.
  • 3ème année : 3/4 week-ends de disponibles.


Commercialisation

Souhait de ne pas s’éparpiller !

  • À 10 minutes de Sées (61500) : environ 4500 habitants.
  • À 15 minutes d’Argentan (61200) : environ 10 000 habitants.

Morgane n’est pas située dans un bassin à très fort pouvoir d’achat, il n'est pas non plus densément peuplé.

Canaux de vente :

  • La vente à la ferme représente 40%.
  • Paniers déposés dans une épicerie : c'est top car il n'y a pas besoin de tenir la permanence.
  • Livraison en resto : représente 20%, ce qui n'est pas top car ça fait peu de volume et peu de CA. Elle souhaite limiter ce circuit.

organisation de la vente : Mercredi, Jeudi et Vendredi (Mercredi = récoltes pour le mercredi et le jeudi)

  • Le mercredi : Livraison des paniers à Sées + vente à la ferme. Les paniers sont composés de légumes + d'autres produits, ça permet de diversifier les paniers ce qui fait de meilleures ventes.
  • Le jeudi : AMAP sur Argentan le soir (commandes préparées le mercredi).
  • De fin mai à septembre : Marché de production dans une chèvrerie (très bon débouché).


A l’installation : le magasin était dans la serre, ce qui n'était pas pratique. Avec l’arrivée des nouvelles serres, il y a eu le montage d’une pépinière et d'un magasin juste devant la pépinière. L’été un barnum est ajouté devant la serre pour mettre un stand.

De Mars à Juillet 2020 il y a eu une augmentation de la production donc il a fallu augmenter les ventes, ce qui a permis d'entamé une réflexion sur l’ouverture d’un magasin de producteurs. Pour cela Morgane se font accompagner par un réseau de maraîchers qui ont déjà monté un magasin de producteurs.


Résultats économiques

Rémunération de Morgane de 2018 à 2020 :

  • 2018 : 5 000€.
  • 2019 : 3400€.
  • 2020 : 5200€ (600€/mois).


Matériel, stockage et irrigation

Irrigation

Gestion des ressources hydriques

A l’étude en Normandie : Les Organismes Uniques de Gestion Collective (OUGC) vont régir les utilisations d’eau.

  • Priorité aux éleveurs pour abreuver les bêtes.
  • Autres productions : les OUGC vont définir les quotas / taxes.


Irrigation et source d’eau

  • Bassin de récupération des eaux de toiture : 900m3, collecte sur 2000m² de toiture, ça ne permet pas 100% d'autonomie en eau.

Attention l’été : Évaporation et baisse du niveau. Le bassin permet d’avoir de l’eau à T° ambiante l’été, ce qui permet d'éviter les chocs thermiques. Coût du bassin : 18 000€ (9 000 € bâche / liner + 9 000 € terrassement. Comme il fait moins de 1000m² d’emprise au sol, il a juste fallu faire une déclaration de travaux (pas de demande d’autorisation). Le bassin de Morgane a une emprise au sol de 400m².

Elle ne souhaite pas utiliser l’eau potable du réseau pour irriguer.

  • Forage disponible sur la ferme de Didier si sa réserve est vide.
  • Besoin de 1400m3, il faut ajouter les besoins en eau des nouvelles serres.
  • Serres : Mettre goutte à goutte et aspersion dès le début.

Vigilance pour les poches d’eau : Il faut terrasser car ça doit être bien plat.

Comment dimensionner le système d’irrigation ?

Il faut se poser les questions  : Quels sont nos besoins ? Quelles sources d’eau ?

  • Besoins en eau : en serre, il faut compter 1m3 / m² (lissage annuel). En plein champ, il faut 500 à 2000m3 / ha (forte variabilité).

Pour le calcul des besoins, il faut se baser sur la pire année : pas de pluie d’avril à août.

  • Pour le calcul du débit (m3/h) : Tout dépend du goutte à goutte et de l'aspersion. Le goutte à goutte est en été dans les serres et l'aspersion en plein champ. La pompe se situe en bas de la parcelle, juste à côté du bassin, il y a 10 m de dénivelé pour amener l’eau aux serres depuis le haut de la parcelle.
    • 10m de dénivelé : -1 bar (perte).
    • 300m de tuyau d’irrigation : -0,5 bar (perte).
    • Besoin pour arrosage (référence classique) : 3 bars.

Le besoin de pression de la pompe est donc de 4,5 bars.


Conservation & Stockage

Il y a 2 cellules de stockage réalisées dans le bâtiment matériel de Didier :

  • Un coffrage OSB / paille / torchis. Argile crue : permet de gérer les variations d'hygrométrie.
  • Dans la chambre froide : VMC qui tire l’air la nuit pour garder la cellule au frais.


Matériel

Mécanisation

Morgane avait un choix à faire entre un quad ou un tracteur :

  • Quad : petit, facile à manipuler, empattement petit 75cm.
  • Tracteur* : plus puissant, prise de force (pour les outils animés).

*Occasion : 3 500€ 60CV.


Pour les chantiers d’épandage de la matière organique

  • 1 tracteur attelé avec un épandeur. Si on a qu’un tracteur : il faut dételer à chaque fois qu’on veut charger l’épandeur.
  • 1 outil pour charger.
  • Épandeur : il faut un tracteur de minimum 50CV pour tirer l’épandeur chargé. La matière la plus lourde c'est le compost, surtout humide ! Avec prise de force.
  • Rotavator : Travail du sol pour semer les engrais verts avec l’incorporation des matières organiques sur 10 cm.
  • Broyeur à marteaux axe horizontal : Permet de répartir équitablement la MO + broyage de la paille.


Système d’attelage (Atelier Paysan)

Permet l’attelage automatique (un triangle à fixer sur le tracteur, 1 triangle à mettre sur chaque outil à atteler).

Investissement matériel : 7 800€ pour : le tracteur, l'épandeur, le broyeur à axe horizontal, le rouleau, le rotavator.


Matières organiques

  • Fumier de volailles illimité ( + pailleux que le fumier conventionnel ) : produit issu de l’élevage volaille Label Rouge de Didier (l’éleveur chez qui s’est installée chez Morgane). Produit riche en azote, utilisé plutôt en fertilisant (pas d’apport massique avec).
  • Fumier équin des haras environnants. C'est Denis, éleveur bovin voisin, qui transporte et benne le fumier équin chez Morgane (50€/h).
  • Compost : 11€/T livrée (plateforme) 10min.

Stratégie de fertilité engagée sur la ferme : Augmenter le taux de MO en faisant des apports massifs de broyats intégrés au rotavator (15 cm) petit à petit, jardin par jardin. Les IM durent 1 année (pas de culture pendant l’année de l'intrant massif).


Itinéraires techniques

Tomate sous serre en bas de la parcelle

Deux symptômes visibles: Feuillage tacheté et tache de mildiou. Morgane prévoit de traiter à la bouillie bordelaise. Cette serre n’est pas aérée sur les côtés en bas (à la différence des autres serres), elle est aérée par des ouvertures entre les bandeaux de bâches (tenus ouverts par une cagette).


Oignons

Deux modalités de plantation, avec deux levées différentes :

  • En bas de la parcelle : moins de levée avec un paillage plus épais. Débâchage et plantation directement après.
  • En haut de la parcelle : meilleure levée, avec un paillage moins épais. Débâchage, repos quelques jours puis plantation.

La différence de levée peut s’expliquer peut être par la présence de tipules qui mangeraient les bulbilles ? La présence de tipules indique des sols riches en matière organique (il s’en nourrit), mais hydromorphes / asphyxiés. Manque d’oxygénation.

Point de vigilance sur les oignons paillés / non paillés : Les oignons paillés n’ont pas vu le soleil de tout leur cycle de développement. Au moment de la récolte, il faut être très vigilant à l’exposition des oignons au soleil car ils y sont très sensibles, ça peut causer des coups de soleil / pourriture.

Il faut donc recouvrir les bulbes avec les feuilles ou directement les sécher dans un local bien ventilé.


Semis de carotte

Morgane rencontre une problématique de levée qui est non homogène sur la planche, trouée. Probablement à cause du semoir, qui est gêné par les débris grossiers du compost.

Astuce de Guillaume Demoucron : Faire un premier passage à vide avec le semoir pour tracer le sillon puis repasser le semoir avec les graines.

Protection physique contre les ravageurs (choux, carotte, etc.) : Filet DIATEX (JS Fournitures) 950x800 microns.


Bilan

  • Période exceptionnelle de pluie (plus de 100 mm en juin 2021).
  • Sols à tendance hydromorphes et asphyxiés en plein champ notamment, même si la parcelle est drainée (ancienne parcelle de grandes cultures). On peut constater que sous la paille, le sol est encore plus hydromorphe / vaseux car il y a très peu d’évaporation qui peut se faire. Dans les planches avec compost, le phénomène est moins marqué, le sol respire davantage. Dans l’immédiat, il pourrait être envisagé de retirer les pailles des planches les plus problématiques. Mais c'est assez délicat car s’il fait beau mi-juillet, les sols peuvent devenir très secs et peuvent avoir besoin d’eau !

Le sol dans les parties non cultivées ( Trèfle / Ray Grass ) ne montre pas de signe alarmant d’hydromorphie / asphyxie (racine vivante qui couvre le sol, toute l’année).


Pistes pour limiter l’hydromorphie

  • Court Terme : Retirer la paille des planches les plus hydromorphes, là où c’est possible de le faire (selon les cultures en place).
  • Moyen Terme : Insérer les couverts végétaux hiver et été.
  • Long Terme : Apporter du carbone dans les sols (IM) pour augmenter le taux de MO dans les sols argileux.






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