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Introduction de luzerne sur les parcelles éloignées et viser un fongicide sur céréales : mieux pour le troupeau et moins de phytos

De Triple Performance
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Luzerne en fleurs - Crédit photo : Nadège Steiner.
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Producteur de lait dans le sud du Morbihan avec son épouse, Jean-Yves Briand a allongé sa rotation maïs/céréale avec de la luzerne. Il a revu le système global de son exploitation et remis en pâture des parcelles proches des bâtiments. Il a ainsi augmenté l’autonomie alimentaire et réduit ses traitements sur céréales tout en maintenant ses rendements.


Contexte de l'exploitation

  • Localisation : Nivillac, Sud-est du Morbihan (56) .
  • Ateliers / Productions : 100 vaches laitières (740 000 l).
  • Main d’œuvre : 2 UTH.
  • SAU : 173 ha (22 % engagé dans DEPHY).
  • Assolement 2014 (tous systèmes de culture) : 63 ha de prairie temporaire, 48 ha de maïs ensilage, 16 ha de triticale et avoine, 15 ha de blé tendre d'hiver, 12 ha de prairie permanente, 10 ha de luzerne, 7 ha d'orge d'hiver, 3 ha de fétuque et trèfle violet.
  • Type de sol : Limons sableux superficiels (40 cm). Potentiel moyen (65 q blé, 11 t MS maïs) .
  • Spécificités exploitation / Enjeux locaux : Exploitation située en zone séchante avec parcellaire regroupé. Arrêt des légumes industrie en 2014.


Le système initial

La priorité est donnée à l’élevage et à la production de lait, sans négliger les cultures (contrats céréales et 10 ha de légumes à l’entrée dans le réseau). Le système initial étudié dans DEPHY est la rotation maïs ensilage / blé ou triticale, voire orge en 2ème paille, classique de ce secteur sur parcelles éloignées. La protection des cultures était assurée par des traitements chimiques, modérés mais quasi systématiques.


Objectifs et motivations des évolutions

  • Augmenter l’autonomie alimentaire sur l’élevage.
  • Réduire les traitements phytosanitaires en maintenant les marges.
  • Limiter l’impact sur l’environnement et la santé.


Les changements opérés

La rotation a été allongée avec l’introduction de luzerne et fétuque–trèfle violet à la place d’une partie des céréales. Jean-Yves Briand a fortement réduit ses passages fongicides : grâce aux observations, au choix de variétés plus résistantes et à l’échange au sein du groupe. Il est aussi plus autonome dans ses décisions.

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Le système de culture actuel

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Dans ce système, les agresseurs sont gérés par une combinaison de plusieurs leviers :

  • Une lutte chimique modulée selon les adventices/maladies présentes.
  • Un choix de variétés peu sensibles (céréales) et vigoureuses (maïs).
  • Des faux-semis ou labours occasionnels.
  • L’arrivée de luzerne qui étouffe et épuise les adventices par des fauches répétées.


Résultats attendus

  • Conserver ses marges céréales et rendements maïs avec moins de pesticides et de passages.
  • Tolère la présence de mauvaises herbes annuelles. Veut maîtriser les vivaces (folle avoine, chardons, rumex et liserons).
  • Tolère des dégâts sur maladies et ravageurs céréales.
  • Impasse régulateur.


Focus 1 : Choisir des variétés tolérantes et observer pour diminuer les fongicides

© Clarisse Boisselier.

Jean-Yves Briand est beaucoup plus attentif au choix de ses variétés de céréales par rapport à la sensibilité aux maladies. Il ne sème pas avant fin octobre et modère ses apports d’azote.

Il observe régulièrement ses cultures et est devenu plus tolérant : il accepte des symptômes, n’intervient pas tant que les seuils d’interventions ne sont pas dépassés. Il est même prêt à perdre quelques quintaux tant que la marge est maintenue. Jean-Yves vise un seul passage même sur ses blés. Et depuis 4 ans, il a réussi à maintenir ses rendements avec un seul fongicide !


Focus 2 : L’arrivée de la luzerne sur l’exploitation

© Clarisse Boisselier

"J’ai introduit la luzerne pour couper les rotations maïs/céréale sur les parcelles éloignées. Et aussi pour diversifier ma ration à base de maïs ensilage et gagner en autonomie alimentaire. La première coupe est souvent moyenne mais il faut savoir attendre. Les suivantes sont meilleures ! La luzerne valorise des terres qui ont des petits potentiels. Et pendant au moins 4 ans je ne traite pas ! J’ai démarré avec 4 ha de luzerne et j’en ai maintenant 10 ha. »

Sur cette zone séchante la luzerne peut atteindre un rendement supérieur au maïs et résiste bien au stress hydrique. Elle est enrubannée et distribuée à la mélangeuse : l’ensilage coûterait moins cher mais Jean-Yves vise la facilité de distribution et le gain de temps de travail depuis le départ du salarié.

"La récolte a un coût mais je m’y retrouve sur la santé des vaches : les frais vétérinaires ont baissé ! Et les achats de tourteau de soja aussi."


Témoignage du producteur

Jean-Yves Briand.© Clarisse Boisselier

Pourquoi avoir modifié vos pratiques ?

"J’ai pris conscience que l’on peut diminuer l’utilisation des pesticides sans pénaliser l’exploitation. Alors ne faire qu’un seul fongicide sur mes céréales en gardant mon rendement ça me va ! Et sur mes rotations maïs/blé, je vois bien que j’ai du mal à maîtriser : j’ai des graminées, des vivaces. Mes coûts de désherbage ont augmenté. La diversification des cultures avec la luzerne, le méteil, ça répond aussi à mon souhait de gagner en autonomie alimentaire. Ça m’a permis de varier ma ration et de diminuer les produits phytosanitaires. Mon objectif c’est d’être plus autonome dans mes décisions : avoir les éléments pour ne pas faire du systématique et n’intervenir que si besoin."


Quelles sont les conséquences sur votre travail ?

"Je ne fais plus de systématique. Je passe plus de temps à surveiller mes cultures et à m’interroger sur l’intérêt de faire ou non. Sur les céréales, je vais observer les maladies, comparer aux seuils. Et j’essaie de gérer en amont : choix des variétés, dates et densité de semis, diversification des cultures. Finalement, je traite moins et je gagne du temps car j’applique ces règles sur la totalité de la ferme."


Si c’était à refaire ?

"Je le referai ! J’ai gagné en autonomie de décision, en autonomie alimentaire et maintenu mes rendements en faisant moins de traitements ! Et puis avec le groupe, on partage, on confronte nos décisions, on progresse ensemble !"


Quelles perspectives pour demain ?

"Je pense augmenter la surface en méteil, implanté fin 2014, et maintenir ma surface en luzerne. Ensuite il va falloir que je trouve des solutions pour limiter mes désherbages. Mais avec l’allongement des rotations et d’autres leviers comme le désherbage mécanique avec la houe sur maïs, voire sur céréales, j’espère que la pression va baisser. Je veux aussi tester des mélanges multi espèces pour jouer sur la concurrence des couverts végétaux avec les mauvaises herbes. J’aimerais que d’autres agriculteurs fassent le pas : dans le groupe on a tous réduit nos fongicides, moi de moitié en 4 ans. D’autres peuvent le faire aussi !"


Le regard de l’ingénieur réseau DEPHY Thomas Roland

Clarisse Boisselier.

Il y a eu du changement sur la ferme de Jean-Yves Briand. Le questionnement sur la rotation maïs/céréales a débouché sur une réflexion plus globale sur l’exploitation. Et sur tous les systèmes de cultures présents (avec prairies, légumes…).

Jean-Yves et son épouse en sont venus à s’interroger sur l’avenir de l’exploitation, leur travail, leurs objectifs économiques, personnels (notamment se dégager du temps). Au final, ils se sont recentrés sur le lait, ont mis plus de parcelles en pâture, redessiné les paddocks, et arrêté les légumes. On ne peut pas dissocier les cultures et l’élevage : l’introduction de luzerne, de fétuque-trèfle violet, de méteil est aussi venue de la réflexion sur la ration, l’autonomie.

Au niveau des fongicides céréales, il n’y a qu’une application par an. Jean-Yves est plus tolérant vis-à-vis des maladies et accepte de perdre quelques quintaux si la marge est là. Il nous reste à travailler sur la maîtrise des adventices avec des graminées difficiles, et à accompagner les nouveaux changements : l’arrivée d’une houe, les interrogations sur l’arrêt de l’orge gourmande en phytos, sur le choix des couverts en inter-culture et le semis direct.


Les performances du système de culture

En 2014, l’IFT herbicide a augmenté suite au passage supplémentaire à l’automne sur les céréales pour lutter contre les graminées (+ 50%). Depuis l’entrée dans le réseau, les fongicides ont été réduits de 70% sur blé et 40% sur triticale.

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Autres indicateurs Evolution Remarques
Economique Produit brut = La marge brute a globalement augmenté sur le système étudié, avec une baisse des charges. Produit brut difficile à calculer sur un système de culture en évolution avec plus de cultures fourragères et moins de cultures de vente. L’augmentation de l’autonomie fourragère est à prendre en compte. Sur l’exploitation, même avec l’arrêt des légumes, le produit brut s’est maintenu.
Charges phytos -
Charges totales -
Marge brute +
Charges de mécanisation = Les charges s’équilibrent : des récoltes de luzerne en plus, mais des coûts de mise en place des cultures en moins.
Temps de travail = Plus de suivis et d’observations, plus de récoltes (luzerne) mais moins de semis et de passages de fongicides.
Rendement = Les rendements sont maintenus.
Niveau de maîtrise Adventices = L’effet de la luzerne se verra après la destruction des premières parcellesimplantées en 2011.
Maladies + Le choix des variétés, des dates et densités de semis ont limité la pression sur céréales
Ravageurs =


Source

Introduire de la luzerne sur les parcelles éloignées et viser un fongicide sur céréales : mieux pour le troupeau et moins de phytos - Fiche trajectoire DEPHY. Document réalisé par Clarisse Boisselier, Ingénieur réseau DEPHY, Chambre d’agriculture du Morbihan en décembre 2014.


Action pilotée par le ministère chargé de l'agriculture, avec l’appui financier de l’Office national de l'eau et des milieux aquatiques, par les crédits issus de la redevance pour pollutions diffuses attribués au financement du plan Ecophyto

Logos REXBriand.png


Annexes

Outils d'aide à la décision évoqués

Leviers évoqués dans ce système

Bioagresseurs évoqués

Cultures évoquées

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