De l'art de récolter le soleil et de cultiver la pluie, Masterclass avec Hervé Covès
![]()
Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !
Aujourd'hui, on continue le cycle avec Hervé Covès : L'art de récolter le soleil et de cultiver la pluie : sur le chemin de la fécondité.
En partenariat avec Arbre & Paysage 32 & Pour une Agriculture du Vivant
Introduction
Cette masterclass avec Hervé Covès s’ouvre dans un contexte de confinement et d’incertitude. Hervé Covès commence par une affirmation simple, qu’il présente comme l’idée essentielle à retenir :
- la vie est belle
Il reconnaît le caractère presque provocateur de cette phrase dans une période troublée, mais il explique que cette conviction s’enracine dans l’observation du vivant. Depuis la campagne corrézienne où il se trouve, il partage une vision du monde et de l’agriculture fondée sur la résilience de la nature, sur sa capacité à redémarrer après les catastrophes, et sur la possibilité de reconstruire des systèmes agricoles féconds.
L’objectif de cette intervention est donc d’ouvrir des portes : montrer comment l’agriculture peut s’inspirer des grands processus du vivant pour produire autrement, restaurer les sols, l’eau, la biodiversité, et redonner du sens au métier d’agriculteur.
Un constat de dégradation des milieux
Hervé Covès montre d’abord plusieurs images illustrant la rudesse du monde actuel.
L’érosion des sols
Il évoque des situations où les sols sont détruits par l’érosion hydrique : la terre est emportée, les alluvions s’accumulent en bas de parcelle, les jeunes pousses sont recouvertes. Cela révèle des sols sans structure, incapables de tenir face aux pluies.
Il évoque aussi l’érosion éolienne : des terres agricoles françaises deviennent si appauvries que le vent emporte leur surface sur de grandes distances. Ces images, qui pourraient faire penser au désert, sont pourtant prises en France.
Les incendies
Une photographie de Californie montre une montagne en feu, avec la dernière haie encore visible avant la destruction. Hervé Covès rappelle l’ampleur de ces incendies et souligne que ce type de phénomène commence aussi à inquiéter en Europe.
Les invasions biologiques
Il présente aussi une image prise en Provence : une gigantesque toile d’araignée de près de 300 mètres de long, produite en quelques nuits par une population d’araignées. Cette image spectaculaire sert à introduire la question des invasions biologiques.
Le Covid, dit-il, nous rappelle que beaucoup de choses circulent. Il relie cela à d’autres phénomènes vécus par les agriculteurs : nouvelles maladies, nouveaux ravageurs, nouvelles menaces. Il cite notamment :
- des bactérioses sur l’olivier ;
- des problèmes dans certaines productions fruitières ;
- l’arrivée de nouvelles punaises dans les vergers.
Selon lui, plusieurs scientifiques expliquent ces invasions par l’érosion de la biodiversité, la déforestation et l’appauvrissement de la vie dans les campagnes.
La résilience de la nature
Face à ces images de destruction, Hervé Covès oppose des images de renaissance.
Même le désert peut germer
Il montre d’abord une plantule en train de germer dans le sable. Le message est clair : même quand tout semble perdu, quelque chose peut repartir.
Une autre image, prise en Afrique du Sud, montre un sol craquelé par la sécheresse, mais où une petite pluie suffit à faire refleurir la vie dans les fissures. Pour lui, cette scène manifeste la présence constante de la vie, prête à redémarrer dès que les conditions le permettent.
La montagne brûlée refleurit
Revenant sur l’exemple californien, il montre le même site au printemps suivant : après l’incendie, une floraison spectaculaire recouvre le paysage de jaune, d’orange et de rose. Il souligne que cette efflorescence fut visible jusque depuis la station spatiale internationale.
Pour lui, cette capacité de résilience est fondamentale :
- même après un chaos, même après une catastrophe, la vie est toujours là
Planter des arbres pour faire revenir l’eau
Hervé Covès montre ensuite des enfants plantant des arbres dans la zone sahélienne. Cette image lui permet d’aborder une idée centrale de son exposé : la relation entre l’arbre, la pluie et la restauration des milieux.
Il rappelle l’intuition rendue célèbre par L’homme qui plantait des arbres : en plantant des arbres, la pluie revient et les sources redonnent de l’eau.
Il pose alors une question volontairement radicale :
- est-on prêt à croire qu’en plantant des arbres, on puisse lutter contre le désert ?
- qu’en plantant des arbres, on puisse reverdir des zones apparemment incultes ?
- qu’en plantant des arbres, on puisse faire revenir l’eau ?
Selon lui, ces processus sont réels et observables. La suite de la masterclass vise précisément à explorer les mécanismes naturels qui rendent cela possible.
Les migrations animales comme respiration de la planète
Hervé Covès commente une animation scientifique retraçant, sur dix ans, les déplacements d’animaux migrateurs équipés de balises : oiseaux, mammifères, tortues, baleines.
Une circulation planétaire du vivant
Il décrit ces grandes migrations comme une respiration annuelle de la Terre. Les animaux montent vers le nord au printemps, puis redescendent vers le sud à la fin de l’été. Ces trajectoires relient :
- l’Afrique de l’Est ;
- le Proche-Orient ;
- l’Europe centrale et du Nord ;
- l’Asie ;
- les océans.
Il insiste en particulier sur le corridor passant par l’Éthiopie, le Soudan, l’Égypte, le Sinaï, Jérusalem, le Liban, la Syrie, la Turquie, la Roumanie, la Hongrie, l’Autriche, puis vers Hambourg et le Schleswig-Holstein.
Les oiseaux transportent aussi des micro-organismes
Pour Hervé Covès, ces migrations ne transportent pas seulement des animaux. Elles mettent aussi en mouvement :
- des graines ;
- des bactéries ;
- des virus ;
- des champignons ;
- des inoculums mycorhiziens.
Il propose plusieurs images pour le faire comprendre : une musaraigne mange un ver de terre, une cigogne mange la musaraigne, puis en migrant, elle transporte jusqu’en Europe les micro-organismes associés. De même, les coucous revenant d’Espagne peuvent rapporter avec eux des organismes adaptés à davantage de chaleur, moins d’eau ou davantage de salinité.
Ces flux biologiques participent selon lui à l’adaptation des écosystèmes aux changements.
Lien entre migrations et régulation des maladies
Hervé Covès cite le cas de la pyrale du buis. Il raconte que des chercheurs ont trouvé le même virus régulateur à la fois en Éthiopie et dans le nord de l’Allemagne. Pour lui, cela peut s’expliquer par les transports biologiques liés aux migrations.
Il cite également des travaux de phytopathologistes berlinois : autrefois, les maladies des plantes trouvaient souvent leur régulation en quelques années. Aujourd’hui, il faut parfois de 30 ans à un siècle.
Dans le même temps, le nombre d’oiseaux migrateurs a fortement diminué. Hervé Covès pose alors une hypothèse :
- dix fois plus de temps pour régler les maladies, dix fois moins d’oiseaux dans le ciel : ces faits sont-ils liés ?
Le rôle des arbres comme corridors
Depuis le développement des civilisations méditerranéennes, dit-il, les forêts ont été coupées, les paysages surpâturés, et les grands corridors boisés ont disparu. Or les oiseaux ont besoin de refuges, ne serait-ce que pour échapper à leurs prédateurs.
Il en conclut que nous avons besoin d’arbres, et plus précisément de corridors écologiques reliant le nord au sud et le sud au nord. Ces continuités paysagères sont pour lui un élément primordial du fonctionnement terrestre.
Le sol comme réseau vivant
Après l’échelle planétaire, Hervé Covès passe à l’échelle microscopique avec une vidéo montrant un champignon cultivé avec une bactérie du genre Pseudomonas.
L’autoroute des champignons
La vidéo montre des bactéries circulant à très grande vitesse autour d’un filament fongique. Cette zone liquide autour du mycélium est décrite comme une zone d’hyperfluidité. Les bactéries y circulent rapidement, et l’eau elle-même y circule.
Pour Hervé Covès, cela révèle que le sol est traversé par de véritables réseaux :
- les champignons explorent le sol ;
- ils mettent les bactéries en mouvement ;
- ils connectent entre eux différents organismes végétaux et microbiens.
Il parle alors d’« autoroute des champignons ».
Tous les champignons partagent un même appareil digestif
Le champignon digère par l’extérieur. Si plusieurs champignons coexistent dans un même volume de sol, leurs zones d’hyperfluidité peuvent entrer en relation. Dès lors, les éléments disponibles dans une partie du réseau peuvent être redistribués ailleurs.
Hervé Covès prend l’exemple :
- d’un champignon saprophyte qui décompose du bois ;
- connecté à un champignon mycorhizien associé à un blé.
Dans ce cas, le bois décomposé, les feuilles mortes, les sucres fournis par le blé et les nutriments issus de la décomposition peuvent circuler dans le réseau.
Ce que cela change dans la vision de la fertilité
Pour lui, cela modifie profondément la manière de penser les cultures associées. Il donne l’exemple d’un système framboisier–trèfle blanc :
- avec le trèfle seul, environ 30 unités d’azote par hectare sont fournies ;
- dans un système partagé avec framboisiers et réseau mycorhizien, il a mesuré jusqu’à 110 unités.
Selon lui, l’azote n’attend donc pas nécessairement la destruction du couvert pour être disponible : dans un système vivant et bien mycorhizé, il circule en continu.
Il annonce alors une question décisive, à laquelle il reviendra :
- qu’est-ce qui permet d’avoir un réseau mycorhizien important ?
Le vieil arbre comme mémoire immunitaire de l’écosystème
Hervé Covès consacre ensuite une longue séquence à la figure du vieil arbre.
Une immense diversité fongique
Sous un très vieux hêtre ou un vieux chêne, on trouve selon lui une diversité extraordinaire de champignons, dont beaucoup de champignons mycorhiziens. Il raconte avoir observé près de 960 champignons sur un très vieil arbre.
Ce qui le frappe, c’est que l’on trouve sous ces arbres non seulement les champignons qui leur sont directement associés, mais aussi des champignons liés à d’autres plantes de l’écosystème, comme si le vieil arbre portait en lui une mémoire de la flore fongique environnante.
Le vieil arbre a traversé les crises
S’il est toujours là après 300 ou 400 ans, c’est qu’il a traversé :
- sécheresses ;
- canicules ;
- gels ;
- tempêtes ;
- maladies ;
- accidents divers.
Pour Hervé Covès, cela signifie qu’il contient en lui une expérience écologique accumulée. Grâce aux réseaux souterrains, cette expérience peut bénéficier aux jeunes plantes qui poussent autour.
Il résume cette idée par une formule forte :
- le vieil arbre est la mémoire immunitaire d’un écosystème
Une rareté dramatique
Dans les forêts tropicales, dit-il, on rencontre un très vieil arbre tous les 100 hectares environ. En France, les vieux arbres réellement remarquables sont très peu nombreux.
Pour lui, un système vivant aurait besoin d’une présence bien plus importante de vieux arbres. Il y voit un élément clef de la résilience écologique.
Biodiversité, émergence et régulation naturelle
Hervé Covès illustre ensuite cette idée avec le cas de Drosophila suzukii.
Quand cette mouche ravageuse est arrivée en France, les dégâts ont été très importants. Pourtant, près d’une zone Natura 2000 riche en biodiversité, il a observé une parcelle de petits fruits dans laquelle des formes de régulation ont émergé rapidement.
Il cite plusieurs auxiliaires qui ont commencé à intégrer la drosophile à leur régime alimentaire :
- des insectes prédateurs ;
- des estaphylins ;
- des guêpes parasitoïdes ;
- des chrysopes ;
- des araignées salticides.
Ce qui l’intéresse, c’est que ces réponses n’étaient pas présentes d’emblée : elles ont émergé dans un milieu riche en vie. Au bout de trois ans, environ 10 % des insectes qu’il suivait avaient intégré la drosophile dans leur régime.
Pour lui, cela montre qu’un milieu très vivant est capable d’innovation écologique.
Beauté, arbres et relation sensible au vivant
Au cours d’un échange avec Marceau Bourdarias, grimpeur d’arbres, la question de la beauté est abordée.
Marceau insiste sur la beauté extrême des vieux arbres, sur leur architecture, sur leur capacité à accueillir des millions de vies, et sur le fait que grimper dans un vieil arbre, c’est découvrir « un monde dans le monde ».
Hervé Covès prolonge cette idée : ce que nous trouvons beau dans la nature est peut-être aussi ce qui est fonctionnel. Le désir spontané des enfants de grimper dans les arbres traduit peut-être une relation juste et profonde au vivant.
Il évoque à ce sujet le projet Des enfants et des arbres, qui vise à permettre à des élèves de planter des arbres chez des agriculteurs, en agroforesterie.
Des paysages agricoles structurés par les arbres
Hervé Covès présente ensuite plusieurs exemples de paysages agricoles où l’arbre structure la production.
Petits fruits avec bosquet central
Dans une exploitation de petits fruits, un bosquet laissé au milieu des parcelles concentre l’essentiel de la biodiversité utile à la protection des cultures alentours.
Vignes entourées d’arbres
Dans le sud-est de la France, il montre un système viticole où chaque parcelle de vigne est bordée d’arbres et connectée à une ripisylve puis à un massif forestier. Cela permet la circulation des auxiliaires et de la vie.
Design hydrologique et lignes boisées
Aux États-Unis, sur des terres confrontées à la sécheresse, des lignes d’arbres suivant les courbes de niveau soutiennent à la fois :
- la rétention d’eau ;
- l’hydratation du paysage ;
- l’activité microbiologique du sol.
Hervé Covès rappelle qu’un arbre peut agir biologiquement jusqu’à environ deux fois et demie sa hauteur.
Agroforesterie dense et productivité accrue
Il cite le cas de Mark Shepard, qui a installé de nombreuses lignes d’arbres fruitiers et forestiers, combinées à des cultures, de l’élevage et des cochons. Sur une quarantaine d’hectares, ce système a permis de faire vivre trois familles là où auparavant une seule famille peinait à vivre.
Pour Hervé Covès, ces systèmes montrent que l’arbre :
- réhydrate les sols ;
- supprime l’érosion ;
- augmente la productivité du paysage ;
- restaure la fertilité.
Le carbone, c’est la vie
Interrogé sur le carbone, Hervé Covès répond de manière très directe :
- la vie, c’est du carbone
Pour lui, le carbone n’est pas une abstraction ni seulement une taxe ou une question climatique. C’est la matière de base du vivant. Les plantes ont la capacité extraordinaire de cristalliser le carbone de l’air sous forme de vie.
Les plantes font monter le carbone dans la vie
Ancrées dans le sol et dressées vers la lumière, les plantes captent l’énergie solaire et fixent le carbone atmosphérique. Toute la chaîne alimentaire repose là-dessus.
Les agriculteurs se trouvent ainsi à l’interface entre le soleil, le sol et la vie :
- ils peuvent aider à faire entrer l’énergie solaire dans les sols ;
- ils peuvent soutenir les processus vivants ;
- ils peuvent redevenir producteurs de vie, de biodiversité, d’eau et de paysages.
Le carbone stocké est du carbone vivant
Hervé Covès souligne que lorsqu’on parle de stocker du carbone dans les sols, on parle en réalité de l’augmenter sous forme de vie. Dans les systèmes arborés et pérennes, cette dynamique peut être très forte.
Fertilité et fécondité
Une des distinctions importantes de cette masterclass est celle entre fertilité et fécondité.
La fertilité
La fertilité renvoie au fait qu’un sol est capable de produire.
La fécondité
La fécondité ajoute autre chose : la relation. Pour Hervé Covès, être fécond, c’est faire naître quelque chose de plus grand que la simple somme des éléments en présence. Il applique cette idée à la relation entre l’agriculteur et sa terre.
Il dit en substance qu’il ne s’agit pas seulement d’exploiter un sol, mais d’apprendre à aimer la terre et à comprendre de quoi elle a besoin. Il compare cela à une relation d’amour : on ne décrète pas la manière juste d’aimer, on l’apprend dans la relation.
Il voit dans cette relation féconde un moyen de redonner du sens à l’agriculture, face au découragement, à la souffrance et au désespoir qui touchent beaucoup d’agriculteurs.
Les systèmes syntropiques
Hervé Covès présente ensuite plusieurs exemples de ce qu’il appelle l’agriculture syntropique.
Amazonie restaurée
Dans d’anciens secteurs déforestés d’Amazonie devenus presque improductifs, des plantations d’arbres combinées à des productions maraîchères, fruitières et vivrières ont permis de restaurer le sol et de recréer des paysages extrêmement productifs.
Il évoque notamment le travail d’Ernst Götsch au Brésil. Parti avec l’idée de produire du cacao, il a dû faire face à l’effondrement du modèle économique initial. En introduisant des eucalyptus, puis en les coupant régulièrement et en laissant le bois se décomposer, il a observé la reconstruction du sol.
En 40 ans, dit Hervé Covès, environ 40 cm de sol se sont reformés. Le système fait aujourd’hui vivre de nombreuses familles, avec :
- du maraîchage ;
- des fruits ;
- du cacao ;
- du bois ;
- une biodiversité redevenue très importante ;
- une température abaissée d’environ 10 °C par rapport aux zones voisines ;
- le retour des sources.
Portugal
Au Portugal, dans des oliveraies en conversion, il montre des systèmes combinant oliviers, légumes, arbres de bois et arbres fruitiers. Après les incendies, de nouveaux paysages productifs émergent sur d’anciens secteurs d’eucalyptus brûlés.
Pour lui, ces systèmes sont particulièrement intéressants dans un contexte de méditerranéisation du climat européen.
Le rôle des arbres dans les parcelles céréalières
Hervé Covès présente aussi des exemples plus proches des grandes cultures.
Diversité végétale et diversité fongique
Si l’on associe dans une haie ou dans un paysage :
on obtient selon lui une bien plus grande diversité de champignons mycorhiziens que dans un système simplifié. Certaines plantes jouent un rôle de médiation en partageant des champignons avec les cultures et avec les arbres.
Conditions nécessaires
Mais cela ne fonctionne que si certaines conditions sont réunies :
- le sol ne doit jamais rester nu ;
- le réseau mycorhizien ne doit pas être détruit par le travail du sol ;
- certains fongicides systémiques doivent être évités ;
- les engrais phosphatés très solubles, en particulier les superphosphates, peuvent détruire ou affaiblir fortement les mycorhizes.
Pour Hervé Covès, il faut réapprendre au sol à fonctionner par lui-même. Un sol qui a longtemps été dépendant d’intrants perd certaines fonctions ; il faut donc l’aider à les retrouver progressivement.
Commencer par les bordures
Il explique que la restauration peut commencer simplement :
- en laissant des bandes enherbées ;
- en travaillant les bordures de parcelles ;
- en reconstituant des interfaces entre cultures, haies, ripisylves et bois.
Ces interfaces permettent à la diversité fongique de se reconstituer, puis d’essaimer vers l’intérieur des parcelles.
Une productivité totale plus élevée
Hervé Covès soutient qu’avec 10 % de la surface occupée par des arbres, on peut perdre une petite partie de la culture principale, mais gagner :
- en résilience ;
- en baisse d’intrants ;
- en baisse de travail du sol ;
- en nouveaux produits : fruits, bois, noix, châtaignes, fourrage.
Il affirme que la productivité totale du paysage peut dépasser celle d’un système spécialisé. Il donne des ordres de grandeur :
- 100 calories dans un système simple ;
- jusqu’à 160 calories dans un système agroforestier ;
- jusqu’à 230 calories en ajoutant certaines productions animales dans le système.
Il relie cette réflexion à l’histoire des territoires : en Corrèze, dit-il, la production agricole du début du XXe siècle permettait de nourrir beaucoup plus d’habitants qu’aujourd’hui. Pour lui, il existe donc une marge très importante entre ce qui était possible autrefois et ce qui pourrait être recréé aujourd’hui avec les outils modernes.
Une trajectoire de vie agricole inspirée de la succession forestière
Un des moments les plus originaux de la masterclass est la manière dont Hervé Covès met en parallèle la succession écologique d’une forêt et la trajectoire de vie d’un agriculteur.
Il imagine ainsi une progression :
- Le maraîchage : au début de la vie, sur petite surface, pour démarrer vite et nourrir la famille.
- Les petits fruits : framboises, groseilles, cassis, comme stade suivant vers davantage de pérennité.
- Les fruits d’été : prunes, pêches, abricots.
- Les fruits d’automne : pommes, poires.
- Les arbres de cœur de forêt : châtaigniers, noyers, amandiers, oliviers selon les régions, préparant la retraite.
- Le vieil arbre : témoin d’une vie entière, autour duquel se transmet un sol plus riche et plus vivant à la génération suivante.
Cette vision lui permet d’exprimer une idée très forte : une vie passée à aimer la terre peut laisser derrière elle un sol et un paysage en bien meilleur état que ceux dont on avait hérité.
Installer des gardiens de la vie
Pour recréer des cœurs de biodiversité sur les fermes, Hervé Covès propose une idée concrète : sur de grandes exploitations, consacrer par exemple 1 % de la surface à l’installation de jeunes, avec pour mission d’être des « gardiens de la vie ».
Ces personnes pourraient développer sur quelques hectares :
- du maraîchage ;
- des arbres fruitiers ;
- des haies ;
- des zones riches en fleurs ;
- des lieux très attractifs pour la biodiversité.
Selon lui, ces cœurs de vie permettraient ensuite au vivant de recoloniser progressivement le reste de la ferme.
Le ver de terre et les ingénieurs du sol
Au cours des échanges, la question des vers de terre est abordée.
Ils sont présentés comme des acteurs essentiels :
- ils recyclent la matière organique ;
- ils l’intègrent au sol ;
- ils restaurent la structure ;
- ils participent à la fertilité et à la fécondité du milieu.
Il est rappelé qu’un sol peut aujourd’hui être très pauvre en vers de terre, parfois moins de 50 kg par hectare, alors qu’un bon niveau pourrait être autour d’une tonne par hectare, voire davantage en phase de régénération.
Le retour des vers de terre dépend surtout de quelques conditions simples :
- nourrir le sol avec de la matière organique fraîche ;
- éviter le retournement systématique ;
- maintenir une couverture végétale.
Les limaces : un autre regard sur les ravageurs
En conclusion, Hervé Covès prend l’exemple des limaces pour illustrer l’idée qu’un organisme perçu comme nuisible peut en réalité remplir des fonctions écologiques essentielles.
Selon lui, les limaces :
- digèrent certains champignons pathogènes ;
- épargnent souvent davantage les spores de champignons mycorhiziens ;
- participent à la reproduction de nombreux champignons en dispersant leurs spores ;
- consomment la matière organique en décomposition.
Il va jusqu’à suggérer qu’elles jouent un rôle dans les équilibres hydriques, en limitant certaines productions de spores qui pourraient intervenir comme noyaux de condensation.
Même si cette proposition reste formulée dans un esprit exploratoire, elle sert à rappeler un principe fondamental de sa pensée :
- dans la nature, même ce qui nous gêne a souvent une fonction
Conclusion
La masterclass d’Hervé Covès propose une vision de l’agriculture profondément fondée sur le vivant.
Les grandes idées qui traversent l’ensemble de son intervention sont les suivantes :
- la nature possède une immense capacité de résilience ;
- les arbres jouent un rôle central dans le retour de l’eau, de la biodiversité et de la fertilité ;
- les migrations animales relient les écosystèmes à l’échelle planétaire ;
- le sol est un réseau vivant, structuré notamment par les champignons ;
- les vieux arbres sont des mémoires immunitaires des paysages ;
- la biodiversité peut se cultiver ;
- l’agriculture peut devenir plus productive en travaillant avec la complexité du vivant ;
- la relation entre l’agriculteur et sa terre doit être pensée en termes de fécondité, pas seulement de fertilité.
Au-delà des exemples techniques, son message est aussi existentiel. Il appelle à réapprendre à aimer la terre, à coopérer avec la vie, à laisser une place aux arbres, aux vieux arbres, aux corridors, aux interfaces et aux jeunes qui veulent s’installer.
Et il résume tout cela par la phrase qu’il répète dès le début et jusqu’à la fin :
- la vie est belle