Vers des systèmes de cultures conciliant résilience et bas intrants au lycée agricole de la Brosse (89)

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher
Image Vers des syst mes de cultures conciliant r silience et bas intrants au lyc e agricole de la Brosse 89 .png
Cet article est issu de la base GECO. Cliquez ici pour accéder à la page d’origine : Logo Geco

1. Contexte de l’exploitation support des systèmes de culture

L’exploitation agricole du Lycée agricole La Brosse d’Auxerre se situe sur la commune de Venoy dans l’Yonne (89). L’exploitation est de type polyculture-élevage avec une SAU de 178ha dont 100ha en grandes cultures et 6ha en vignes. L’atelier d’élevage est en bovins lait avec 50 UGB. L’exploitation emploie 4 UTH.


Contexte pédoclimatique :


Le climat est semi-continental avec 675mm de précipitations annuelles.


A proximité d’Auxerre, les parcelles sont situées sur les Plateaux de Bourgogne avec deux types de sols prédominants :

  • Rendosol sur calcaire dur : un sol argilo-limoneux superficiel (15 à 30cm), à forte charge en cailloux. La réserve en eau est faible (<50mm), le sol a une forte perméabilité et un pH neutre.
  • Calcosol : la texture est argilo-limono-sableuse avec une MO supérieure à 3%. Le sol est moyennement profond, très calcaire et chargé en éléments grossiers. La réserve en eau est de 80 à 120mm.


Contexte biotique :


Les principales plantes adventices observées sur les parcelles sont le vulpin, le brome et la folle avoine en graminées. Des vivaces telles que le chardon et le rumex sont présentes, ainsi que des dicotylédones telles que le gaillet, la véronique, la renouée des oiseaux, les chénopodes, la sanve et le séneçon.


Les maladies qui s’expriment chaque année sur les cultures sont les suivantes :


Blé : rouille jaune depuis 2014, septoriose, rouille brune


Orge H : rhynchosporiose, helminthosporiose


Pois : oïdium, anthracnose, aphanomyces (suspecté)


Orge P: oïdium


Colza: sclérotinia


Enfin, pour ce qui est des ravageurs, les limaces, pucerons et lièvres posent problème sur céréales. La pression altises, charançons de la tige, charançons du bourgeon terminal, méligèthes, pucerons et charançons des siliques est forte sur colza. Sur pois, les sitones, bruches et thrips provoquent des dégâts, ainsi que les limaces, oiseaux et sangliers sur le chanvre.


Origine de la conception et mise en expérimentation du système


Le programme ARDIPA CAP’Systèmes a pour objectif de capitaliser et communiquer sur les conditions à réunir pour concilier performances, résilience et bas intrants. Il s’agit d’un travail à partir d’expérimentations « système » conduits depuis 2003, en partenariat avec de nombreux instituts et acteurs du milieu agricole en Bourgogne Franche-Comté.


En 2007, le Lycée Agricole de La Brosse est référent Grandes Cultures au niveau de la région Bourgogne et appartient au réseau d’essai Bourgignon SDCI. L’exploitation se retrouve face à plusieurs enjeux : son implication dans la recherche expérimentale, le rôle pédagogique de la ferme, les problématiques de qualité des eaux dans l’Yonne, la volonté d’avoir un système de culture adapté à son secteur.


Un dispositif expérimental sous forme d’expérimentation système a été mis en place entre 2007 et 2017 sur 12 parcelles de l’exploitation du Lycée de la Brosse, ce qui représente une surface de 62ha.


2. Le système de culture

Le système est basé sur une rotation culturale de 7 ans. Chaque culture de la rotation est représentée sur au moins une parcelle chaque année. La rotation est la suivante :



2.1. Les objectifs du système et attentes

Le système veut répondre à plusieurs objectifs, répondant à la triple performance économique, environnementale et sociale :


Avoir un système de culture rentable : en fonction du prix du blé, une marge brute d’au moins 580€/ha (si blé à 180€/tonne) et au moins 250€/ha (si blé à 100€/tonne) sans les aides PAC.


Avoir une eau de qualité : diminution des produits phytosanitaires (IFT inférieur à 2.7 soit -50% des l’IFT des systèmes de culture de référence au niveau régional), note iphy eaux profondes supérieure à 7, diminution à moins de 30kg/ha/an de fuites de nitrates vers les eaux souterraines


Réduire la consommation énergétique à un seuil inférieur à 9 GJ/ha/an


Ne pas dégrader le niveau de salissement des parcelles : pas d’augmentation du nombre d’adventices par m², pas de chardons (excepté sur le pois de Printemps)


Concilier le temps de travail entre les trois ateliers, avec une priorité pour l’atelier lait.


Conserver un potentiel de production :

  • Blé 55 q/ha
  • Colza 25 q/ha
  • Orge H 55 q/ha
  • Orge P 40 q/ha
  • Pois P 30 q/ha
  • Chènevis 800 kg/ha, Paille de chanvre 3 T/ha
  • Des objectifs de qualité Blé meunier >11,5 % en protéines, Blé biscuitier 10 <  < 11,5 %, Orge brassicole 10 < < 11 % protéines


2.2. Stratégies de gestion des bio-agresseurs et leviers employés

Plusieurs leviers de maîtrise des adventices, maladies et ravageurs sont mobilisés :

  • diversité des cultures dans la rotation,
  • alternance des dates de semis (Printemps / Automne, dates de semis tardives),
  • lutte physique : alternance de labour, travail superficiel et faux semis. Labour avant pois d’hiver, chanvre et orge de Printemps
  • contrôle cultural : choix de variétés résistantes, association de colza avec une variété précoce
  • Utilisation de biocontrôle contre le sclerotinia du colza
  • Lutte chimique
  • Ajustement de l’alimentation azotée par la méthode des bilans et le fractionnement des apports.


Les règles de décisions sont adaptées en fonction des cultures de la rotation. Le schéma suivant permet de synthétiser les règles de décision pour la gestion des adventices :



Le schéma suivant permet de résumer les règles de décisions pour la gestion des maladies et ravageurs :



3. Résultats et performances

Pour chaque culture, le niveau de maîtrise des bioagresseurs est défini, ainsi que les facteurs de réussites ou d'échecs conduisant à ces résultats.


Colza: Maîtrise des adventices souvent insuffisante (perte de rendement certaines années et dégradation de la qualité à la récolte. Le désherbage mécanique a été non réalisé ou insuffisant, et la forte concurrence du chardon n'a pas permis une maîtrise suffisante des adventices. Le semis trop tardif (début septembre), et le manque de peuplement à la levée (limaces, qualité du semis, ravageurs) ont induit une mauvaise implantation de la culture.


Blé de colza: Maîtrise des adventices satisfaisante grâce aux faux semis répétés, le retard de date de semis et le désherbage en sortie d'hiver. Néanmoins, il y a eu des échec des faux semis (pas de jours disponibles) avec des problèmes d'humidité au sol et de repiquage sur des adventices trop développées. A cause du climat sec, le vulpin a levé en même temps que les céréales. De plus, la densité de semis était faible pour des variétés hybrides.


Orge d’hiver: Maîtrise des adventices satisfaisante grâce aux faux-semis répétés et au retard de la date de semis. Quelques échecs de faux-semis ont été observés à cause du repiquage sur des adventices trop développées et un sol humide. De plus, un désherbage chimique trop tardif n'est pas efficace s'il y a une très forte densité de vulpins.


Chanvre: Bonne maîtrise des adventices car culture étouffante, mais constat d'un manque de peuplement (limace, corbeaux) et d'une alimentation azotée insuffisante.


Blé de chanvre: Bonne maîtrise grâce au précédent cultural, et l’utilisation d’herbicide en sortie d'hiver.


Orge de printemps: Bonne maîtrise sauf sur chardon dans les années récentes. Le désherbage mécanique est plus facile à réussir car les adventices sont moins développées lors des passages, sauf pour lutter contre les chardons (pas d'efficacité).


Pois de printemps: Maîtrise des adventices satisfaisante sauf sur chardon et folle avoine grâce à une bonne qualité d'implantation et au désherbage chimique précoce. Il n'y a pas eu de désherbage chimique sur chardons, ce qui explique cette mauvaise maîtrise.


Globalement, les objectifs de rendements sont atteints sauf pour la culture de colza pour laquelle la pression des ravageurs n’a pas permis un développement suffisant de la culture. Au niveau de la qualité, les niveaux de teneurs en protéines du blé sont faibles, entre 9.5% et 10.5%.



Ce système de culture, innovant par sa rotation longue et un ensemble de leviers de gestion des bioagresseurs mobilisés, a permis de maîtriser les vulpins. Il n'y a pas eu de dérive avec les dicotylédones annuelles. Néanmoins, de nouvelles adventices telles que les gaillets et l'émergence de chardons et chardons-marie sont à suivre. De manière générale, les colzas sont salis du fait de l'absence de désherbage chimique ou mécanique en automne. Au niveau des maladies, le niveau de résultat est satisfaisant. Une impasse de fongicide contre la septoriose sur le blé a été possible 3 années sur 5. Néanmoins, une forte pression des ravageurs est observée notamment sur colza (altises, charançons) et céréales (pucerons): le système doit sans cesse être réadapté. La maîtrise des limaces est également délicate au sein de ce système.


Le projet:

Cette étude est inscrite dans le cadre du programme ARPIDA CAP'SYSTEMES : Quelles conditions réunir pour concilier résilience et bas intrants (systèmes intégrés, agriculture de conservation, 0 glyphosate ?, agriculture biologique...) en Bourgogne Franche-Comté.


L'objectif de ce programme est de capitaliser et communiquer sur les conditions à réunir pour concilier performances, résilience et bas intrants à partir d'expérimentations systèmes conduites depuis 2003, ainsi que des ateliers de co-conception de systèmes "0 glyphosate" menés avec les agriculteurs depuis 2018.


Ce travail a été réalisé en partenariat avec l'INRAE, Arvalis-Institut du végétal, Terres Inovia, BioBourgogne, le Lycée agricole de la Brosse, et en réseau avec les lycées agricoles de Dijon-Quétigny, Vesoul, le réseau régional d'expérimentation "système de culture innovants", le réseau DEPHY et RMT Systèmes de Cultures Innovants.


Annexes

Leviers évoqués dans ce système

Bioagresseurs évoqués

Cultures évoquées

Partager sur :