Grand débat "Salon du bien-être animal"
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Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃
Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui un grand débat avec Pierre-Emmanuel Radigue, Mathieu Bessière, Clément Nédellec, Fabienne Gilot (COPYC), Thomas Bernichan.
Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.
Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/
Introduction
Ce grand débat, organisé dans le cadre de la cinquième journée de Paysages in Marciac, porte sur le bien-être animal, l’agroécologie et l’agriculture du vivant. La question centrale posée est la suivante : comment les pratiques agroécologiques et les pratiques d’agriculture du vivant peuvent-elles améliorer les conditions de bien-être des animaux d’élevage ?
L’introduction rappelle qu’une partie des citadins se représente encore l’élevage à travers une image très négative : élevages industriels, animaux entassés, bâtiments sombres, éleveurs uniquement motivés par le profit, pollution liée aux gaz à effet de serre. Cette vision, volontairement caricaturée par l’animateur, est toutefois jugée révélatrice d’un malentendu profond entre monde urbain et monde agricole.
Deux causes principales sont avancées :
- les agriculteurs ont rarement le temps de présenter leur travail ;
- les citadins ont de moins en moins de liens directs avec le milieu rural et l’élevage.
Le débat vise donc à recréer ce lien, en donnant la parole à des éleveurs, techniciens et professionnels de l’élevage, afin qu’ils expliquent leur métier et les pratiques qu’ils développent en faveur du bien-être animal.
L’animateur souligne également un paradoxe français : alors que l’élevage est souvent critiqué, les produits issus de cet élevage — fromages, jambons, viandes régionales — sont largement valorisés. Or ces produits ne « tombent pas du ciel » : ils sont le fruit du travail des éleveurs et de leurs animaux.
Présentation des intervenants
Fabienne Gilot
Fabienne Gilot intervient pour parler des cahiers des charges dans la filière ovine. Elle est responsable de la commission ovine des Pyrénées centrales. Parmi ses missions :
- monter et suivre des cahiers des charges ;
- travailler sur les signes officiels de qualité comme le Label rouge, l’IGP ou le bio ;
- accompagner aussi, à la demande de certains agriculteurs, la création d’autres types de marques, lorsque les producteurs ne se retrouvent pas dans les dispositifs existants.
Elle insiste sur l’importance de la dimension réglementaire et sur l’évolution des attentes autour de la qualité.
Mathieu Bessière
Mathieu Bessière est formateur spécialisé dans le pâturage tournant dynamique. Cette technique vise à améliorer les conditions de pâturage en recherchant un système :
- bon pour le sol ;
- favorable à une production d’herbe importante, diversifiée et riche ;
- bénéfique pour les animaux, qui peuvent tirer pleinement parti de cette herbe ;
- capable de produire à la fois de la productivité et de la qualité.
Son travail consiste à accompagner les éleveurs dans la mise en place de ce type de pâturage dans toute la France.
Clément Nédellec
Clément Nédellec est éleveur de vaches laitières à Simorre, à quelques kilomètres de Marciac. Il explique pratiquer le pâturage tournant et présenter, avec modestie, la manière dont son exploitation cherche à contribuer au bien-être animal.
Pierre-Emmanuel Radigue
Pierre-Emmanuel Radigue est vétérinaire, installé dans le nord-est de la France, à la frontière suisse et allemande. Sa conception du bien-être animal repose sur l’idée d’un animal en équilibre dans son environnement, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Il insiste sur :
- la vérification quotidienne de cet équilibre ;
- l’importance primordiale de l’alimentation ;
- les dimensions physiologiques, endocrinologiques et biochimiques du bien-être.
Définition du bien-être animal
Le débat s’appuie sur la définition du bien-être animal donnée par l’Organisation mondiale de la santé animale, autour de cinq libertés individuelles :
- absence de faim, de soif et de malnutrition ;
- absence de douleurs, de lésions et de maladies ;
- absence de stress hydrique ou thermique ;
- absence de peur et de détresse ;
- liberté d’expression d’un comportement normal de son espèce.
Les intervenants proposent ensuite de traiter ces grands thèmes, non seulement sous l’angle de l’absence de souffrance, mais aussi dans une logique plus positive, par exemple en recherchant la meilleure nutrition possible pour les animaux.
Le pâturage comme levier de bien-être animal
Le pâturage ne garantit pas automatiquement le bien-être
Mathieu Bessière rappelle que, spontanément, lorsqu’on parle de bovins ou d’ovins au pâturage, on pense facilement que le bien-être animal est assuré. Pourtant, un pâturage mal maîtrisé peut conduire à de nombreuses situations problématiques :
- abondance d’herbe à certains moments, puis manque à d’autres ;
- abreuvement mal contrôlé dans de très grandes parcelles ;
- manque d’ombrage ;
- parcelles boueuses en hiver autour d’un râtelier ;
- inconfort général malgré la présence des animaux dehors.
Ainsi, mettre les animaux au pâturage ne suffit pas : encore faut-il que ce pâturage soit bien conduit.
Les principes du pâturage tournant dynamique
L’objectif du pâturage tournant dynamique est d’adapter la bonne quantité d’animaux à la bonne ressource en herbe. Le premier principe est que les animaux doivent disposer en permanence de suffisamment d’herbe pour exprimer leur potentiel de production.
Cela renvoie directement au bien-être :
- bien nourrir les animaux ;
- bien les abreuver ;
- assurer leur santé ;
- leur permettre des performances cohérentes avec leur physiologie.
Mathieu Bessière rappelle que, chez une vache laitière, le lait est constitué à 97 % d’eau : sans eau suffisante, il ne peut y avoir de production laitière correcte.
Le lien sol-plante-animal
Le pâturage conduit aussi à s’intéresser au fonctionnement du sol. Si le sol nourrit mal la plante, alors :
- la plante est carencée ;
- l’animal nourri par cette plante est à son tour carencé ;
- la qualité des produits issus de cet animal s’en ressent.
Le lien entre qualité et diversité floristique est souligné, notamment à travers des études qui montrent la relation entre diversité de la flore pâturée et qualité du fromage.
Observer les animaux pour comprendre leurs besoins
Mathieu Bessière insiste sur une idée forte : au pâturage, les animaux sont dans leur élément, et il faut apprendre à les observer.
Plusieurs exemples sont donnés :
- les grands troupeaux sauvages de ruminants ont inspiré le pâturage tournant : ils se déplacent sans rester jusqu’à épuisement de la ressource ;
- pour déterminer la hauteur idéale de sortie de pâturage, il a suffi d’observer où les vaches coupaient spontanément l’herbe ;
- elles laissent environ 3 cm de limbe au-dessus de la gaine, ce qui protège le sol, nourrit celui-ci, préserve la capacité de redémarrage de la plante et permet aux vaches de consommer la partie la plus tendre.
Ainsi, l’animal lui-même indique le bon compromis entre alimentation, protection du sol et maintien de la prairie.
La diversité végétale comme besoin
D’après les observations d’André Voisin rappelées dans le débat :
- les animaux ne préfèrent pas les mêmes herbes selon les saisons ;
- ce qu’ils ont mangé les jours précédents influence leurs choix ;
- dès qu’ils ont accès à des feuilles d’arbres, ils en consomment.
Cela suggère que les animaux ont besoin de diversité végétale. Mathieu Bessière va jusqu’à considérer que la prairie naturelle fertile, bien gérée et non surpâturée, pourrait être la meilleure prairie possible pour des vaches.
Redonner sa place à la prairie naturelle
Un plaidoyer appuyé est formulé pour redonner ses lettres de noblesse à la prairie naturelle, souvent dévalorisée face aux prairies temporaires ou au maïs.
L’exemple d’un éleveur près d’Aurillac est détaillé :
- prairie naturelle sur un très bon sol ;
- jamais retournée ;
- jamais surpâturée ;
- 7,5 % de matière organique ;
- 55 vaches laitières ;
- seulement 50 ares nécessaires par jour sur cette prairie, contre 60 à 70 ares sur certaines prairies temporaires ;
- jusqu’à 14 tours de pâturage en 2017, soit environ 11,5 tours équivalents ;
- production estimée à environ 23 000 litres de lait par hectare ;
- produit brut à l’hectare d’environ 11 000 euros en bio.
Cette prairie n’a pas été récoltée mécaniquement : elle a simplement été pâturée. Pour Mathieu Bessière, elle constitue un exemple de système à la fois performant, autonome, favorable au sol, à la biodiversité, au stockage de carbone et au bien-être animal.
L’ajout d’arbres y apparaît comme l’étape suivante, apportant :
- ombre ;
- fourrage supplémentaire ;
- amélioration écologique ;
- assainissement des sols.
L’exemple d’un élevage laitier à Simorre
Présentation de l’exploitation
Clément Nédellec présente son exploitation :
- 220 hectares ;
- entièrement en prairie depuis trois ans ;
- 160 vaches jersiaises ;
- lait intégralement collecté par Biolait ;
- encore 40 mères charolaises au moment du débat, appelées à sortir du système ;
- matériel géré en CUMA intégrale avec quatre voisins.
Origine du changement de système
L’évolution de l’exploitation s’inscrit dans une histoire familiale. Ses parents ont commencé le semis direct sous couvert dans les années 2000, à la suite d’un orage dévastateur en 1995 ayant provoqué une forte érosion. Leur objectif était de :
- reconstruire le sol ;
- éviter l’érosion ;
- préserver la qualité de l’eau.
Clément Nédellec, revenu en 2012 après une expérience en Nouvelle-Zélande sur une exploitation laitière, a découvert un système qui l’a inspiré. Depuis son retour, un important travail a été mené sur les prairies.
Choisir l’herbe plutôt que les céréales
L’exploitation est située dans une zone où le potentiel céréalier est limité :
- 100 quintaux de maïs y sont déjà considérés comme un bon rendement ;
- 50 quintaux de blé sont également vus comme satisfaisants.
En revanche, le potentiel herbe est jugé bien meilleur. L’objectif affiché est élevé, avec une ambition d’atteindre jusqu’à 18 tonnes de matière sèche à l’hectare sur certaines plateformes.
Un système spécialisé en lait
Le choix a été fait d’aller vers une spécialisation laitière pour mieux faire ce qui plaît le plus aux associés et pour réduire les pics de travail. L’exploitation vise :
- environ 200 vaches ;
- trois associés ;
- un fonctionnement plus soutenable dans la durée.
Les charolaises doivent quitter progressivement l’exploitation pour permettre cette spécialisation.
La monotraite et l’arrêt hivernal
Le système repose sur la monotraite :
- une seule traite par jour ;
- arrêt total de la traite en hiver ;
- pas de traite en décembre, janvier et février.
Le principe est simple : s’il n’y a pas d’herbe à pâturer, il n’y a pas de traite.
L’objectif n’est pas de maximiser la production par vache, mais de rechercher la qualité. L’objectif annoncé est d’environ 3500 litres par vache, avec une forte attention :
- à la matière grasse ;
- à la matière protéique.
Cette qualité permet d’obtenir une bonification de l’ordre de 100 euros par 1000 litres.
Le choix de la Jersiaise
La race Jersiaise a été choisie car c’est une petite vache rustique, légère, adaptée à la marche, avec :
- une bonne fécondité ;
- de bons taux ;
- une bonne aptitude à vêler groupé.
Le vêlage groupé est indispensable dans un système où la traite s’arrête l’hiver. L’objectif est que les vêlages soient concentrés dans une période courte. Cette année-là, 60 vêlages ont eu lieu en deux mois.
Pâturage tournant et irrigation
Tout l’élevage est conduit en pâturage tournant :
- tous les animaux changent de parcelle tous les jours ;
- cela concerne les vaches laitières, les génisses et les charolaises.
En été, pour maintenir l’herbe et limiter le stress thermique, l’exploitation utilise l’irrigation. Plusieurs systèmes sont employés :
- pivot ;
- enrouleur ;
- petits jets fixes inspirés de la Nouvelle-Zélande.
Clément Nédellec souligne que ces petits jets demandent moins d’énergie et semblent permettre de produire davantage d’herbe avec moins d’eau.
Arbres, haies et ombre
L’exploitation a fortement développé la plantation :
- plusieurs kilomètres de haies ont été plantés ;
- 1,5 km de haies une année ;
- 3 km d’alignements d’arbres l’année suivante.
Le projet suivant consiste à planter les arbres à l’intérieur des prairies. La difficulté principale est de protéger les jeunes arbres des vaches, qui aiment les consommer.
Le pâturage comme facteur de bien-être
Pour Clément Nédellec, faire pâturer les vaches le plus possible fait pleinement partie du bien-être animal :
- elles sont dehors jour et nuit de début mars à début décembre ;
- même en hiver, elles sortent dès que les conditions le permettent ;
- en année humide, elles peuvent parfois sortir seulement une heure ou six heures, mais cela représente déjà une part importante de la ration.
Il insiste sur un point très concret : les vaches demandent à sortir. Même lorsqu’il pleut ou qu’il fait très froid, elles attendent à la porte. Pour lui, cela confirme qu’il faut les avoir dehors le plus possible.
L’approche vétérinaire du bien-être animal
L’animal en équilibre dans son milieu
Pierre-Emmanuel Radigue définit le bien-être animal comme l’état d’équilibre d’un être vivant dans son milieu, qu’il soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Cette approche veut dépasser l’opposition simpliste entre bâtiment et pâturage : dans tous les cas, il faut vérifier que l’animal reste en équilibre dans son environnement, de manière continue dans le temps.
Il rappelle que, selon les régions, les conditions climatiques peuvent imposer à certaines périodes un abri contre le froid ou la chaleur.
Les cinq piliers de la santé
Sa présentation repose sur cinq grands piliers.
L’hydratation
Le premier pilier est l’hydratation correcte :
- accès à une eau de qualité ;
- disponibilité suffisante ;
- facilité d’accès ;
- adaptation à la vie en troupeau, où les animaux viennent souvent boire en même temps.
La nutrition
Le deuxième pilier est une nutrition adaptée. Pour les ruminants, il rappelle que ce sont fondamentalement des mangeurs de feuilles. Leurs besoins physiologiques sont :
- du sucre ;
- de l’azote ;
- des fibres.
Ils ne sont pas faits, selon lui, pour consommer de grandes quantités d’amidon ou de concentrés. Il estime qu’il faudrait raisonner l’alimentation ruminante autour :
- de l’herbe pâturée ;
- du foin ;
- de l’herbe séchée ;
- de l’enrubannage ;
- de l’ensilage d’herbe ;
- éventuellement de céréales ou protéagineux récoltés immatures.
Les aliments à l’état de grain devraient, selon lui, être largement écartés.
L’intégrité physique et structurelle
Le troisième pilier est le maintien de l’intégrité musculo-squelettique dans le temps. Pierre-Emmanuel Radigue oppose ici :
- des vaches intensives, « détruites » à trois ans ;
- des vaches allaitantes de 15 ou 18 ans encore très mobiles.
Il relie cela à l’équilibre acido-basique de l’organisme. Selon lui, l’acidité détruit progressivement la structure musculo-squelettique et favorise arthrose, arthrite, ostéoporose ou fractures spontanées.
Cette dimension dépend fortement des minéraux :
- calcium ;
- phosphore ;
- magnésium ;
- sodium ;
- potassium ;
- chlore ;
- soufre.
D’où l’importance de la vie du sol, de l’intégrité des végétaux et de la capacité des plantes à accumuler ces minéraux.
L’environnement
Le quatrième pilier est la qualité de l’environnement :
- qualité de l’air ;
- température ;
- ambiance ;
- géobiologie ;
- pollutions électriques et électromagnétiques.
Sur ce point, Pierre-Emmanuel Radigue insiste particulièrement sur des dimensions qu’il juge sous-estimées en France, alors qu’elles sont mieux prises en compte en Suisse, en Autriche ou en Allemagne dans les bâtiments d’élevage. Il considère que ces perturbations peuvent avoir des effets majeurs sur la santé, voire conduire à des dégénérescences sévères.
L’équilibre oxydoréduction
Le cinquième pilier concerne l’équilibre d’oxydoréduction dans l’organisme. Un déséquilibre trop marqué dans un sens ou dans l’autre peut, selon lui, conduire à des pathologies dégénératives graves.
Il relie cela :
- au milieu ;
- à l’alimentation ;
- aux oligo-éléments ;
- aux vitamines.
Les hormones du bien-être
Sur le plan hormonal, Pierre-Emmanuel Radigue explique que l’état recherché chez les animaux est une imprégnation par :
- l’ocytocine ;
- l’hormone lutéinisante.
Ces hormones favorisent :
- une bonne reproduction ;
- une bonne production laitière ;
- un bon déroulement des mises bas.
À l’inverse, si l’animal est soumis à des stress environnementaux, thermiques, électromagnétiques ou autres, le modèle hormonal devient celui de :
- l’adrénaline ;
- du cortisol.
Le résultat est alors un animal nerveux, avec des troubles de reproduction ou de production.
Des systèmes variés, mais des principes communs
Il reconnaît que le système pâturant permet plus facilement de satisfaire ces piliers. Toutefois, il rappelle aussi que la majorité des animaux en Europe sont élevés dans des systèmes plus intensifs ou plus fermés. Pour lui, il faut donc aussi travailler à améliorer ces systèmes, et pas seulement les systèmes pâturants.
Il cite l’exemple d’élevages espagnols très intensifs, mais où tous les paramètres qu’il juge essentiels sont « réglés aux petits oignons », avec des performances élevées et une longévité supérieure à ce qu’on observe souvent en France.
Cahiers des charges, labels et attentes du marché
Les limites des signes de qualité
Fabienne Gilot revient sur l’évolution des cahiers des charges dans la filière ovine. Elle explique qu’en agneau, le Label rouge s’est historiquement construit autour d’une promesse organoleptique : un agneau « bon », tendre et rosé.
Mais cette approche pose aujourd’hui question. Que signifie exactement « bon » ? Cela suffit-il à couvrir les attentes actuelles en matière :
- de bien-être animal ;
- de qualité nutritionnelle ;
- d’impact environnemental ;
- de conditions d’élevage ?
L’IGP, de son côté, protège un territoire, mais ne garantit pas automatiquement à elle seule toute la qualité recherchée.
Une multiplication des exigences
Fabienne Gilot souligne que les attentes du marché se diversifient. Demain, on pourra vouloir un agneau :
- Label rouge ;
- bien-être animal ;
- haute valeur environnementale ;
- bio ;
- Bleu-Blanc-Cœur.
Mais cette accumulation de labels ne répond pas forcément à la question globale.
Revenir à la nature de l’animal
Les pratiques d’élevage de bergerie sont de plus en plus interrogées. Pour Fabienne Gilot, il faut parfois repartir de zéro et se demander :
- qu’est-ce qu’un mouton ?
- que mange-t-il naturellement ?
- dans quel environnement doit-il vivre ?
Cela conduit à remettre au centre la place de l’herbe et du comportement naturel du ruminant.
Le rôle du consommateur
Elle insiste sur le fait que le consommateur veut de plus en plus savoir ce qu’il y a derrière le produit :
- les pratiques d’élevage ;
- l’alimentation ;
- le territoire ;
- les conditions de production.
Cela implique un important travail de communication et de pédagogie.
La rigidité des cahiers des charges
Fabienne Gilot met aussi en garde contre des cahiers des charges trop fermés, qui risqueraient de réduire la diversité des pratiques. Elle rappelle la lourdeur administrative de ces dispositifs : l’IGP Agneau des Pyrénées, par exemple, est en cours depuis onze ans, avec plusieurs révisions du cahier des charges au fil du temps.
Relation entre l’éleveur et les animaux
Un changement de relation avec le pâturage tournant
Mathieu Bessière explique que le pâturage tournant dynamique modifie fortement la relation entre l’éleveur et ses animaux.
Dans un système classique, la venue de l’éleveur peut être neutre ou vécue comme un dérangement. Dans un système de pâturage tournant, la venue de l’éleveur signifie généralement :
- changement de parcelle ;
- accès à de l’herbe fraîche.
Les animaux associent donc l’éleveur à un événement positif. Ils viennent le voir, ce qui facilite aussi l’observation des animaux qui se déplacent moins ou semblent en difficulté.
Le témoignage de Clément Nédellec
Clément Nédellec confirme cette évolution :
- ses parents utilisaient autrefois des chiens de troupeau ;
- aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire dans son système ;
- les animaux suivent très facilement ;
- ils reconnaissent même le véhicule qui sert aux déplacements.
Il va jusqu’à parler de vaches « pot de colle », tant elles recherchent le contact.
Le rôle de l’observation
Les intervenants rappellent que l’observation de l’animal reste centrale. Pour Fabienne Gilot, cela vaut aussi dans les systèmes transhumants : la présence humaine régulière au sein du troupeau transforme le comportement des animaux et renforce le lien homme-animal.
Le comportement animal et la question de l’équilibre
Pierre-Emmanuel Radigue apporte un éclairage plus physiologique sur le comportement. Selon lui, le caractère nerveux ou calme des animaux dépend aussi de l’équilibre biochimique de leur alimentation.
Il donne plusieurs exemples :
- une herbe trop riche en azote et trop pauvre en sucres, avec déséquilibres potassium/magnésium, peut produire des troupeaux très nerveux ;
- une alimentation provoquant trop d’acidité digestive peut aussi générer de l’irritation et donc de l’agitation ;
- certains déséquilibres minéraux peuvent aller jusqu’à expliquer des comportements très agressifs.
Clément Nédellec répond en rappelant que, dans bien des élevages français, les enjeux de base restent le retour au pâturage, à l’observation et à la technicité élémentaire, avant d’entrer dans des analyses très poussées. Il admet toutefois que des compléments minéraux ou du sel peuvent être nécessaires et que les animaux ajustent parfois eux-mêmes leur consommation.
Bien-être animal et bien-être de l’éleveur
Le projet agricole doit correspondre à l’éleveur
Mathieu Bessière insiste sur un point central : le bien-être de l’éleveur dépend du fait d’être en accord avec son propre projet agricole.
Tous les éleveurs ne sont pas attirés par le pâturage. Certains aiment d’autres formes de travail. Il ne s’agit donc pas de dire qu’un système vaut pour tous, mais de permettre aux éleveurs de construire un projet qui leur ressemble.
Pour lui, le problème vient souvent du fait que beaucoup de décisions ont été externalisées :
- la ration n’est plus pensée par l’éleveur ;
- les itinéraires techniques sont prescrits ;
- les choix sont influencés par de multiples acteurs.
À l’inverse, remettre l’éleveur au centre de ses décisions lui redonne de la maîtrise, de la fierté et du plaisir.
Un rythme de travail différent
Mathieu Bessière oppose aussi le rythme du pâturage à celui des systèmes plus mécanisés :
- semis de maïs ;
- ensilage ;
- moisson.
Le pâturage impose souvent un rythme plus calme. Il cite le cas d’éleveurs qui vivent le déplacement des animaux comme un moment de calme et de réflexion, alors que d’autres peuvent le trouver contraignant. Là encore, cela dépend beaucoup des personnalités.
Le témoignage de Clément Nédellec
Clément Nédellec explique que son système lui donne du plaisir au quotidien :
- il produit un lait de qualité ;
- il a l’impression de contribuer à une agriculture plus vertueuse ;
- son exploitation est, selon lui, positive en carbone, piégeant plus de carbone qu’elle n’émet ;
- la monotraite et l’arrêt hivernal cassent la routine et améliorent la qualité de vie.
Il insiste sur l’idée qu’il faut rendre l’élevage désirable pour les jeunes :
- pouvoir partir en vacances ;
- avoir une vie de famille ;
- ne pas être condamné à rester 365 jours par an sur son exploitation.
Le point de vue de Fabienne Gilot
Fabienne Gilot rappelle que de nombreux éleveurs de montagne ont longtemps combiné différentes activités, avec des systèmes plus saisonnés. Elle souligne aussi la difficulté particulière du célibat dans le métier d’éleveur et l’importance de penser le bien-être humain si l’on veut favoriser les installations.
Elle évoque des jeunes éleveurs souhaitant développer des systèmes plus extérieurs, en pâturage tournant dynamique, pour justement retrouver plus de liberté de vie.
Les filières, les marchés et les contradictions
Les attentes du commerce
Le débat met en lumière plusieurs incohérences dans les filières :
- demande d’agneaux de quatrième trimestre pour Noël, alors que cela va contre les cycles naturels ;
- refus de certains acheteurs devant des agneaux élevés à l’herbe ;
- standardisation demandée par la grande distribution.
Mathieu Bessière cite l’exemple du bassin ovin de Poitou-Charentes, où la filière demandait de produire des agneaux à des périodes très peu naturelles, ce qui coûtait cher, fragilisait les exploitations et enfermait les producteurs dans des contraintes absurdes.
Fabienne Gilot confirme que les grandes surfaces recherchent une homogénéité tout au long de l’année, ce qui sécurise leurs approvisionnements, mais rigidifie les systèmes.
La viande à l’herbe et les représentations
Fabienne Gilot évoque aussi les idées reçues sur l’agneau à l’herbe, réputé plus rouge et plus fort. Des tests à l’aveugle et des analyses nutritionnelles montrent pourtant que cette viande n’est pas moins bonne, et qu’elle peut présenter de très bons profils, notamment en oméga 3.
Elle souligne l’importance du travail pédagogique sur ces questions.
La question de la mesure et de la surveillance
Pierre-Emmanuel Radigue défend l’usage de mesures simples pour aider les éleveurs à surveiller leurs animaux :
- pH urinaire autour des mises bas ;
- état immunitaire ;
- qualité du colostrum ;
- analyses du lait ;
- suivi de certains paramètres à des périodes clés.
Selon lui, il ne s’agit pas d’alourdir le travail, mais de disposer d’indicateurs permettant d’anticiper les dérives plutôt que d’attendre les maladies.
Mathieu Bessière nuance cette approche en expliquant que, dans sa pratique du pâturage tournant dynamique, l’objectif est surtout de mettre en place des conditions qui évitent l’apparition des problèmes. Il reconnaît toutefois que certains moments de l’année nécessitent une vigilance particulière.
Fabienne Gilot ajoute que, dans les systèmes transhumants, certaines mesures ou observations sont utiles pour préparer la montée en estive, car celle-ci ne s’improvise pas.
Pressions sociales, techniques et politiques
Dans l’échange final avec la salle, plusieurs participants insistent sur les pressions qui pèsent sur les éleveurs :
- pression des coopératives ;
- pression du voisinage ;
- pression des techniciens ou des vendeurs ;
- pression des normes et des dispositifs publics ;
- pression de la grande distribution ;
- pression du consommateur cherchant le produit le moins cher.
Clément Nédellec souligne que l’élevage français a été orienté pendant des décennies vers la production la moins chère possible. Il estime qu’il faut désormais redonner envie aux jeunes de faire de l’élevage, en montrant qu’il est possible :
- de produire de la qualité ;
- d’être cohérent écologiquement ;
- de bien vivre son métier.
Fabienne Gilot observe que les cultures agricoles diffèrent beaucoup selon les régions et que, dans le Sud-Ouest, les logiques coopératives et céréalières ont fortement structuré les choix. Cela explique aussi pourquoi certaines évolutions y sont plus difficiles.
Conclusion
Le débat fait apparaître plusieurs idées fortes :
- le bien-être animal ne se réduit pas à l’absence de souffrance, mais implique alimentation, eau, confort, liberté comportementale, santé et équilibre global ;
- le pâturage, en particulier le pâturage tournant dynamique, apparaît comme un levier important pour améliorer le bien-être animal, à condition d’être bien maîtrisé ;
- la prairie naturelle, la diversité floristique et la présence de l’arbre sont présentées comme des ressources majeures pour l’avenir ;
- le bien-être animal est étroitement lié au bien-être de l’éleveur ;
- les cahiers des charges et les filières doivent évoluer pour répondre aux attentes contemporaines, sans enfermer les producteurs dans des logiques trop rigides ;
- les consommateurs, les coopératives, les acheteurs et les politiques ont aussi leur part de responsabilité dans les systèmes d’élevage qui se mettent en place.
La conclusion de l’animateur résume l’enjeu en trois mots : autonomie, formation et capacité de décision. L’objectif n’est pas seulement de mieux produire, mais de redonner aux éleveurs la maîtrise de leurs choix, au service des animaux, des sols, des territoires et de leur propre qualité de vie.