Pâturage tournant dynamique

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Exemple de pâturage tournant dynamique.jpg Produire de l'herbe en maximisant la productivité

Pâturage tournant dynamiqueProduire de l'herbe en maximisant la productivitéExemple de pâturage tournant dynamique.jpg


Le principe du pâturage tournant dynamique est de faire pâturer son troupeau sur plusieurs paddocks. Les paddocks sont des subdivisions du parcellaire dédiées au pâturage. L'éleveur organise ainsi une rotation afin que le troupeau ne revienne que lorsque l'herbe est régénérée. L'offre d'herbe est ainsi constante. L'objectif est de pâturer l'herbe au bon stade végétatif, quand elle offre le meilleur rapport quantité/qualité. Cela permet de maitriser au mieux la pousse l'herbe pour maximiser les performances de ses prairies et de son troupeau. Le troupeau ne reste pas plus de trois jours sur un même paddock.


En s'appuyant sur la compréhension du cycle plante/sol/animal, le pâturage tournant dynamique établi des règles de base pour maximiser les performances de son système sans intrant et se reproduire à l'infini.

Le principe du pâturage tournant dynamique[1]


Bénéfices

Les bénéfices du pâturage tournant dynamique sont multiples.[2]

  • Le respect du temps de repos de l'herbe permet d'améliorer la productivité des prairies.
  • L'éleveur peut améliorer son autonomie alimentaire voire l'atteindre complètement. Ce système de pâturage pourrait aider par exemple à l'autonomie protéique.
  • Activation d'un cycle biologique vertueux.
  • Meilleure productivité du troupeau qui pâture une herbe de meilleur qualité.
  • Tend vers une régression des adventices et au développement du trèfle.
  • Le développement racinaire des plantes est maximal et celles-ci résistent donc mieux à la sécheresse.
  • Les animaux sont habitués à changer fréquemment de paddock, et sont donc plus dociles.
  • Réduction de la fertilisation azotée : répartition homogène des déjections et présence du trèfle qui fixe l'azote atmosphérique.


Limites

Cependant, certains points sont tout de même à prendre en considération lors de l'établissement d'un tel système.[3]

  • Si les animaux deviennent plus dociles avec le temps, il est tout de même nécessaire d'effectuer une certain "dressage" lors de la mise en place du système.
  • L'implantation des chemins, des clôtures et des points d'eau est déterminante. Cela peut en plus générer un coût important.
  • Il est parfois nécessaire de faucher des parcelles lors des excédents au printemps.


Mise en pratique

Règles de base[4]

Respecter les réserves

Pour assurer une bonne repousse de la prairie après le passage des animaux, il ne faut laisser ces derniers plus de trois jours sur la même paddock. En les laissant trop longtemps, le troupeau irait chercher toutes les réserves de la plante pour se nourrir, empêchant ainsi une bonne régénération de la flore.

Rapport rendement digestibilité optimal[2]


Le bon moment pour pâturer

Les animaux doivent pâturer quand les plantes de la parcelles sont au stade 3 feuilles, ni avant car il n'y aura pas assez de quantité offerte, ni après car passé ce stade, les plantes ne produisent plus de biomasse supplémentaire et la digestibilité diminue. Cela correspond à une hauteur de 13 à 15 cm.


Retirer les animaux à temps

Il est fondamental de sortir les animaux avant qu'ils attaquent la gaine de la plante car la taille des limbes sera proportionnelle à celle de la gaine restante.


Cohérence des parcelles

Si les paddocks ne sont pas homogènes, les animaux auront tendance à surpâturer certains et à en délaisser d'autres. Il est donc nécessaire de vérifier une certaine homogénéité sur l'ensemble de son parcellaire utilisé pour le pâturage.


Temps de présence par parcelle

Selon André Voisin (productivité de l'herbe, 1957), l'ingestion des animaux est réduite de moitié entre le premier et le troisième jour passé sur la même parcelle. Le temps de présence doit donc être le plus court possible pour améliorer les performances.


Subdiviser les parcelles

Les paddocks doivent être de taille identique pour qu'il y ai le même temps de présence sur chacun. La vitesse de rotation et le temps de retour sont alors calculables très facilement.

  1. Paddocks homogènes : Il faut privilégier les formes rectangulaires ou rondes, mais pas trop longues (<200m) et pas trop étroites (>25m). Il faut éviter les angles inférieurs à 45°.
  2. Calculer le chargement : Deux valeurs sont nécessaires, la disponibilité de la biomasse et l'ingestion des animaux. Pour la disponibilité de la biomasse, il suffit de prélever l'herbe présente sur 1m² et de la peser. Multiplier par 10000 pour avoir à l'hectare puis par le pourcentage de MS estimé pour obtenir la MS disponible par hectare. Pour l'ingestion des animaux, se référer aux tables de l'INRAE et ajuster si besoin. On peut ensuite calculer la surface des paddocks. Exemple : quelle taille de paddock est nécessaire pour nourrir pendant deux jours 20 vaches limousines gestantes qui mangent 13 kg par jour avec une prairie de densité 1200 kg de MS / Ha. Besoin du lot pour deux jours = 2 jours x 20 vaches x 13 kg = 520 Kg. La taille des paddocks devra donc être de : 520 / 1200 = 43 ares[4]
  3. Vitesse de rotation et nombre de paddocks : La vitesse de repousse de l'herbe est entre 18 et 22 jours au pic de pousse (mois de mai) et le reste du temps entre 28 et 35 jours. Deux cas sont alors possibles :
    1. Volonté de faire des récoltes de fourrage ou d'utiliser un autre lot : rotation base longue d'environ 30 jours avec récoltes de fourrage ou utilisation du second lot pour ajuster l'excès d'herbe.
    2. Sinon, et en cas de présence de surface tampon pour s'il manque de l'herbe, on choisit une rotation de base courte d'environ 20 jours.


Réussir le déprimage

L'objectif de ce premier tour de déprimage est de réguler l'herbe et de créer un décalage de hauteur d'herbe entre les différents paddocks. Pour cela, il ne faut aucun reste après le passage du lot, quitte à légèrement surpâturer. Les plantes vont ainsi se protéger en produisant plus de feuille, de racines et de nouvelles talles pour multiplier les chances de se reproduire. A la fin du tour de déprimage, le premier paddock doit être au stade trois feuilles pour commencer la rotation suivante.


Gérer l'excès d'herbe

Plusieurs solutions sont possibles si un excès d'herbe est repéré. Ceci peut arriver par exemple lors du pic de pousse durant le mois de mai.

  • La fauche
  • Utiliser un deuxième lot sur les excès
  • Accélérer la rotation du premier lot et ajouter un deuxième lot à faible besoins (par exemple des génisses) pour nettoyer les paddocks.
  • Augmenter momentanément la taille du lot.

Cela indique que la surveillance doit être accrue pour pouvoir observer la moindre hétérogénéité.


Anticiper la sécheresse estivale

L'anticipation est la clé pour ne pas être surpris par la sécheresse estivale. Pour cela on peut allonger le temps de rotation, c'est-à-dire diminuer la taille du lot ou augmenter la surface. Il faut toujours respecter le stade des plantes. On peut aussi augmenter la hauteur d'herbe de sortie du paddock pour que l'évaporation du sol soit limitée et faciliter la repousse de l'herbe.

Si la chaleur est trop forte, il faut préférer le pâturage de nuit car les hautes températures limitent l'ingestion des animaux et donc la performance du troupeau.


Ecoutez le podcast des Chambres d'agriculture de Normandie sur le sujet en cliquant ici.


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