Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Modèles Agroforestiers - 5/7

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Dans cette conférence, Alain Canet montre que l’agroforesterie n’est pas une contrainte, mais une réponse agronomique globale. À partir d’exemples de friches, de pré-vergers, de trognes, de parcours de volailles, de vignes et de grandes cultures, il explique que les arbres “réparent” les sols, recyclent les effluents, limitent l’érosion, stockent du carbone et améliorent la productivité au sens noble. Loin d’une agriculture extensive, il défend des systèmes intensifs en biomasse et en photosynthèse, où chaque rayon lumineux est valorisé. Les arbres, associés aux couverts végétaux, aux vers de terre et aux champignons du sol, renforcent la fertilité, la porosité et la résilience climatique. Alain Canet insiste aussi sur les bénéfices pour les volailles, les pollinisateurs et la qualité des produits. Son plaidoyer : sortir d’une agriculture punitive pour construire des fermes agroforestières productives, autonomes, vivantes et créatrices d’emplois.

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Résumé
Dans cette conférence, Alain Canet montre que l’agroforesterie n’est pas une contrainte, mais une réponse agronomique globale. À partir d’exemples de friches, de pré-vergers, de trognes, de parcours de volailles, de vignes et de grandes cultures, il explique que les arbres “réparent” les sols, recyclent les effluents, limitent l’érosion, stockent du carbone et améliorent la productivité au sens noble. Loin d’une agriculture extensive, il défend des systèmes intensifs en biomasse et en photosynthèse, où chaque rayon lumineux est valorisé. Les arbres, associés aux couverts végétaux, aux vers de terre et aux champignons du sol, renforcent la fertilité, la porosité et la résilience climatique. Alain Canet insiste aussi sur les bénéfices pour les volailles, les pollinisateurs et la qualité des produits. Son plaidoyer : sortir d’une agriculture punitive pour construire des fermes agroforestières productives, autonomes, vivantes et créatrices d’emplois.

5/7 - Alain CANET - Le Poulet de Chair et l'Oeuf Agroforestier : Modèles Agroforestiers


Cinquième volet d'une formation en sept parties sur le thème du poulet de chair et de l'oeuf agroforestier. Formation présentée par Alain CANET, directeur d'Arbres et Paysages 32, président de l'AFAF (Association Française d'Agroforesterie).

Réalisée en partenariat avec Gaia Consulting/Caroline HEBERT.



L’appel du sol et la dynamique spontanée des arbres

Alain Canet commence par montrer des images de parcelles agricoles laissées sans intervention. Il prend l’exemple d’une pointe de terre issue d’une indivision d’agriculteurs qui ne s’étaient pas accordés sur la succession et les conditions d’exploitation. D’un côté, des sols cultivés ; de l’autre, une parcelle laissée trois ans « avec rien ni personne ».

Sur ces coteaux argilo-calcaires, dans un contexte d’assolement classique de type blé-tournesol-blé-tournesol, il observe qu’en seulement trois ans, des frênes atteignent environ trois mètres de haut. Pour lui, cette dynamique rappelle fortement ce qu’il appelle « l’appel du sol » : lorsque le sol n’est plus occupé ni couvert, certaines plantes et certains arbres reviennent très vite.

Il insiste sur le fait que ces plantes ne sont pas des « envahisseuses », mais des plantes qui « réparent » et « compensent ». Il relie cela à la notion de plantes bio-indicatrices : elles expriment simplement l’état du milieu. L’enjeu, selon lui, est donc de répondre agronomiquement à ce que le sol demande.

Des paysages agroforestiers anciens comme source d’inspiration

Alain Canet enchaîne avec plusieurs images de paysages traditionnels très riches en arbres. Il cite notamment le marais poitevin, qu’il décrit comme un paysage de prairies permanentes, de haies et de trognes, avec quelques peupleraies. Pour lui, ces systèmes contiennent une quantité de biomasse considérable, comparable à ce qui peut être perdu ailleurs.

Il évoque aussi le gradient du Pays basque, où l’on passe d’une forêt fermée à des milieux de plus en plus ouverts. Dans ce type de paysage, les animaux disposent en permanence de différentes zones de pâturage et de ressources selon les saisons et le climat : herbe, ombre, feuillage, diversité végétale.

L’idée centrale est que ces formes anciennes d’agroforesterie ne relèvent pas seulement de la carte postale ou du patrimoine : elles montrent concrètement des modèles productifs, résilients et fonctionnels.

Les trognes et les essences adaptées

Alain Canet s’arrête un moment sur les trognes. Il rappelle qu’on peut techniquement conduire de nombreuses essences en trogne, mais que certaines répondent particulièrement bien. Il cite parmi les essences classiques :

Il précise qu’on peut aussi faire des trognes de tilleul de manière très classique.

Pour lui, la trogne est une forme de conduite très intéressante, à la fois pour la production de biomasse, pour l’adaptation des arbres aux usages agricoles, et pour la complémentarité avec l’élevage.

Le pré-verger, un système hyper productif

À partir de l’exemple normand du pré-verger, Alain Canet insiste sur une idée forte : sous des arbres bien gérés, on ne produit pas moins d’herbe que sans arbres, mais on produit en plus du bois, des fleurs, des fruits, du lait ou des animaux.

Il présente donc le pré-verger comme un système agricole « hyper productif », au bon sens du terme. Pour lui, la productivité n’est pas un mot tabou en agriculture. Il critique l’idée selon laquelle il faudrait faire « moins » ou produire seulement de manière extensive au sens d’une faible occupation du milieu.

Au contraire, il défend une agriculture capable d’optimiser toute la lumière disponible et toute la photosynthèse possible. Dans ses mots, le rayon lumineux ne devrait jamais toucher le sol sans avoir été valorisé. C’est cette intensification au sens noble — basée sur la biomasse, la photosynthèse et la restitution au sol — qui fonde l’intérêt de l’agroforesterie.

Une agriculture intensive au sens noble

Alain Canet refuse explicitement d’associer l’agroforesterie à une forme d’extensification paresseuse. Il dit qu’il faut au contraire sortir l’idée d’« extensif » du vocabulaire agroforestier si cela signifie mettre peu d’animaux sur de grandes surfaces et attendre qu’il se passe quelque chose.

Pour lui, l’agroforesterie est une agriculture intensivement vivante, qui cherche à maximiser :

  • la production annuelle de biomasse ;
  • la restitution de matière organique au sol ;
  • la photosynthèse ;
  • l’occupation continue des surfaces.

Le principe est d’exporter certains produits — animal, fruit — tout en laissant sur place un maximum de paille, de feuilles, de racines et de matières organiques.

Les parcours agroforestiers recyclent les effluents

À propos des animaux dehors, Alain Canet explique que les parcours agroforestiers permettent de mieux recycler les effluents. Il relie cela aux enjeux de nitrates, d’algues vertes et de gestion des rejets.

Selon lui, avec davantage de végétation et d’activité biologique sur les parcours, les déjections ne deviennent plus des pertes ou des fuites, mais sont reprises dans le cycle du végétal. Les arbres, les couverts et les plantes du parcours participent à cette boucle de recyclage.

Il souligne que cette dynamique végétale limite les fuites et réduit la concentration des flux à l’intérieur des bâtiments. C’est, selon lui, toute la force du système agroforestier : une boucle tellement vertueuse qu’elle est parfois difficile à caractériser tant elle traite simultanément plusieurs problèmes.

Sortir d’une agriculture punitive

Alain Canet oppose deux visions de l’agriculture :

  • une agriculture punitive, faite de contraintes successives ;
  • une agriculture de propositions, basée sur les solutions vivantes.

Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas attendre que les règlements ou les directives administratives apportent des réponses adaptées. Selon lui, ces règles arrivent toujours trop tard et traitent les sujets de manière cloisonnée : un jour l’eau, un jour les nitrates, un jour la biodiversité, un jour le climat, un jour le paysage.

À l’inverse, la dynamique végétale permet de tout traiter à la fois : biomasse, eau, fertilité, biodiversité, paysage, stockage du carbone.

Couvert végétal permanent et recyclage biologique

Qu’il s’agisse de poules, de canards, d’oies ou de moutons, Alain Canet défend toujours la même ligne : il faut maintenir un couvert végétal permanent. La logique est de garder le sol vivant, occupé et biologiquement actif.

Cette activité végétale et biologique recycle les déjections, entretient la fertilité et nourrit le système. Il cite d’ailleurs des observations selon lesquelles les arbres poussent plus vite en présence de certains animaux, notamment oies et canards, justement parce qu’il y a davantage de recyclage de matière organique.

Il résume sa démarche en disant qu’à chaque problème il faut chercher la solution dans le vivant, et non dans une réponse administrative ou strictement technique.

Le cadre réglementaire et la question des surfaces

Alain Canet rappelle que pendant longtemps, beaucoup de pratiques agroforestières se sont faites « hors cadre », en expérimentation de fait. Il explique qu’il n’était pas possible, ou très difficile, de diversifier les essences, d’introduire des fruitiers, d’associer d’autres productions entre les arbres, sans risquer des problèmes administratifs.

Il insiste sur un point important : dans la réglementation de la PAC, les surfaces en agroforesterie ne devraient pas être déduites lorsqu’il y a de l’herbe et que la [[production fourragère]] est maintenue. Mais il souligne que la traduction concrète de ces règles sur le terrain est lente, incomplète et souvent contradictoire.

Pour lui, c’est tout le problème actuel : des pratiques vertueuses sont encore trop souvent sanctionnées ou pénalisées. Il plaide donc pour que les agriculteurs s’emparent directement de ces systèmes sans attendre l’aide ou la validation parfaite du cadre administratif.

Les animaux suivent l’ombre et la ressource

En montrant des images d’oies et de canards, Alain Canet fait remarquer qu’ils suivent très clairement les zones d’ombre. Les animaux, dit-il, recherchent naturellement les endroits où ils trouvent protection, fraîcheur, feuilles, fruits et herbe verte.

Cette observation simple vaut pour bien d’autres espèces. Même dans des systèmes où les arbres sont jeunes, l’ombre est immédiatement utilisée. Il évoque aussi le cas des cochons qui se regroupent sous les arbres.

Cette fonction microclimatique des arbres est, pour lui, essentielle dans les parcours d’élevage.

Des parcours conçus pour faire sortir les volailles

Alain Canet présente ensuite une ferme proche de chez lui, avec un dispositif de « peignes » arborés implantés à environ dix mètres des trappes de sortie des volailles. L’objectif est d’accompagner les animaux, de les faire descendre progressivement dans l’herbe et dans la verdure, plutôt que de les laisser stationner près du bâtiment.

Il évoque à ce sujet un travail mené avec la chambre d’agriculture de la Sarthe, l’ITAVI et d’autres partenaires, associant recherche, instituts et développement de terrain.

Le principe est clair : l’aménagement du parcours conditionne fortement l’usage qu’en font les animaux.

Le mûrier têtard et la mesure de la productivité

Parmi les arbres intéressants, Alain Canet cite le mûrier, autrefois planté pour le ver à soie, souvent conduit en têtard pour faciliter la récolte. Le fait qu’il reste encore quelques vieux mûriers permet aujourd’hui de faire des mesures sur leur productivité, leur biomasse et leurs usages.

Il insiste sur le besoin de quantifier ces systèmes, car dès qu’on parle de biomasse, la question de la rentabilité se pose. Il compare cela à l’entretien mécanique annuel des bords de champs : on y détruit chaque année une quantité importante de biomasse sans toujours se demander si c’est rentable. En revanche, dès qu’il s’agit de récolter du bois, la question économique surgit immédiatement.

D’où l’importance, selon lui, de traduire les résultats :

  • par arbre ;
  • à l’hectare ;
  • au mètre linéaire.

Diversifier les parcours avec des plantes utiles

Alain Canet recommande d’introduire dans les parcours une diversité de plantes :

  • des espèces qui poussent bien ;
  • qui produisent de la biomasse ;
  • qui fleurissent ;
  • qui nourrissent les pollinisateurs ;
  • qui montent en graines et peuvent nourrir aussi les volailles.

Il imagine des parcours semés, dynamiques, où l’on retrouve la logique du semis direct et du couvert végétal. L’objectif est de retrouver la dynamique du sol et de ne jamais laisser un sol nu.

Le couvert végétal avant maïs comme exemple agronomique

Pour illustrer cette logique, Alain Canet prend l’exemple d’un agriculteur qui, au lieu de laisser le sol nu tout l’hiver avant un maïs, implante un couvert végétal capable de produire jusqu’à 12 tonnes de matière sèche. Ce couvert est ensuite roulé, écrasé, puis le maïs est semé dedans, sans désherbant.

Pour lui, ce type de pratique apporte au sol toutes les réponses dont il a besoin :

  • nourriture ;
  • couverture ;
  • activité biologique ;
  • concurrence vis-à-vis des adventices ;
  • structure.

Il explique que dans un sol ainsi nourri et occupé, les plantes bio-indicatrices de réparation, comme certains chardons, n’ont plus de raison d’apparaître. Le sol n’appelle plus la réparation car il est déjà fonctionnel.

L’agroforesterie comme agronomie avant tout

En montrant une parcelle bio avec lignes d’arbres, Alain Canet insiste : le but n’est pas seulement de lutter contre l’érosion, mais de faire de l’agronomie. Si le couvert végétal a déjà supprimé l’érosion, il n’est pas nécessaire de planter les arbres en travers uniquement pour freiner les coulées de terre.

Ce qu’il cherche, c’est nourrir les champignons, activer les processus biologiques du sol et intégrer les arbres dans un système déjà agronomiquement cohérent.

Il s’oppose ici à une approche trop fondée sur l’hydraulique ou le génie civil. Selon lui, il faut moins chercher à canaliser l’eau qu’à la faire circuler biologiquement dans les sols, par la porosité, la structure et le vivant.

Mesurer les systèmes : carbone, biomasse, porosité

Alain Canet insiste sur la nécessité de mesurer ce qui se passe dans les fermes suivies. Que l’on parle de vigne, de volailles ou de cultures, il faut quantifier :

  • le carbone stocké ;
  • la matière sèche produite par hectare et par an ;
  • la part restituée au sol ;
  • l’activité biologique ;
  • la respiration du sol ;
  • la porosité ;
  • la structure.

Pour lui, c’est indispensable, notamment si les parcours doivent absorber correctement les effluents d’élevage. Un sol compacté, qu’il compare à du béton, ne peut pas infiltrer ni recycler correctement ces apports.

Il explique également qu’il faut caractériser précisément les fermes et leurs productions : non pas seulement dire qu’on a produit tant de poulets ou tant de bennes de blé, mais préciser dans quelles conditions, avec quels intrants et quelles interventions.

Une double production possible : arbres, fruits et volailles

Dans certains cas, Alain Canet note que les revenus liés aux arbres ou aux fruits peuvent devenir aussi importants que ceux de l’atelier d’élevage. Il cite des situations où des agriculteurs gagnent aussi bien leur vie avec les noix ou les figues qu’avec les œufs ou d’autres productions initialement prévues.

Il souligne que la figue fraîche demande du travail, mais que cette valeur ajoutée permet aussi de créer de l’emploi. L’agroforesterie est donc, selon lui, potentiellement créatrice d’emplois, justement parce qu’elle produit davantage de valeur par hectare.

De la même manière, qu’il s’agisse de BRF, de bois de chauffage, de bois d’œuvre ou de fruits, il rappelle que ces produits trouvent généralement preneur.

S’inspirer des systèmes ancestraux et de la recherche

Alain Canet insiste sur l’importance de croiser trois sources d’inspiration :

  • les systèmes ancestraux ;
  • la recherche ;
  • le bon sens paysan.

Les techniques anciennes sont, pour lui, très inspirantes. La recherche permet de confirmer, mesurer et décrire des phénomènes perçus intuitivement. Et l’expérience des agriculteurs permet l’adaptation fine à chaque parcelle.

Il cite Christian Dupraz et des schémas classiques de peupliers associés à des céréales, dans lesquels on observe, à surface égale, de 20 à 60 % de biomasse produite en plus selon les cas. Il précise qu’il s’agit bien de biomasse et non simplement de rendement en grain.

La logique est de maintenir des arbres suffisamment espacés et taillés pour préserver la lumière dans la parcelle, tandis que les arbres continuent à pousser après la récolte des céréales.

Les résultats de Restinclières et les fonctions de l’arbre

Alain Canet évoque aussi le site de Restinclières, où des mesures fines sont réalisées sur l’eau, l’azote, la lumière et le fonctionnement des racines.

Il rappelle plusieurs fonctions majeures de l’arbre dans les systèmes agroforestiers :

  • pompe à nutriments ;
  • filet de sécurité contre les pertes ;
  • ascenseur hydraulique, avec remontée nocturne d’eau ;
  • créateur de sol.

Des carottages permettent d’étudier la profondeur et la répartition des racines d’arbres et de céréales, ainsi que leur composition et leur dynamique saisonnière. Cela permet d’aller très loin dans la compréhension des complémentarités souterraines.

La viticulture et le retour de l’arbre

Sur la vigne, Alain Canet note un retour progressif :

  • des animaux ;
  • de l’enherbement permanent ;
  • du couvert végétal ;
  • des arbres de plus en plus proches des rangs, voire au milieu.

Il indique que certains viticulteurs plantent désormais directement dans les rangs et taillent les arbres en même temps que la vigne, sous forme de mini-trognes.

Pour lui, la vigne reste une culture très simplifiée, avec beaucoup de travail du sol, donc un système que les écosystèmes n’aiment pas particulièrement. Ramener de la diversité végétale est une manière de rééquilibrer ce milieu.

D’une agriculture à effet de serre à une agriculture à effet de terre

Alain Canet formule une opposition marquante entre :

  • une « agriculture à effet de serre » ;
  • une « agriculture à effet de terre ».

La première correspond selon lui à tout ce qui a contribué à déstocker le carbone : arrachage des haies, labour, travail du sol, déforestation, agrandissement des parcelles. La seconde consiste à remettre du carbone dans le sol à toutes les échelles.

Dans les systèmes qu’il suit, il indique qu’on peut stocker facilement une à une tonne et demie de carbone par hectare et par an, alors qu’une grande partie de l’agriculture continue à en déstocker.

Il relie directement ces résultats à la production de matière sèche, parfois de 12 à 14 tonnes par hectare et par an, laissées ou restituées sur place.

Les vers de terre comme indicateurs majeurs

Les vers de terre occupent une place centrale dans son exposé. Alain Canet les présente comme de grands ambassadeurs de la santé du sol. Une simple pelletée de terre permet déjà de voir s’ils sont présents ou non.

Il rappelle leur rôle dans :

  • la porosité ;
  • l’infiltration de l’eau ;
  • l’aération ;
  • le cycle de l’azote ;
  • le cycle du carbone ;
  • le fonctionnement du sol.

Sur les parcours, leur présence est indispensable, au-delà même de leur intérêt comme nourriture pour les volailles. Ils participent à la fabrication de la réserve utile en eau et au traitement des effluents.

Les racines en agroforesterie descendent plus profondément

À partir d’un essai sur peupliers, Alain Canet compare deux situations :

  • un boisement de terre agricole entretenu de façon classique, avec travail du sol et nettoyage de la végétation ;
  • une situation agroforestière cultivée.

Les arbres sont les mêmes, plantés au même moment, dans les mêmes conditions. Pourtant, les systèmes racinaires diffèrent fortement. En boisement, le peuplier reste avec beaucoup de racines superficielles, ce qui est son comportement habituel. En agroforesterie, la présence des cultures, notamment le blé, oblige l’arbre à descendre.

Le blé occupant fortement le profil de surface, l’arbre développe alors un enracinement plus profond, avec des pivots secondaires et un système d’ancrage plus puissant. Cela rejoint ce qu’il observe dans d’autres systèmes : l’agroforesterie modifie profondément le comportement racinaire des arbres.

L’arbre n’aime pas la concurrence des graminées au pied

Alain Canet insiste sur un point pratique important : il ne faut pas laisser l’herbe ou les graminées s’installer au pied des jeunes arbres. Selon lui, l’arbre n’est pas compétitif vis-à-vis des graminées, car il n’a pas évolué dans ce type de concurrence.

Il recommande donc de pailler les arbres et de maintenir dégagé un mètre carré autour du pied, en particulier au démarrage. Il affirme que si cette règle est respectée, « ça va marcher », mais qu’il faut s’y tenir.

Les arbres soudés du Maroc et la puissance de la surface foliaire

Alain Canet raconte ensuite une observation faite au Maroc, dans le Pré-Atlas, avec Geneviève Michon. Il y a vu des paysans « souder » des frênes à l’aide de liens, de manière à constituer un seul ensemble à partir de plusieurs tiges.

Dans certains cas, dix ou douze frênes sont ainsi réunis. Il décrit ces arbres comme des organismes disposant d’une immense surface photosynthétique — de l’ordre de l’hectare — concentrée sur une très petite emprise au sol.

Ces arbres, profondément enracinés dans la roche et le sol, résistent au temps et fournissent des feuilles fraîches ou sèches pour les chèvres, ainsi que du bois. Ils sont conduits en têtard, coupés régulièrement, et assurent plusieurs fonctions vitales pour les paysans.

Alain Canet y voit une démonstration impressionnante du bon sens paysan et de la capacité de l’arbre à produire fourrage, bois, ombre, sol et résilience.

Les mycorhizes, fondement invisible du système

À partir de l’image d’un jeune plant de deux ans, Alain Canet insiste sur l’importance des champignons mycorhiziens. Il affirme que la racine visible ne représente qu’environ 3 % de ce qui est réellement en jeu autour d’elle.

Le fonctionnement de l’arbre dépend, selon lui, de tout un réseau souterrain qui va chercher :

  • eau ;
  • éléments nutritifs ;
  • carbone ;
  • informations.

Ce réseau connecte les arbres entre eux, mais aussi les haies, les ripisylves et l’ensemble du système végétal. C’est pourquoi il met en garde contre les apports inadaptés dans le trou de plantation, qui peuvent perturber ces équilibres.

Densité d’arbres, diversification et progressivité

À propos des densités de plantation, Alain Canet explique qu’il n’existe pas une seule règle universelle. On peut aller de 60 arbres par hectare à 100 ou 150 selon les cas, à condition que la gestion suive.

Il répond aussi à la question de l’association avec d’autres productions comme la vigne, le cassis, les groseilles ou les petits fruits. Pour lui, tout cela est possible, mais à condition qu’il y ait du temps, de la main-d’œuvre et une capacité d’entretien.

Sa position est pragmatique : il faut avancer progressivement, en traduisant ce que l’agriculteur peut et veut faire réellement. Trop diversifier d’un coup sans assurer le suivi conduit à l’échec. L’essentiel est de mettre d’abord en place une structure : haies, ripisylves, arbres têtards, arbres dans les parcelles, puis de faire évoluer le système.

L’agroforesterie maintient la production tout en ajoutant des ressources

Alain Canet résume l’intérêt du modèle agroforestier en expliquant qu’on passe d’une culture unique à un système à double production, avec intercultures et arbres. On garde la production principale — par exemple le blé — mais on ajoute du bois, du BRF, de la litière, du bois d’œuvre, des fruits ou d’autres ressources.

L’idée n’est pas d’empiéter sur la production agricole, mais de conserver au moins la même productivité tout en augmentant très fortement la biomasse totale produite et les ressources disponibles.

Des arbres plus résistants au vent et mieux enracinés

Les arbres de plein champ, explique Alain Canet, poussent souvent plus vite et développent des systèmes racinaires bien plus importants. Il cite le cas de Claude Bourguignon? non, ici il s’agit de Claude Viollet, en Charente-Maritime, qui avait planté de grandes surfaces de noyers et merisiers. Lors de la tempête de 1999, seuls quelques arbres ont bougé sur son exploitation, alors que dans les bois voisins beaucoup étaient couchés.

Pour Alain Canet, cela montre que les arbres de pleine lumière, habitués au vent et correctement enracinés, résistent mieux. Ils disposent d’une meilleure alimentation en eau et en éléments nutritifs, et peuvent avoir une période de croissance plus longue dans l’année.

Réduire les intrants et augmenter les ressources naturelles

Dans sa conclusion de fond, Alain Canet oppose deux modèles agricoles.

Le premier consomme beaucoup de ressources externes, beaucoup de traction, beaucoup de chimie, et aboutit à une production relativement réduite avec des effets négatifs sur l’eau, le climat et l’emploi.

Le second fait « carburer » le système au végétal. Il repose sur le respect du cycle du carbone, l’augmentation de la photosynthèse, la réduction des intrants, et le maintien d’une production au moins équivalente, mais diversifiée.

Cette diversification permet aussi de sortir d’une logique de précarité économique. Elle ouvre des débouchés, crée de l’emploi, et redonne du sens au travail agricole.

Pollinisateurs, ressources florales et propolis

Alain Canet consacre une partie importante de son propos aux pollinisateurs, et en particulier aux abeilles. Il rappelle que dans les systèmes agroforestiers et à couverts végétaux permanents, il y a toujours quelque chose qui fleurit à un moment donné :

Selon lui, ce type de mosaïque multiplie fortement les ressources disponibles pour les pollinisateurs. Il affirme même que certains agriculteurs installent aujourd’hui des apiculteurs sur leurs exploitations ou mettent davantage de ruches grâce à cette amélioration.

Il insiste aussi sur le fait qu’il ne s’agit pas seulement de produire du miel. Les arbres fournissent aussi des nectars, des pollens et surtout de la propolis, indispensable à la santé des abeilles.

La crise de l’abeille est aussi une crise de nourriture

Pour Alain Canet, le problème des abeilles n’est pas seulement celui des substances toxiques. Il regrette qu’à Bruxelles comme à Paris, la question du manque de ressources alimentaires quotidiennes ne soit pas correctement posée.

Une abeille doit manger chaque jour, et lorsqu’elle sort dans des openfields, même biologiques, elle se retrouve souvent face à une ou deux cultures dominantes sur plusieurs centaines d’hectares, sans diversité florale ni arbres.

Il plaide donc pour regarder de près les besoins réels des abeilles, en pollen, nectar et propolis, et pour reconstituer des paysages nourriciers.

Les ressources mellifères doivent être étalées dans le temps

Alain Canet met aussi en garde contre une vision trop simpliste qui consisterait à planter uniquement une espèce dite mellifère, par exemple l’acacia. Pour lui, ce qui compte, ce n’est pas un pic de ressource ponctuel, mais une succession continue de petites ressources bien réparties dans le temps.

Il cite comme exemples utiles :

L’idée est d’assurer des apports réguliers, plutôt qu’un seul gros épisode de floraison.

Déplacer légèrement les curseurs

Dans un schéma comparatif, Alain Canet explique qu’il ne s’agit pas de dire à l’agriculteur qu’il faut tout abandonner de ce qu’il fait déjà. Il s’agit plutôt de « bouger un peu les curseurs ».

Par exemple :

  • laisser pousser une ripisylve ;
  • favoriser la régénération naturelle ;
  • associer un colza avec du sainfoin ;
  • associer un tournesol avec de la luzerne ;
  • éviter les jachères apicoles artificielles peu durables ;
  • maintenir un point d’eau ;
  • diversifier les bords et les interstices.

Selon lui, sans diminuer la production, on améliore alors en même temps :

  • la qualité du sol ;
  • la qualité de l’eau ;
  • la biodiversité ;
  • les ressources pour les pollinisateurs.

Les haies, leur gestion et la concurrence

Alain Canet reconnaît qu’au pied d’une haie mal gérée, il peut arriver qu’il pousse peu de choses. Mais il explique que ce n’est pas une fatalité liée à l’arbre lui-même : cela résulte souvent d’une haie non taillée depuis trop longtemps, avec de fortes branches latérales, des racines en concurrence, un travail du sol qui détruit les réseaux mycorhiziens, et des variétés modernes peu tolérantes à l’ombre ou à la proximité des arbres.

Il rappelle aussi que des travaux de l’INRA ont montré depuis longtemps qu’une haie bien positionnée sur les vents dominants peut faire perdre un peu de production sur les premiers mètres, mais faire gagner ensuite sur le reste du champ grâce à ses effets protecteurs.

Pour lui, il faut donc analyser techniquement ces situations, et non se contenter d’un regard rapide depuis la route.

Les vers de terre, la porosité et le cycle de l’eau

En revenant sur les vers de terre, Alain Canet rappelle qu’ils fabriquent la porosité du sol et permettent à l’air, à l’eau et aux racines de circuler. Leur activité est décisive pour les cycles de l’azote, du carbone et de l’eau.

Il insiste particulièrement sur le fait que toute l’eau tombée sur une parcelle devrait être conservée dans la réserve utile autant que possible. L’eau coûte trop cher à remonter, trop cher quand elle érode, et trop cher quand il faut ensuite la gérer en aval.

Les vers de terre font une part importante de ce travail de stockage et d’infiltration.

Conclusion : vers des produits véritablement agroforestiers

En fin de séquence, Alain Canet revient à l’idée de produits issus de ces systèmes : œufs, poulets, fromages, fruits, légumes. Il estime qu’il est important de pouvoir affirmer qu’un produit est bien issu de l’agroforesterie, parce que cela signifie qu’il provient d’un système bénéfique :

  • pour le sol ;
  • pour le climat ;
  • pour la biodiversité ;
  • pour l’eau ;
  • pour le paysage ;
  • pour l’alimentation animale ;
  • pour la qualité alimentaire.

Il évoque l’existence de réflexions en cours autour de labels ou de démarches agroécologiques, tout en restant prudent sur la forme que cela pourrait prendre. En revanche, il insiste sur la nécessité de reconnaître et de faire exister les produits agroforestiers.

Il conclut ainsi sur une idée forte : manger des produits agroforestiers est bon pour le sol, bon pour le climat et bon pour l’estomac.