Couverts permanents en grandes cultures

De Triple Performance

Future Beer (48129492632).jpg Comment choisir et entretenir son couvert permanent,...

Couverts permanents en grandes culturesComment choisir et entretenir son couvert permanent,...Future Beer (48129492632).jpg

 


Un couvert permanent, encore appelé couverture vivante ou mulch vivant, est différent d'une couverture permanente du sol où le couvert sera détruit pour laisser place à la culture de vente. Ici, le couvert va cohabiter avec la culture de vente du semis à la récolte et restera présent lors de l'interculture.

Cette longue période de croissance permet de valoriser au maximum leur intérêt agronomique : structuration du sol, lutte contre l’érosion, stimulation de l’activité biologique, séquestration de carbone, fixation symbiotique d’azote dans le cas de légumineuses, limitation de la croissance des adventices, ...


Principe

Le couvert est laissé toute l'année, mais il va falloir le réguler au moment de l'implantation de la culture de vente pour éviter qu'il ne prenne le dessus sur elle et induise des pertes de rendement ou de qualité. Suite à la récolte, le couvert étant déjà en place, va permettre une protection optimale du sol car il ne sera jamais nu.


Source : Arvalis Institut du végétal


Le cycle d’un couvert permanent

Il se décompose en trois périodes :

  • Sa naissance dans le berceau d’une culture. Les légumineuses pérennes étant assez longues à s’installer, leur implantation peut se faire sous une culture dont la conduite doit être adaptée. C’est souvent le cas pour les programmes de désherbage : ils doivent être sélectifs du couvert, restreignant parfois les possibilités de contrôle de la flore, en particulier si cette dernière est complexe. Différentes cultures peuvent servir de support à l’installation d’un couvert : colza, maïs fourrage, tournesol, céréales à pailles, méteils fourragers… Les implantations d’été sont aussi possibles, en privilégiant les précédents libérant le terrain précocement comme l’orge d’hiver.


  • Son apogée à l’interculture. Pendant la période d’interculture, le couvert déjà installé peut se développer très fortement quelques jours après la récolte de la culture grâce à l’accès retrouvé à la lumière. La période d’interculture, tout du moins l’été et le début d’automne, est favorable à la croissance du couvert : structuration du sol, fixation d’azote et de carbone, couverture du sol limitant le développement des adventices, production de biomasse valorisable en fourrage ou par méthanisation... Un couvert permanent, déjà installé au moment de récolter la culture de vente, se développe plus rapidement pendant l’interculture qu’une culture intermédiaire soumise aux difficultés d’une installation estivale (conditions sèches, lit de semences encombré de pailles, intercultures courtes…).
  • Sa retraite en présence de la culture suivante. Au moment d’installer une céréale d’hiver par exemple, trois options sont envisageables :
    • Détruire le couvert, mécaniquement ou chimiquement, avant de semer la culture. Le risque de compétition sur la culture est alors évité. En toute logique, le couvert, en décomposition, devrait libérer une partie de l’azote qu’il contient. La conduite de la culture est dénuée de toute contrainte (travail du sol possible, herbicides disponibles…).
    • Contrôler le développement du couvert au moment de semer la culture sans pour autant le détruire. Il ne sera tué qu’ultérieurement, par exemple en sortie d’hiver. Cette stratégie a ses contraintes : elle rend impossible un travail du sol important avant ou pendant le semis du blé. La destruction différée du couvert vise à profiter de ses bienfaits pour la structure du sol pendant l’hiver et à synchroniser la libération d’une partie de l’azote qu’il contient avec les besoins du blé.
    • Garder le couvert vivant dans la culture. Il s’agit alors de gérer la survie du couvert tout au long de la campagne (semis direct du blé ou travail du sol très léger, programmes de désherbage sélectifs du couvert) tout en limitant sa concurrence avec la culture (régulation mécanique ou chimique du couvert),...


Avantages et inconvénients d'un couvert permanent

Avantages

Nous savons, que les couverts végétaux apportent de nombreux services agronomiques, mais les couverts permanents présentent des avantages supplémentaires qu'il est intéressant de considérer.

  • La réussite du couvert en intercultures courtes ou sèches est optimale car les couverts sont déjà présents au moment de la récolte de la culture de vente.
  • Gain de temps et réduction des coûts d'implantation.
  • Augmentation des services apportés par les couverts végétaux :
    • Contrôle du développement des adventices.
    • Création de porosité dans le sol via les racines ou l’activité biologique.
    • Préservation de la surface du sol, lutte contre l’érosion.
    • Séquestration de carbone (MO) et piège à nitrate.
    • Production de biomasse récoltable.
    • Fixation de l’azote atmosphérique et augmentation des fournitures du sol.
    • Compensation des rotations courtes.


D'un point de vue économique, les conséquences sont très variées. Si le couvert permanent est maîtrisé et permet un gain de rendement pour la culture principale, tout en réussissant à maintenir des charges faibles pour la conduite de la plante de service, alors il est possible d'atteindre un gain de marge nette de l'ordre de 50 à 100 €/ha et par an sur la rotation.


Inconvénients

L’un des inconvénients de ce type de couvert est d’être potentiellement compétitif de la culture de vente vis-à-vis de la lumière, des nutriments ou de l’eau du sol.

Cette pratique a également tendance à favoriser la présence des campagnols par le non travail du sol et les couverts de légumineuses pérennes.



Comment choisir un couvert permanent ?

Différents critères de choix d’un couvert permanent doivent être pris en compte pour valoriser au mieux cette technique, avec notamment l’adaptation au type de sol et le pouvoir de compétition de l’espèce.

L’adaptation au type de sol

Ce critère est indispensable pour assurer la pérennité du couvert et obtenir un développement suffisant de celui-ci pour répondre à des objectifs comme la couverture des sols en interculture ou la fixation d’azote.

La luzerne ou le sainfoin sont particulièrement adaptés à des sols sains et calcaires. En cas de sols acides et humides, on s’orientera au contraire vers des trèfles.


La dynamique de croissance

Chaque espèce a ses spécificités en termes de croissance au cours d’une saison culturale. Certaines espèces (ou variétés) rentrent naturellement en dormance hivernale. C’est le cas de certaines variétés de luzerne ou du lotier. Au contraire, des espèces comme le trèfle blanc peuvent être très actives si l’hiver est doux.

Au printemps, toutes les espèces ont une croissance active mais certaines sont plus précoces que d’autres. Elles peuvent aussi atteindre des hauteurs très variables, avec comme conséquence une compétition pour la lumière et une gêne potentielle à la récolte. Pour une culture de blé qui serait associée à un couvert, le comportement de ce dernier doit être pris en compte pour réguler sa croissance aux périodes où il peut devenir gênant.


Caractéristiques des principales espèces de couverts permanents utilisables en France :

Source : AFPF 2017.


En fonction de la durée du cycle du couvert et de sa date de destruction, le coût des semences de couvert et son pouvoir de compétition seront d’autres critères de choix.


Pour plus d'information sur les espèces de couverts permanents possibles, cliquez ici


Comment semer un couvert permanent ?

Deux façons de faire sont possibles : en même temps que la culture ou en décalé.

  • Implanter en simultané et en mélange avec la semence pour les graines de même densité que la culture. Cela économise un passage si le matériel le permet.
  • Implantation en deux passages pour les graines de densité différente de la culture, dans ce cas semer le couvert avant. Ne pas attendre trop longtemps entre les deux semis pour ne pas détruire le couvert et éviter qu'il ne prenne le dessus sur la culture. Pour une question de temps, un semis à la volée sera le plus avantageux.


Les couverts permanents en Agriculture Biologique

L’intégration de couverts permanents vivants en AB est délicate. En effet, le manque de techniques de contrôle sur leur développement entraîne une compétition entre la culture principale et le couvert pour la lumière, l’eau et les nutriments du sol, d’où une baisse de rendement de la culture de vente. Pour les agriculteurs bio qui tentent d’implanter de tels couverts, les échecs sont plus nombreux que les réussites...


L’agriculture de précision au secours de l’AB

Suite au développement des nouvelles technologies dans le milieu agricole, une solution de contrôle serait désormais possible grâce au GPS RTK. Le RTK (Real Time Kinematic) est une correction du signal GPS qui permet d’atteindre une précision de 2 à 3 centimètres au niveau de l’antenne de réception, tout en bénéficiant de gains en débit de chantier. Une telle correction autorise le broyage des rangs d’un couvert semés à l’inter-rang de céréales sans endommager ces dernières, ce qui limite la compétition entre les céréales et le couvert. Avec une telle pratique, il est possible de bénéficier des avantages des couverts tout en limitant fortement les inconvénients.


Un projet de recherche exploratoire a été mené par Arvalis pour tester cette pratique innovante. La luzerne a été choisie comme couvert permanent pour ses avantages agronomiques bien connus. Pour plus d'info, cliquez ici.



Sources