Viticulture et agroécologie : le champ des possibles, avec François Dargelos & Alain Canet
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Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !
Aujourd'hui, on continue le cycle avec Viticulture et agroécologie : le champ des possibles, avec François Dargelos & Alain Canet.
Avec le concours de l'Association des Professeurs de Biologie-Géologie (APBG).
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Introduction
Bonjour et bienvenue à ce rendez-vous de l’agroécologie, organisé sous forme de classe virtuelle à destination de l’enseignement agricole, avec un focus particulier sur la viticulture.
La séance réunit de nombreux participants issus notamment du CFPPA du Gers, de La Tour Blanche, ainsi que des apprenants en stage, en alternance ou déjà installés. Elle est animée par Alain Canet et François Dargelos.
L’objectif affiché est clair : explorer les liens entre viticulture et agroécologie, en restant au plus près du terrain, des pratiques, des essais, des réussites comme des erreurs.
Présentation des intervenants
François Dargelos
François Dargelos est viticulteur dans le Gers, en Gascogne, où il travaille notamment avec le château du Tariquet. Il conduit de nombreuses expérimentations sur son exploitation, en particulier autour des couverts végétaux, de la fertilité des sols et de l’agroécologie viticole.
Il est également formateur au CFPPA du Gers, notamment auprès des BTS viticulture-œnologie, et impliqué dans plusieurs réseaux techniques et d’échange autour de l’agroécologie, de la viticulture et de l’agroforesterie.
Qu’est-ce que l’agroécologie en viticulture ?
La discussion s’ouvre sur une tentative de définition de l’agroécologie viticole.
Selon François Dargelos, il s’agit d’un socle commun à toutes les cultures, et même à toute l’agriculture. L’agroécologie consiste notamment à :
- cultiver avec le soleil comme moteur principal ;
- nourrir le sol ;
- entrer dans un cercle de dégradation le plus faible possible ;
- créer un environnement diversifié ;
- intégrer les arbres et les couverts végétaux.
Une formule revient : l’agroécologie est « l’art de cultiver le soleil ».
Les intervenants insistent sur un point important : il ne suffit pas d’afficher des intentions générales comme « respect de l’environnement » ou « travail du sol » pour être dans une démarche agroécologique. Le travail du sol n’est pas, en soi, une définition de l’agroécologie. L’enjeu n’est pas de se focaliser sur des moyens, mais de qualifier et quantifier des résultats.
Un socle commun avant les démarches de filière
L’un des messages forts de l’échange est que l’agroécologie constitue un socle de base, quel que soit ensuite le mode de production revendiqué :
- agriculture biologique ;
- biodynamie ;
- HVE ;
- viticulture conventionnelle ;
- cahiers des charges de filière ou d’appellation.
L’idée développée est la suivante : avant de choisir une orientation commerciale, réglementaire ou philosophique, il faut construire un socle agronomique solide.
Ce socle repose principalement sur :
- l’attention portée au sol ;
- les couverts végétaux ;
- l’environnement végétal ;
- la résilience du système.
Ainsi, il est affirmé qu’on peut produire partout — dans le Médoc, en Champagne, dans les Pyrénées-Orientales, en Alsace, dans le Gers ou au Pays basque — mais que le socle agroécologique doit rester commun.
Les trois piliers mis en avant
Au cours de la séance, trois grands piliers de l’agroécologie viticole sont mis en avant.
La gestion du végétal et la taille
Le premier pilier est la génétique et la gestion du plant : la taille, l’architecture, l’organisation de la plante et la mise en réserve du végétal.
La taille est présentée comme fondamentale. Une taille mal maîtrisée ou mal gérée ouvre la porte à de nombreux problèmes, notamment aux parasites et aux maladies du bois. La conduite de la vigne doit viser sa pérennité et sa résilience.
Les couverts végétaux
Le deuxième pilier est la couverture végétale des sols.
Une formule forte est donnée : « Sol nu, sol foutu ».
Les intervenants soulignent que, dans la très grande majorité des cas, la viticulture perd de la matière organique. Cela vaut aussi bien pour des systèmes en bio, en biodynamie, en conventionnel, en raisonné ou en HVE. Selon eux, ces démarches ne suffisent pas, à elles seules, si elles ne reposent pas sur un véritable socle agronomique.
La couverture végétale peut être complexe à mettre en place, mais cette complexité ne doit pas empêcher d’essayer, y compris à petite échelle.
L’agroforesterie
Le troisième pilier est l’agroforesterie.
La vigne est rappelée comme étant une liane, au même titre que le houblon, ayant coévolué avec les arbres. L’idée n’est pas de mettre des arbres partout, mais d’en remettre là où cela fait sens, en dose raisonnée, dans les bonnes conditions.
L’agroforesterie est présentée comme un outil de prévention, pouvant répondre à un certain nombre de problèmes en viticulture.
Le sol au cœur du système
La séance rappelle que le sol est la base de toutes les agricultures.
Le discours met en avant une approche fondée sur l’amélioration du capital sol. L’idée directrice est simple : chaque jour qui passe doit permettre d’améliorer ce capital, et non de le dégrader.
Cette approche amène à poser plusieurs questions :
- est-ce que le sol gagne en fertilité ?
- est-ce qu’il gagne en matière organique ?
- est-ce qu’il devient plus vivant ?
- est-ce qu’il résiste mieux aux aléas climatiques ?
- est-ce qu’il permet de diminuer les dépendances ?
La logique est celle d’une viticulture de la prévention plutôt que de la réparation.
Fertilité et fertilisation
Une distinction importante est faite entre fertilité et fertilisation.
La fertilisation
La fertilisation correspond à l’apport direct d’un élément à la plante, sous forme d’engrais ou d’intrants, afin de répondre à un besoin immédiat.
La fertilité
La fertilité consiste à nourrir le sol, afin que le sol nourrisse ensuite la plante.
L’agroécologie est ainsi présentée comme une démarche qui vise d’abord à restaurer ou augmenter la fertilité du système. Les intervenants résument cela ainsi :
- nourrir le sol ;
- pour que le sol nourrisse la plante ;
- pour que la plante nourrisse l’humanité.
La fertilité est décrite comme un cercle vertueux : plus on produit de biomasse, plus on nourrit le sol ; plus le sol est vivant, plus il permet de produire ; plus on améliore le système, plus on diminue les besoins en intrants.
Le carbone comme clé de voûte
Le carbone est présenté comme la clé de voûte de la fertilité des sols.
Il est au centre des grands cycles, et particulièrement du fonctionnement biologique des sols. Le message est clair : donner du carbone au sol, c’est lui redonner de la vie, de la structure, de la capacité de stockage de l’eau et des éléments minéraux.
Cette idée traverse toute la séance :
- les couverts végétaux produisent du carbone ;
- les arbres injectent du carbone ;
- la matière organique entretient la biologie du sol ;
- cette dynamique conditionne ensuite la santé de la vigne.
Les couverts végétaux : pourquoi ?
François Dargelos explique qu’il a commencé les couverts végétaux après un stage en Alsace, dans les années 1990, où ils étaient utilisés pour tenir les sols en pente.
Au départ, sa porte d’entrée était donc structurelle :
- tenir les sols ;
- éviter l’érosion ;
- apporter de la verticalité ;
- améliorer la structure.
Puis, très rapidement, la réflexion s’est élargie :
- nourrir le sol ;
- produire de la biomasse ;
- faire pousser du végétal pour le restituer au sol ;
- protéger le sol du soleil ;
- améliorer l’infiltration de l’eau ;
- favoriser la vie biologique, notamment les champignons.
Les couverts sont ainsi vus non seulement comme une protection, mais aussi comme un moteur de fertilité.
Sol nu, érosion et monoculture
Une photo de parcelle totalement désherbée et retravaillée est commentée comme une image choquante.
Elle sert à montrer ce que les intervenants considèrent comme une impasse :
- perte de biodiversité ;
- absence de pollinisateurs ;
- perte de matière organique ;
- exposition directe du sol ;
- fragilité structurelle ;
- système décrit comme relevant d’une monoculture « morbide ».
Cette image sert de contrepoint à l’agroécologie : elle montre ce que l’on cherche à quitter.
Couverts semés ou végétation spontanée ?
Une question importante est posée : faut-il semer les couverts ou laisser venir la végétation spontanée ?
La réponse de François Dargelos est nuancée mais nette :
- la végétation spontanée existe et peut jouer un rôle ;
- mais elle ne suffit généralement pas à produire assez de matière sèche pour faire véritablement progresser le système.
L’objectif des couverts est d’« aggrader » le système, c’est-à-dire de le faire monter en fertilité et en qualité biologique. Pour cela, les semis sont souvent nécessaires.
Les couverts sont-ils concurrents de la vigne ?
C’est une question récurrente, et elle est abordée clairement.
La réponse donnée est que l’objectif est d’abord de faire pousser les couverts lorsque la vigne est au repos, c’est-à-dire entre l’après-vendange et le printemps.
Dans cette logique :
- il n’y a normalement pas de concurrence directe ;
- au contraire, le couvert nourrit le sol ;
- il améliore l’infiltration ;
- il prépare le système pour la vigne.
Il est rappelé que les photos montrées correspondent à des parcelles conduites ainsi depuis de nombreuses années. Si l’on passe brutalement d’un système très dégradé à une couverture intégrale, on peut rencontrer des difficultés. D’où la notion de transition.
Détruire les couverts : pourquoi et quand ?
Même dans une démarche très poussée, François Dargelos rappelle qu’il reste viticulteur : son objectif est de produire du raisin.
Ainsi, lorsque les couverts ont fait leur travail, ils doivent laisser la place à la vigne.
Un exemple est donné avec les risques de gel. En cas d’annonce de période gélive, les couverts peuvent être détruits plusieurs jours avant afin de limiter les risques. Les couverts ne sont donc pas maintenus à tout prix : ils sont pilotés.
De manière générale, l’objectif est :
- d’avoir un couvert vivant sur la période la moins concurrentielle ;
- puis d’obtenir, en fin de printemps et début d’été, un couvert mort ou roulé ;
- qui fasse écran au sol ;
- qui protège du soleil ;
- et qui se dégrade progressivement.
Des espèces souvent citées : féverole, seigle, trèfle
Parmi les espèces évoquées pendant la séance :
La féverole
La féverole est présentée comme une excellente porte d’entrée pour démarrer les couverts :
- grosse graine ;
- peu coûteuse ;
- facile à semer ;
- rustique ;
- grande souplesse de date de semis ;
- système racinaire intéressant ;
- légumineuse apportant de l’azote.
Le seigle
Le seigle est souvent associé à la féverole. Il apporte :
- de la biomasse ;
- une restitution plus carbonée ;
- une structure différente ;
- un bon équilibre avec la légumineuse.
Le trèfle
Le trèfle, notamment le trèfle blanc, est évoqué pour des couverts permanents ou semi-permanents.
Il offre :
- couverture durable ;
- floraison favorable à la biodiversité ;
- capacité à occuper le sol ;
- mais aussi une possible concurrence s’il est mal piloté.
Biodiversité : contrainte ou opportunité ?
À la question de savoir si la biodiversité est une contrainte ou une opportunité en viticulture, François Dargelos répond clairement : c’est une opportunité.
Il raconte notamment les observations faites avec un entomologiste sur ses parcelles. En découvrant la diversité des insectes présents, il comprend mieux le rôle des auxiliaires et l’intérêt de retrouver un fonctionnement plus équilibré.
Le changement de regard est central : il ne s’agit plus de lutter contre tout, mais de faire avec, de connaître, d’observer et de piloter.
Les auxiliaires et les fleurs
Des couverts fleuris sont présentés comme particulièrement riches en biodiversité.
Ils permettent de faire revenir :
- des pollinisateurs ;
- des insectes auxiliaires ;
- des araignées prédatrices ;
- des syrphes.
Même si la vigne n’a pas besoin de pollinisateurs pour produire, leur présence est considérée comme un indicateur de bon fonctionnement écologique.
Les escargots
Une question est posée sur les escargots.
François Dargelos observe qu’il y a parfois une forte pression, mais il indique que, dans ses parcelles couvertes, il en voit plutôt moins sur les ceps. Son explication est simple : les escargots cherchent à manger. Si le sol est nu, ils montent sur la vigne ; si le couvert leur offre une ressource, ils restent davantage dans le couvert.
Effets sur la vigueur
La question de la vigueur de la vigne est abordée.
Les couverts sont vus comme un levier de fertilité, pas seulement comme un outil de concurrence ou de régulation. À mesure qu’ils améliorent le sol, ils peuvent contribuer à une meilleure vigueur, ou plus exactement à un meilleur équilibre entre vigueur et production.
L’idée n’est pas de chercher à affaiblir la vigne, mais à l’équilibrer.
Productivité contre productivisme
Une distinction importante est faite entre productivité et productivisme.
Les intervenants rejettent l’idée selon laquelle l’agroécologie conduirait nécessairement à produire peu. Au contraire, ils affirment que l’objectif est bien de maintenir une production correcte, tout en réduisant les charges, les dégradations du sol et les dépendances.
L’agroécologie n’est donc pas présentée comme une agriculture punitive, mais comme une agriculture productive, plus autonome, plus résiliente et plus cohérente.
Réduire les intrants
La réduction des intrants est un objectif, mais pas sous forme de rupture brutale.
L’idée est plutôt celle d’une progression :
- améliorer le sol ;
- produire de la biomasse ;
- diminuer progressivement les engrais ;
- limiter les intrants chimiques ;
- gagner en autonomie.
François Dargelos donne l’exemple de ses apports azotés : ils ont fortement diminué au fil des années, sans perte de résultat, parce que le système a pris le relais.
L’importance des échanges entre viticulteurs
Un autre thème fort de la séance est la dynamique collective.
Les intervenants insistent sur la richesse des échanges entre viticulteurs, formateurs, stagiaires et réseaux techniques. Il s’agit souvent de réseaux informels, mais très efficaces, où l’on partage :
- des essais ;
- des réussites ;
- des échecs ;
- des techniques ;
- des semences ;
- des idées.
Le développement agricole est ainsi décrit comme fondé sur :
- la coopération ;
- la discussion ;
- l’ouverture ;
- la confrontation des points de vue.
Se former et observer
Le mot de la fin de François Dargelos insiste sur la nécessité de continuer à se former, à observer et à aller voir ailleurs.
Le message adressé aux apprenants est très direct :
- sortir ;
- voir ;
- échanger ;
- poser des questions ;
- se confronter à d’autres réalités.
L’agroécologie est présentée comme un domaine où les idées reçues sont nombreuses, et où l’expérience de terrain est indispensable.
La taille : un levier majeur
La seconde grande partie de la séance concerne la taille, avec une référence explicite à Marceau Bourdarias et à la « taille dans le respect du vivant », parfois désignée ici comme « taille Marceau » ou « taille douce ».
Cette taille vise plusieurs objectifs :
- mettre la plante en réserve ;
- capter le soleil ;
- équilibrer la vigne ;
- respecter les flux de sève ;
- protéger la plante ;
- pérenniser la parcelle.
Il est souligné que la vigne est une culture pérenne, et qu’on ne peut pas raisonner uniquement à court terme.
Maladies du bois et qualité de la taille
La taille est directement reliée à la question des maladies du bois.
Sans promettre de suppression totale de ces maladies, les intervenants estiment qu’une taille plus respectueuse peut :
- limiter les entrées de pathogènes ;
- améliorer le fonctionnement de la plante ;
- augmenter la longévité des ceps ;
- réduire les impasses techniques.
Ils regrettent que la taille soit encore trop souvent conduite dans une logique de vitesse et de rendement immédiat, au détriment de la qualité du geste.
Taille et architecture de la vigne
Au-delà de la maladie, la taille est reliée à l’architecture de la plante et à sa capacité de photosynthèse.
L’idée défendue est que les vignes ne valorisent pas aujourd’hui tout leur potentiel, notamment parce qu’elles sont mal architecturées, mal équilibrées ou trop contraintes.
La taille doit donc permettre de mieux organiser le végétal pour :
- mieux capter la lumière ;
- mieux faire circuler la sève ;
- mieux équilibrer la vigueur ;
- mieux produire.
Le retour des champignons dans le sol
Un autre point technique abordé est celui du rapport champignons/bactéries dans les sols.
La vigne est présentée comme une plante plus proche d’un fonctionnement forestier que d’un fonctionnement de culture annuelle. Le sol forestier est dominé par les champignons. Les intervenants estiment donc que le sol de vigne devrait tendre davantage vers cet équilibre.
François Dargelos explique qu’il cherche à faire évoluer ses sols dans ce sens en apportant du carbone très lignifié, sous forme de bois broyé.
Apports de bois broyé et BRF
Des essais sont présentés avec des apports importants de broyat de bois local.
L’objectif n’est pas seulement le paillage, mais surtout :
- le rééquilibrage biologique ;
- la stimulation fongique ;
- l’augmentation de la matière organique ;
- le retour de certains vers de terre, notamment épigés ;
- la transformation du bois par les champignons.
Ces pratiques sont suivies à l’aide d’indicateurs tels que :
- vers de terre ;
- structure du sol ;
- matière organique ;
- analyses champignons/bactéries.
Le viticulteur au centre du système
Un schéma présenté pendant la séance remet le viticulteur au centre du système.
L’idée est que c’est lui qui décide, pilote, arbitre et construit son propre système agroécologique, en fonction de :
- l’eau ;
- le soleil ;
- le climat ;
- les arbres ;
- le sol ;
- les savoirs ;
- la formation ;
- les consommateurs ;
- le matériel ;
- l’économie ;
- la main-d’œuvre.
L’agroécologie est ainsi décrite non comme une recette, mais comme un cadre de pilotage.
L’agroforesterie en viticulture
La dernière partie de la séance est consacrée à l’agroforesterie, présentée comme un champ majeur des possibles pour la viticulture.
Alain Canet rappelle que l’agroforesterie consiste à remettre l’arbre à sa juste place dans le système agricole, en l’utilisant comme outil de production et de régulation.
Elle ne se limite pas à planter des arbres : il s’agit aussi de laisser pousser, d’entretenir l’existant, de gérer les haies, les repousses, les bords de parcelle et les arbres têtards.
Pourquoi remettre des arbres ?
L’arbre est présenté comme apportant de nombreuses fonctions :
- microclimat ;
- biodiversité ;
- auxiliaires ;
- régulation du vent ;
- production de biomasse ;
- injection de carbone ;
- amélioration de la fertilité ;
- accueil de chauves-souris et d’autres espèces utiles ;
- amortissement des chocs climatiques.
L’idée n’est pas de revenir à un paysage passé par nostalgie, mais de reconstruire un système plus fonctionnel, dans un contexte où :
- les sols se sont appauvris ;
- la matière organique a fortement baissé ;
- les aléas climatiques se sont intensifiés ;
- les vignobles sont confrontés à de multiples impasses techniques.
Des arbres, mais pas n’importe comment
Les intervenants insistent sur le fait que l’agroforesterie ne consiste pas à mettre des arbres partout, ni n’importe lesquels.
Pour que cela fonctionne, il faut :
- les bons arbres ;
- au bon moment ;
- dans les bonnes conditions ;
- en bonne quantité ;
- et surtout les tailler.
La taille des arbres est décrite comme draconienne dans bien des cas, précisément pour qu’ils rendent service sans devenir gênants.
Les formes d’arbres évoquées
Trois grandes formes sont présentées :
L’arbre fruitier
Il peut être utilisé pour produire des fruits, y compris sur le rang, dans certains projets.
L’arbre têtard
Il est particulièrement mis en avant. Cette forme permet de garder un arbre très bas, fortement taillé, qui produit de la biomasse, crée des cavités, accueille de la biodiversité et limite fortement l’encombrement.
L’arbre de bois d’œuvre ou de plein vent
C’est une autre possibilité, à condition de bien choisir les essences et de bien les gérer.
Compatibilités et incompatibilités
Il est rappelé qu’il existe des arbres incompatibles avec la vigne, et qu’il ne faut pas jouer avec cela.
À l’inverse, certaines compatibilités sont connues. L’exemple de l’érable champêtre est cité, notamment à partir de travaux italiens montrant une coévolution entre la vigne et cet arbre.
Agroforesterie et mécanisation
Une question est posée sur la compatibilité entre arbres et machine à vendanger.
La réponse est claire : les projets sont pensés pour rester compatibles avec la conduite du vignoble. Les arbres peuvent être placés :
- sur le rang ;
- entre des blocs ;
- en bordure ;
- dans des espaces dédiés ;
- ou à des hauteurs compatibles avec la mécanisation.
Chaque projet doit être dessiné en fonction des objectifs et des contraintes de l’exploitation.
Racines, mycorhizes et connexions
La fin de la séance revient sur un aspect central : les racines ne sont pas seules. Elles ne sont que des tuyaux, et ce sont les connexions biologiques du sol qui donnent toute sa puissance au système.
Avec les champignons mycorhiziens, la vigne multiplie sa capacité d’exploration, d’absorption et d’échange.
Dans cette logique, l’agroforesterie n’est pas seulement un outil paysager. C’est avant tout, selon les intervenants, une démarche agronomique.
Produire, protéger, prévenir
En filigrane de toute la séance apparaît une définition de l’agroécologie comme capacité à articuler :
- production ;
- protection ;
- prévention.
L’objectif n’est pas de sortir de la production, mais de la rendre plus stable, plus autonome et plus cohérente avec le fonctionnement du vivant.
Conclusion
Cette classe virtuelle montre que la viticulture agroécologique repose moins sur une recette unique que sur un ensemble de principes cohérents :
- soigner la taille ;
- couvrir les sols ;
- nourrir la fertilité ;
- remettre du carbone ;
- observer la biologie ;
- remettre des arbres là où ils sont utiles ;
- apprendre à piloter plutôt qu’à réparer.
Le message final de François Dargelos est un appel à l’ouverture : aller en formation, observer, discuter, échanger, confronter les pratiques, continuer à apprendre.
Le message final d’Alain Canet prolonge cette idée en rappelant que remettre des arbres, remettre du carbone et remettre de la fertilité dans les sols, c’est aussi participer à une forme de réconciliation entre agriculture, paysage et société.