Un blé semé dans la luzerne - 3/3 - Christophe Vandewalle - Bilans essais

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Dans ce troisième volet, Christophe Vandewalle présente les bilans de ses essais sur blé semé dans la luzerne, menés sur son exploitation en Normandie. Il revient sur son contexte pédoclimatique, ses analyses de sol, la gestion de l’eau et l’intérêt d’une couverture permanente pour mieux supporter les stress hydriques. Il détaille aussi l’évolution de son système vers l’agriculture de conservation, avec colza associé à la luzerne, puis blé semé dans le mulch. La vidéo montre ses observations sur le matériel de semis, la gestion des pailles, la régulation de la luzerne et les premiers résultats agronomiques. Les essais indiquent que la luzerne peut modifier le besoin en azote, tout en améliorant progressivement la structure du sol et l’enracinement. Christophe partage également ses tests sur les thés de compost, extraits fermentés, réduction des fongicides et techniques de maîtrise du ray-grass. Un retour d’expérience très concret, centré sur l’observation, la mesure et l’adaptation progressive du système.

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Résumé
Dans ce troisième volet, Christophe Vandewalle présente les bilans de ses essais sur blé semé dans la luzerne, menés sur son exploitation en Normandie. Il revient sur son contexte pédoclimatique, ses analyses de sol, la gestion de l’eau et l’intérêt d’une couverture permanente pour mieux supporter les stress hydriques. Il détaille aussi l’évolution de son système vers l’agriculture de conservation, avec colza associé à la luzerne, puis blé semé dans le mulch. La vidéo montre ses observations sur le matériel de semis, la gestion des pailles, la régulation de la luzerne et les premiers résultats agronomiques. Les essais indiquent que la luzerne peut modifier le besoin en azote, tout en améliorant progressivement la structure du sol et l’enracinement. Christophe partage également ses tests sur les thés de compost, extraits fermentés, réduction des fongicides et techniques de maîtrise du ray-grass. Un retour d’expérience très concret, centré sur l’observation, la mesure et l’adaptation progressive du système.

Installé sur une ferme de 77 ha dans le sud de l'Eure en Normandie, Christophe Vandewalle s'est lancé dans l'agriculture de conservation des sols après 30 ans d'agriculture classique. Inspiré par Hubert Charpentier, il met en place des couverts permanents de luzerne dans ses cultures. Retrouvez dans cette vidéo les résultats d’essais de thés de compost (TCO) et d’extraits fermentés (EF) sur ses blés.


Visioconférence réalisée dans le cadre de la formation “Augmenter sa productivité et sa résilience grâce au semis direct sous couverture végétale”.


Vous pouvez visionner la vidéo de Christophe Vandewalle sur les blés dans les luzernes réalisée sur sa ferme en octobre 2021 : https://www.youtube.com/watch?v=1kRLZGLwobE


En partenariat avec le GIEE 3 VALLÉES


00:00:19 : Présentation de la ferme

00:02:18 : Analyses des sols

00:07:36 : Pluviométrie, températures et rendements

00:13:12 : Assolement et rotation

00:16:07 : Le semoir

00:31:21 : Culture de colza associé

00:45:25 : Interculture blé - Colza

00:49:47 : Gestion de l’azote

01:08:33 : Régulation de luzerne dans les blés

01:21:28 : Résultats d’essai TCO (thé de compost oxygéné) et EF (extraits fermentés)

01:50:45 : Trucs et astuces !


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Toutes les informations et inscriptions : https://formation.verdeterreprod.fr/courses/se-lancer-en-agriculture-de-conservation-des-sols




Présentation de l’exploitation

Christophe Vandewalle est installé en , à environ 100 km à l’ouest de Paris. Il exploite une petite ferme d’environ 110 hectares, sur des sols de limons avec du limon moyen à profond, entre 50 et 90 cm, reposant sur une couche d’argile à silex. Par endroits, des effleurements de silex provoquent des zones plus difficiles, avec des « ronds » dans les parcelles.

En complément des cultures, l’exploitation comprend un élevage de volailles Label Rouge, avec environ 900 m² de bâtiments anciens réhabilités. Christophe Vandewalle explique aussi avoir quelques compétences en électronique et en bricolage, ce qui l’a conduit à mettre au point un peson automatique pour les volailles, ensuite commercialisé.

Sa vision de l’agriculture de conservation des sols

À la demande des organisateurs, Christophe Vandewalle présente sa définition de l’agriculture de conservation des sols. Pour lui, il s’agit vraiment d’un nouveau départ dans sa façon de cultiver. Après une trentaine d’années de pratiques plus classiques, en tant que « bon céréalier du coin », il dit avoir progressivement changé de regard, notamment en regardant des vidéos et des .

Il résume cette évolution avec quelques idées fortes :

  • en fait, le sol, on ne le connaît pas ;
  • il faut changer son regard ;
  • il ne faut pas trop stresser.

Cette transition est pour lui avant tout une remise en cause de ses habitudes et de sa manière de penser son système.

Analyses de sol et état initial

Christophe Vandewalle a fait réaliser des analyses de sol sur les quatre principales parcelles de l’exploitation, avec la méthode NutriFarming / Albrecht, via le GEDA des Trois Vallées et le CER France.

PH et matière organique

Les résultats l’ont surpris :

  • le pH se situe entre 6,7 et 7,4, ce qu’il considère comme tout à fait normal ;
  • il pensait être en retard en matière organique, notamment parce qu’il a exporté les pailles pendant 30 ans ;
  • malgré cela, les analyses montrent des taux de matière organique qu’il juge plutôt corrects.

Il exprime cependant des réserves sur la fiabilité des résultats, car dans une parcelle d’essai, une autre analyse réalisée par Aurea a donné des résultats très différents. Il souligne que les échantillons n’ont pas été prélevés au même moment, ni par la même personne, ce qui complique la comparaison.

Éléments minéraux et oligo-éléments

Les analyses montrent selon lui :

  • un manque de potasse ;
  • un manque de magnésium ;
  • des carences fréquentes en zinc ;
  • des niveaux souvent bas en bore et en cuivre ;
  • sur une parcelle, un déficit en molybdène.

Ces constats sont cohérents avec l’historique de l’exploitation, notamment l’exportation répétée des pailles.

Cas particulier d’une parcelle sans apport organique

Une des parcelles se distingue : elle n’a reçu aucun apport organique depuis sa reprise en 1992. Les autres parcelles ont reçu régulièrement des effluents d’élevage, soit de volailles, soit auparavant de porcs. Cette parcelle-là n’a donc jamais vu de lisier ni de fumier.

Cela se ressent légèrement dans les analyses, notamment sur le carbone organique, mais sans effondrement spectaculaire. Pour Christophe Vandewalle, cela confirme que les sols de la ferme sont assez homogènes dans leur potentiel intrinsèque, à l’échelle de l’exploitation.

Pluviométrie, températures et contrainte climatique

Depuis 13 ans, Christophe Vandewalle réalise ses propres relevés de pluviométrie et de températures. L’objectif est de mieux objectiver les conditions climatiques, au-delà du ressenti général selon lequel il pleuvrait moins et ferait toujours plus chaud.

Pluviométrie

Il constate que la pluviométrie annuelle n’est pas forcément en chute libre, mais que le vrai problème est surtout celui de la répartition des pluies. Pour lui, les mois de mai et juin sont déterminants : quand ils restent suffisamment humides, les rendements suivent.

À l’inverse, même avec une pluviométrie annuelle correcte, une mauvaise répartition peut entraîner un fort stress hydrique.

Températures et coups de chaud

Il suit aussi les épisodes de chaleur, en particulier au-delà de 28 °C. Il estime qu’à partir de ce seuil, le blé « aimerait bien avoir une casquette ». Ce sont ces coups de chaud en fin de cycle qui lui paraissent les plus pénalisants.

Il évoque notamment ces semaines de juin où un blé encore bien vert peut brutalement se dégrader, avec apparition de zones blanches puis desséchées dans les parcelles. C’est pour lui un phénomène très frustrant : on fait tout pour obtenir du rendement, et quelques jours de chaleur suffisent à tout compromettre.

Réserve utile et réserve facilement utilisable

À partir de ses relevés, il a reconstitué des courbes de réserve en eau. Il explique qu’en 2021, la situation a été limite : les sols étaient quasiment vides dès début mai, mais quelques pluies régulières ont permis d’éviter le déficit hydrique sévère.

En 2020, au contraire, la courbe montrait une sortie rapide de la réserve facilement utilisable, puis un assèchement complet.

Face à cela, il voit deux leviers majeurs :

  • améliorer la capacité des cultures à explorer le sol en profondeur, grâce à une meilleure porosité ;
  • maintenir une couverture du sol avec des ou du mulch, pour limiter l’évaporation.

Même si cela ne règle pas tout, il pense que quelques millimètres d’eau économisés peuvent suffire à faire la différence sur le rendement.

Système de culture et rotation

Sur l’exploitation, les cultures principales sont :

  • du blé, souvent en deuxième ou troisième blé ;
  • un peu d’ ;
  • du colza comme tête de rotation ;
  • un peu de pois ;
  • et désormais de la luzerne intégrée dans le système.

La rotation précédente était très simple :

  • colza ;
  • blé ;
  • blé ;
  • ;
  • colza.

Aujourd’hui, Christophe Vandewalle cherche à se rapprocher du système de Christophe Charpentier, avec des rotations intégrant du colza associé à la luzerne, puis du blé avec luzerne. Son objectif est d’aller vers quelque chose de simple et reproductible, sans chercher à compliquer inutilement le système.

Il envisage à terme une rotation du type :

  • colza + luzerne ;
  • blé avec luzerne ;
  • éventuellement second blé ;
  • et pois en cas de salissement important en ray-grass.

Le pois sert alors à casser le cycle du ray-grass, tandis qu’une parcelle propre pourrait accueillir de l’orge.

Au moment de la vidéo, il est au début de cette transition : il a récolté son colza avec luzerne, puis son premier blé avec luzerne, et se situe donc au tout début de la mise en place du système.

Les défis techniques à relever

Pour lui, le système colza-luzerne-blé est séduisant, mais il reste beaucoup de choses à apprendre. Il liste plusieurs chantiers :

  • réussir le semis du colza dans la luzerne ;
  • savoir désherber le colza associé ;
  • gérer les repousses et la régulation de la luzerne ;
  • réussir la destruction éventuelle de la luzerne ;
  • semer le second blé dans le mulch ;
  • réussir le semis direct avec présence de paille et de résidus.

Il insiste sur le fait qu’il ne cherche pas à copier un système de manière aveugle, mais à reprendre un modèle simple et à le remettre en place progressivement, à son échelle.

Réflexions sur le semoir

Christophe Vandewalle développe longuement la question du semoir, qu’il juge centrale.

Le bon semoir n’est pas universel

Selon lui, il n’existe pas de « semoir idéal », pas plus qu’il n’existe de « gendre idéal ». Il insiste sur le fait qu’un semoir doit être adapté au système de culture, et non l’inverse.

Son conseil est clair : avant d’acheter, il faut faire semer ses parcelles par différents voisins ou prestataires, avec différents matériels, puis observer ce qui fonctionne le mieux chez soi.

Ses critères

Pour lui, un bon semoir doit :

  • mettre la graine dans de bonnes conditions ;
  • bouleverser le moins possible le sol ;
  • éviter de stimuler les levées de mauvaises herbes, notamment de ray-grass.

Il rappelle que dans un système de semis direct, toucher le sol, c’est souvent relancer les adventices.

Écartement entre rangs

Son semoir travaille autour de 18,75 cm. Il estime que cet écartement ne pose pas de problème particulier pour le blé et le colza. Il pense même qu’un léger écartement peut être favorable :

  • moins de maladies ;
  • meilleure aération ;
  • séchage plus rapide de la végétation.

D’après ses échanges, aller jusqu’à 20 cm ne lui paraît pas problématique.

Description de son semoir

Il utilise un semoir Weaving GD 750A, modifié.

Fonctionnement

C’est un semoir monodisque avec :

  • un disque ouvreur ;
  • une roue de jauge pour régler la profondeur ;
  • un soc pour déposer la graine au fond du sillon ;
  • une roulette pour rappuyer au fond ;
  • puis une fermeture du sillon.

Le principal défaut qu’il lui trouve est la difficulté à semer peu profond. Pour bien couper les résidus végétaux, le disque doit entrer d’au moins 3 cm dans le sol. Cela conduit donc à semer souvent à 3 ou 4 cm de profondeur :

  • cela ne pose pas de problème pour le blé ;
  • mais c’est trop profond pour le colza.

Les cuves

Au départ, il pensait qu’il fallait plusieurs cuves, et a donc équipé le semoir de quatre cuves. Avec le recul, il relativise l’intérêt de cette configuration : c’est pratique, mais pas indispensable.

Les quatre cuves lui permettent néanmoins :

  • de placer différentes espèces ou produits à différents niveaux ;
  • par exemple de mettre de la féverole, du colza et de la luzerne dans des positions différentes.

Modifications apportées

Il a déjà réalisé plusieurs adaptations :

  • ajout d’un tube pour déposer certaines graines en surface, notamment la luzerne ;
  • modification de disques usés pour améliorer la fermeture du sillon ;
  • projet d’ajouter des disques ouvreurs en amont ;
  • réflexion sur l’installation de chasse-débris ;
  • réflexion sur un rouleau arrière de type double spire pour améliorer le rappui.

L’objectif est de mieux gérer la paille, de travailler plus superficiellement, et d’éviter de semer trop profond.

Colza associé à la luzerne

Christophe Vandewalle suit ici en partie les préconisations de Christophe Charpentier.

Dose et composition

Il sème :

  • 5 kg/ha de luzerne ;
  • environ 8,5 kg/ha de colza.

Il utilise aussi une variété de colza très précoce, Alicia, semée à faible densité. L’idée est d’obtenir quelques pieds qui fleurissent environ huit jours avant le reste du colza. Les méligèthes se concentrent alors sur ces premières fleurs, ce qui protège le reste de la culture.

Luzerne classique ou Luzelle

Il a utilisé la variété Luzelle, choisie pour sa dormance plus marquée au printemps. L’idée est d’éviter que la luzerne ne démarre trop fort et ne concurrence excessivement le blé.

Mais il s’interroge : une luzerne classique serait peut-être plus difficile à maîtriser, mais elle produirait probablement davantage de biomasse en interculture. Il ne tranche pas encore.

Date de semis

Il insiste sur la nécessité de semer tôt. En 2021, il a semé autour du 20 août, et estime que c’était encore juste. Il pense qu’il faut éviter de semer trop tard.

Gestion de la paille et travail du sol

C’est, selon lui, le gros point noir. Depuis deux ans, il a essayé plusieurs modalités :

  • semis direct dans paille broyée ;
  • semis direct dans paille exportée ;
  • semis direct après un petit passage de Cover-Crop ;
  • semis direct sans travail du sol.

Dans tous les cas, il constate que sans un minimum de travail du sol, l’implantation du colza est difficile. Pour le moment, il réalise donc un très léger travail du sol, le plus superficiel possible.

Il travaille aussi à la mise au point d’un outil de type scalpeur, avec grandes pattes d’oie sur chisel, pour intervenir à très faible profondeur sans enfouir.

Importance d’un colza très développé à l’automne

Pour lui, un colza doit être très bien implanté avant l’hiver. Il montre qu’au 15 octobre, certaines zones de parcelle étaient insuffisamment développées. Or, un colza trop petit :

  • ne couvre pas le sol ;
  • se fait attaquer par les altises ;
  • manque de vigueur.

Il considère que le minimum recherché au 15 octobre, c’est un colza déjà très bien installé.

Rôle du fumier

Il estime utile d’apporter un peu de fumier ou un apport organique au colza pour favoriser son démarrage, surtout dans ce type de système.

Essais avec pois et féveroles dans le colza

Dans ses premiers essais, il a voulu tester l’intérêt d’associer des et des au colza, avec ou sans engrais.

Il a comparé plusieurs combinaisons :

  • avec et sans pois-féveroles ;
  • avec et sans engrais ;
  • avec différents couverts : luzerne, trèfle violet, lotier.

Résultats

Il observe que :

  • l’effet des pois-féveroles sur le rendement du colza est faible ;
  • l’effet de l’engrais est peu significatif dans l’essai concerné ;
  • le désherbage au Lontrel permet de gagner un peu en colza, mais fait perdre la féverole.

Au final, en conduite économique, il considère que le bilan est à peu près neutre.

Conclusion provisoire

Il en conclut que les pois-féveroles n’apportent pas grand-chose dans son contexte, notamment en termes d’azote. Il pense que la plante compagne ne nourrit pas directement le colza : elle peut éventuellement restituer plus tard, après destruction, mais pas par un transfert direct plante à plante.

Il note également que là où il y avait pois-féveroles, la luzerne semblait moins bien se développer.

Désherbage du colza associé

Pour lui, la réussite passe d’abord par un bon nettoyage de la culture précédente, en particulier sur les dicotylédones. En effet, détruire ensuite la luzerne devient compliqué ; il vaut donc mieux arriver dans la culture avec une parcelle propre.

D’après Christophe Charpentier, un colza fort et bien nourri peut ensuite étouffer une partie des adventices. Christophe Vandewalle dit s’orienter progressivement vers cette logique :

  • faire lever rapidement le colza ;
  • ne traiter que les graminées, notamment avec du Kerb ;
  • éviter si possible les anti-dicotylédones.

Problème avec Novall / Tanaris

Il rapporte une mauvaise expérience avec un désherbage de type Novall / Tanaris. Dans une bande de traitement, la luzerne a presque disparu, alors qu’elle restait belle dans les zones sans recouvrement. Il en conclut que ce type de traitement n’est pas du tout sélectif vis-à-vis de la luzerne.

Sa conclusion est donc nette : si l’on peut se passer d’anti-dicotylédone, il vaut mieux le faire.

Gestion de l’interculture blé-colza

Christophe Vandewalle explique que, d’après Christophe Charpentier, il faut faucher les cannes de colza.

Utilisation d’une faucheuse

Il a donc acheté une faucheuse à disques, d’abord sans conditionneur ni épandeur, puis une seconde machine équipée pour mieux étaler les résidus. Il a modifié cette dernière pour obtenir un meilleur étalement de la paille.

Pour lui, cette opération est très importante :

  • pour homogénéiser la répartition des résidus ;
  • pour limiter l’effet des andains ;
  • pour rendre le semis suivant plus propre.

Calendrier

Après moisson, il a fauché les cannes de colza rapidement, puis il est repassé avant le semis de blé, vers mi-septembre, pour nettoyer à nouveau la parcelle.

Il estime que semer du blé dans un colza bien recoupé est bien plus acceptable, y compris en termes d’image, que de semer dans une parcelle sale avec des tiges irrégulières et des repousses.

Gestion des limaces

Il a appliqué de l’anti-limace dans la ligne de semis. Il constate que les limaces sont bien présentes, mais qu’elles consomment surtout les repousses de colza plutôt que le blé. Cela lui convient assez bien.

Essai de courbe de réponse à l’azote sur blé dans luzerne

Pour ne pas se contenter d’un discours théorique, Christophe Vandewalle a monté avec le CETAB un essai de réponse à l’azote sur blé implanté après colza avec luzerne.

Dispositif

L’essai comprend :

  • différentes doses d’azote ;
  • des blocs avec luzerne maintenue ;
  • des blocs avec luzerne détruite au semis du blé ;
  • quelques bandes sans blé, pour observer le comportement de la luzerne seule.

Historique de la parcelle

La parcelle avait connu auparavant :

  • un labour en 2019 ;
  • puis en 2020 un passage de Cover-Crop pour le semis du colza.

Elle n’était donc pas encore dans un système très ancien de semis direct permanent.

Résultats

Les reliquats azotés mesurés là où la luzerne était présente étaient de l’ordre de 25 unités de plus.

Sur la courbe de réponse :

  • avec luzerne associée, l’optimum de rendement se situe autour de 205 unités ;
  • avec luzerne détruite, l’optimum monte plutôt autour de 240 unités.

Le rendement maximum est aussi légèrement supérieur avec la luzerne maintenue.

Interprétation

Deux hypothèses sont évoquées :

  • soit la luzerne a déjà eu un effet bénéfique avant sa destruction, en vivant dans le colza puis au début du cycle ;
  • soit il s’agit surtout d’un effet de concurrence entre la luzerne et le blé, qui modifie la courbe de réponse.

Christophe Vandewalle insiste sur le fait qu’on est encore en première rotation. Il pense qu’à terme, une luzerne installée depuis plusieurs années, avec tout son réseau racinaire en cours de minéralisation, pourrait avoir un effet plus favorable.

Il rappelle aussi que sans azote, l’essai donne encore environ 38 q/ha, ce qui lui paraît intéressant.

Structure du sol observée dans le profil

En comparant des profils de sol réalisés à deux ans d’intervalle dans la même parcelle, Christophe Vandewalle observe une amélioration.

Au départ, il voyait une rupture nette vers 20 cm, comme une ligne de coupure. Dans le profil plus récent, cette discontinuité est moins marquée et des racines descendent jusqu’à 60 cm.

Il en déduit que :

  • la structure semble évoluer dans le bon sens ;
  • les cultures explorent mieux le profil ;
  • la rotation future pourrait encore améliorer les choses.

Il insiste sur le fait que toutes ces racines de luzerne deviendront à terme de la nourriture pour les cultures suivantes.

Analyses de sève

Dans le cadre du projet Food Scanner, des analyses de sève ont aussi été réalisées sur ses cultures, avec Martin. Christophe Vandewalle dit découvrir encore cet outil, qu’il considère comme prometteur.

L’idée est de pouvoir détecter des déséquilibres ou des carences avant qu’ils ne deviennent visibles. Il compare cela à une prise de sang.

Il reste prudent dans l’interprétation, mais retient que ces analyses pourraient à l’avenir aider à mieux piloter les oligo-éléments et la nutrition des cultures.

Régulation de la luzerne dans le blé

La gestion de la luzerne dans le blé est pour lui un point très sensible.

Observation de la concurrence

Dans une bande sans blé, la luzerne peut être très développée dès juin. En revanche, la simple présence du blé suffit déjà à calmer fortement la luzerne. Le blé lui prend naturellement de la lumière et de l’espace.

Essais de produits

Avec le CETAB, il a testé différentes doses et différents herbicides. Il observe notamment que :

  • 15 g d’Allié fin avril régulent bien la luzerne ;
  • la même dose appliquée fin mars est moins efficace.

Son interprétation est la suivante : appliquée trop tôt, la luzerne a le temps de se remettre avant que le blé n’entre dans sa phase de croissance active. Appliquée plus tard, la régulation profite mieux au blé.

Il mentionne aussi des produits comme Starane / Chardex et surtout le type /luzerne visé par Allié ou Harmony, avec des résultats de rabattement importants.

Importance des bandes non traitées

Il insiste sur l’intérêt pratique des bandes non traitées : elles permettent de voir visuellement comment la luzerne réagit et si le blé reprend l’avantage. Pour lui, ces bandes sont indispensables pour apprendre à piloter le système.

Ce qu’il considère comme une bonne régulation

Pour lui, une bonne régulation laisse encore quelques pieds de luzerne dans le blé, sans qu’elle prenne le dessus. Il cherche un équilibre : la luzerne doit être présente, mais pas envahissante.

Après moisson : état de la luzerne

Après récolte du blé, il a coupé les chaumes très rapidement, puis les a refauchés pour mieux répartir les résidus. Malgré cela, l’état du couvert de luzerne en septembre lui paraît insuffisant, avec trop de trous.

Il avance deux causes possibles :

  • un semis initial trop tardif ;
  • les effets négatifs du désherbage de type Tanaris.

Il admet que ce n’est pas encore satisfaisant et qu’il faudra faire mieux l’année suivante.

Semis du second blé dans le mulch

L’implantation du blé dans le mulch de colza et de luzerne reste un sujet en cours de travail.

Ce qu’il retient à ce stade

Pour lui, il faut :

  • éviter d’être radin sur la semence ;
  • viser un maximum de graines au contact du sol ;
  • avancer légèrement la date de semis par rapport aux pratiques locales.

Dans son secteur, les dates de semis ont été reculées de 15 jours pour limiter le ray-grass. Mais en semis direct, comme le sol est moins perturbé et que le ray-grass est moins stimulé, il pense qu’on peut revenir à des dates un peu plus normales, autour de début octobre.

Semer trop tard pose selon lui plusieurs problèmes :

  • le blé pousse moins vite en semis direct ;
  • la culture devient plus vulnérable ;
  • la concurrence des limaces augmente.

Roulage

Il considère que le roulage doit être réalisé juste après le semis, surtout en automne, pour bien refermer le sillon. Au printemps, il y voit peu d’intérêt.

Essais de thés de compost oxygénés et de purins d’ortie

Christophe Vandewalle a également testé des applications de thés de compost oxygénés (TCO) et d’extraits fermentés d’ortie.

Protocole

Dans une même parcelle, il a comparé :

  • des bandes avec quatre passages de TCO ;
  • des bandes avec extraits fermentés d’ortie ;
  • une bande témoin avec programme fongicide classique ;
  • une bande témoin sans traitement.

Il a recommencé le protocole dans une seconde parcelle.

Préparation

Les TCO ont été préparés avec lombricompost, bactéries, mélasse et compost de vinification, avec une oxygénation sur 24 heures. Les extraits fermentés d’ortie ont été réalisés soit à partir de produits récupérés, soit avec ses propres préparations.

Conditions d’application

Il explique qu’il faut appliquer les TCO à la tombée de la nuit, conformément aux recommandations de Jean-Charles de Villiers, pour limiter les effets des rayons UV sur les micro-organismes.

Résultats

Les résultats montrent :

  • un écart d’environ 10 q/ha entre le témoin non traité et le programme fongicide complet sur une des parcelles ;
  • un effet du TCO plus modeste mais réel dans certains cas ;
  • peu ou pas d’effet visible des extraits fermentés d’ortie cette année-là.

Il reste prudent dans ses conclusions, mais considère que les TCO ont probablement un effet. En revanche, il n’a pas été convaincu cette année-là par les orties.

Conséquences pour sa conduite

Pour la campagne suivante, il a choisi de :

  • conserver le soufre au premier passage ;
  • n’acheter que le T2 fongicide, pour éviter d’utiliser des produits « parce qu’ils sont au hangar » ;
  • continuer les essais avec TCO et extraits fermentés.

Il explique que cette stratégie l’oblige à réfléchir davantage et à ne pas systématiser les traitements.

Matériel pour thés de compost oxygénés

Il détaille également son installation :

  • une cuve d’environ 300 litres ;
  • des diffuseurs et pompes achetés séparément ;
  • une chaudière de récupération ;
  • un pulvérisateur dédié, ancien, sans trop de sophistication.

Il estime qu’une installation comme la sienne revient autour de 1300 à 1500 euros, hors temps de bricolage.

Selon lui, il vaut mieux un pulvérisateur simple, avec peu de brassage et peu de pression, afin de ne pas « écraser » les bactéries. Il recommande aussi un rinçage rapide après usage, car le TCO forme facilement un biofilm dans les cuves et les tuyaux.

Gestion du ray-grass par serpillières imbibées de glyphosate

Pour lutter contre les épis de ray-grass dépassant du blé, Christophe Vandewalle a également testé un système de serpillières fixées sur la rampe du pulvérisateur et imbibées de glyphosate. Le principe est de frotter uniquement les épis de ray-grass sans toucher le blé.

Les résultats de germination obtenus après test sont, selon lui, de l’ordre de 80 à 90 % d’efficacité. Il juge cette piste encourageante, surtout dans une logique de prévention sur parcelles encore propres.

Il estime toutefois qu’il faut encore améliorer le système, notamment avec de l’électronique pour mieux suivre le relief et ajuster l’application.

Pesée des essais

Pour mesurer correctement les résultats, Christophe Vandewalle utilise son peson. Il considère que faire des essais sans les mesurer précisément n’a pas grand intérêt.

Sa méthode consiste à :

  • récolter des bandes d’environ 150 m ;
  • remplir un big-bag ;
  • peser immédiatement avec le peson ;
  • prélever un échantillon ;
  • vider ensuite dans la benne.

Il trouve ce système rapide, pratique et suffisamment précis pour ses essais de terrain.

Regard sur la charrue

En conclusion, Christophe Vandewalle tient un discours nuancé sur la . Il ne se dit pas « contre » la charrue de manière dogmatique. Pour lui, la charrue est comparable à un bistouri : ce n’est pas un outil d’usage courant, mais cela peut rendre service lorsqu’il faut remettre un système d’aplomb.

Il considère qu’en agriculture de conservation, on peut parfois se retrouver dans une impasse :

  • culture ratée ;
  • parcelle trop sale ;
  • système déséquilibré.

Dans ce cas, un labour occasionnel peut être une solution. Mais il insiste : si l’on laboure, il faut ensuite penser à la « rééducation », c’est-à-dire remettre immédiatement en place des couverts et une dynamique de reconstruction du sol.

Conclusion générale

Tout au long de son intervention, Christophe Vandewalle montre une démarche très expérimentale. Il avance par essais, mesures, observations et ajustements. Il ne prétend pas avoir toutes les réponses, mais cherche à construire un système cohérent autour de quelques idées directrices :

  • moins perturber le sol ;
  • améliorer l’accès à l’eau ;
  • intégrer la luzerne dans la rotation ;
  • raisonner la fertilisation et les traitements ;
  • observer et mesurer systématiquement.

Son retour d’expérience montre à la fois l’intérêt du système blé-luzerne-colza et la complexité technique de sa mise en œuvre, notamment sur la gestion de la paille, de la concurrence de la luzerne, du désherbage et du semis direct dans le mulch.