Paysages in Marciac 2022 - Samedi matin : Santé du Sol au Sang

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

À Marciac, cette matinée explore la « santé unique » en reliant sol, plantes, animaux et humains. Pierre Weill montre comment l’alimentation animale, surtout la place de l’herbe et des oméga 3, influence la qualité nutritionnelle des produits et l’inflammation, au cœur de nombreuses maladies chroniques. Mohamed Benahmed prolonge cette réflexion avec l’épigénétique : nutrition, stress, toxiques et microbiote modifient l’expression des gènes et peuvent favoriser ou prévenir diabète, cancers, dépression ou maladies métaboliques. Enfin, Olivier Husson remet la plante au centre du raisonnement : par la photosynthèse, elle capte l’énergie solaire, nourrit les sols, structure les écosystèmes et conditionne toute la chaîne du vivant. Ensemble, les interventions défendent une idée forte : la santé humaine commence bien avant l’assiette, dans des sols vivants, des plantes équilibrées et des systèmes agricoles diversifiés.

auto_awesome
Résumé
À Marciac, cette matinée explore la « santé unique » en reliant sol, plantes, animaux et humains. Pierre Weill montre comment l’alimentation animale, surtout la place de l’herbe et des oméga 3, influence la qualité nutritionnelle des produits et l’inflammation, au cœur de nombreuses maladies chroniques. Mohamed Benahmed prolonge cette réflexion avec l’épigénétique : nutrition, stress, toxiques et microbiote modifient l’expression des gènes et peuvent favoriser ou prévenir diabète, cancers, dépression ou maladies métaboliques. Enfin, Olivier Husson remet la plante au centre du raisonnement : par la photosynthèse, elle capte l’énergie solaire, nourrit les sols, structure les écosystèmes et conditionne toute la chaîne du vivant. Ensemble, les interventions défendent une idée forte : la santé humaine commence bien avant l’assiette, dans des sols vivants, des plantes équilibrées et des systèmes agricoles diversifiés.

🥰Nous avons besoin de vous ! 𝗦𝗼𝘂𝘁𝗲𝗻𝗲𝘇 𝗻𝗼𝘁𝗿𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗱𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘃𝗶𝗱𝗲́𝗼 𝗲𝗻 𝗮𝗰𝗰𝗲̀𝘀 𝗹𝗶𝗯𝗿𝗲 sur https://fr.tipeee.com/ver-de-terre-pr...


Engagé pour la transition agroécologique, 𝗩𝗲𝗿 𝗱𝗲 𝗧𝗲𝗿𝗿𝗲 𝗣𝗿𝗼𝗱𝘂𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮𝗴𝗶𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗹𝗲𝘀 𝗮𝗴𝗿𝗶𝗰𝘂𝗹𝘁𝗲𝘂𝗿𝘀 en créant et diffusant des contenus conçus avec des agronomes et des professionnels reconnus en agroécologie.

Plus d’informations sur http://www.verdeterreprod.fr et sur notre page Facebook https://www.facebook.com/VDTProd


💡𝗖𝗼𝘂𝗿𝘀 𝗲𝗻 𝗹𝗶𝗴𝗻𝗲 : Formez-vous 24h/24, 7j/7 avec les meilleurs experts de l’agroécologie ! - https://formation.verdeterreprod.fr/c...


👩‍🏫𝗙𝗼𝗿𝗺𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 : Nous travaillons avec les meilleurs experts de l’agroécologie pour vous proposer des formations à la pointe de l’innovation agricole et adaptés à vos besoins - https://formation.verdeterreprod.fr/p...


🌳𝗔𝗰𝗰𝗼𝗺𝗽𝗮𝗴𝗻𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 : Profitez de notre expérience pour mener à bien votre projet - https://www.verdeterreprod.fr/accompa...


🎥𝗣𝗿𝗲𝘀𝘁𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗮𝘂𝗱𝗶𝗼𝘃𝗶𝘀𝘂𝗲𝗹𝗹𝗲 : Valorisez et prolongez vos événements en les captant intégralement - contact : vidéo@verdeterreprod.fr


Programme

Santé unique et inflammation - Pierre Weill

Maîtriser sa santé par la nutrition - M. Benhamed

La photosynthèse, 1ère étape de la santé unique - O. Husson


Introduction

La matinée du samedi à Marciac s’ouvre par un propos d’accueil remerciant le public présent au cinéma, ainsi que les personnes qui suivent les échanges sur YouTube. L’idée directrice de cette séquence est de poursuivre le « cheminement » engagé autour de l’agroécologie, de l’agroforesterie et, plus largement, des liens entre les écosystèmes, l’alimentation et la santé.

L’objectif annoncé est d’aller « du sol à l’animal », puis jusqu’à l’être humain, en s’appuyant notamment sur les travaux de Pierre Weill, invité principal de la première intervention. Cette matinée est placée sous le signe de la « santé unique », avec une volonté de faire dialoguer le fonctionnement du vivant à différentes échelles : le sol, la plante, l’animal, l’aliment, puis la santé humaine.

Présentation de Pierre Weill : santé unique et inflammation

Pierre Weill commence par rappeler que sa présentation porte sur deux notions : la santé unique et l’inflammation.

Définition de la santé unique

Il explique que la notion de santé unique, souvent évoquée aujourd’hui sous des expressions comme « santé globale », a été formalisée dans différents cadres internationaux. Elle repose sur l’idée que :

  • la santé des humains,
  • la santé des animaux domestiques et sauvages,
  • la santé des plantes,
  • et la santé des écosystèmes

sont étroitement liées et interdépendantes.

Il rappelle que cette approche a émergé notamment à la suite des crises sanitaires comme celle de la vache folle, lorsque l’on a pris conscience que la santé animale influençait directement la santé humaine. Mais il insiste sur le fait que ce lien ne doit pas être pensé seulement de manière négative : des animaux en bonne santé, nourris avec des plantes en bonne santé, peuvent aussi avoir un effet positif sur la santé humaine.

Il précise que, dans ses travaux, cette idée n’est pas restée au stade de la déclaration de principe. Plusieurs études cliniques ont été menées, dans lesquelles la seule variable modifiée était l’alimentation des animaux, afin d’observer ensuite des effets mesurables sur des marqueurs métaboliques chez l’être humain.

Définition de l’inflammation

Pierre Weill rappelle ensuite que la notion d’inflammation est très ancienne. Il évoque la définition classique issue du médecin latin Celse, avec les signes traditionnels :

  • rubor : rougeur,
  • dolor : douleur,
  • calor : chaleur,
  • tumor : gonflement.

L’inflammation est présentée comme la première ligne de défense de l’organisme face à une agression : bactérie, virus, champignon, ou autre agent agressif.

Il souligne que l’inflammation fait partie de l’immunité innée, c’est-à-dire de cette capacité fondamentale qu’a l’organisme à se défendre, même contre des agressions inconnues.

Il insiste surtout sur un point central : l’inflammation comporte deux phases :

  • une phase de promotion, pro-inflammatoire, nécessaire pour combattre l’agresseur ;
  • une phase de résolution, anti-inflammatoire, nécessaire pour réparer les tissus et arrêter la réaction inflammatoire.

Selon lui, il faut retenir que l’inflammation est indispensable, mais qu’elle doit être correctement régulée. S’il y en a trop, ou si la phase de résolution ne fonctionne pas bien, on entre dans des phénomènes d’inflammation chronique de bas grade, associés à de nombreuses maladies modernes.

Un parcours de recherche entre élevage et santé humaine

Pierre Weill situe son intervention dans un parcours de recherche de plus de vingt-cinq ans. Il rappelle que sa première publication scientifique, il y a 26 ans, portait sur des vaches, en collaboration avec l’INRA et l’Institut de l’élevage. Sa publication la plus récente, au moment de cette intervention, portait au contraire sur l’alimentation humaine en période de Covid, en lien avec l’Institut Pasteur de Lille.

Il résume ainsi son itinéraire : il est passé de la santé des vaches à la santé des humains, en découvrant progressivement que tout cela était lié, et qu’il aurait fallu dès le départ s’intéresser aussi à la santé des sols et des plantes.

Le rôle central des oméga 3 et des oméga 6

L’acide alpha-linolénique comme « personnage principal »

Pierre Weill construit son exposé autour d’un « personnage principal » : l’acide alpha-linolénique, qu’il présente comme un petit acide gras essentiel. C’est le précurseur de la famille des oméga 3.

Il explique la logique biochimique de cette famille :

  • les acides gras sont des chaînes carbonées plus ou moins longues ;
  • les doubles liaisons créent des courbures dans la chaîne ;
  • dans la nomenclature, on parle d’oméga 3 parce que la dernière insaturation se situe à trois carbones de l’extrémité oméga.

Il rappelle que l’acide alpha-linolénique est le précurseur de molécules plus longues comme le DHA, important notamment pour le cerveau. Mais il insiste sur un point fondamental : l’être humain ne sait pas fabriquer cet acide alpha-linolénique. Seuls les végétaux savent le produire.

Le rôle complémentaire de l’acide linoléique

À côté de cet oméga 3, il place un « compagnon » : l’acide linoléique, précurseur de la famille des oméga 6.

Selon lui, ces deux familles travaillent ensemble, mais avec des rôles différents :

  • les oméga 6 participent surtout à la phase de promotion de l’inflammation ;
  • les oméga 3 participent davantage à la phase de résolution.

L’idée essentielle est qu’il faut un bon équilibre entre les deux. L’inflammation doit pouvoir démarrer quand il le faut, mais elle doit aussi pouvoir s’arrêter. Si l’équilibre est rompu, on favorise les états inflammatoires chroniques.

Il résume cela en disant que l’harmonie dans notre corps dépend de l’harmonie dans l’assiette, et que cette harmonie dans l’assiette dépend elle-même de ce qui pousse dans les champs.

Prix Nobel et biochimie des prostaglandines

Il rappelle que les chercheurs ayant décrit ces mécanismes de synthèse des prostaglandines et autres médiateurs lipidiques ont reçu le prix Nobel en 1982. Leurs travaux ont montré que ces molécules agissent comme des systèmes de régulation dans l’organisme, à la manière d’un frein et d’un accélérateur.

Mais, contrairement à d’autres systèmes de régulation internes, ces acides gras essentiels ne sont pas fabriqués par notre organisme. Leur disponibilité dépend donc directement de notre environnement alimentaire.

D’où viennent les oméga 3 et les oméga 6 ?

Pierre Weill explique ensuite l’origine agronomique de ces lipides.

Les sources végétales des oméga 3

L’acide alpha-linolénique est produit par les végétaux en croissance. On le trouve notamment :

Il insiste sur le fait que les oméga 3 sont surtout liés aux tissus végétaux en croissance, plus qu’aux organes de stockage.

Les sources végétales des oméga 6

À l’inverse, les oméga 6 sont plutôt associés aux graines et aux organes de réserve. Dans les rations animales, cela renvoie en particulier :

Pierre Weill souligne alors une double compétition :

  • une compétition biochimique pour l’utilisation des enzymes dans l’organisme ;
  • une compétition agronomique pour l’usage des sols.

Autrement dit, selon que l’on choisit de produire de l’herbe ou du maïs, on n’a pas les mêmes effets sur les sols, sur les animaux, puis sur les humains qui consommeront les produits issus de ces animaux.

Les oméga 3, l’inflammation et le Covid

Pour illustrer l’importance physiologique de cet équilibre, Pierre Weill revient sur les mécanismes inflammatoires liés au Covid.

Il décrit comment, lorsqu’un virus pénètre dans une cellule, il déclenche toute une cascade de signalisation. Les oméga 6 stockés dans les membranes cellulaires peuvent alors être mobilisés pour produire des molécules pro-inflammatoires, notamment des cytokines.

Il rappelle qu’au début de la pandémie, on parlait beaucoup « d’orage inflammatoire » ou de « tempête de cytokines ». Pour lui, cela correspond à une situation dans laquelle l’inflammation devient excessive et ne s’arrête plus.

Les oméga 3, eux aussi présents dans les membranes, jouent un rôle de frein sur certaines voies de synthèse. Ils participent donc à limiter cette réponse excessive et à favoriser la résolution de l’inflammation.

Il ne demande pas de retenir toute la biochimie, mais de comprendre ceci : la composition des membranes cellulaires dépend de ce que nous mangeons, et donc, en amont, de ce que les animaux ont mangé, et avant cela encore de ce qui pousse dans les champs.

Des plantes aux animaux : les premiers travaux sur les vaches

La synthèse végétale de l’acide alpha-linolénique

Avant d’aller vers les animaux, Pierre Weill fait un détour par les plantes. Il rappelle que seuls les végétaux possèdent les enzymes permettant de synthétiser l’acide alpha-linolénique.

Cet acide gras est indispensable à la photosynthèse, car il intervient dans les chloroplastes. Sans lui, pas de synthèse chlorophyllienne correcte. Il rappelle aussi qu’une plante utilise ces mêmes familles de molécules pour se défendre contre ses propres agressions : insectes, champignons, etc., notamment via des composés comme l’acide jasmonique.

Il relie cela aux discussions précédentes sur les minéraux et oligo-éléments : pour bien fonctionner, la photosynthèse a besoin à la fois de ces acides gras et de nombreux cofacteurs minéraux.

Une première expérience sur les vaches

Pierre Weill raconte ensuite le début de ses travaux dans les années 1990. Il compare des vaches nourries :

  • soit avec des rations riches en maïs et soja ;
  • soit avec des apports plus riches en oméga 3, notamment via le lin ;
  • en gardant en tête que l’herbe constitue la référence naturelle.

Il montre qu’une vache nourrie à l’herbe reçoit une ration très riche en oméga 3 par rapport aux oméga 6, alors qu’une vache nourrie principalement au maïs reçoit un rapport totalement inversé.

Cela modifie la composition du lait, du beurre et des autres produits animaux.

Ces premiers essais ont montré non seulement des changements dans la composition du lait, mais aussi des effets possibles sur :

  • l’efficacité alimentaire,
  • la fertilité,
  • certaines maladies chroniques des vaches,
  • et plus tard même les émissions de méthane.

Pierre Weill explique qu’il a ensuite fallu des années de travail pour valider ces hypothèses.

L’idée d’une alimentation plus conforme à la physiologie animale

Il résume sa démarche ainsi : une vache est faite pour manger de l’herbe. Même si elle n’en mange pas toute l’année, il serait logique qu’elle reçoive au moins une alimentation qui s’en rapproche.

Dans ses travaux, le lin a d’abord été utilisé comme outil expérimental, car il est riche en oméga 3, mais l’idée de fond n’est pas de réduire la question au lin seul. Le sujet, c’est d’abord la qualité de l’alimentation animale dans son ensemble.

Des animaux à l’homme : les études cliniques

Le déficit en oméga 3 dans la population française

Pierre Weill présente ensuite les apports nutritionnels conseillés et souligne que, dans la population française :

  • les apports en oméga 6 sont globalement suffisants ;
  • les apports en graisses saturées sont souvent un peu trop élevés ;
  • les apports en oméga 3 sont, eux, très insuffisants.

Il indique que seuls 2 % des Français couvriraient leurs besoins en acide alpha-linolénique, et qu’une faible proportion atteint les recommandations pour les autres oméga 3 à longue chaîne.

Selon lui, cette insuffisance n’est pas anodine : les recommandations sont liées à la prévention :

  • du syndrome métabolique,
  • du diabète,
  • de l’obésité,
  • des maladies cardiovasculaires,
  • et de certains cancers.

L’exemple des études épidémiologiques internationales

Il évoque des travaux comme ceux de Framingham, ainsi qu’une méta-analyse compilant les taux d’oméga 3 sanguins dans différents pays.

Les pays où les taux sanguins sont élevés ont souvent de meilleurs indicateurs de santé. Il note aussi que ces pays sont souvent des pays maritimes, ce qui alimente le discours classique : pour avoir des oméga 3, il faudrait manger du poisson.

Mais Pierre Weill nuance fortement cette idée.

Le poisson n’est pas la source première

Il explique que les poissons ne fabriquent pas eux-mêmes les oméga 3. Dans les chaînes alimentaires marines, les producteurs primaires sont les algues, puis le zooplancton, puis les petits poissons, puis les grands poissons.

Avec le développement de l’aquaculture nourrie au maïs et au soja, la teneur en oméga 3 des poissons peut d’ailleurs diminuer.

Il souligne surtout qu’il n’est pas réaliste, écologiquement et socialement, de penser que l’ensemble de la population mondiale pourrait couvrir ses besoins en oméga 3 uniquement grâce au poisson.

Certaines propositions consistent à développer des microalgues en fermenteur, ou des plantes génétiquement modifiées capables de produire davantage d’oméga 3. Il mentionne ces pistes, mais sans les considérer comme des solutions centrales.

Changer l’alimentation animale pour changer celle de l’homme

L’hypothèse de Pierre Weill est différente : si l’on modifie l’alimentation des animaux terrestres, on modifie mécaniquement la composition nutritionnelle de nombreux aliments consommés par les humains.

Il rappelle que les deux tiers des lipides consommés en France sont encore des lipides animaux : produits laitiers, viande, œufs, charcuteries. Donc, si l’on change l’alimentation des animaux, on change l’alimentation humaine « sans s’en rendre compte ».

Une étude clinique chez l’humain

Il décrit une étude dans laquelle deux groupes de volontaires ont consommé, pendant plusieurs semaines, les mêmes quantités de beurre, viande, lait et charcuterie. La seule différence portait sur l’alimentation des animaux à l’origine de ces produits.

Les résultats ont montré :

  • une augmentation nette de l’apport en oméga 3 dans l’assiette ;
  • puis une augmentation mesurable des oméga 3 dans le sérum des participants ;
  • et enfin, après quelques semaines, une modification significative de la composition en acides gras des globules rouges.

Pierre Weill insiste : les globules rouges ont une durée de vie longue et leur membrane reflète la composition des membranes cellulaires de l’organisme. Cela signifie qu’en modifiant seulement l’alimentation des animaux, on a modifié la composition des cellules humaines.

Pour lui, cela prouve que la chaîne « du champ au sang » est bien réelle.

Santé des écosystèmes et diversité des systèmes de culture

Pierre Weill estime que ces modifications profitent aussi à la santé des écosystèmes. En rééquilibrant l’alimentation animale avec davantage d’herbe, de légumineuses, de lin, de chanvre ou d’autres ressources végétales variées, on favorise une plus grande diversité agricole et l’on réduit la domination de quelques monocultures.

Il rappelle qu’en France une très faible diversité de plantes occupe l’essentiel des surfaces, avec une place massive du blé et du maïs. Si l’on veut pouvoir recommander aux humains de manger de façon variée et équilibrée, il faudrait aussi que les sols et les animaux soient nourris de manière plus variée et équilibrée.

Le cas de Bleu-Blanc-Cœur

Interrogé sur la place du lin dans la démarche Bleu-Blanc-Cœur, Pierre Weill précise que le lin a été au départ un outil expérimental très utile, notamment sous forme de graines de lin extrudées.

Mais, dans la logique de Bleu-Blanc-Cœur, il ne s’agit pas d’une obligation de moyens, mais d’une obligation de résultats. Ce qui compte, c’est le résultat nutritionnel dans l’aliment final, pas la plante utilisée de manière exclusive.

Il mentionne ainsi d’autres ressources intéressantes :

  • l’herbe, qui reste la source principale d’oméga 3 pour les ruminants,
  • le chanvre,
  • le sainfoin,
  • la luzerne.

Il explique aussi que, dans les élevages laitiers engagés dans cette démarche, on observe souvent une évolution progressive : d’abord un peu de lin, puis davantage d’herbe, jusqu’à une transformation plus profonde des systèmes.

Questions sur le canard, le lapin et le régime crétois

À une question sur le canard et les fruits secs dans le Sud-Ouest, Pierre Weill répond que certaines espèces monogastriques herbivores ou omnivores, comme le lapin, le canard ou l’oie, peuvent en effet être intéressantes du point de vue nutritionnel, car elles ne possèdent pas le système digestif des ruminants qui hydrogène fortement les acides gras.

Il rappelle à ce propos que, dans les travaux de Serge Renaud sur le régime crétois, la consommation de lapin jouait un rôle important.

Sur une question portant sur le manganèse, il reconnaît ne pas avoir de réponse précise au moment de l’échange.

Questions sur le microbiote

Interrogé sur les liens entre microbiote du sol et microbiote intestinal, Pierre Weill répond qu’il existe déjà des travaux montrant, chez l’animal de laboratoire, que les effets des oméga 3 sur l’obésité ou le diabète peuvent être médiés par le microbiote.

En revanche, le lien direct entre les trois microbiotes — celui du sol, celui de l’animal, celui de l’homme — lui semble encore insuffisamment documenté expérimentalement, même s’il juge cette hypothèse très plausible.

Il évoque à ce sujet une analogie avec les courbes de basculement observées en santé des sols et en santé du microbiote humain : dans les deux cas, il existerait des zones critiques à partir desquelles le système devient difficile à restaurer.

Transition vers l’intervention de Mohamed Benahmed

À la suite de cette première présentation, l’animateur souligne l’importance du lien établi entre le sol, la plante, l’animal et l’homme. Il annonce alors une seconde intervention, plus centrée sur l’extrémité de la chaîne : les liens entre ce qu’il y a dans notre assiette et les effets sur la santé humaine.

Il présente Mohamed Benahmed, directeur de recherche à l’INSERM, endocrinologue, engagé depuis plusieurs décennies sur les questions d’épigénétique et de nutrigénomique.

Présentation de Mohamed Benahmed : mode de vie, épigénétique et santé

Mohamed Benahmed précise qu’il vient du monde médical, avec une formation d’endocrinologue spécialisé dans les maladies métaboliques. Son parcours de chercheur l’a conduit à travailler sur l’impact du mode de vie sur la santé, en particulier à travers trois grands facteurs :

  • la nutrition,
  • l’exposition aux toxiques,
  • le stress.

Selon lui, l’un des grands acquis des dernières décennies est que l’épigénétique fournit des outils concrets et objectifs pour mesurer l’impact de l’environnement sur l’expression du génome.

Les maladies chroniques comme enjeu majeur

Il rappelle que les principales causes de mortalité dans le monde sont désormais les maladies chroniques, loin devant les seules maladies infectieuses ou les traumatismes.

Ces maladies sont longues, complexes, coûteuses, et concernent aussi bien les pays riches que les pays émergents.

Selon lui, la rupture conceptuelle essentielle a été de comprendre que, dans leur immense majorité, ces maladies ne sont pas d’abord des maladies génétiques. Elles sont largement programmées très tôt par les conditions de vie et l’environnement.

Le rôle de l’épigénétique

Pendant longtemps, la biologie s’est focalisée sur la séquence de l’ADN. Mais les travaux récents montrent que le mode de vie vient moduler l’expression des gènes, sans changer nécessairement leur séquence.

Il présente alors les principaux mécanismes épigénétiques :

  • la méthylation de l’ADN,
  • les modifications des histones,
  • les ARN non codants, en particulier les microARN.

Ces mécanismes peuvent augmenter ou diminuer l’expression de certains gènes, et donc orienter le fonctionnement cellulaire vers la santé ou vers la maladie.

Une médecine prédictive et préventive

Mohamed Benahmed explique qu’on est en train de passer d’une médecine surtout curative à une médecine dite « 4P » :

  • prédictive,
  • préventive,
  • personnalisée,
  • participative.

Il ajoute une cinquième dimension : la médecine intégrative, qui cherche à associer les traitements classiques à des interventions sur le mode de vie, notamment nutritionnelles.

Il cite l’exemple du cancer : on s’aperçoit que certaines chimiothérapies fonctionnent mieux, à plus faible dose et avec moins d’effets secondaires, lorsqu’elles sont associées à une alimentation de précision adaptée.

Inflammation, vieillissement et autophagie

Il retrouve ici un point de convergence avec Pierre Weill : l’inflammation chronique de bas grade apparaît comme un tronc commun de nombreuses maladies chroniques.

Il y ajoute deux autres processus fondamentaux :

  • un vieillissement accéléré,
  • une baisse de l’autophagie, c’est-à-dire de la capacité cellulaire à éliminer les composants dégradés et à se renouveler.

Selon lui, ces trois dimensions sont centrales dans la transition entre la bonne santé et la maladie.

L’âge biologique

Il explique qu’au-delà de l’âge chronologique, on peut désormais estimer un âge biologique à partir de signatures épigénétiques, notamment de méthylation.

Lorsque l’âge biologique dépasse fortement l’âge chronologique, on observe davantage de maladies chroniques et une diminution de l’espérance de vie. L’intérêt est qu’en modifiant le mode de vie, on peut parfois infléchir cette trajectoire.

Les nutriments comme modulateurs épigénétiques

Mohamed Benahmed montre que de nombreux nutriments ou composés alimentaires ciblent certains mécanismes épigénétiques :

  • curcumine,
  • flavonoïdes,
  • isoflavones,
  • oméga 3, entre autres.

Ces nutriments peuvent influencer des enzymes de méthylation, des histones, ou des microARN impliqués dans différents processus pathologiques, notamment les cancers.

Il ne s’agit donc pas seulement de dire qu’un aliment est « bon » ou « mauvais », mais de comprendre précisément quels marqueurs biologiques il module, et comment cela peut affecter l’inflammation, l’apoptose, le métabolisme ou d’autres fonctions.

Le rôle du microbiote

Il insiste ensuite sur le fait qu’on ne peut plus penser l’effet des nutriments sans tenir compte du microbiote.

Il rappelle qu’une grande partie des gènes qui s’expriment dans notre organisme proviennent en réalité des microorganismes avec lesquels nous cohabitons. Le microbiote produit des métabolites qui interagissent avec la machinerie épigénétique, notamment :

  • certains acides gras à chaîne courte,
  • des vitamines,
  • des polyphénols transformés.

Il parle d’un véritable « jeu à trois » entre :

  • les nutriments,
  • le microbiote,
  • l’épigénome.

Ces métabolites microbiens peuvent ensuite influencer l’inflammation, le vieillissement, le métabolisme, voire certains états psychiques.

Questions et échanges

À une question sur la portée collective de ces recherches, Mohamed Benahmed répond qu’il partage pleinement l’idée qu’il faut aller vers une approche populationnelle et éducative. Pour lui, les connaissances acquises devraient nourrir une éducation précoce à la santé, dès l’enfance, et même avant.

À une question sur le lien entre santé mentale et microbiote, il confirme qu’il existe des relations fortes entre stress, inflammation, microbiote, dépression et autres troubles psychiques. Il rappelle notamment qu’une inflammation élevée est souvent retrouvée dans la dépression, et que certaines approches nutritionnelles anti-inflammatoires peuvent améliorer la réponse aux traitements.

Interrogé sur la mémoire épigénétique transgénérationnelle, il cite plusieurs exemples : les effets du distilbène, ou encore des cohortes humaines marquées par la famine pendant la Seconde Guerre mondiale, dans lesquelles des conséquences sanitaires sont observées plusieurs générations plus tard.

Enfin, à propos d’une alimentation cellulaire ou artificielle, il se dit clairement plus proche d’une logique agroécologique et d’un travail sur les écosystèmes vivants que d’une solution purement technologique déconnectée du vivant.

Présentation d’Olivier Husson : les plantes, la photosynthèse et l’énergie du vivant

Après une pause, Olivier Husson propose de « revenir à l’origine de la santé », c’est-à-dire à la photosynthèse et au rôle central des plantes.

Son intervention reprend beaucoup des thèmes abordés précédemment, mais avec son angle propre : les phénomènes d’oxydoréduction.

Oxydation, réduction et vivant

Olivier Husson rappelle que l’inflammation est un processus d’oxydation. Plus largement, de nombreux stress du vivant peuvent être lus comme des processus d’oxydation, auxquels l’organisme répond par des mécanismes de réduction.

Il indique aussi que de nombreux mécanismes épigénétiques peuvent être interprétés dans cette grille de lecture.

La photosynthèse comme point de départ

Pour lui, l’approche santé unique est souvent prise à l’envers : on parle des humains, puis des animaux, puis de l’environnement, et les plantes arrivent en dernier. Or, selon lui, ce sont les plantes qui tirent tout le système.

Il reprend alors la photosynthèse en détail.

Dans sa forme simplifiée, la photosynthèse est souvent présentée comme une transformation du CO2 et de l’eau en glucose, avec rejet d’oxygène. Mais il insiste sur la nécessité d’en comprendre la logique profonde : la photosynthèse est d’abord une réduction du carbone, grâce à l’énergie lumineuse.

En s’appuyant sur Albert Szent-Györgyi, il insiste sur cette idée : la photosynthèse consiste à casser l’eau avec l’énergie lumineuse, pour produire de l’oxygène et de l’hydrogène. Cet hydrogène est ensuite stocké sur des chaînes carbonées.

Dès lors, le carbone n’est pas l’élément central pour lui : c’est un support de stockage. Ce qui compte vraiment, c’est l’énergie, portée par l’hydrogène.

Une lecture énergétique du vivant

Olivier Husson développe l’idée que :

  • l’hydrogène est le carburant,
  • l’oxygène est le comburant,
  • le carbone sert de support pour stocker l’énergie.

Il compare ainsi la plante à une pile à hydrogène. La photosynthèse capte l’énergie lumineuse, la transforme en énergie chimique, construit sa propre batterie, puis recharge cette batterie.

Il décrit ensuite les mécanismes des photosystèmes, du transport d’électrons, de la formation d’ATP et de NADPH, puis du cycle de Calvin, dans lequel cette énergie est utilisée pour fixer le carbone et fabriquer les sucres.

Selon lui, toute la vie repose sur ce petit courant électrique entretenu par le soleil.

Photosynthèse, respiration et énergie

Il montre ensuite que la respiration est en quelque sorte l’inverse de la photosynthèse : on oxyde le glucose pour récupérer l’énergie stockée. Cela vaut pour les plantes, les animaux et plus largement le vivant.

Ainsi, la grande question n’est pas seulement la quantité de carbone, mais le niveau d’énergie contenu dans la matière vivante, ce qui revient à suivre les rapports entre hydrogène, oxygène et électrons.

Le rôle des minéraux

Dans ce fonctionnement, plusieurs éléments sont indispensables :

Ils sont nécessaires à la chlorophylle, aux enzymes, au transport d’électrons et donc à l’ensemble de la photosynthèse.

Olivier Husson relie cela à la pyramide de fertilité déjà évoquée lors du festival : sans ces éléments, la photosynthèse se dégrade rapidement.

Le pH, le redox et la santé des plantes

Il explique ensuite qu’il est possible de lire les états du vivant sur une « croix redox », qui croise :

  • le pH,
  • le potentiel d’oxydoréduction.

À partir de là, il montre que les différents types de pathogènes se développent préférentiellement dans certains domaines pH/redox, tandis qu’une plante en bon équilibre occupe une autre zone.

Sa conclusion est nette : les plantes malades sont des plantes qui manquent d’énergie. Les plantes saines sont des plantes riches en énergie, donc riches en hydrogène, capables de maintenir leurs équilibres et de résister aux stress.

Rebrancher la planète

Olivier Husson pousse alors le raisonnement à l’échelle du sol, des paysages et du climat. Pour lui, il faut « rebrancher la planète » en redonnant toute sa place à la photosynthèse.

Cela implique :

  • plus de plantes,
  • plus d’arbres,
  • plus de diversité,
  • une meilleure structure du sol,
  • des microbiotes plus riches,
  • des systèmes plus tamponnés face à l’eau et aux stress.

Il relie directement cela à la capacité de stockage du carbone, mais aussi à la distinction entre :

  • le carbone stable, qu’il compare aux compartiments de la batterie,
  • et le carbone labile, qui correspond davantage à la charge et à l’activité du système.

Selon lui, regarder seulement le carbone total d’un sol ne suffit pas. Il faut comprendre l’équilibre entre réserve et activité.

Sol, digestion et analogie avec l’animal

Il propose enfin une analogie forte entre le sol et le tube digestif des animaux. Dans les deux cas, on a :

  • un milieu extérieur invaginé,
  • une digestion assurée surtout par les microorganismes,
  • une surface d’absorption très développée.

Dans cette lecture, le sol est l’aliment de la plante, comme la ration est l’aliment de l’animal. Et si l’on veut des animaux sains, il faut des plantes saines ; si l’on veut des plantes saines, il faut des sols fonctionnels.

Il en déduit que toute la santé unique repose d’abord sur l’énergie captée par les plantes.

Conclusion d’Olivier Husson

Sa conclusion reprend cette idée centrale : toute l’énergie du système est fournie par la photosynthèse. La durabilité des systèmes vivants repose donc sur :

  • une forte production photosynthétique,
  • une bonne structure du sol,
  • une activité biologique intense et diversifiée,
  • des plantes équilibrées,
  • puis, en cascade, des animaux et des humains en bonne santé.

Pour lui, il faut donc replacer les plantes au centre de l’approche santé unique, et non à la périphérie.

Clôture de la matinée

La matinée se termine sur cette idée de continuité entre les interventions :

  • Pierre Weill a montré le passage du champ au sang, à travers les lipides, l’alimentation animale et l’inflammation ;
  • Mohamed Benahmed a approfondi les effets du mode de vie et de la nutrition sur la santé humaine via l’épigénétique et le microbiote ;
  • Olivier Husson a replacé la photosynthèse et l’énergie des plantes comme fondement de tout l’édifice.

L’ensemble compose une lecture cohérente de la santé unique : la santé humaine n’est pas séparable de la santé animale, de la santé des plantes, de la structure des sols, ni de la capacité des écosystèmes à produire et à faire circuler l’énergie du vivant.