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Lutte contre les dicotylédones de printemps : Association de l'avoine byzantine à la féverole de printemps

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Association de l'avoine byzantine à la féverole de printemps
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Mikaël et Rémy Hily ont mis en place cette pratique dans le cadre d'une stratégie agronomique de couverture spatiale et temporelle maximum des parcelles pour limiter la pression adventice et dans un objectif d’autonomie totale pour l’alimentation des bovins.


Le contexte

  • Nom de l’agriculteur : Mikaël HILY – Rémy HILY
  • Nom de l’exploitation : GAEC HILY
  • Département : Finistère (29)
  • SAU : 120 ha
  • UTH : 2
  • Élevage : 55 vaches laitières – 390 000 kg lait / an. 30 vaches allaitantes
  • Cultures remarquables : Féverole de printemps
  • Irrigation : Absence
  • Types de sols : Sols argilo-sableux sur grés armoricain et sols sablo-limoneux sur schiste
  • Travail du sol : Labour majoritaire
  • Succession de cultures : Prairie temporaire, maïs fourrage ou betterave, blé ou triticale, méteil
  • Ferme en zone AAC (Aire d'Alimentation de Captage): Non
  • Autres éléments de contexte : Exploitation sur le bassin versant algues vertes du Porzay
  • La pratique au sein du système de culture : Elle est complémentaire d’une rotation longue et diversifiée et entre dans une stratégie globale de couverture maximum du sol dans l’espace (associations de cultures) et dans le temps (limitation au maximum des périodes sans couverture de sol).


Origine de la pratique et cheminement de l’agriculteur

La pratique s’intègre pleinement dans une stratégie agronomique de couverture spatiale et temporelle maximum des parcelles et dans un objectif d’autonomie totale pour l’alimentation des bovins (absence d’achat de concentrés azotés et de concentrés de production). Le déclencheur a été la mise en place de méteils ensilés sur l’exploitation et l’observation de l’intérêt de l’association d’une légumineuse avec une graminée à forte couverture du sol en début de cycle pour limiter la pression adventice. Pour une récolte en grain, les exploitants ont alors associé la féverole d’hiver ou de printemps à de l’avoine.


La technique

Objectif

  • Limiter fortement le salissement de la parcelle à l’échelle de la culture et de la rotation.
  • Réduire l’IFT herbicide et les coûts de désherbage à l’échelle de la culture.
  • Garantir une production en grain avec l’avoine, en cas d’échec ou de faible rendement de la culture de féverole.


Description

Date de début de mise en œuvre : 2015.


2 techniques de semis

  • Semis à la volée d’avoine d’hiver (80 kg/ha) en août puis déchaumage, semis en ligne de la féverole en sortie d’hiver (38 grains/m²) avec combiné semoir mono-graine + herse rotative.
  • Semis à la volée d’avoine byzantine (50 kg/ha) après labour en sortie d’hiver, semis de la féverole.


Dans les deux cas :

  • Désherbage en prélevée à 1/2 dose homologuée (Challenge + Prowl 400).
  • Fongicide: un traitement à ½ dose homologuée au début de floraison + 1 traitement éventuel 3 semaines plus tard sur la base d’observation.
  • Insecticide: 1 traitement sur la base d’observations si le seuil de risque puceron est dépassé.


Pour le semis d’avoine d’hiver en août : destruction de l’avoine au printemps avec un anti-graminées foliaire à 1/3 ou 1/2 dose homologuée.


Rendement féverole : 28 à 50 q/ha.

Rendement avoine byzantine : 8 à 12 q/ha.

Attentes de l’agriculteur

A partir de son installation, Rémy a recherché à accroître progressivement l’autonomie alimentaire de l’exploitation. Cette recherche a été poursuivie avec son fils Mikaël et s’est traduite par une diversification des cultures sur l’exploitation et en un ensemble de solutions complémentaires pour atteindre cette autonomie.

Parallèlement, Rémy et Mikaël, tous les deux passionnés d’agronomie et attachés à leur autonomie de décision pour les cultures, ont développé des pratiques culturales conduisant à une réduction des charges notamment par la modulation des doses. Cela a été rendu possible à la fois par le suivi et l’observation des cultures, l’optimisation des pratiques de traitement (conditions de traitement, bas volume…) et l’allongement de la rotation.


Hily IFT.png


Avantages et inconvénients

Avantages

  • Etouffer et freiner la levée des adventices dicots de printemps (atriplex, chénopode, véronique, morelle…) et réduire le salissement en fin de cycle. Diminuer ainsi la pression de ces adventices dans la rotation. Cet effet sera renforcé avec un semis précoce.
  • Sécuriser un désherbage de la féverole en réduction de dose.
  • Garantir un complément de rendement sur la parcelle avec l’avoine les années où les conditions climatiques sont défavorables à la féverole.

Inconvénients

  • Temps de travail et coût supplémentaire de la semence pour le semis de l’avoine byzantine
  • Mise en place d’un outil supplémentaire lors du semis de la féverole pour le semis dans l’avoine noire : déchaumeur à dents à l’avant du tracteur et combiné herse rotative semoir mono-graine.
  • Risque de contrôle difficile des adventices en réduction de dose en cas de mauvaise répartition des semences d’avoine lors du semis à la volée.

Mise en œuvre et conditions de réussite

Le choix de l’avoine associée à la féverole est important. L’avoine noire est intéressante pour maintenir la parcelle propre entre une récolte d’automne et le semis de la féverole en sortie d’hiver. Par contre, elle peut s’avérer concurrentielle pour le protéagineux et à l’extrême entrainer une verse. Cela amène une intervention supplémentaire pour sa destruction chimique avec un anti-graminées foliaire dont on cherchera à moduler la dose. D’où l’intérêt de remplacer l’avoine noire par l’avoine byzantine, plus basse, peu exigeante en eau, moins sensible à la verse et qui possède une bonne tolérance à la rouille. Cela amène cependant à positionner la culture après une récolte tardive comme celle de la betterave fourragère si l’on veut éviter la mise en place d’une inter-culture après céréales.


Témoignage de l'agriculteur

« La culture de la féverole en association permet également de réduire ou de supprimer les attaques de sitones en début de cycle, évitant un traitement spécifique en cas de dépassement du seuil de nuisibilité. Par contre, elle n’a pas d’incidence positive ou négative sur le développement des maladies de la féverole. »

« Etant donné que nous utilisons directement le grain pour la complémentation du maïs ensilage dans l’alimentation des vaches laitières, récolter ensemble deux espèces ne nécessite pas de travail supplémentaire pour le triage. Et la récolte conjointe des deux espèces ne pose aucun problème pour le battage à la récolte tant pour le mélange d’avoine byzantine et de féverole, que pour la féverole seule. »

Améliorations et autres usages envisagés

« Pour hâter le démarrage de la féverole de printemps, nous envisageons un apport de phosphore localisé au semis (super-triple). Pour un semis de la céréale associé en fin d’été, le seigle plus couvrant et plus rapide à se développer en début de cycle pourrait remplacer l’avoine. Cela imposerait cependant l’utilisation d’un semoir à disque pour l’implantation du maïs.»


Les conseils de l'agriculteur

  • Il est nécessaire de tester la technique dans les conditions pédoclimatiques de ses parcelles.
  • Il faut veiller à semer le plus tôt possible, éventuellement dès la mi-janvier, pour limiter la pression des adventices de printemps… et pour limiter les pertes de rendement en cas de printemps sec.


Pour aller plus loin

Résultats issus du projet PROGRAILIVE 2015-2019 (juin 2020): Produire des protéagineux en association pour une récolte en grains


DEPHY Hily IFT Herbicide.png


En partant d’une valeur initiale déjà faible, une baisse régulière de l’IFT herbicide au GAEC Hily avec des à-coups liés aux conditions climatiques et aux assolements.


DEPHY Hily IFT Total.png


Un IFT total qui se stabilise autour d’une valeur de 0,8 soit une réduction de 36% par rapport à l’IFT total initial.


Avec une diversité des cultures incluant la prairie et une longueur importante de la rotation, le système de culture présente une forte résilience qui lui permet de limiter les variations d’IFT sans être impacté fortement par les conditions de l’année.


DEPHY Hily Strategie.png


Indicateurs de résultat

Niveau de satisfaction

/ performance

Commentaires de l’agriculteur
Maîtrise des adventices Positif Réduction de la pression dicots dans la rotation
Maîtrise des ravageurs Positif Meilleur contrôle des sitones
Maîtrise des maladies Neutre Effet neutre
IFT de la(les) culture(s) concernée(s) Positif Sécurise un désherbage à dose réduite
IFT du système de culture Positif Réduction de l’IFT herbicide
Rendement Positif Équivalent pour la féverole avec l’avoine byzantine
Temps de travail dans la parcelle Neutre Travail de semis de l’avoine byzantine
Temps d’observation Positif Peu impacté par l’association
Charges de mécanisation Neutre Faible augmentation avec l’avoine byzantine
Marge Semi-nette du système Neutre Compensation charges herbicides – charges mécaniques
Prise de risque Positif Concurrence diminuée avec l’avoine byzantine


Niveau de satisfaction de l'agriculteur :

Positif Satisfait

Neutre Moyennement satisfait

Négatif Non satisfait

Ce que retient l'agriculteur

"La réduction de phyto n’est pas spectaculaire avec cette technique et ce n’est pas ce qui est recherché en priorité : ce qui est plus important c’est le contrôle sur le moyen et le long terme à l’échelle de la rotation des adventices et plus particulièrement des adventices de printemps.

De ce point de vue, il est crucial de semer dès que les conditions de sol le permettent à partir de la mi- janvier. Dans les parcelles avec une réserve utile limitée, cela permet également d’assurer un bon remplissage des grains, même avec des pluviométries limitées en fin de cycle. Et en conditions séchantes, l’avoine amène un supplément de rendement toujours appréciable ."


L'avis de l'ingénieur DEPHY

La culture de la féverole est l’une des solutions développées par le GAEC Hily pour atteindre l’autonomie alimentaire en énergie comme en protéines. La satisfaction des besoins repose sur la combinaison de l’optimisation du pâturage, l’ensilage de l’herbe, la culture des céréales, de maïs, de betterave, de luzerne, de méteil ensilé et de protéagineux.

Cette stratégie diversifiée permet de réduire les risques et d’assurer la sécurité du système fourrager. Ainsi, la féverole est cultivée à la fois en culture d’hiver et de printemps ce qui permet une compensation en cas de mauvaises réussite de l’une des cultures. Enfin, les solutions de désherbage chimique sont peu nombreuses pour la féverole surtout en rattrapage : la réussite de la prélevée est essentielle, alors que les possibilités de réductions de doses avec ces produits sont limitées par le risque de perdre fortement en persistance et en efficacité.


Leviers évoqués dans ce système

Matériel évoqué dans ce retour d'expérience

Cultures évoquées


Bioagresseurs évoqués dans ce retour d'expérience

Sources