Entretenir son jardin - Paysage in Marciac 2020

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Lors de Paysage in Marciac 2020, Guillaume Lapeyre, enseignant en aménagement paysager au lycée agricole de Brive-Voutezac et jardinier-paysagiste, défend une vision du jardin fondée sur la diversité végétale. Il rappelle que les jardins mêlent plantes indigènes, naturalisées, acclimatées et exotiques, et que cette richesse est un atout écologique, esthétique et nourricier. À l’inverse, la monoculture et les aménagements trop standardisés appauvrissent les sols, la faune et les usages. Il plaide pour des plantations denses et multistrates, inspirées du vivant, limitant arrosage, désherbage, taille et traitements. Les échanges avec Marceau Bourdarias et le paysagiste Eric Lenoir prolongent cette réflexion en soulignant les liens entre paysage, agroécologie et résilience face au changement climatique. Tous trois invitent à mieux observer les milieux, à s’appuyer sur les dynamiques naturelles et à repenser l’entretien du jardin comme un accompagnement du vivant plutôt qu’un contrôle permanent.

auto_awesome
Résumé
Lors de Paysage in Marciac 2020, Guillaume Lapeyre, enseignant en aménagement paysager au lycée agricole de Brive-Voutezac et jardinier-paysagiste, défend une vision du jardin fondée sur la diversité végétale. Il rappelle que les jardins mêlent plantes indigènes, naturalisées, acclimatées et exotiques, et que cette richesse est un atout écologique, esthétique et nourricier. À l’inverse, la monoculture et les aménagements trop standardisés appauvrissent les sols, la faune et les usages. Il plaide pour des plantations denses et multistrates, inspirées du vivant, limitant arrosage, désherbage, taille et traitements. Les échanges avec Marceau Bourdarias et le paysagiste Eric Lenoir prolongent cette réflexion en soulignant les liens entre paysage, agroécologie et résilience face au changement climatique. Tous trois invitent à mieux observer les milieux, à s’appuyer sur les dynamiques naturelles et à repenser l’entretien du jardin comme un accompagnement du vivant plutôt qu’un contrôle permanent.

Paysage in Marciac 2020


Comme tous les dimanches, un sort une vidéo de Paysage in Marciac édition 2020

Aujourd’hui avec Eric Lenoir, Marceau Bourdarias et Guillaume Lapeyre nous parle de la construction d'un jardin sans eau en lien avec le potager et de "(Ne pas) entretenir son jardin" - Eric Lenoir


Bon visionnage !


Présentation de Guillaume Lapeyre

Guillaume Lapeyre se présente comme enseignant en aménagement paysager dans un lycée agricole, à Brive-Voutezac, en Corrèze. Il précise être avant tout jardinier paysagiste. Son propos vise à faire le lien entre ce qui se dit sur l’agriculture, le paysage et les pratiques agroécologiques, en abordant la question de la diversité des plantes au jardin.

Il rappelle que le métier de jardinier paysagiste a longtemps été formé autour de l’horticulture et des plantes horticoles. Or, parler d’horticulture, c’est parler de jardin, et parler de jardin, c’est parler de diversité. Dans les jardins d’ornement, la diversité végétale est en effet très importante, à la fois par sa complexité et par les intérêts qu’elle procure.

Le végétal comme base de tout jardin

À l’origine de tous les jardins, il y a le végétal. Guillaume Lapeyre rappelle que les jardins reposent d’abord sur des végétaux indigènes. Quels que soient les jardins sur lesquels on travaille, ou ceux que l’on crée, il existe une base végétale locale sur laquelle s’appuyer.

Il évoque notamment :

  • le frêne, y compris sous des formes vénérables ;
  • le sureau ;
  • les forêts de hêtres ;
  • l’ensemble des végétaux indigènes qui poussent spontanément.

Selon lui, cette végétation spontanée devrait constituer la base des jardins que l’on crée.

Jardins et circulations des plantes

Depuis l’histoire des jardins, et même depuis l’Antiquité, le jardin est aussi un lieu d’introduction de végétaux venus d’ailleurs. En se promenant dans les jardins d’ornement, on constate que beaucoup des plantes visibles ne sont pas indigènes.

Guillaume Lapeyre distingue plusieurs grands groupes.

Les plantes naturalisées

Les plantes naturalisées sont des plantes venues d’ailleurs, introduites à un moment donné, et qui font désormais partie du paysage.

Le robinier

Il cite le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) comme exemple. Il rappelle que le plus vieux robinier de France se trouve dans un square à Paris, dans le 5e arrondissement, et qu’il a été planté par Jean Robin. Cet arbre vient d’Amérique du Nord, et n’est donc pas indigène.

Le douglas

Autre exemple : le douglas. Cet arbre forestier, aujourd’hui présent dans de nombreux massifs forestiers, a aussi été utilisé comme arbre d’ornement dans les grands parcs à l’anglaise, notamment au XIXe siècle. Lui aussi vient d’Amérique du Nord.

Le phytolaque d’Amérique

Il mentionne également le phytolaque d’Amérique (Phytolacca americana), appelé aussi raisin d’Amérique, plante aujourd’hui considérée comme invasive. Elle pousse spontanément dans les jardins, et fait partie de l’histoire des jardins comme de celle de l’horticulture. Ces plantes ont été apportées à un moment donné, puis se sont installées.

Pour Guillaume Lapeyre, ces plantes naturalisées constituent aujourd’hui une partie de la base végétale utilisée dans la création des jardins, des espaces verts et des aménagements paysagers publics, même si elles ne sont pas indigènes.

Les plantes acclimatées

Les plantes acclimatées sont des végétaux exotiques qui ont été installés dans les jardins et qui se sont adaptés, parce que les conditions de culture qu’on leur a offertes correspondent plus ou moins à leurs conditions d’origine.

Il donne plusieurs exemples :

  • Acacia dealbata, le mimosa ;
  • les rhododendrons, plantes d’altitude des flancs de l’Himalaya ;
  • les cerisiers du Japon ;
  • les sauges arbustives.

Ces plantes font aujourd’hui partie de la palette végétale couramment utilisée dans les jardins. Elles présentent de nombreux intérêts décoratifs, esthétiques et parfois nourriciers pour d’autres organismes.

Il précise cependant qu’un certain nombre de ces plantes ne se ressèment pas forcément naturellement, ou seulement dans des conditions climatiques et pédologiques favorables.

Les plantes exotiques

Guillaume Lapeyre distingue enfin les plantes exotiques qui, sans intervention humaine, ne se développeraient pas dans les conditions où on les installe.

Il cite notamment :

  • les palmiers ;
  • certaines plantes grasses ;
  • les yuccas ;
  • le dahlia, plante mexicaine ;
  • la tomate.

La tomate est donnée comme exemple de plante totalement exotique, même si elle peut parfois se ressemer spontanément dans certaines situations, notamment avec des tomates cerises. Elle reste néanmoins une plante introduite.

À travers ces exemples, il insiste sur le fait que la palette végétale du jardin est extrêmement diverse, et que l’usage de végétaux spontanés ou exotiques n’est pas nécessairement opposé. Dans un jardin, on peut mélanger différents types de plantes.

Le jardin comme terre d’immigration

Pour Guillaume Lapeyre, le jardin est d’abord une terre d’immigration. Il accueille énormément de plantes venues d’ailleurs, qui s’installent ou que l’on installe, et qui présentent de multiples intérêts.

Il rapproche cette idée du concept de « jardin planétaire » développé par Gilles Clément : un grand brassage de plantes à l’échelle mondiale, qui participe à la diversité végétale des jardins.

Ce qu’il faut éviter : la monoculture

S’il y a un point sur lequel il insiste, c’est la nécessité d’éviter la monoculture.

Il rappelle que, comme en agriculture, la monoculture dans les jardins est un non-sens écologique. Elle entraîne des problèmes d’entretien, de santé des plantes et de biodiversité.

L’exemple du buis

Il cite l’exemple du buis dans les jardins historiques, notamment les broderies de jardins à la française. Lorsqu’une seule espèce domine, elle devient très vulnérable aux parasites, et toute la culture peut être détruite.

Les roseraies et les plantations uniformes

Il évoque aussi :

  • les roseraies, intéressantes mais très coûteuses en énergie d’entretien ;
  • les monocultures de lavande dans certains espaces verts ;
  • des plantations de chrysanthèmes ou autres espèces installées de façon uniforme.

Dans ces cas, il y a peu de vie dans le sol, peu d’insectes, peu de diversité fonctionnelle. Même si l’effet esthétique peut exister à un instant donné, l’ensemble reste pauvre biologiquement.

Les fausses diversités végétales

Guillaume Lapeyre critique aussi certains espaces verts qui donnent l’illusion de la diversité, mais où cette diversité est en réalité factice.

Il vise notamment :

  • les massifs où chaque mètre carré ne contient qu’une seule espèce ou variété ;
  • les mosaïcultures ;
  • les mélanges fleuris annuels très coûteux ;
  • certaines « prairies fleuries » artificielles.

Selon lui, ces aménagements demandent beaucoup d’énergie :

  • production en pépinière ;
  • pots en plastique ;
  • terreaux ;
  • parfois tourbe ;
  • forte consommation d’eau ;
  • remplacement fréquent des plantes ;
  • production importante de déchets.

Il remarque en outre que ces dispositifs attirent finalement peu d’insectes et fonctionnent sur un temps très court.

La biodiversité dans les villes et chez les professionnels

Il reconnaît que certaines collectivités ont introduit une vraie diversité végétale dans les espaces publics. Il cite notamment Nantes, où le cimetière est présenté comme un véritable arboretum.

Mais il estime que cela tient souvent à quelques personnes motivées : techniciens, jardiniers, ingénieurs, qui portent cette ambition localement.

Il critique également le fonctionnement d’une partie des paysagistes professionnels, qui ne maîtrisent qu’une palette végétale réduite, fournie par la jardinerie ou le pépiniériste local, souvent alimentée par des productions standardisées venues de Hollande, d’Allemagne ou d’Italie.

À l’inverse, il souligne que certains particuliers réalisent des jardins extrêmement riches et diversifiés, parfois plus intéressants botaniquement que ceux de nombreux professionnels. Il cite à ce sujet l’opération « Rendez-vous aux jardins », qui permet de visiter des jardins privés réalisés par des passionnés.

Le frein économique

Selon lui, les professionnels avancent souvent un argument économique :

  • les plantations diversifiées prendraient plus de temps ;
  • elles coûteraient plus cher ;
  • elles seraient plus difficiles à entretenir.

Or il remet en cause cette idée. Il rappelle qu’une monoculture de lavande, par exemple, suppose malgré tout du travail, de la taille, du ramassage de déchets et un entretien peu enthousiasmant. À l’inverse, les massifs diversifiés peuvent devenir beaucoup plus autonomes une fois installés.

L’exemple du mix border

Guillaume Lapeyre évoque l’héritage anglais du mixed border, développé au XIXe siècle, puis des réalisations contemporaines dans le même esprit. Il mentionne ici le paysagiste hollandais Piet Oudolf, connu pour ses grands jardins et plantations publiques, notamment à New York.

Le mixed border repose sur :

  • des tâches de végétation ;
  • l’interpénétration des plantes ;
  • une grande densité ;
  • une forte diversité de formes et de périodes d’intérêt.

Il travaille essentiellement avec des plantes vivaces ornementales, mais Guillaume Lapeyre précise qu’on pourrait très bien y intégrer :

  • des plantes fruitières ;
  • des aromatiques ;
  • d’autres espèces utiles.

Principes techniques pour des jardins plus vivants

Guillaume Lapeyre présente plusieurs principes.

Doser le multi-strates

Il insiste sur la nécessité de travailler en multi-strates, c’est-à-dire en mélangeant les types biologiques :

  • arbres persistants ;
  • arbres caducs ;
  • arbustes persistants ;
  • arbustes caducs ;
  • lianes ;
  • plantes bulbeuses ;
  • plantes herbacées ;
  • plantes ligneuses.

Cette couverture de l’espace permet :

  • de limiter l’entretien ;
  • de réduire les arrosages ;
  • d’éviter de travailler le sol après l’installation ;
  • de créer des milieux riches.

La difficulté principale n’est pas technique, mais réside dans la connaissance des plantes.

Connaître le végétal

La clé est de connaître la diversité des végétaux, leurs besoins, leurs comportements, leurs formes de développement. Pour lui, cela s’apprend :

  • en lisant ;
  • en assistant à des conférences ;
  • en rencontrant des pépiniéristes ;
  • en observant.

Des espaces totalement végétalisés et interconnectés

Il défend l’idée d’espaces végétalisés totalement interconnectés, ce qui permet de créer des passerelles entre :

  • les jardins d’ornement ;
  • les potagers ;
  • les vergers ;
  • l’agriculture.

Dans cette logique, on peut mélanger :

  • plantes locales ;
  • plantes d’ornement ;
  • plantes fruitières ;
  • plantes aromatiques.

Il rappelle que les plantes locales ont aussi de grands intérêts ornementaux. Il cite l’aubépine et le sureau, beaux en floraison et riches d’usages.

Le massif multi-strates

Dans ces massifs, on peut « tout mettre », ou presque. Ce qui l’intéresse, c’est qu’ils laissent peu de place aux plantes dites indésirables. Et quand certaines s’installent, ce n’est pas forcément grave.

Il donne l’exemple du liseron qu’il laisse parfois pousser dans ses propres massifs, parce qu’il est joli, qu’il couvre l’espace et qu’il n’est pas toujours problématique.

Il propose aussi de planter les pieds d’arbres avec :

  • des aromatiques ;
  • des vivaces ;
  • des fruitières ;
  • par exemple des fraisiers.

Intégrer l’eau

Intégrer des milieux humides et de l’eau dans un jardin lui paraît fondamental, car cela attire une grande biodiversité animale et végétale.

Le rôle des pépiniéristes

Il insiste sur l’importance des pépiniéristes spécialisés, souvent collectionneurs et botanistes, capables de proposer une grande diversité de végétaux adaptés au contexte local.

Il cite :

  • l’association « Plante & Cité » ? Non, ici le nom prononcé semble renvoyer à un réseau de pépiniéristes spécialisés ; la transcription est incertaine, mais l’idée est celle d’un maillage de pépiniéristes passionnés ;
  • le label « Végétal local », qui permet de trouver des végétaux indigènes produits localement et adaptés au bassin de vie.

Il rappelle qu’on peut aussi glaner, bouturer, récupérer des graines ou des plants autour de soi.

Comment concevoir un jardin

Pour lui, l’aménagement d’un jardin commence par l’observation.

Observer le site

Il faut :

  • voir ce qui pousse déjà ;
  • observer la dynamique du site ;
  • lire le paysage ;
  • comprendre la nature environnante ;
  • identifier le contexte pédoclimatique.

Cette lecture permet ensuite d’adapter la palette végétale.

Adapter la palette végétale

À partir de cette diversité végétale globale, on peut composer avec :

  • des plantes exotiques ;
  • des plantes indigènes ;
  • des plantes naturalisées.

Et si l’on souhaite faire un jardin entièrement composé de plantes indigènes, cela reste tout à fait possible, y compris avec des plantes fruitières.

Augmenter la densité de plantation

Il propose de ne pas s’interdire des densités de 10 à 15 plantes par mètre carré. Cela paraît beaucoup, mais un équilibre s’installe :

  • certaines plantes disparaissent ;
  • d’autres réapparaissent ;
  • des semis naturels se produisent ;
  • l’espace se couvre.

Cette forte densité permet un intérêt ornemental sur toute l’année, à condition de choisir aussi des espèces qui fleurissent :

  • en hiver ;
  • à l’automne ;
  • au printemps ;
  • en été.

Les floraisons hivernales sont d’ailleurs très intéressantes pour les insectes pollinisateurs.

Soigner la plantation

Il recommande d’acheter des plants jeunes, plutôt que de gros sujets transplantés, comme certains oliviers arrachés en Espagne et rabattus.

Planter jeune permet à la plante :

  • de s’installer tranquillement ;
  • de développer son système racinaire ;
  • d’aller chercher seule les ressources ;
  • de se former conformément à son architecture naturelle.

Il illustre cela par une anecdote : dans un centre de formation du sud de la France, il avait planté un tout petit olivier dans un jardin sec. Ses collègues doutaient de sa réussite. Dix ans plus tard, l’arbre avait atteint près de 4 mètres de hauteur, sans arrosage particulier, simplement parce qu’il était adapté au contexte local.

Laisser pousser et couvrir le sol

Une fois le jardin installé, il faut laisser les plantes pousser. Guillaume Lapeyre pratique une forme de « toilette » légère :

  • enlever quelques tiges sèches ;
  • retirer quelques fleurs fanées ;
  • laisser ces déchets au pied des plantes.

Mais souvent, le feuillage couvre déjà le sol, et les plantes se protègent elles-mêmes.

Il faut trouver un équilibre entre :

  • les plantes cultivées ;
  • les plantes invitées ;
  • les espèces qui prennent trop de place.

Dans ses propres massifs, il intègre parfois :

  • des courges ;
  • quelques pieds de tomates ;
  • du basilic.

Ne pas tailler n’importe comment

Il insiste fortement sur la question de la taille. Pour lui, tailler est un vrai métier. Il vaut mieux ne pas tailler du tout que tailler n’importe comment à la cisaille, au taille-haie, à la débroussailleuse ou à la tronçonneuse.

Il cite à ce sujet :

  • l’association des Arbusticulteurs ;
  • Pascal Prieur, auteur de plusieurs ouvrages sur la taille des arbustes d’ornement.

Il s’agit d’apprendre à lire les végétaux pour les tailler correctement.

Éviter les traitements

Dans ces jardins très diversifiés, il estime que les régulations se font largement seules. Il n’est pas grave d’avoir quelques colonies de pucerons :

  • elles nourrissent d’autres insectes ;
  • la plante ne meurt pas pour autant ;
  • elle peut dépasser cette phase si elle est dans un milieu équilibré.

En monoculture, ces attaques deviennent beaucoup plus problématiques. En diversité, elles sont souvent supportables.

Le zéro phyto

En conclusion de son intervention, Guillaume Lapeyre défend le zéro phyto. Il rappelle que de nombreuses collectivités ont cessé d’utiliser des produits phytosanitaires, sauf rares exceptions.

Selon lui, il n’y a pas de raison d’utiliser ces produits. Quant aux préparations végétales comme les purins ou extraits fermentés, elles peuvent être intéressantes, mais dans un jardin bien conçu, leur usage devient souvent secondaire.

Dans les potagers plus intensifs, la question peut se poser autrement. Mais si la diversité végétale autour du potager est importante, la pression des ravageurs devrait être moindre.

Échanges avec Marceau Bourdarias : paysage et agroécologie

À la suite de l’intervention, Marceau Bourdarias souligne combien cette manière d’interpréter le paysage rejoint les principes d’une agriculture agroécologique :

  • diversité ;
  • interactions entre plantes ;
  • création d’équilibres ;
  • résilience.

Il note que le paysage peut aider à comprendre comment créer des systèmes agricoles à la fois performants, solides et autofertiles.

Ils évoquent ensemble le fait que :

  • plus il y a de diversité, moins les systèmes sont malades ;
  • la biodiversité construit la résilience face aux changements climatiques ;
  • cela vaut aussi bien pour les jardins que pour les cultures agricoles.

Guillaume Lapeyre confirme que cette diversité améliore non seulement la résilience, mais aussi l’aspect général des végétaux. Elle crée en outre des effets microclimatiques intéressants.

Intervention d’Eric Lenoir

Eric Lenoir se présente comme paysagiste et pépiniériste. Il dit dessiner des jardins d’une manière différente de la plupart de ses collègues, dans une approche inspirée par plusieurs figures majeures :

  • Gilles Clément ;
  • Piet Oudolf ;
  • Noel Kingsbury.

Il explique qu’il cherche à recréer des écosystèmes, y compris dans des contextes très anthropisés.

Critique du paysage artificialisé

Eric Lenoir critique fortement l’héritage paysager consistant à créer des espaces très artificiels, pensés avec de bonnes intentions mais ignorant les réalités écologiques, sociales et d’usage.

Selon lui, de nombreux aménagements ont négligé :

  • les habitants ;
  • l’évolution des usages ;
  • les capacités d’entretien réelles ;
  • les dynamiques vivantes.

Faire l’inverse : les principes du jardin punk

Son objectif a été de démontrer qu’on peut faire exactement l’inverse, c’est-à-dire des jardins :

  • pas chers à créer ;
  • faciles à faire ;
  • faciles à entretenir ;
  • aussi autonomes que possible ;
  • résistants ;
  • non nuisibles ;
  • écologiquement intéressants ;
  • plus beaux que l’existant.

Il définit le jardin comme une zone limitée, un territoire que l’on administre pour qu’il remplisse les fonctions qu’on souhaite lui voir remplir.

Lâcher prise

Pour parvenir à cela, il faut d’abord lâcher prise :

  • ne rien faire dans un premier temps ;
  • observer ;
  • voir ce qui existe déjà ;
  • conserver ce qui mérite de l’être ;
  • regarder le potentiel du site.

Il insiste sur l’importance de réapprendre à regarder, y compris une pelouse laissée un an sans tonte, où peuvent réapparaître de nombreuses espèces.

Les plantes spontanées comme indicateurs

Ces plantes spontanées jouent aussi un rôle de bio-indication. Elles renseignent sur :

  • la nature du sol ;
  • son humidité ;
  • sa richesse ;
  • son fonctionnement.

Reconsidérer le désordre

Eric Lenoir invite à reconsidérer le désordre apparent. Certaines plantes considérées comme indésirables ont une grande utilité.

Il cite par exemple :

Ces plantes peuvent :

  • aérer le sol ;
  • remonter des nutriments ;
  • améliorer l’infiltration ;
  • nourrir la faune, par exemple les chardonnerets.

On ne fera pas mieux que la nature

Pour lui, il faut accepter que l’on ne fera pas mieux que la nature. On peut l’accompagner, lui donner des coups de pouce, profiter de ses dynamiques, mais on ne la remplacera pas efficacement.

Le futur n’est pas écrit

Il critique la notion de « jardin durable » quand elle suppose une stabilité figée. Un jardin change, et lorsque les humains cessent de l’entretenir, il devient autre chose. Il faut accepter cette évolution.

La transgression et la reconquête végétale

Eric Lenoir évoque aussi des pratiques de reconquête :

  • végétalisation spontanée ;
  • guérilla gardening ;
  • plantations dans les interstices urbains ;
  • pieds d’arbres plantés ;
  • réappropriation collective de l’espace.

Il donne l’exemple de Charleroi, où des pieds d’arbres ont été ouverts puis plantés avec des habitants, dans une logique à la fois écologique et sociale.

La nature reprend sa place

À travers plusieurs exemples, notamment l’étude de la ville de Pripiat autour de Tchernobyl, Eric Lenoir montre comment la végétation reprend sa place lorsque l’entretien cesse.

Cela permet selon lui de réfléchir à la vraie nécessité des interventions :

  • à quel moment commence-t-on à entretenir ?
  • à quel moment peut-on s’arrêter ?
  • quelles fonctions veut-on maintenir ?

Il précise toutefois que tout laisser faire n’est pas toujours souhaitable. Certaines espèces peuvent poser problème, et l’absence totale d’intervention peut parfois appauvrir certains milieux.

Travailler avec peu de moyens

Eric Lenoir montre aussi qu’on peut planter dans des conditions très dures :

  • dalle ;
  • bitume ;
  • terrains pauvres ;
  • toitures végétalisées rudimentaires ;
  • anciens terrains de tennis.

Il insiste sur l’idée qu’il faut souvent bien moins de moyens qu’on ne le croit, à condition d’accepter d’autres formes esthétiques et de travailler avec les dynamiques naturelles.

Entretien minimal

Comme Guillaume Lapeyre, il remet en cause l’entretien classique des jardins :

  • tonte répétée ;
  • taille systématique ;
  • désherbage permanent.

Il défend une posture où l’on redevient jardinier plutôt que simple utilisateur de machines.

Question sur la guérilla gardening et le risque de faire n’importe quoi

Dans les échanges finaux, une participante interroge le risque de faire « n’importe quoi » en végétalisant des espaces urbains de manière militante.

Eric Lenoir répond qu’il faut évidemment éviter de propager des espèces très invasives, comme la renouée du Japon ou certains buddleias dans certains contextes. Mais, selon lui, l’urgence est surtout de végétaliser et de remettre du vivant, quitte à trier ensuite.

Guillaume Lapeyre complète en disant qu’il vaut mieux se former un minimum, mais qu’en milieu déjà très anthropisé, on ne risque généralement pas grand-chose à tenter des choses. Il recommande davantage de précautions à proximité des milieux naturels sensibles, notamment les zones humides et les rivières.

Idée générale de la conférence

L’ensemble de l’échange met en avant une idée centrale : la diversité végétale est la clé des jardins vivants, résilients, économes et riches écologiquement. Cette diversité n’oppose pas plantes locales et plantes venues d’ailleurs, mais invite à les penser ensemble, dans des compositions adaptées au lieu, au climat et aux usages.

Le jardin devient alors :

  • un espace de brassage végétal ;
  • un lieu d’observation ;
  • un milieu vivant plutôt qu’un décor figé ;
  • un terrain d’apprentissage pour repenser aussi l’agriculture.

Dans cette perspective, la réduction de la monoculture, le recours au multi-strates, la connaissance fine des plantes, la plantation dense, le respect du site et le refus des traitements systématiques apparaissent comme des principes communs au jardin paysager et à l’agroécologie.