Ecophyto Dephy.png

Déprimage de céréales par des bovins

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher


Les génisses de Bruno Vaillant sur une parcelle de méteil en mars 2019.

Le déprimage est l’action de faire pâturer les céréales au stade tallage par des animaux. Il s’effectue communément par des ovins sur des céréales en pur, mais Bruno Vaillant fait des essais avec des génisses et sur des méteils. Le résultat paraît satisfaisant aussi bien pour la culture que pour le troupeau !

Contexte de l'exploitation


Origine de la pratique et cheminement de l’agriculteur

Bruno a découvert cette technique lors d’une journée d’échange sur le déprimage des céréales en 2019. Il a fait un 1er essai quelques jours plus tard avec des génisses sur du méteil enrubannage. Résultats : une bonne récolte et pas d’oïdium sur les pois, comparé à la parcelle d’à côté qui n’avait pas été déprimée ! Convaincu, il a refait un essai l’année suivante, cette fois sur toutes ses céréales cultivées. Désormais, il compte pérenniser cette technique sur l’exploitation.


La technique

Objectifs

  • Mieux faire taller les céréales.
  • Nourrir le troupeau en transition entre l’hivernage et les premiers tours de pâturage.
  • Rappuyer le sol.
  • Réduire la pression des bio-agresseurs par le pâturage des adventices et des feuilles de céréales malades.


Date de début de mise en œuvre 2019.


Culture cible : Céréales, méteils Bioagresseurs : Maladies, adventices


Parcelle de méteil avant déprimage.


Parcelle de méteil avant récolte.


Attentes de l'agriculteur

« Moi je fais déprimer pour faire taller, enlever la battance au printemps, enlever les adventices et les feuilles jaunes malades car les vaches les mangent. Ça me permet aussi de réguler la densité de la culture dans les bouts de parcelle qui ont été sursemés. Grâce à ça, mon lot de génisses est nourrit pendant 15 jours. Et ça remplace le roulage au printemps, avec une méthode simple et sans fioul. »

Mise en œuvre et conditions de réussite

Choix des animaux

  • En bovin on prendra des animaux légers comme les génisses. En ovin on peut prendre tous types d’animaux.
  • Le chargement instantané doit être faible : jusqu’à maximum 10 UGB/ha. En 2019, Bruno a fait pâturer 7 génisses Limousines de 18 mois dans un champs de 0,5 ha, avec une prairie de stationnement à côté pour la nuit.

Choix des parcelles

Cette pratique est plus répandue dans les champs de céréales en pur, cependant Bruno fait aussi pâturer ses méteils « enrubannage » (pois, féverole, seigle, triticale, épeautre). Il ne trouve pas que les légumineuses régressent après déprimage. Au contraire, il trouve les pois plus vigoureux. Dans tous les cas, le sol doit être portant!

Date de déprimage

Tout dépend de la maturité de la céréale. Le stade à privilégier est le début de tallage, quand l’épi n’est pas trop haut (épi 1 cm). Bruno a fait déprimer toutes ses céréales/méteils dans les 15 derniers jours de février cette année (2021)!

Avantages et limites de la technique

Avantages

Légende : Parcelle de seigle et épeautre en mars 2020, quelques temps après le déprimage.
  • Améliore le tallage des céréales et la densité de la culture.
  • Permet de rappuyer le sol en fin d’hiver.
  • Permet de réduire la pression des bioagresseurs : en supprimant les feuilles malades des céréales, en prélevant les adventices.
  • Apporte de la fertilisation (via le pâturage).
  • Ressource fourragère pour le troupeau.
  • Remplace un ou plusieurs passages d’outils potentiels.


Limites

  • Nécessité d’avoir un sol portant et d’être réactif.
  • Retarde la récolte de la céréale d’environ 1 semaine.
  • Les brebis trient plus les espèces à pâturer que les bovins, ce qui peut faire une pression différente sur les plantes de la parcelle.
  • Ressource fourragère limitée pour le troupeau.


Améliorations ou autres usages envisagés

Le groupe s’est posé la question de reproduire cette action du déprimage par des outils, quand on n’a pas d’animaux. Une idée était d’utiliser une faucheuse ou des rouleaux type Croskill. A suivre...


Témoignages d'agriculteurs

  • Bruno Vaillant : « Ça fait 2 ans que j’essaie le déprimage des céréales, cette année encore on m’a questionné, mes voisins m’ont appelé pour me dire que mes vaches étaient sorties dans mes céréales et m’ont demandé si je comptais les récolter..! Personnellement, je suis très content de cette technique, et je recommencerai l’année prochaine ! »


  • Élie, un habitué du déprimage : « Moi je le fais tous les ans, je mets 100 brebis sur 1 ha pendant 1 jour. C’est difficile de dire si ça améliore vraiment le rendement des céréales, mais moi ça me permet de faire la jonction entre l’hivernage et mon 1er tour de pâturage. Par contre je ne sais pas si c’est bon de faire décaler la date de maturité, car ces dernières années on est en pleine sécheresse quand le blé est au stade remplissage du grain... »


  • Gaspard, qui a testé une seule fois cette pratique : « Moi j’avais fait pâturer mes brebis sur un blé où il y avait pas mal de ray-grass qui ressortait. Le problème c’est que les brebis ont préféré manger mon blé plutôt que le ray-grass, celui-ci a ensuite pris le dessus. Je pense que si on a des problèmes de ray-grass sur une parcelle, il faudrait la faire déprimer tôt, sinon ça peut le favoriser car il a une croissance rapide. »


Les conseils de l'agriculteur

« Il faut être opportuniste et réactif sur le moment pour faire pâturer les céréales. Selon la portance du sol, on peut déclencher le déprimage du jour au lendemain, en laissant pas trop longtemps les animaux sur les parcelles pour ne pas les abîmer ! »


La pratique au sein de la stratégie de l'agriculteur

Stratégie de l'agriculteur.

Résultats attendus

  • Cette rotation contribue à l’autonomie fourragère de l’exploitation. Les céréales à paille en pur fournissent les semences pour les méteils, destinés au troupeau. Avec ce système et la gestion du pâturage tournant sur les prairies, la ferme est autonome et n’achète pas d’aliments extérieurs.
  • Rendements céréales : autour des 35 quintaux/ha + 4-4,5 T/ha de paille.
  • Temps gagné sur la rotation et les travaux en semant la prairie dans le méteil.


Indicateurs de résultat

Commentaires de l’agriculteur Niveau de

satisfaction/

performance

Commentaires de l’agriculteur
Maîtrise des adventices +/- Les adventices peuvent repartir

plus vite si on pâture une céréale sale?

Maîtrise des ravageurs + Le passage des bovins peut déranger

rats taupiers, limaces...

Maîtrise des

maladies

+ Permet d’enlever les feuilles malades
IFT de la(les) culture(s)

concernée(s)

+ Oblige à faire 0 traitement fongicide

car passage des animaux

IFT du système de culture + Idem
Rendement + Pas de perte de rendement
Temps de travail dans la parcelle + Prévoir de clôturer la parcelle en amont
Temps d’observation +/- Être réactif et opportuniste
Charges de mécanisation +/- Pas de fioul car pas de

tracteur mobilisé

Marge semi-nette du système + Moins d’intrants et

constitue un apport de

fourrage au troupeau

Prise de risque +/- Il faut trouver les bonnes

conditions pour le sol surtout

Niveau de satisfaction de l’agriculteur : + = Satisfait / +/- = Moyennement satisfait / - = Non satisfait .


Ce que retient l'agriculteur

« Il y a encore beaucoup de choses à vérifier dans les prochaines années avant de valider cette technique. Pour moi ça permet une meilleure minéralisation car le passage des animaux casse la croûte de battance, ainsi qu’une meilleure fertilisation en alimentant le troupeau, et ça permet de couper les adventices et feuilles jaunes des céréales, tout en les boostant. »


L'avis de l'ingénieur réseau DEPHY

« C’est une pratique ancienne en Limousin, mais qui s’est perdue donc on se la réapproprie en faisant des essais.

Comme dit Bruno et le groupe, il faut être opportuniste, si la portance du sol le permet il faut y aller. Mettre une parcelle de « stationnement » à côté est un moyen de sécuriser la « prise de risque ».

L’appui du groupe reste important pour échanger avec d’autres sur la faisabilité, selon le contexte de chacun. En tout cas, c’est une technique simple dans la mise en pratique, à la portée de nombreux agriculteurs en polyculture- élevage ! »

Laure CROVA Fédération des CIVAM en Limousin laure.crova@civam.org


Pour aller plus loin


Si cet article vous a plu, n'oubliez pas de l'applaudir en cliquant ci-dessous. Pour rester informé des évolutions qui lui seront apportées, cliquez sur "Suivre". Et si vous voulez partager votre expérience avec la communauté autour de ce sujet, cliquez sur "Je le fais".

Sources


Annexes

Cette technique s'applique aux cultures suivantes

La technique limite la présence des auxiliaires et bioagresseurs suivants

Cette technique utilise le matériel suivants

Partager sur :