Atelier "Entretenir son jardin d'agrément"

De Triple Performance
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Dans cet atelier consacré à l’entretien du jardin d’agrément, Marceau Bourdarias échange avec Guillaume Lapeyre, enseignant en aménagement paysager, et Eric Lenoir, paysagiste et pépiniériste. Tous trois défendent une vision du jardin comme espace vivant, nourricier et écologique, à la frontière entre paysage, habitat et agriculture. Ils critiquent la séparation habituelle entre jardin d’ornement, potager et monde paysan, ainsi que les aménagements standardisés, minéraux ou en monoculture, peu résilients et pauvres en biodiversité. À l’inverse, ils plaident pour des plantations denses, diversifiées et adaptées au sol, au climat et au contexte local, mêlant plantes indigènes, acclimatées ou horticoles. L’enjeu est de laisser davantage agir les dynamiques naturelles, de réduire l’entretien inutile, d’éviter les traitements phytosanitaires et de concevoir des jardins capables de nourrir les sols, la faune et les humains, tout en inspirant de nouvelles pratiques agricoles et urbaines.

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Résumé
Dans cet atelier consacré à l’entretien du jardin d’agrément, Marceau Bourdarias échange avec Guillaume Lapeyre, enseignant en aménagement paysager, et Eric Lenoir, paysagiste et pépiniériste. Tous trois défendent une vision du jardin comme espace vivant, nourricier et écologique, à la frontière entre paysage, habitat et agriculture. Ils critiquent la séparation habituelle entre jardin d’ornement, potager et monde paysan, ainsi que les aménagements standardisés, minéraux ou en monoculture, peu résilients et pauvres en biodiversité. À l’inverse, ils plaident pour des plantations denses, diversifiées et adaptées au sol, au climat et au contexte local, mêlant plantes indigènes, acclimatées ou horticoles. L’enjeu est de laisser davantage agir les dynamiques naturelles, de réduire l’entretien inutile, d’éviter les traitements phytosanitaires et de concevoir des jardins capables de nourrir les sols, la faune et les humains, tout en inspirant de nouvelles pratiques agricoles et urbaines.

Ver de Terre Production s'invite à Paysages in Marciac 2020 ! 😍🍃


Et pour cette nouvelle édition mixée présentiel/visio, on vous propose aujourd’hui ce double atelier :


15H-16H : « Construire un jardin paysage sans eau et en lien avec le potager » – Guillaume Lapeyre, Marceau Bourdarias

16H-17H : « (Ne pas) entretenir son jardin (comme un punk) » avec Marceau Bourdarias, Eric Lenoir


Avec la collaboration d'Arbre & Paysage 32.


Retrouvez tout le programme par ici 👋 https://paysages-in-marciac.fr/programmation/


Introduction

Cet atelier interroge le lien entre l’aménagement paysager et l’agriculture. Il part d’un constat simple : ces deux mondes sont profondément liés, mais restent souvent cloisonnés, y compris dans l’enseignement agricole. Pourtant, dans les jardins, cette séparation n’a pas vraiment de sens. Le jardin d’ornement, le potager, le verger, les haies, le sol, la faune et l’eau participent d’un même ensemble.

L’un des points soulevés en introduction est la tendance à éloigner le potager de la maison, comme si la culture devait être cachée, reléguée, considérée comme moins noble ou moins esthétique que le jardin d’agrément. Cette mise à distance révèle une fracture entre le monde paysan et le monde du paysage.

Or cette fracture devient problématique. Le paysage a besoin de l’agriculture pour comprendre la fertilité, la productivité et la nutrition. Inversement, l’agriculture peut s’enrichir du regard paysagiste sur l’organisation de l’espace, la lecture du paysage et les interactions entre formes, fonctions et usages.

Le jardin d’ornement est ainsi présenté comme un jardin nécessairement nourricier : non seulement pour les humains, mais aussi pour les animaux, la faune, le sol et l’ensemble du vivant.

L’introduction évoque aussi la question du remembrement agricole en France. Si l’objectif était d’agrandir et de rationaliser les parcelles pour les rendre plus productives, la reconstitution des éléments régulateurs du paysage — bords de rivière, ripisylves, structures écologiques — n’a pas été menée à son terme. D’où l’idée qu’il faudrait aujourd’hui réinventer un regard paysager sur l’agriculture.

L’atelier réunit, autour de Marceau Bourdarias, deux intervenants :

  • Guillaume Lapeyre, enseignant en aménagement paysager au lycée agricole de Brive-Voutezac, en Corrèze ;
  • Eric Lenoir, paysagiste et pépiniériste.

Présentation des intervenants

Guillaume Lapeyre

Guillaume Lapeyre se présente comme enseignant en aménagement paysager dans un lycée agricole de Corrèze, mais aussi et d’abord comme jardinier-paysagiste. Son intervention vise à construire un pont entre agriculture, paysage et pratiques agroécologiques à travers une question centrale : la diversité des plantes au jardin.

Selon lui, parler d’horticulture et de plantes horticoles, c’est nécessairement parler de diversité. Le jardin d’ornement est un lieu où la diversité végétale est très importante, non seulement pour des raisons esthétiques, mais aussi pour les fonctions écologiques qu’elle remplit.

Eric Lenoir

Eric Lenoir se présente comme paysagiste et pépiniériste. Il explique qu’il dessine des jardins, mais d’une manière qui cherche à rompre avec les modèles paysagers classiques fondés sur la maîtrise, le contrôle et l’entretien intensif.

Son approche repose sur l’idée qu’un jardin est toujours un écosystème, qu’il faut laisser une large place aux dynamiques du vivant, et que l’on ne fera jamais mieux que la nature pour organiser un milieu fonctionnel.

Le jardin comme lieu de diversité végétale

Végétaux indigènes, naturalisés, acclimatés et exotiques

Guillaume Lapeyre rappelle qu’à l’origine de tout jardin, il y a le végétal. Parmi les plantes présentes dans les jardins, on trouve d’abord des végétaux indigènes : frênes, sureaux, hêtres et bien d’autres espèces spontanées constituent la base des paysages locaux et devraient former la base des jardins que l’on crée.

Mais l’histoire des jardins est aussi celle d’une immense circulation de plantes venues d’ailleurs. Une grande partie des végétaux d’ornement ne sont pas indigènes. On trouve ainsi :

  • des plantes naturalisées, importées à un moment de l’histoire puis durablement installées dans les paysages ;
  • des plantes acclimatées, venues d’autres régions du monde mais capables de se développer dans les conditions locales si celles-ci leur conviennent ;
  • des plantes exotiques, qui nécessitent davantage l’intervention humaine.

Parmi les exemples cités :

  • le robinier faux-acacia, introduit d’Amérique du Nord ;
  • le douglas, aujourd’hui arbre forestier courant mais lui aussi originaire d’Amérique du Nord ;
  • le phytolaque d’Amérique, considéré comme une plante invasive ;
  • le mimosa d’hiver (Acacia dealbata) ;
  • le rhododendron, originaire notamment de l’Himalaya ;
  • le cerisier du Japon ;
  • les sauges arbustives ;
  • les palmiers ;
  • certaines plantes grasses ;
  • la tomate ;
  • le dahlia, originaire du Mexique.

Toutes ces plantes participent à ce brassage planétaire que Gilles Clément a nommé le « jardin planétaire ».

Le jardin comme terre d’immigration

L’idée défendue est qu’un jardin peut accueillir à peu près tous les types de plantes, à condition de tenir compte des conditions locales. Il n’y a pas d’opposition de principe entre plantes indigènes et plantes venues d’ailleurs. Le jardin est présenté comme une « terre d’immigration » végétale.

L’essentiel n’est donc pas de s’interdire telle ou telle origine géographique, mais d’éviter les erreurs de conception, en particulier la simplification excessive et la monoculture.

La critique de la monoculture dans les jardins

Un non-sens écologique

Pour Guillaume Lapeyre, la monoculture est un non-sens écologique dans les jardins d’ornement comme en agriculture. Lorsqu’un espace est composé d’une seule espèce, ou d’un nombre très limité d’espèces, il devient extrêmement vulnérable.

Des exemples sont donnés :

  • les buis des jardins historiques attaqués par des ravageurs ;
  • les roseraies, qui demandent une énergie considérable pour être maintenues ;
  • des plantations massives de lavandes dans les espaces verts ;
  • des aménagements composés d’une seule espèce ou d’un assemblage très artificiel.

Ces dispositifs peuvent produire un effet esthétique temporaire, mais ils réduisent fortement la vie du sol, la présence d’insectes et les interactions écologiques.

Une diversité végétale parfois factice

L’intervention critique aussi certains espaces verts qui donnent une impression de diversité, mais où cette diversité est artificielle ou superficielle. C’est le cas :

  • des massifs horticoles saisonniers ;
  • des mosaïques florales très gourmandes en eau, en terreau, en contenants plastiques et en travail ;
  • de certaines « prairies fleuries » composées majoritairement de fleurs annuelles exotiques, avec peu d’intérêt réel pour la biodiversité locale.

La diversité ne peut pas se réduire à une juxtaposition décorative d’espèces. Elle doit s’inscrire dans un fonctionnement écologique.

Pour des jardins multistrates et interconnectés

Le principe du multistrate

La solution proposée consiste à créer des jardins multistrates, c’est-à-dire des plantations où coexistent plusieurs couches de végétation :

  • arbres persistants ;
  • arbres caducs ;
  • arbustes persistants ;
  • arbustes caducs ;
  • lianes ;
  • vivaces ;
  • bulbes ;
  • plantes couvre-sol ;
  • plantes fruitières ;
  • plantes aromatiques ;
  • éventuellement plantes potagères.

Cette structure permet de couvrir l’espace, de limiter l’entretien, de protéger le sol, de réduire l’arrosage et de favoriser les interactions biologiques.

Guillaume Lapeyre rapproche cette logique de certaines approches de la permaculture et du jardin-forêt.

Couvrir le sol et limiter l’entretien

Dans un jardin bien conçu, la couverture végétale du sol permet de réduire très fortement les « mauvaises herbes » ou, selon l’expression employée, les plantes « invitées ». Et même lorsque des plantes spontanées apparaissent, cela n’est pas forcément un problème.

L’exemple du liseron est donné : dans certains cas, il peut être accepté parce qu’il couvre l’espace, fleurit et rend service.

L’idée générale est que plus le jardin est densément planté et plus les espaces sont occupés par une diversité de végétaux, moins il demande d’interventions lourdes.

Intégrer l’eau et les milieux humides

L’eau est présentée comme un élément fondamental du jardin. Intégrer un milieu humide, une mare ou tout autre point d’eau attire une biodiversité très importante, animale comme végétale. Là encore, l’enjeu est de diversifier les milieux plutôt que de simplifier les aménagements.

Le rôle des pépiniéristes et des filières végétales

Guillaume Lapeyre insiste sur l’importance des pépiniéristes, en particulier de ceux qui sont aussi botanistes, collectionneurs et producteurs de végétaux adaptés au contexte local.

Il évoque notamment :

  • l’association Plantes et cultures ;
  • le label Végétal local.

Ces réseaux permettent d’accéder à des plantes indigènes produites localement, adaptées aux conditions pédoclimatiques du territoire, et susceptibles d’entrer dans des compositions paysagères beaucoup plus riches.

Quelques principes techniques pour concevoir un jardin

Guillaume Lapeyre résume plusieurs principes de base :

  • observer ce qui pousse déjà sur le site ;
  • lire le paysage et la dynamique du lieu ;
  • identifier le contexte pédoclimatique local ;
  • adapter la palette végétale à ce contexte ;
  • ne pas s’interdire l’usage de plantes variées si elles sont bien choisies ;
  • augmenter la densité de plantation, parfois jusqu’à 10 à 15 plantes au mètre carré ;
  • soigner l’installation des plantes ;
  • planter jeune plutôt que de choisir de gros sujets ;
  • laisser les plantes s’installer et se développer ;
  • couvrir le sol ;
  • accepter une part de spontanéité.

Il rappelle qu’il existe des plantes qui fleurissent aussi en hiver ou à l’automne, et que cette diversité saisonnière est essentielle, notamment pour les insectes pollinisateurs.

Planter jeune

L’un des points importants de l’intervention est la défense des jeunes plants. Plutôt que d’acheter de gros sujets, souvent fragilisés par leur transplantation, il est préférable de planter petit, de laisser le végétal s’installer et construire son système racinaire.

Un exemple est donné avec un olivier planté très jeune dans le sud de la France. Jugé ridicule au départ, il s’est parfaitement installé et a atteint plusieurs mètres de haut.

Soigner sans traiter

Une fois le jardin en place, il faut surtout apprendre à lire les végétaux, intervenir peu, et éviter le traitement chimique.

La présence de pucerons ou d’autres ravageurs ne doit pas être vécue comme une catastrophe. Dans un jardin diversifié, les régulations se mettent en place et les plantes peuvent supporter une partie des attaques sans en mourir.

La conclusion de cette partie est claire : le zéro phyto ne devrait même plus être une question, tant l’usage des produits phytosanitaires apparaît inutile dans un jardin pensé de manière écologique.

Le jardin punk selon Eric Lenoir

Une critique du paysage maîtrisé

Eric Lenoir commence par montrer des formes d’aménagement paysager qu’il juge ratées : espaces dessinés avec de bonnes intentions, mais où l’on a oublié que le jardin est un milieu vivant. Il critique une tradition paysagère héritée d’une logique de maîtrise, en particulier celle du jardin à la française, considéré comme une forme extrême de domination humaine sur la nature.

Pour lui, beaucoup de jardins et d’espaces publics ont été pensés contre les dynamiques naturelles : on arrache, on aplanit, on contrôle, on taille, on désherbe, on minéralise.

Faire l’inverse

Sa démarche consiste à démontrer qu’il est possible de faire l’inverse, c’est-à-dire des jardins :

  • peu coûteux à réaliser ;
  • faciles à mettre en place ;
  • peu gourmands en entretien ;
  • autonomes autant que possible ;
  • résistants ;
  • écologiquement intéressants ;
  • et plus beaux que les dispositifs existants.

Définition du jardin

Eric Lenoir propose une définition fonctionnelle du jardin : une zone limitée, un territoire que l’on administre ou que l’on gère pour lui faire remplir les fonctions qu’on souhaite lui faire remplir.

Cette définition permet d’élargir le regard. Le jardin n’est pas seulement un espace planté clos ; il peut prendre des formes multiples et remplir diverses fonctions, y compris sociales, écologiques ou alimentaires.

Observer avant d’agir

L’un des principes majeurs de son intervention est le « lâcher-prise ». Avant de faire, il faut observer.

Cela signifie :

  • ne rien faire d’abord ;
  • voir ce qui existe déjà ;
  • repérer les végétaux à conserver ;
  • analyser les vues, le vent, l’eau, les milieux proches ;
  • comprendre le potentiel du site.

Le jardin ne s’arrête pas forcément à ses limites cadastrales. Il est en relation avec le paysage environnant.

Réapprendre à regarder

Laisser temporairement une pelouse non tondue permet de voir apparaître des espèces que l’on ne soupçonnait pas. Les plantes spontanées deviennent alors des bio-indicatrices du sol et des conditions du milieu.

Cette attention au déjà-là est au fondement de son approche.

Reconsidérer le désordre

Eric Lenoir défend l’idée que le désordre apparent a souvent une grande valeur écologique. Il faut apprendre à s’en accommoder.

Des plantes souvent jugées indésirables, comme les chardons, les rumex ou d’autres spontanées, peuvent remplir des fonctions importantes :

  • nourrir des oiseaux ou des insectes ;
  • aérer le sol ;
  • remonter des nutriments ;
  • préparer l’installation d’autres plantes ;
  • améliorer la structure du terrain.

Le jardinier doit donc se demander non pas seulement si une plante est souhaitée ou non, mais à quoi elle sert dans l’écosystème.

Laisser faire la nature

Pour Eric Lenoir, il faut laisser la nature faire son travail autant que possible. L’humain ne fera pas mieux qu’elle. Même avec des moyens techniques modernes, on oubliera toujours une partie des interactions qui rendent un écosystème fonctionnel.

Cette conviction conduit à privilégier :

  • la limitation des interventions ;
  • l’acceptation des dynamiques spontanées ;
  • une certaine humilité face au vivant.

Il rappelle cependant qu’il ne s’agit pas de ne jamais intervenir. Dans certains cas, ne rien faire produit aussi des problèmes, notamment lorsque certaines espèces prennent totalement le dessus ou que des bâtiments sont menacés par les racines. L’absence d’entretien n’est donc pas un dogme, mais un principe à ajuster selon les fonctions du lieu.

Des pratiques de transgression et de réappropriation

Eric Lenoir évoque plusieurs formes d’action qui relèvent d’une forme de « jardin punk » :

  • plantations sauvages dans l’espace public ;
  • destruction partielle de surfaces minérales pour y planter ;
  • écopâturage ;
  • greffage d’arbres spontanés ;
  • réappropriation de terrains laissés vacants.

Ces gestes ont aussi une dimension politique et sociale : ils montrent qu’on peut faire autrement, qu’on peut redonner une place au végétal, et qu’on peut réinvestir collectivement des espaces rendus stériles.

Il cite notamment :

  • des actions à Rotterdam, où des habitants réoccupent les espaces devant les maisons ;
  • des plantations à Marseille dans l’esprit du permis de végétaliser ;
  • des expériences menées à Charleroi, avec des plantations au pied des arbres en ville ;
  • des initiatives de greffage militant d’arbres fruitiers ;
  • l’exemple de Chédigny, village transformé par la plantation de rosiers.

Des exemples d’aménagements peu interventionnistes

Eric Lenoir présente de nombreux exemples concrets pour montrer que les plantes peuvent pousser dans des contextes très contraints :

  • dans du béton ;
  • dans des fissures de trottoir ;
  • sur des dalles ;
  • sur d’anciens terrains de tennis ;
  • sur des toitures ;
  • dans des espaces urbains très pauvres ;
  • dans des sols hydromorphes, compacts ou apparemment ingrats.

Son propos vise à démontrer que le végétal a souvent plus de capacités d’adaptation qu’on ne l’imagine.

Il montre aussi qu’avec peu de moyens, il est possible de concevoir des jardins robustes :

  • en gardant des mottes en place ;
  • en semant des annuelles pour accompagner l’installation de vivaces ;
  • en choisissant des plantes adaptées ;
  • en réduisant fortement la taille, la tonte et le désherbage.

L’exemple de Tchernobyl

L’un des exemples marquants de son intervention est le voyage réalisé dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, notamment dans la ville de Pripiat.

Il y observe comment, en l’absence d’humains, la nature a recolonisé des espaces entièrement anthropisés. Les forêts ont repris place entre les bâtiments, les arbres ont recouvert d’anciens jardins, et des formes paysagères nouvelles sont apparues.

Cet exemple lui sert à montrer deux choses :

  • la puissance de recolonisation du vivant ;
  • mais aussi le fait que « laisser faire » n’est pas toujours neutre, car certaines espèces peuvent dominer excessivement et réduire localement la diversité.

Ce que le paysage apprend à l’agriculture

La discussion finale revient sur le rapprochement entre paysage et agroécologie. Marceau Bourdarias souligne combien les termes employés par les paysagistes rejoignent ceux de l’agriculture écologique :

  • diversité ;
  • équilibre ;
  • interaction entre plantes ;
  • résilience ;
  • couverture du sol ;
  • mélange des espèces ;
  • fertilité ;
  • autonomie.

Le paysage devient alors une source d’inspiration pour l’agriculture. Il montre que plus un milieu est diversifié, moins il est fragile, moins il est malade, et plus il est capable de supporter les aléas climatiques.

Cette réflexion rejoint directement les enjeux agricoles contemporains :

  • sortir de la monoculture ;
  • mieux stocker l’eau ;
  • mieux utiliser l’énergie solaire ;
  • construire des systèmes productifs et résilients ;
  • tendre vers des systèmes autofertiles.

Le jardin et le paysage apparaissent ainsi comme des laboratoires de compréhension du fonctionnement du vivant.

Questions abordées avec le public

Réchauffement climatique

Les intervenants reconnaissent que le réchauffement climatique a déjà des effets visibles sur les végétaux et les espaces verts. Certaines plantes souffrent ou disparaissent, notamment dans les dispositifs simplifiés, artificialisés ou mal adaptés au contexte.

À l’inverse, les plantations diversifiées, denses et multistrates améliorent la résilience :

  • elles limitent l’échauffement ;
  • créent des microclimats ;
  • améliorent l’état des végétaux ;
  • réduisent la dépendance à l’arrosage.

Jusqu’où faut-il intervenir ?

À la question de savoir s’il faut réfléchir longuement avant d’agir ou au contraire végétaliser vite, les réponses convergent vers une position pragmatique : il faut faire, tout en gardant un minimum de discernement.

Il faut éviter certaines erreurs manifestes, comme la diffusion de plantes très envahissantes dans des milieux sensibles, mais il ne faut pas non plus se paralyser. Dans les milieux urbains déjà très anthropisés, il est souvent plus urgent de remettre du végétal que d’attendre des conditions idéales.

Le rapport entre végétalisation et pédagogie

La question des cours d’école est évoquée. Les intervenants défendent fortement l’idée de déminéraliser, végétaliser et faire entrer des plantes nourricières, des lianes, de l’ombre et du vivant dans les espaces éducatifs.

Le végétal est vu comme un puissant outil de bien-être, de pédagogie et de transformation du rapport au monde vivant.

L’enseignement agricole

En conclusion, Guillaume Lapeyre rappelle que l’enseignement agricole possède de nombreux atouts. Les référentiels intègrent déjà l’agroécologie, les publics évoluent, et de nombreux enseignants sont engagés dans ces transformations.

Il souligne aussi la richesse du maillage territorial des établissements agricoles, qui peut permettre de diffuser largement ces approches.

Conclusion

Cet atelier met en lumière une idée forte : entretenir son jardin d’agrément ne consiste pas d’abord à contrôler, simplifier ou nettoyer, mais à observer, comprendre, diversifier et accompagner le vivant.

Le jardin peut devenir :

  • un espace de beauté ;
  • un espace nourricier ;
  • un espace d’accueil de la biodiversité ;
  • un espace de résilience face au climat ;
  • un lieu d’apprentissage pour l’agriculture elle-même.

À travers les interventions de Guillaume Lapeyre et d’Eric Lenoir, l’atelier défend une vision du paysage dans laquelle la diversité végétale, la modestie de l’intervention humaine et l’attention portée aux dynamiques naturelles deviennent les véritables bases de l’entretien.