Polyculture-élevage & semis direct : pourquoi il ne perd jamais rien
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Philippe Pierron est installé hors cadre agricole en zone intermédiaire, ce qui lui a permis de s'affranchir des normes et du regard des autres pour bâtir un système résilient et rentable en Creuse.
Présentation de l’exploitation
Philippe Pierron est agriculteur en polyculture-élevage, installé depuis 2003 avec son épouse dans un GAEC, en Creuse, dans les Combrailles, sur la commune de Volébien. Il explique ne pas être issu du milieu agricole : avant son installation, il travaillait dans les supermarchés. Il insiste sur le fait que ce parcours lui a permis d’aborder son système sans a priori, notamment sur le non-labour.
L’exploitation repose sur un système de polyculture-élevage avec production bovine et ovine, même si l’élevage est aujourd’hui en diminution pour alléger la charge de travail et redonner de la place aux cultures. La ferme compte environ 160 hectares. Philippe Pierron précise être engagé en agriculture de conservation des sols depuis 8 ans.
Le troupeau représente environ 116 UGB. Il se compose de bovins viande et de moutons charollais. Il explique avoir essayé d’autres races avant de revenir au charollais, jugé plus adapté à leur production, à leur région et plus résistant dans leur contexte.
Cette année, l’assolement comprend environ :
- 50 hectares de céréales,
- 10 hectares de maïs,
- et l’introduction de nouvelles cultures comme le tournesol, le colza et le sarrasin.
Cette évolution s’explique par un choix d’organisation : l’élevage demandait trop de temps et pénalisait la conduite des cultures, notamment aux périodes clés de semis.
Contexte pédoclimatique
L’exploitation se situe sur des sols granitiques limoneux, avec environ 10 cm de terre avant d’atteindre les cailloux. Philippe Pierron décrit des sols superficiels, caillouteux, avec une réserve utile limitée.
La pluviométrie annuelle se situe en général entre 700 et 800 mm selon les années. Il souligne cependant une forte variabilité récente :
- les deux dernières années ont été très humides,
- alors que les années précédentes avaient été marquées par beaucoup d’eau en hiver et de fortes sécheresses estivales.
Sur ces sols caillouteux, l’exploitation a beaucoup souffert de la sécheresse pendant plusieurs années consécutives.
Le pH des sols est acide, autour de 5 à 5,4, voire 5,46 sur les meilleures parcelles. Malgré cela, Philippe Pierron souligne qu’il parvient à implanter et maintenir de la luzerne. Le taux de matière organique se situe autour de 3,2 %.
Évolution du système et logique de rotation
Philippe Pierron explique ne pas avoir de rotation fixe. Il raisonne surtout en fonction :
- de la possibilité d’entrer dans les parcelles,
- de l’état du sol,
- et de la nécessité d’alterner autant que possible cultures de printemps et cultures d’automne.
Il évite de faire deux années de suite la même culture sur une même parcelle. Il reconnaît cependant qu’en polyculture-élevage, la logique de rotation est plus complexe que dans un système de grandes cultures.
Avec la réduction progressive de l’élevage, il introduit davantage de cultures de vente et de cultures de rupture :
Le sarrasin est notamment présenté comme une culture utile pour « nettoyer » les parcelles vis-à-vis du ray-grass.
Les prairies, la luzerne et le couvert permanent
Les prairies permanentes sont conservées sur les zones impossibles à retourner :
- sols trop humides,
- bords de côte,
- parcelles trop caillouteuses.
Les prairies temporaires étaient historiquement dans une rotation d’environ 5 ans. Ensuite, Philippe Pierron a fait évoluer son système vers des prairies temporaires à base de luzerne, avec insertion de céréales au sein même de ces prairies.
Il explique ainsi pouvoir récolter une céréale dans une luzerne, puis refaire ensuite une coupe de luzerne à l’arrière-saison, voire un pâturage supplémentaire. Dans cette logique, le sol reste toujours couvert.
Sa base actuelle est donc :
- trèfles,
- luzerne,
- pendant au moins 2 ans,
- avant d’introduire des cultures dans ce couvert.
Il peut aussi laisser certaines parcelles « au repos » pendant un ou deux ans sans céréales, afin d’éviter l’usage de produits phytosanitaires.
Pour lui, la couverture permanente des sols n’est pas seulement un objectif technique : c’est une véritable obsession. Il dit ne pas supporter de voir un terrain nu et inscrit cela dans sa philosophie depuis longtemps.
Charge de travail, santé et réduction de l’élevage
L’exploitation fonctionne avec deux UTH, mais Philippe Pierron précise que les soucis de santé du couple compliquent la situation. Il mentionne notamment une maladie aux poumons, qui renforce sa volonté d’utiliser le moins possible de produits phytosanitaires.
La réduction du nombre d’animaux répond donc à plusieurs objectifs :
- alléger la charge de travail,
- limiter les contraintes physiques,
- redonner de la marge de manœuvre sur les cultures.
Réduction des phytosanitaires
Philippe Pierron est engagé dans le réseau DEPHY depuis environ 6 ans. Il explique que la réduction des phytosanitaires est un sujet central pour lui. En agriculture de conservation, il a réussi à réduire ses phytos de 70 %.
Il dit aujourd’hui être arrivé à un niveau de baisse tel qu’il est obligé de remonter légèrement. Il raconte être descendu jusqu’à un IFT de 0,06, mais s’être aperçu qu’un niveau aussi bas pouvait permettre de gagner une année, puis faire perdre les deux suivantes. Sa réflexion actuelle n’est donc plus de baisser encore à tout prix, mais de trouver l’équilibre.
Son objectif est désormais :
- de mieux choisir le bon moment,
- de tenir compte de l’hygrométrie,
- de réduire les doses tout en conservant une efficacité maximale.
Il identifie clairement que sa principale difficulté se situe aujourd’hui sur les herbicides, et surtout sur le glyphosate, en lien avec la gestion des couverts et du ray-grass.
En revanche, sur les fongicides, il explique ne plus en utiliser depuis 5 ans, sur aucune culture. Il cite notamment le colza : malgré des conseils reçus pour intervenir, il a choisi de ne pas traiter en observant la parcelle et la météo.
Le glyphosate, l’eau et l’acidification
Philippe Pierron insiste sur un point précis : selon lui, le glyphosate doit être utilisé avec le bon produit, au bon moment, et avec une eau adaptée. Il estime que certains glyphosates disponibles sur le marché, même à 1080 g, ne suffisent pas pour détruire un ray-grass.
Il explique adjuvanter ses traitements et acidifier l’eau. Son eau est à pH 7. Il la faisait descendre à pH 5 avec du vinaigre blanc, mais il s’est aperçu que cela ne suffisait pas. Après échange avec des personnes de chez Bayer, il estime qu’il faudrait acidifier davantage.
Jusqu’ici, il utilisait environ :
- 2 à 3 litres de vinaigre blanc dans la bouillie,
- sur des volumes de 100 à 130 litres/ha,
- pour un coût d’environ 6 €/ha.
Il considère cependant que cette pratique est insuffisante et souhaite progresser sur ce point pour la prochaine campagne.
Le réseau DEPHY
Philippe Pierron présente le réseau DEPHY comme un réseau national et départemental d’agriculteurs volontaires qui travaillent sur la réduction des phytosanitaires. En Creuse, ils sont une dizaine, accompagnés par un technicien de la chambre d’agriculture.
Chaque année, chacun met en place des essais. Le groupe se réunit trois fois par an pour :
- faire le bilan de campagne,
- définir les essais,
- aller voir les essais des uns et des autres.
Lui-même a déjà travaillé par exemple sur des biostimulants en maïs. D’autres membres du groupe travaillent plus spécifiquement sur la réduction des herbicides.
Il estime que cela lui prend environ 40 heures par an.
Pour lui, rejoindre un groupe est indispensable. Il insiste sur le fait qu’il s’est lancé seul en ACS, sans agriculteur proche pour l’accompagner, et que cela lui a coûté des erreurs. La rencontre avec un autre agriculteur en ACS, situé à 25 km, lui a beaucoup apporté. Son message est clair : seul, on ne s’en sort pas ; il faut échanger pour éviter que chacun refasse les mêmes erreurs dans son coin.
Une logique de plan A, plan B, plan C
Philippe Pierron résume sa philosophie de polyculture-élevage par cette phrase : « chez nous, les erreurs en polyculture, on en tire toujours un avantage ».
Il raisonne toujours avec :
- un plan A,
- un plan B systématique,
- et parfois même un plan C.
Dans la parcelle visitée, son plan initial était de récolter un triticale derrière une luzerne. Mais comme le ray-grass prend le dessus, il envisage finalement de récolter en enrubannage. C’est son plan B. En polyculture-élevage, il explique qu’il est presque toujours possible de valoriser différemment une culture.
Sur le plan économique, il estime que ce changement de débouché a peu d’incidence, car le triticale était destiné à l’alimentation animale. Entre grain récolté et fourrage enrubanné, la valorisation reste, selon lui, équivalente. Le vrai risque serait d’attendre la maturité avec trop de pertes.
Le regard sur la perte et la restitution au sol
Philippe Pierron explique qu’il considère ne pas avoir de perte. Si une culture n’est pas récoltée mais broyée, il y voit une restitution systématique au sol. C’est aussi lié à son regard extérieur au monde agricole : pour lui, une herbe qui retourne au sol n’est pas du gaspillage.
Cette manière de voir a facilité son passage au non-labour. Il explique que n’étant pas issu d’une famille agricole, il n’avait pas ce frein culturel du « si tu ne labourres pas, tu ne récoltes pas ».
Passage au semis direct et formation
Le déclic du semis direct est venu en partie d’un raisonnement économique. Il raconte qu’à l’époque, l’exploitation avait une charrue très performante. Mais lorsqu’il a fallu l’équiper en pièces carbure à cause de l’usure dans les sols caillouteux, la facture a atteint 4000 € de pièces d’usure. Dans un contexte économique difficile, cela lui a paru aberrant. C’est à partir de là qu’il a commencé à s’intéresser au semis direct.
Il s’est formé d’abord par les vidéos, en citant notamment Lucien Séguy, qui l’a marqué à ses débuts. Les premières années ont été encourageantes, puis les limites de ses connaissances sont apparues. Il a alors cherché d’autres informations, assisté à des essais de semoirs avec la chambre d’agriculture, puis suivi plus récemment une formation longue avec Ver de terre production sur 6 mois.
Cette formation lui a ouvert l’esprit. Il explique qu’il était tombé dans une forme de dogmatisme : dans son système envahi par le ray-grass, il ne voulait plus labourer, ni travailler le sol. Mais il s’est rendu compte que les phytos ne suffisaient plus, et qu’il faudrait peut-être revenir ponctuellement à un labour. Il dit aussi qu’il s’était peut-être trompé sur les couverts choisis et sur leur date d’implantation.
Il repart de cette réflexion « plus confiant ».
La luzerne permanente : intérêt et limites
Philippe Pierron a longtemps vu dans la luzerne permanente une solution idéale. Il a gardé des luzernes jusqu’à 10 ans. Mais il constate aujourd’hui les limites de cette stratégie :
- une luzerne de longue durée finit par se salir au pied,
- le ray-grass prend le dessus,
- et cela devient difficile à gérer si l’on veut limiter fortement les phytos.
Son nouveau cap est donc plus clair :
- luzerne 3 ans,
- pas plus.
Il estime qu’au bout de 3 ans, la luzerne se salit, et qu’il vaut mieux ensuite repasser en culture.
Autonomie alimentaire
Philippe Pierron travaille fortement sur l’autonomie alimentaire de la ferme. Pour lui, la luzerne est un élément majeur de cette autonomie.
Il explique avoir construit une ration simple et autonome autour de :
- luzerne,
- maïs grain,
- céréales produites sur la ferme.
Pour les veaux :
- à partir d’un mois, ils reçoivent du maïs grain entier et du foin de luzerne jusqu’à 3 mois,
- ensuite le grain est aplati ou cassé, et la ration intègre de la luzerne et un peu de céréales.
Il considère que ce système fonctionne bien.
Son objectif majeur est désormais de remplacer l’ensilage de maïs par du maïs grain. Il explique que la tige de maïs ensilage apporte de la cellulose non assimilable, ce qui oblige à acheter des compléments. Il préfère désormais valoriser le grain pour les animaux et laisser la partie cellulosique au sol pour nourrir le sol.
Aujourd’hui, il achète encore un complément pour compenser cette cellulose, mais son but est de s’en affranchir.
Fertilité des sols et fertilisation
Fertilisation minérale
Pendant plusieurs années, Philippe Pierron a travaillé avec de l’urée, avec un apport unique vers février, de l’ordre de 80 à 100 unités, puis plus rien ensuite.
Il explique que ce mode de fonctionnement donnait de bons résultats, en particulier derrière luzerne, avec de très bons taux de protéines. Il indique que dans son contexte, une bonne année en blé est à 75 q/ha. Dans sa conduite, il a pu faire 65 q/ha les bonnes années, et parfois tomber à 30 q/ha les mauvaises. En revanche, les protéines étaient au minimum à 13,5.
Il compare aussi ses résultats à ceux d’agriculteurs voisins labourant depuis longtemps : certaines années où lui se trouvait mauvais à 40 q/ha, d’autres étaient à 20 q/ha.
Aujourd’hui, il a fait évoluer sa stratégie azotée. Cette année, sur blé à bon potentiel, il a fractionné :
- un premier apport en ammonitrate,
- puis deux apports en urée,
- pour un total de 120 unités prévues.
Mais au vu des cultures, il pense finalement ne pas réaliser le troisième apport. Il observe beaucoup ses plantes et juge que, compte tenu de l’état visuel et de la nutrition du sol, cela n’est pas nécessaire. Il préfère garder les sacs sous le hangar plutôt que d’apporter un produit inutile.
Fertilisation organique
Le fumier est un pilier de la fertilité de l’exploitation. Philippe Pierron cherche à l’épandre sur le maximum d’hectares, avec un objectif de 20 t/ha tous les ans.
Les bonnes années, il arrivait à couvrir jusqu’à 100 hectares. Il privilégie des apports à l’automne. Pour lui, avec un couvert en place, il n’y a pas de lessivage, et le fumier aide même le couvert, qui à son tour restitue au sol.
Sur les prairies permanentes pâturées, il n’apporte pas de fumier, estimant que les animaux restituent directement.
Correction du pH et apports calcaires
Compte tenu de l’acidité des sols, il apporte du calcaire. Il utilisait auparavant un produit type TMCE/Calcis, jugé efficace mais trop coûteux. En regardant sa composition, il a reconstitué un produit équivalent pour un prix bien plus faible.
Il est ainsi passé :
- d’un produit à 600 €/t,
- à une solution recomposée autour de 250 à 260 €/t.
La valeur neutralisante du produit d’origine était de 40 ; celle du produit reconstitué est de 50. Il applique environ 180 à 200 kg/ha, voire davantage si nécessaire, avec l’idée d’apporter un peu tous les ans plutôt qu’une grosse dose ponctuelle qui risquerait de bloquer le sol.
Le produit utilisé est de la dolomie, avec ajout de bore. Le bore est jugé essentiel pour la luzerne. Il applique environ 2 à 3 l/ha de bore, pour un coût faible, de l’ordre de 6 €/ha de produit.
Au total, il chiffre :
- environ 52 €/ha de produit pour la dolomie,
- environ 5 €/ha d’épandage,
- plus le coût du bore et de la pulvérisation,
- soit environ 70 €/ha au total,
contre 180 à 200 €/ha auparavant pour une efficacité jugée équivalente.
Blé ou triticale dans luzerne
Philippe Pierron décrit plusieurs situations de céréales semées dans la luzerne.
Dans une parcelle de triticale avec luzerne non régulée, il constate que la luzerne est très présente et que quelques pieds de ray-grass compliquent la situation. Il envisage donc l’enrubannage, puis un sarrasin derrière pour nettoyer la parcelle, idéalement semé en direct.
Il explique ne jamais avoir vraiment fait de régulation de printemps de la luzerne. Il préfère adapter la conduite :
- moisson en pleine chaleur,
- vitesse réduite,
- paille laissée quelques jours,
- récolte ensuite d’un produit combinant paille et luzerne.
Ce mélange paille-luzerne est valorisé sur l’exploitation comme fourrage.
Il donne les ordres de grandeur suivants :
- environ 50 q/ha de céréales,
- 11 à 14 tonnes/ha de paille + luzerne,
- puis encore une coupe de luzerne derrière, de l’ordre de 14 à 15 bottes/ha.
Pour ces systèmes avec luzerne, il ne dépasse pas 80 unités d’azote, historiquement sous forme d’urée, apportées en une seule fois autour du 15 février.
Implantation de luzerne et de trèfles
Dans une autre parcelle, il décrit un semis réalisé dans une orge de printemps, avec :
- trèfle violet,
- trèfle blanc,
- luzerne,
- plusieurs variétés de luzerne.
Il insiste sur le fait qu’il mélange toujours plusieurs variétés, pour sécuriser l’implantation.
Le mélange trèfle-luzerne est semé à environ 30 kg/ha, même s’il estime que 20 kg/ha pourraient suffire. Il préfère surdoser un peu pour sécuriser.
L’implantation se fait :
- au centrifuge,
- puis avec un passage de rouleau,
- parfois après un semis direct de la culture porteuse.
Il précise qu’il implante plutôt la luzerne le soir, selon l’idée que la graine de luzerne ne doit pas voir le jour.
Le schéma qu’il retient désormais est :
- 2 ans de culture fourragère,
- puis retour aux cultures.
Sa rotation-type actuelle après luzerne
Après deux ou trois ans de luzerne, Philippe Pierron souhaite désormais remettre rapidement des cultures. Il introduit pour cela des cultures de rupture comme le colza et le tournesol.
Dans les céréales d’automne semées dans luzerne, il procède ainsi :
- dernière année de luzerne valorisée en enrubannage, puis en foin, puis éventuellement en pâturage,
- il laisse ensuite repousser la luzerne jusqu’à 20 cm,
- puis il vient semer le blé dedans.
Il a appris progressivement qu’il valait mieux semer dans une luzerne un peu haute plutôt que rasée. Pour réguler la luzerne avant le semis, il utilise environ 0,5 l/ha de glyphosate, 48 heures avant le semis. Cette dose régule la luzerne mais ne suffit pas sur le ray-grass.
Après semis, il applique un désherbage de prélevée classique, de type Défi + Toiseau.
Au printemps, la luzerne repart. Il dit qu’alors, soit on accepte le système, soit il faut intervenir, mais lui choisit souvent de ne rien faire.
Performances du blé dans luzerne
Philippe Pierron affirme qu’en blé dans luzerne non régulée, il atteint facilement 50 q/ha. Le plus mauvais résultat qu’il ait obtenu est 47 q/ha.
Pour lui, le grand intérêt est le taux de protéines :
- avec luzerne, il garantit au moins 13,5 de protéines,
- sans avoir besoin d’interventions importantes.
Il explique aussi n’avoir jamais observé de maladies dans ses blés semés dans luzerne, alors que la région connaît des pressions classiques de rouille et d’oïdium. Depuis qu’il fait du blé dans la luzerne, il dit ne plus voir de maladies sur ces parcelles.
Exemple de gestion d’une parcelle avant tournesol
Philippe Pierron décrit une parcelle issue d’un précédent lupin avec triticale, non consommé sur la ferme. Après moisson, la repousse naturelle s’est installée. Il n’a pas pu intervenir pour faire un couvert, mais cette végétation est venue spontanément.
Il a ensuite :
- apporté 20 t/ha de fumier,
- fissuré avec un Actisol le lendemain à 15-20 cm,
- puis repris très superficiellement avec un outil à disques à 3-4 cm.
Il souligne que l’Actisol mélange un peu le fumier grâce au rouleau à dents, puis que le passage de disques a permis de remélanger la surface. Cela a aussi aidé à faire sécher l’herbe présente.
Dans cette situation, il prévoit :
- 0 herbicide jusque-là,
- puis 0,5 l/ha de glyphosate juste avant le semis,
- pour tuer ce qui voudrait repartir,
- puis semis de tournesol,
- avec désherbage de prélevée et anti-limaces,
- et roulage après semis.
Il insiste sur le fait que ce travail du sol lui a permis de réduire de trois quarts la dose de glyphosate : là où il aurait mis 3 l/ha, il ne prévoit plus que 0,75 à 1 l/ha maximum.
Le fumier dans cette logique
Dans cette parcelle, le fumier provenait d’une sortie de stabulation :
- sorti 3 semaines avant,
- stocké 3 semaines,
- épandu 10 jours avant l’entretien.
Pour éviter la faim d’azote liée à la dégradation de l’herbe et du fumier, il prévoit d’apporter de l’ammonitrate, avec au moins 30 unités uniquement pour accompagner cette dégradation, en plus des besoins de la culture.
L’Actisol et la fissuration
L’Actisol est arrivé dans la Cuma il y a 2 ans, un peu à l’initiative de Philippe Pierron. Comme il ne voulait pas labourer, il cherchait une alternative de fissuration.
L’outil a :
- des dents espacées de 35 cm,
- un rouleau à dents,
- puis un rouleau barre.
Il est jugé facile d’utilisation, mais Philippe Pierron insiste sur la nécessité de ne pas fissurer n’importe quand ni n’importe comment. Il prend sa bêche, observe la profondeur de la semelle de labour et essaie de passer juste en dessous. À cette période, il ne descend pas au-delà de 20 cm, surtout pour ne pas assécher le sol en cas de sécheresse.
Le coût évoqué est :
- outil de 3,50 m,
- environ 24 000 €,
- et un coût de Cuma autour de 45 €/ha.
En cas de double passage croisé, on monterait à 90 €/ha pour l’outil seul, ce qui devient proche d’un labour économiquement. Il nuance donc l’intérêt de cette pratique : agronomiquement, cela peut être justifié, mais économiquement, cela se discute.
Compaction : tracteurs et animaux
Depuis le début du semis direct, Philippe Pierron observe surtout des phénomènes de compaction liés aux animaux, plus qu’aux tracteurs. Il explique que les passages de tracteurs, il peut les gérer en choisissant ses conditions d’intervention. En revanche, les animaux doivent manger, même si le sol est humide.
Selon lui :
- une vache de 700 kg avec une faible surface d’appui compacte fortement,
- et les dégâts des animaux sur sol humide peuvent être plus importants que ceux du matériel.
Dans la parcelle présentée, il reconnaît d’ailleurs avoir peut-être fait plus de mal que de bien en refissurant, car le sol n’était pas si compacté.
Organisation du tri des animaux et sécurité
La fin de la vidéo est consacrée à un parc de tri qu’il est en train d’aménager. Philippe Pierron explique avoir eu plusieurs accidents avec les animaux et vouloir aujourd’hui un système très sécurisé, aussi bien pour lui que pour les bêtes.
Il a conçu un parc selon ses propres besoins et son expérience, après avoir observé d’autres installations. Selon lui, lorsqu’on visite un parc, on vous montre les avantages mais rarement les petits défauts d’usage. Il a donc pensé le sien dans le détail.
Le projet représente environ :
- 9000 € d’investissement,
- avec subvention,
- pour un reste à charge d’environ 5000 €.
Le parc est conçu pour :
- faire entrer les animaux selon leur provenance,
- permettre à l’éleveur de rester protégé derrière de petites barrières de 3 m,
- orienter les animaux dans différents couloirs,
- trier seul mâles, femelles, vaches et taureau,
- préparer l’accueil d’une cage de contention pour peser et traiter.
Il insiste sur le fait que les petites barrières sont plus sûres que de grandes longueurs qu’un animal pourrait pousser sur l’éleveur. Le parc est aussi pensé pour pouvoir intervenir si une vache se couche.
Enfin, il souligne un autre avantage pratique : grâce à cet aménagement, il peut déplacer seul des animaux depuis un bâtiment situé au bord de la route jusqu’au parc, sans avoir à mobiliser une bétaillère ou à installer des barrières provisoires. Pour lui, c’est un investissement qui fait gagner du temps et réduit le risque d’accident.
Ce qu’il retient de son système
Tout au long de la vidéo, Philippe Pierron défend une approche très pragmatique :
- garder le sol couvert en permanence,
- raisonner chaque erreur comme une opportunité de valorisation,
- ne pas s’enfermer dans un dogme,
- articuler cultures et élevage pour conserver des portes de sortie,
- chercher l’autonomie,
- et intervenir seulement lorsque cela est utile.
Son système continue d’évoluer. Il conserve l’esprit de l’agriculture de conservation, mais avec davantage de souplesse, en acceptant de remettre en question certaines positions, notamment sur le travail du sol ponctuel ou sur la durée des luzernes. Ce qu’il cherche avant tout, c’est un système qui tienne agronomiquement, économiquement et humainement.