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Cultiver des espèces et variétés diversifiées à l'échelle du territoire

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Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
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1. Présentation

Caractérisation de la technique

Description de la technique :


 


Marie Gosme INRA marie.gosme(at)grignon.inra.fr Grignon (78)
Julien Halska INRA julien.halska(at)grignon.inra.fr Dijon (78)
Julien Papaix INRA julien.papaix(at)jouy.inra.fr Jouy en Josas (78)
Paul Van Dijk ARAA p.vandijk(at)bas-rhin.chambagri.fr Schilltigheim (67)

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Diversifier cultures et variétés cultivées sur un territoire et répartir les parcelles qui portent les mêmes espèces ou  variétés en les éloignant les unes des autres (diversification spatiale des cultures). Cette technique peut être mise en œuvre de manière individuelle, mais est plus efficace si elle l'est de manière concertée sur l'ensemble du territoire. L'échelle pertinente est fonction des objectifs : par exemple un bassin versant pour limiter l'érosion, ou une échelle liée à la distance de déplacement des bio-agresseurs et/ou des auxiliaires que l'on cherche à gérer par cette technique.  La contribution de l'agencement des parcelles entre elles (à proportion de cultures égales) à la protection des cultures découle de principes généraux pas toujours démontrés pour les différents systèmes plantes - bio-agresseur.


Exemple de mise en oeuvre : Le CETIOM (historiquement), et maintenant Terres Inovia proposent sur leur site un outil d'aide au choix des variétés de colza en fonction de l'histoire de la parcelle et des parcelles voisines dans un objectif prophylactique et de gestion de la durabilité des résistances. Exemple : si la parcelle ou une parcelle voisine a reçu dans les trois dernières années une variété à résistance spécifique, il est conseillé de choisir une variété très peu sensible à résistance quantitative.


Précision sur la technique :

La diversification spatiale des cultures sur un territoire revient à diversifier les cultures dans les rotations qui sont en place sur ce territoire. Ainsi, tous les organismes qui peuvent être gérés par la rotation sont concernés par la technique présentée ici. Cependant, pour plus de clarté, nous n'avons répertorié que les organismes qui sont influencés par le fait que les cultures soit diversifiées sur un territoire une année donnée. les organismes peu mobiles (ravageurs et maladies telluriques) ne sont donc pas concernés par cette fiche.


Période de mise en œuvre Sur culture implantée


Echelle spatiale de mise en œuvre Territoire


La diversification peut se faire à l'échelle de l'exploitation, mais dans certains cas, elle sera plus efficace à l'échelle du territoire (d'autant plus si le parcellaire de l'exploitation n'est pas groupé).


Application de la technique à...

Neutre Toutes les cultures : Généralisation parfois délicate


Les cultures pour lesquelles on dispose de conseils de répartition territoriales sont rares.


Betterave : Eviter la proximité de prairie, qui peuvent être sources de tipules et ne pas semer à moins de 500m de céréales attaquées par la mouche grise.


Colza hiver : Il existe des références académiques pour le phoma du colza d'hiver. Les principes sont d'éloigner le plus possibles les sources d'inoculum et les parcelles de colza, en tenant compte du sens des vents dominants.


Lin fibre hiver - Lin fibre printemps - Lin graine hiver - Lin graine printemps : Eviter la proximité de prairie, qui peuvent être sources de tipules.


Luzerne : Culture qui sert de refuge aux coccinelles en hiver. A partir des parcelles de luzerne, elles peuvent coloniser les autres cultures proches.


Maïs ensilage - Maïs grain : Moins il y a de maïs dans le paysage, moins les densités de chrysomèles sont fortes, et plus les coccinelles maculées sont présentes.


Pommes de terres : Ne pas semer à moins de 500m de céréales attaquées par la mouche grise. Contre le mildiou, des simulations montrent l'efficacité de la réduction de la proportion de plantes hôtes sur un territoire. Les effets de la répartition des champs sont moins évidents.


Prairies : Les prairies peuvent être sources de tipules (ravageur du lin notamment), mais aussi d'auxiliaires.


Positif Tous les types de sols : Facilement généralisable


Selon les types de sol, les possibilités de choix de cultures et de diversification sont différentes et peuvent être limitées. Cependant, les caractéristiques pédologiques du territoire peuvent limiter les possibilités de répartition des cultures.


Positif Tous les contextes climatiques : Facilement généralisable


Selon la zone pédoclimatique, les possibilités de choix de cultures et de diversification sont différentes et peuvent être limitées. Prendre éventuellement en compte les contraintes liées aux micoclimats du territoire.


Réglementation



2. Services rendus par la technique



3. Effets sur la durabilité du système de culture

Critères "environnementaux"

Neutre Effet sur la qualité de l'air : Variable


émission phytosanitaires : DIMINUTION


émission GES : VARIABLE


Positif Effet sur la qualité de l'eau : En augmentation


N.P. : DIMINUTION


pesticides : DIMINUTION


Neutre Effet sur la consommation de ressources fossiles : Variable


consommation d'énergie fossile : VARIABLE


Neutre Autre : Pas d'effet (neutre)


Transfert polluant vers eaux (N, P, phyto ...) : Diminution


En réduisant l'usage de produits phytosanitaires, on réduit le risque de transfert (fonction des caractéristiques des substances actives). La réduction du risque de ruissellement limite aussi le transfert de pesticides et de phosphore (adsorbés en surface des particules de sol). Le risque de transfert d'azote peut augmenter si la limitation du ruissellement augmente le lessivage (infiltration accrue).


Transfert polluant vers air (N, P, phyto ...) : Diminution


En réduisant l'usage de produits phytosanitaires, on réduit le risque de transfert (fonction des caractéristiques des substances actives).


Consommation d'énergie fossile : Variable


Dépend du choix des espèces sur le territoire. Toute culture très dépendante de l'utilisation d'engrais minéraux augmentera la consommation d'énergie fossile sur la rotation. A l'inverse, toute culture plus autonome vis-à-vis de l'azote (exemple des légumineuses) contribuera à améliorer cet impact. La répartition des parcelles peut influencer la longeur et le nombre de trajets entre parcelles.


Dégagement de GES : Variable


Dépend du choix des espèces. En systèmes de grande culture, les émissions de GES sont surtout le fait du CO2 et du N20. Le CO2 est lié à la consommation d'énergie (et donc indirectement à la fabrication des engrais). Le N20 est lié à l'épandage des engrais azotés. L'ampleur des dégagements de GES est donc fortement dépendante de la quantité d'engrais azotés utilisée. La répartition des parcelles peut influencer la longeur et le nombre de trajets entre parcelles (émissions de CO2).


Critères "agronomiques"

Positif Productivité : En augmentation


Positif Qualité de la production : En augmentation


Par maintien voire amélioration de la fertilité physico-chimique du sol et meilleur contrôle du développement des bioagresseurs. Fonction des effets précédents et de la complémentarité des cultures vis-à-vis de l'exploitation des ressources.


Positif Fertilité du sol : En augmentation


Des cultures variées explorent différents compartiments du sol et n'exploitent pas les mêmes ressources.


Neutre Stress hydrique : Pas d'effet (neutre)


Positif Biodiversité fonctionnelle : En augmentation


Une hétérogénéité accrue du paysage implique que les organismes vivants suffisamment mobiles peuvent plus facilement passer d'une culture à l'autre, en fonction des ressources et habitats qui leur conviennent.


Positif Autres critères agronomiques : En diminution


Durabilité des résistances : Augmentation


La réduction d'inoculum induite notamment par une répartition ad-hoc des parcelles peut contribuer à l'augmentation de la durabilité des résistances monogéniques ou quantitatives. Le fait de varier les gènes de résistance sur un territoire est un obstacle à l'adaptation des pathogènes (notamment dans le cas du phoma du colza où la préservation des résistances monogéniques est un enjeu fort).


Population de certains ravageurs : Augmentation


Dans certains cas, une forte proportion de plantes hôtes permet de diluer la population de bio-agresseurs. Exemple : méligèthes et charançons de la tige (cf. bibliographie).


Critères "économiques"

Neutre Charges opérationnelles : Variable


Evolution fonction des cultures de la rotation et de leurs itinéraires techniques. Une moindre pression de certains bioagresseurs dans le couvert doit permettre de réduire les charges liées à l'usage de produits phytosanitaires.


Négatif Charges de mécanisation : En augmentation


La dispersion des parcelles d'une même culture implique une augmentation des trajets entre parcelles. Fonction aussi des cultures du territoire et de leurs itinéraires techniques.


Neutre Marge : Variable


Variables en fonction des économies de pesticides réalisées et de l'augmentation des charges.


Neutre Autres critères économiques : Variable


Possibilités de débouchés : Diminution


Trouver des acheteurs risque d'être difficile pour certaines cultures en fonction du contexte local et des volumes produits.


Critères "sociaux"

Négatif Temps de travail : En augmentation


Eventuellement augmentation des trajets entre parcelles d'une même culture.


Négatif Période de pointe : En augmentation


Le temps de travail peut être accru par la diversification des cultures (conduites selon des itinéraires techniques différents). Cependant, cette diversification, peut aussi limiter les pointes de travail (semis, récoltes). Augmentation du temps de trajet entre parcelles d'une même culture.


Besoin de coordination entre agriculteurs voisins : Augmentation


Cette collaboration peut être nécessaire étant donné que la technique est plus efficace à une échelle territoriale.


Négatif Temps d'observation : En augmentation


Chaque culture requiert des observations spécifiques. Diversifier les cultures implique un temps d'observation supérieur.


Besoin de formation des agriculteurs : Augmentation


Conduire un plus grand nombre de cultures requiert plus de savoir-faire, nécessite des apprentissages, etc.




4. Organismes favorisés ou défavorisés

Bioagresseurs favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
charançon de la tige ravageur, prédateur ou parasite
méligèthe ravageur, prédateur ou parasite
tipule MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite Sur lin et betterave


Bioagresseurs défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
chrysomèle des racines de maïs MOYENNE ravageur, prédateur ou parasite La réduction de la proportion de maïs permet de réduire les densités de chrysomèles sur maïs.
mildiou FAIBLE agent pathogène (bioagresseur) Contre le mildiou, des simulations montrent l'efficacité de la réduction de la proportion de plantes hôtes (pommes de terre) sur un territoire. Les effets de la répartition des champs sont moins évidents.
phoma des crucifères FAIBLE agent pathogène (bioagresseur) phoma du colza


Auxiliaires favorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions
Coccinelles MOYENNE Ennemis naturels des bioagresseurs Note d'intensité donnée pour Coleomegilla maculata, favorisée par la réduction de la proportion de maïs dans le paysage.


Auxiliaires défavorisés

Organisme Impact de la technique Type Précisions


Accidents climatiques et physiologiques favorisés

Organisme Impact de la technique Précisions


Accidents climatiques et physiologiques défavorisés

Organisme Impact de la technique Précisions




5. Pour en savoir plus

  • A multi-scale, landscape approach to predicting insect populations in agroecosystems
    -O’Rourke M.E. ; Rienzo-Stack K. ; Power A.G.


Ecological Applications 21, 1782-1791., Article de revue avec comité, 2011


Article de revue scientifique. Sur le maïs

  • Assolement, forme et taille du parcellaire
    -Association Française de Protection des Plantes, coordination : Jean-Louis Bernard


Association Française de Protection des Plantes. Groupe de travail du guide AFPP, document provisoire au 12 février 2011, Brochure technique, 2011

  • Biodiversité et agriculture : le niveau du paysage
    -Burel F. (CNRS, UMR Bioemco Rennes)


Burel F. (CNRS, UMR Bioemco Rennes)

  • Comment réduire l'utilisation des pesticides? Principes Généraux
    -Morineau J. (agriculteur, Réseau Agriculture Durable)


Confédération Paysanne, FADEAR, colloque Réduction de l'emploi des pesticides, 23 et 24 novembre 2010, ENFA Toulouse-Auzeville, Acte de congrès, 2010

  • Couverts faunistiques et floristiques
    -Projet IBIS (Intégrer la Biodiversité dans les Systèmes d'exploitation agricoles)


Chambre d'agriculture du Centre et partenaires, Brochure technique, 2010

  • ESCo "Agriculture et Biodiversité" Chapitre 1. Les effets de l'agriculture sur la biodiversité
    -Coordinateurs : Burel F. (INRA) ; Garnier E. (INRA)


INRA, Interview, 2008

  • Insect pests in winter oilseed rape affected by field and landscape characteristics
    -Johann G. Zaller ; Dietmar Moser ; Thomas Drapela ; Claudia Schmöger ; Thomas Frank (University of Natural Resources and Applied Life Sciences, Vienna, Austria)


Basic and Applied Ecology, Volume 9, Issue 6, 6 October 2008, Pages 682-690, Article de revue avec comité, 2007


Article de revue scientifique. Montre que les méligèthes  et les chanrançons de la tige sont moins abondants lorsque la proportion de colza est importante dans le paysage.

  • Invasion of Phytophtora infestans at the landscape level : how do spatial and weather modulate the consequences of spatial heterogeneity in host resistance?
    -Skelsey P. ; Rossing W. A. H. ; Kessel G. J. T. ; Van der Werf W. (Wageningen university)


Ecology and epidemiology volume 100, N° 11, pp 1146-1161, Article de revue avec comité, 2010


Article de revue scientifique. Sur le mildiou de la pomme de terre.

  • Landscape epidemiology of plant diseases
    -Plantegenest M. ; Le May C. ; Fabre F. (INRA)


J. R. Soc. Interface, Article de revue avec comité, 2007

  • Mémento d’assistance technique pour la mise en œuvre de bonnes pratiques agronomiques, volet santé des végétaux
    -Délos M. et al. (DRAAF- SRAl)


DRAAF-SRAl, version 2011, Ouvrage, 2011


Ouvrage. Source des données sur betterave, pomme de terre et lin. Document non diffusé.

  • Organisation du parcellaire. Pour un meilleur fonctionnement hydrique du bassin versant.
    -Coufourier N. (CA Seine Maritime) ; Lecomte V. (CA Seine Maritime) ; Le Goff A. (CA Seine Maritime) ; Pivain Y. (CA Eure) ; Lheriteau M. ; Ouvry J.F. (AREAS)


Chambres d'agriculture de l'Eure et de Seine Maritime, AREAS, Brochure technique, 2008

  • Phom'ALT colza
    -CETIOM


CETIOM, page visitée le 22/09/2011, Site Internet, 2011




6. Mots clés

Méthode de contrôle des bioagresseurs : Contrôle cultural


Mode d'action : Evitement


Type de stratégie vis-à-vis de l'utilisation de pesticides : Reconception


Annexes

Favorise les bioagresseurs suivants

Favorise les auxiliaires

Défavorise les bioagresseurs suivants