Analyses de sèves en grandes cultures retours d'essais

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Lors de ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Julien David, agronome à la coopérative EMC2 dans le Grand Est, présente cinq années de retours d’essais sur les analyses de sève en grandes cultures. Cet outil permet de mesurer, en temps réel, les éléments réellement absorbés par la plante afin d’anticiper les déséquilibres nutritionnels. Les résultats obtenus sur plus de 1 300 analyses montrent notamment des carences fréquentes en bore, fer, potassium et magnésium, parfois en contradiction avec les analyses de sol. Ces constats ont conduit EMC2 à mettre en place de nombreux essais au champ, dont certains ont confirmé des gains de rendement significatifs, par exemple avec des apports de bore sur céréales. Julien David explique aussi comment ces analyses servent à mieux cibler les essais, évaluer l’efficacité de fertilisants ou de pratiques, et accompagner les agriculteurs dans leurs décisions de fertilisation à court et long terme.

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Résumé
Lors de ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Julien David, agronome à la coopérative EMC2 dans le Grand Est, présente cinq années de retours d’essais sur les analyses de sève en grandes cultures. Cet outil permet de mesurer, en temps réel, les éléments réellement absorbés par la plante afin d’anticiper les déséquilibres nutritionnels. Les résultats obtenus sur plus de 1 300 analyses montrent notamment des carences fréquentes en bore, fer, potassium et magnésium, parfois en contradiction avec les analyses de sol. Ces constats ont conduit EMC2 à mettre en place de nombreux essais au champ, dont certains ont confirmé des gains de rendement significatifs, par exemple avec des apports de bore sur céréales. Julien David explique aussi comment ces analyses servent à mieux cibler les essais, évaluer l’efficacité de fertilisants ou de pratiques, et accompagner les agriculteurs dans leurs décisions de fertilisation à court et long terme.

Dans ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Julien David, agronome à la coopérative EMC2, discute de l’importance des analyses de sève dans les grandes cultures pour optimiser la fertilisation. Ces analyses permettent de mesurer l’absorption des éléments minéraux par les plantes en temps réel, aidant à détecter les carences nutritionnelles avant qu’elles n’affectent les cultures. À travers ses responsabilités à EMC2 et son engagement avec l’association Comifère, Julien a initié des tests sur l’utilisation des analyses de sève pour guider la fertilisation des cultures. Les résultats préliminaires ont révélé des carences en bore et en fer dans de nombreuses cultures, soulevant des questions sur l’efficacité des apports traditionnels de nutriments. Les essais menés en lien avec ces analyses ont montré des gains de rendement, mais également des contradictions sur la biodisponibilité de certains nutriments, soulignant la nécessité d’une compréhension approfondie des besoins des cultures.

Les recherches incluent des tests sur la fertilisation en azote et potassium, mais également sur l’effet de l’application séparée de phosphore et potassium. Les résultats ont montré que la fertilisation conjointe de ces nutriments était peu efficace par rapport à une application séparée, ce qui pose des questions sur l’efficacité économique de ces pratiques. En conclusion, Julien met en avant l’importance des analyses de sève pour affiner les recommandations agronomiques et améliorer la fertilisation, tout en encourageant des collaborations avec les laboratoires pour renforcer les pratiques agricoles.

Highlights

  • 🌱 Introduction Aux Analyses de Sève: Julien David présente les analyses de sève comme une technique innovante pour optimiser la fertilisation des cultures.
  • 📊 Résultats des Essais de 2020: Les tests réalisés montrent que de nombreuses cultures souffrent de carences en bore et en fer.
  • 🔬 Contradictions Nutrionnelles: Des analyses plus larges indiquent des incohérences entre les nutriments présents dans le sol et ceux détectés dans la sève.
  • 🌾 Importance de l’Analyse Top Diag: Cet outil permet non seulement d’évaluer les besoins en nutriments des cultures, mais aussi de réévaluer les pratiques de fertilisation.
  • 🚜 Efficacité des Fertilisations: Les essais démontrent que l’application séparée de phosphore et de potassium conduit à une meilleure efficacité.
  • 💰 Coûts d’Analyse: L’analyse Top Diag a un coût estimé entre 80 et 110 euros, ce qui soulève des questions sur son retour sur investissement.
  • 🌍 Collaboration et Recherche Continue: Le besoin de travailler avec des laboratoires de recherche pour corréler les résultats des analyses est essentiel pour l’évolution des pratiques.

Key Insights

🌿 L’Innovation dans la Fertilisation: L’introduction des analyses de sève permet une gestion plus précise de la fertilisation, entraînant une transformation des pratiques agronomiques. Cette méthode, en mesurant l’absorption des nutriments en temps réel, offre un aperçu direct des besoins spécifiques des cultures et aide à anticiper les carences.

⚖️ Préférences des Plantes vs. Disponibilité Nutrionnelle: Les résultats indiquent que la présence de nutriments dans le sol n’est pas toujours un indicateur fiable de leur biodisponibilité. Cette dissonance souligne l’importance de non seulement mesurer les niveaux de nutriments dans le sol, mais aussi de comprendre comment ces éléments sont assimilés par les plantes.

📈 Impact des Analyses de Sève sur les Rendements: Les essais réalisés ont montré des gains de rendements significatifs en suivant les recommandations basées sur les analyses de sève. Ceci indique que des ajustements appropriés de la fertilisation peuvent réellement affecter la productivité des cultures.

🌐 Interopérabilité entre Outils Analytiques: L’essai met en lumière la nécessité de corrélations entre divers équipements analytiques. Cela implique une approche collaborative où l’échange d’informations et de techniques entre agronomes et laboratoires est essentiel.

💡 Réflexion sur les Pratiques Agronomiques: Les résultats encourageant tirés des essais grâce aux analyses de sève incitent à une remise en question des pratiques traditionnelles de fertilisation, en particulier pour des cultures comme le colza et le tournesol.

🧪 Développement de Nouvelles Thématiques: L’intérêt croissant pour les oligoéléments et leur impact sur les nutriments est essentiel pour l’optimisation future des pratiques. La recherche continue dans ce domaine pourrait aboutir à des découvertes significatives liées à l’efficacité de l’azote et d’autres fertilisants.

👩‍🌾 Précision des Recommandations Agronomiques: Avec des analyses qui permettent de cibler précisément les carences, les agronomes peuvent intégrer des recommandations plus stratégiques, optimisant ainsi l’utilisation des fertilisants et, à terme, contribuant à une agriculture plus durable et plus économique.

En récapitulant, le webinaire animé par Julien David met en exergue l’importance croissante des analyses de sève comme un facteur de transformation des méthodes de fertilisation dans l’agriculture. En intégrant ces pratiques et en s’engageant dans un dialogue continu avec les chercheurs, les agronomes sont mieux positionnés pour répondre aux défis contemporains de l’agriculture et garantir des rendements durables.

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This video was made as part of the NBSoil project co-funded by the European Union.

La réalisation de cette vidéo a été faite dans le cadre du projet NBSoil financé par l'union Européenne

https://nbsoil.eu/





Cette page a été rédigée dans le cadre du projet NBSOIL avec le soutien financier de l'Union Européenne, avec la participation du Centre National d'Agroécologie, de Ver de Terre Production et de Neayi




Introduction

Dans ce webinaire du Centre national d’agroécologie, Julien David, agronome à la coopérative EMC2, présente des retours d’essais sur les analyses de sève en grandes cultures. Son intervention s’appuie sur plusieurs années d’expérimentation, avec des essais multi-sites et répétés, menés dans le Grand Est.

L’objectif est de montrer en quoi l’analyse de sève peut devenir un outil utile pour mieux comprendre la nutrition minérale des cultures, orienter les pratiques de fertilisation et améliorer le ciblage des essais agronomiques.

Présentation de Julien David et de son cadre de travail

Julien David est agronome au service agronomique de la coopérative EMC2. Il travaille sur les dossiers liés à la fertilisation des cultures au sens large, depuis les interactions entre couverts végétaux et cultures suivantes jusqu’aux biostimulants. Comme il le résume lui-même, il s’intéresse à la fertilisation « du sol au plafond ».

La coopérative EMC2 intervient principalement en grandes cultures dans le Grand Est. Elle ne travaille pas sur les cultures industrielles, l’arboriculture ni le maraîchage.

Julien David est également administrateur au Comifer. Il participe à plusieurs groupes de travail techniques. Il rappelle que le Comifer est une association où se rencontrent des profils qui ont peu d’occasions de travailler ensemble au quotidien : chercheurs, agronomes, agriculteurs, industriels de la fertilisation, conseillers des chambres d’agriculture, etc. Les échanges y portent sur différents sujets comme le statut acido-basique, le phosphore, le potassium, le magnésium, l’azote ou le soufre.

Contexte pédoclimatique de la zone EMC2

La zone d’action de la coopérative EMC2 se situe dans le nord-est de la France, principalement sur la Meuse, la Haute-Marne, et une petite partie de la Meurthe-et-Moselle et de la Moselle.

Le climat y est plutôt continental, avec toutefois une légère influence océanique. Parmi les traits marquants :

  • des hivers historiquement assez marqués, même s’ils le sont de moins en moins ;
  • des étés parfois très secs.

Les sols sont très variés. Julien David insiste sur cette forte hétérogénéité, qu’il considère comme une caractéristique majeure du territoire. On y trouve notamment :

  • une majorité de sols argilo-calcaires dans le Barrois ;
  • des sols argileux dans la Woëvre et dans le Bassigny ;
  • des sols limoneux, moins représentés mais néanmoins présents.

Origine du travail sur les analyses de sève

L’histoire des analyses de sève chez EMC2 débute lors des 14Modèle:E rencontres du Comifer, à Dijon, en 2019.

À cette occasion, Julien David échange avec Grégory Delmotte, alors chez Galys, aujourd’hui Eurofins Galys. Il lui explique que, dans son métier d’agronome, un point le gêne particulièrement : la fertilisation des cultures est souvent conduite « à l’aveugle ». Il manque un moyen de demander à la plante si ce qui est fait lui convient réellement : a-t-elle assez d’azote, de phosphore, de potassium ? Bien sûr, certaines carences visuelles peuvent être observées, mais lorsqu’elles apparaissent, il est généralement trop tard.

C’est dans ce contexte que lui est présenté le service d’analyse de sève « Top-Diag ».

Dès le printemps 2020, une phase de test est lancée :

  • dans les essais du service agronomique ;
  • chez certains adhérents volontaires.

À partir de 2021, le déploiement devient plus important. Si cet outil a été maintenu, c’est, selon Julien David, parce qu’il a montré un réel intérêt agronomique.

Principe de l’analyse de sève Top-Diag

Julien David précise qu’il ne travaille pas chez Eurofins Galys, mais qu’il est nécessaire de présenter brièvement l’outil avant d’expliquer l’usage qui en est fait dans les essais.

Le principe est le suivant :

  • il s’agit d’une analyse en temps réel des éléments minéraux et organiques du flux de sève ;
  • la sève est extraite par une pression contrôlée appliquée sur les tissus conducteurs ;
  • l’analyse vise principalement les parties basses des tiges.

L’objectif est de contrôler les éléments réellement absorbés par le végétal à un instant donné, ainsi que son activité métabolique, afin d’anticiper des déséquilibres nutritionnels.

L’idée générale est d’obtenir un équilibre minéral instantané optimisé, en apportant ce qu’il faut, comme il faut, quand il le faut, au cours du cycle cultural.

Éléments mesurés et interprétation

Le « menu de base » de l’analyse comprend notamment :

  • l’azote nitrique ;
  • l’azote ammoniacal ;
  • le NST (azote soluble total), qui permet d’apprécier la transformation de l’azote en acides aminés et protéines ;
  • le phosphore ;
  • le potassium ;
  • le calcium ;
  • le magnésium ;
  • le soufre ;
  • le fer ;
  • le manganèse ;
  • le cuivre ;
  • le zinc ;
  • le bore.

Des options existent pour d’autres éléments comme :

Le bulletin de résultat indique :

  • la culture et son stade ;
  • les valeurs mesurées en mg/L de sève ;
  • un indice de satisfaction du besoin de la plante.

Julien David insiste sur le fait que la valeur brute en mg/L parle peu, en elle-même, à l’agronome ou à l’agriculteur. L’intérêt de l’outil réside surtout dans l’indice, qui rapporte la teneur mesurée à une valeur cible définie selon la culture et le stade.

Par exemple, un potassium à 2196 mg/L de sève ne dit rien en soi. En revanche, si cela correspond à 37 % de la valeur cible pour un blé tendre au stade épi 1 cm, l’interprétation devient immédiatement plus utile.

Le rendu visuel par code couleur facilite aussi la lecture :

  • rouge : situation problématique ;
  • bleu : situation satisfaisante.

Premiers résultats obtenus en 2020

En 2020, environ une centaine d’analyses de sève sont réalisées. Les résultats font apparaître plusieurs points très marquants sur blé tendre d’hiver, orge d’hiver et orge de printemps.

Bore

98 % des plantes présentent un indice trop faible en bore. Dans certains cas, l’élément n’est même pas détectable, car sa teneur est en dessous du seuil de détection de l’outil.

Pour Julien David, c’est une surprise complète : à l’époque, les apports de bore sur céréales sont considérés comme de la « science-fiction ».

Fer

92 % des plantes présentent un indice trop faible en fer. Le fer est généralement quantifiable, mais de nombreuses situations relèvent d’une carence marquée.

Là encore, il s’agit d’un sujet inattendu.

Potassium

53 % des plantes présentent un indice trop faible en potassium. Ce résultat surprend particulièrement, car les sols du Grand Est sont historiquement réputés bien pourvus en potassium.

Phosphore

79 % des plantes présentent un indice satisfaisant en phosphore. Ce résultat va plutôt à l’encontre de certaines idées reçues sur la disponibilité du phosphore dans des sols à pH élevé et riches en calcaire.

Une remise en question des certitudes initiales

Pour Julien David, les premiers résultats apportent certes des réponses, mais surtout beaucoup de nouvelles questions. Ils bousculent plusieurs certitudes agronomiques préexistantes.

L’analyse de sève fournit un diagnostic. Le rôle du service agronomique est alors de vérifier, par l’expérimentation, si les indications données par l’outil sont réellement pertinentes au champ.

Mise en place d’essais pour valider les diagnostics

Premier essai bore sur orge de printemps

Dès 2020, EMC2 met en place un essai sur orge de printemps afin d’évaluer l’intérêt d’un apport de bore, en réponse au diagnostic établi par l’analyse de sève.

Une modalité est intégrée dans un essai oligoéléments, avec apport de bore. À l’époque, il faut même déterminer quel type de produit utiliser, car la littérature apporte peu de réponses sur le bore en céréales.

Le résultat est un gain de rendement de 3,8 % par rapport au témoin, dans un essai à quatre répétitions.

L’essai n’est pas statistiquement significatif, donc il n’est pas possible d’affirmer scientifiquement la validité du résultat avec certitude. En revanche, la tendance est claire. Le gain correspond à environ un quintal, pour un coût de produit faible, ce qui laisse un gain net intéressant pour l’agriculteur.

Synthèse de 10 essais sur l’apport de bore

Cinq ans plus tard, une synthèse de 10 essais en microparcelles sur blé tendre d’hiver, orge d’hiver et orge de printemps montre un gain moyen de rendement de 5,1 % avec apport de bore.

Les rendements ont été exprimés en pourcentage du témoin afin de pouvoir comparer différentes espèces.

Cette fois, l’analyse statistique de la synthèse est significative. Pour EMC2, cela confirme clairement que l’outil avait bien identifié une problématique réelle. Le bore est désormais intégré durablement dans les préconisations communiquées aux adhérents.

Synthèse de 1300 analyses de sève entre 2020 et 2023

Julien David présente ensuite une synthèse de 1300 analyses de sève réalisées entre 2020 et 2023. La mise à jour 2024 n’était pas encore intégrée au moment du webinaire.

Les résultats sont répartis en quatre classes selon l’indice de satisfaction du besoin de la plante :

  • inférieur à 60 % : carentiel ;
  • de 61 à 90 % : flux faible ;
  • de 91 à 109 % : optimal ;
  • supérieur à 110 % : optimal à excédentaire.

Cette approche permet de comparer différentes cultures, car on raisonne non plus en concentration brute mais en pourcentage de satisfaction du besoin, défini selon l’espèce et le stade.

Phosphore

Environ 25 % des échantillons présentent un flux trop faible de phosphore.

Pour Julien David, cela montre que, globalement, le phosphore n’est pas le principal sujet de préoccupation sur leur zone, malgré des sols calcaires et des pH élevés.

Potassium

65 % des parcelles présentent un flux trop faible en potassium.

Ce résultat est une surprise majeure au regard de la réputation des sols de la région, historiquement jugés bien pourvus en potassium.

Magnésium

Plus d’une parcelle sur deux présente un flux trop faible en magnésium.

Fer

Plus de 85 % des situations montrent un flux de fer non satisfaisant. Julien David insiste sur l’importance de cet élément, impliqué dans :

  • l’assimilation de l’azote ;
  • la transformation de l’azote nitrique en formes organiques ;
  • la respiration ;
  • la photosynthèse.

Manganèse

Environ 30 % des parcelles seulement présentent un flux trop faible en manganèse.

Cela remet en cause certaines pratiques empiriques d’apports systématiques. Selon Julien David, auparavant, les apports de manganèse se faisaient souvent « à l’aveugle ». Avec l’analyse de sève, on comprend que l’on se trompait environ 7 fois sur 10.

Il souligne que les essais historiques sur oligoéléments n’avaient qu’environ 30 à 35 % de réussite. Cela correspond finalement bien au pourcentage de parcelles réellement concernées.

Cuivre

46 % des parcelles présentent une problématique de cuivre. La situation est donc plus marquée que pour le manganèse.

Bore

La quasi-totalité des parcelles présentent une carence en bore. Pour Julien David, sur sa zone, « il n’y a pas de débat ».

Il précise toutefois qu’il parle uniquement du contexte qu’il connaît, celui du Grand Est et des analyses réalisées dans ce secteur. Ces constats ne doivent pas être extrapolés sans précaution à d’autres régions.

Contradictions entre analyses de sève et analyses de sol

L’un des points majeurs de la présentation concerne les contradictions observées entre analyses de sève et analyses de sol.

Sur la même période, 8650 analyses de sol ont été réalisées par les agriculteurs de la coopérative.

Cas du potassium

La moyenne des analyses de sol est de 348 ppm, pour une norme d’interprétation située à 261 ppm. La majorité des parcelles apparaissent donc correctement pourvues, voire confortables, en potassium dans le sol.

Seules 31 % des analyses de sol sont sous les normes.

Mais, dans le même temps, 65 % des analyses de sève indiquent un flux insuffisant en potassium.

Cas du magnésium

Les analyses de sol donnent une moyenne de 245 ppm, pour une norme de 120 ppm. Là encore, les sols semblent bien pourvus.

Seulement 8 % des analyses de sol sont sous les normes.

Mais 57 % des analyses de sève sont sous les normes.

Hypothèses avancées

Julien David souligne qu’à ce stade, il ne s’agit que d’hypothèses. Aucune certitude n’existe encore sur les causes exactes de ces écarts. Parmi les pistes envisagées :

  • des antagonismes entre éléments minéraux ;
  • la capacité d’échange cationique élevée de certains sols du Grand Est ;
  • la question du bon positionnement des normes, aussi bien pour les analyses de sol que pour les analyses de sève ;
  • la minéralogie et la typologie des argiles.

Il insiste sur le fait que le chemin est encore long pour comprendre complètement ce qui se passe.

Changements apportés par les analyses de sève dans le travail du service agronomique

Suivi de l’assimilabilité des fertilisants

L’un des grands intérêts de l’outil est de pouvoir suivre l’absorption réelle des éléments minéraux par la plante et ainsi évaluer l’assimilabilité des fertilisants.

Pour un service agronomique dont le travail consiste à tester les produits proposés par les industriels dans le contexte local, cet outil a un grand intérêt : il permet de voir si un élément apporté au sol passe réellement dans la plante.

Exemple d’un essai phosphore-potassium sur orge d’hiver en 2022

Un essai a été conduit à Verdun, dans la Meuse, sur orge d’hiver en 2022.

L’objectif était de tester :

  • différents produits ;
  • différentes doses ;
  • différentes dates d’apport de phosphore et de potassium.

Les analyses de sève ont été réalisées au stade dernière feuille pointante.

Le résultat marquant est le suivant :

  • lorsque phosphore et potassium sont apportés ensemble en post-semis prélevée, l’indice phosphore dans la sève ne progresse pas par rapport au témoin non fertilisé ;
  • de même, les modalités avec apport combiné montrent des efficacités nulles ou très faibles ;
  • les meilleurs résultats sont obtenus lorsque les apports de phosphore et de potassium sont séparés dans le temps.

Les rendements vont dans le même sens. Une modalité avec apport groupé donne même un rendement identique au témoin non fertilisé, malgré le coût des engrais investis.

Pour Julien David, sans l’analyse de sève, il aurait été beaucoup plus difficile de comprendre pourquoi certaines modalités ne fonctionnaient pas.

Outil d’évaluation des pratiques et des produits

L’analyse de sève permet aussi d’évaluer :

  • les effets des amendements minéro-basiques ;
  • l’entretien du statut acido-basique ;
  • les allégations de certains biostimulants.

Lorsqu’un produit est censé améliorer la solubilisation ou l’absorption du phosphore, de l’azote ou du potassium, l’analyse de sève est un bon outil pour vérifier si cela se traduit réellement par une augmentation du flux d’éléments dans la plante.

En revanche, Julien David précise que cet outil n’est pas adapté pour évaluer l’efficacité d’un apport foliaire. Dans ce cas, il vaut mieux recourir à une analyse foliaire.

Amélioration du ciblage des parcelles d’essai

Le service agronomique utilise aussi sa base d’analyses de sève pour mieux choisir les parcelles d’essai.

Par exemple, pour tester différentes formes de manganèse, il devient possible de cibler préférentiellement des parcelles où une carence en manganèse a déjà été mise en évidence.

Cela évite d’implanter des essais sur des situations non pertinentes.

Ouverture de nouvelles thématiques de recherche

L’analyse de sève a aussi fait émerger de nouvelles questions, notamment sur le rôle d’oligoéléments comme :

  • le fer ;
  • le cuivre ;
  • le molybdène.

Ces éléments interviennent dans les processus liés à l’azote. EMC2 a donc engagé des travaux visant à mieux intégrer l’ensemble des éléments minéraux dans une réflexion globale sur l’efficience de l’azote et la santé des plantes.

Des travaux ont notamment été conduits en conditions contrôlées, en chambre phytotronique, avec le laboratoire AgroEnvironnement de l’ENSAIA à Nancy. Une poursuite du travail était envisagée via un projet de thèse.

Intérêt des analyses de sève pour les agriculteurs

Une analyse d’action rapide

Le Top-Diag est présenté comme une analyse d’action, capable d’aider à corriger rapidement un déséquilibre de fertilisation.

Le délai entre prélèvement et restitution est court. Un prélèvement réalisé le lundi matin peut généralement donner lieu à un résultat le vendredi.

Le prélèvement est effectué de préférence en début de matinée, avant que les plantes ne transpirent trop. Les échantillons sont ensuite envoyés rapidement au laboratoire.

Ce délai court permet d’envisager une correction en cours de culture, si nécessaire.

Une analyse de réflexion à moyen et long terme

L’outil n’est pas seulement utile pour corriger immédiatement. Il permet aussi d’engager une réflexion plus large sur les pratiques :

  • les pratiques de fertilisation sont-elles adaptées aux capacités du sol à fournir les éléments ?
  • sont-elles conformes aux besoins réels des plantes ?
  • les racines sont-elles en capacité d’explorer correctement le sol ?

Julien David rappelle ici que la question n’est pas seulement celle du stock d’éléments dans le sol. Encore faut-il que la plante soit capable d’y accéder, ce qui renvoie notamment à l’état du système racinaire et aux conditions d’implantation.

Un moyen de mieux flécher les investissements

La fertilisation représente le premier poste de charges opérationnelles dans les exploitations. L’analyse de sève permet donc de mieux orienter les dépenses vers les véritables problèmes rencontrés par les cultures.

L’exemple du potassium est typique : alors que ce sujet n’était pas jugé prioritaire à partir des analyses de sol, les analyses de sève montrent qu’il mérite sans doute davantage d’attention.

Questions abordées lors des échanges

Pourquoi avoir retenu Eurofins Galys plutôt qu’un autre laboratoire ?

Julien David explique qu’EMC2 a comparé différents outils, notamment sur les mêmes parcelles et dans les mêmes essais. Le choix s’est porté sur Top-Diag parce que c’est l’outil qui leur a semblé le plus cohérent et le plus prédictif.

Il rappelle aussi que toutes les « analyses de sève » ne reposent pas sur les mêmes méthodes, et qu’il faut être prudent avec les comparaisons.

Le prélèvement différencie-t-il jeunes et vieilles feuilles ?

Non. Il ne s’agit pas ici d’une analyse foliaire classique. Pour les céréales, le prélèvement porte sur la plante entière ou sur la base de la tige selon le stade. L’objectif est d’analyser principalement les tissus conducteurs de la sève, et non les différents étages foliaires.

Peut-on utiliser cet outil pour vérifier un apport foliaire ?

Non, pas vraiment. L’outil est pertinent pour mesurer ce qui entre dans la plante par les racines. Pour évaluer un passage foliaire, une analyse de feuilles est plus appropriée.

Peut-on l’utiliser pour travailler sur les courbes de réponse à l’azote ?

Julien David indique que l’outil répond bien sur l’azote et qu’il est plutôt linéaire. En revanche, chez EMC2, il n’est pas utilisé comme outil direct de pilotage de la dose d’azote. Il sert davantage à comprendre le fonctionnement de la fertilisation azotée, notamment via l’azote soluble total.

Comment sont définis les seuils d’interprétation ?

Julien David considère que cela relève de l’expertise et du savoir-faire du laboratoire. EMC2 passe néanmoins du temps à critiquer et challenger ces référentiels, afin de vérifier qu’ils sont fiables dans leurs conditions. C’est ce travail de confrontation entre diagnostics, essais et rendements qui leur a progressivement permis de faire confiance à l’outil.

Il cite aussi le travail mené avec le laboratoire pour établir des normes d’interprétation sur colza et tournesol, qui devraient permettre d’accélérer les progrès sur ces cultures.

Combien coûte une analyse ?

Le coût évoqué se situe globalement entre 80 et 110 euros, selon les options choisies.

Conclusion

En conclusion, Julien David insiste sur un point central : il n’est pas possible de prétendre mieux faire en fertilisation des cultures sans s’appuyer sur des outils de connaissance.

L’analyse de sève ne remplace pas les autres outils. Elle ne doit pas conduire à abandonner l’analyse de sol, qui reste indispensable. Mais elle apporte une information différente, complémentaire, centrée sur ce que la plante absorbe réellement à un instant donné.

Son utilisation demande du temps, de l’interprétation et de l’accompagnement. Elle ne fournit pas toutes les réponses, et soulève même parfois de nouvelles questions. Mais selon Julien David, elle a permis en cinq ans de réels progrès, aussi bien dans la compréhension agronomique que dans la conduite des essais et l’accompagnement des agriculteurs.

L’expérience d’EMC2 montre ainsi que les analyses de sève peuvent devenir un levier concret pour affiner les stratégies de fertilisation en grandes cultures, à condition de les intégrer dans une démarche agronomique globale.