Retour d'expérimentation TCS Bio en vendée, par Samuel Oheix

De Triple Performance
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Dans cette intervention, Samuel Oheix, co-animateur du groupe TCS Bio en Vendée, présente les principaux enseignements tirés depuis 2010. Le groupe, animé par le GAB de Vendée et la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, réunit 20 à 30 agriculteurs, surtout en polyculture-élevage. Les résultats montrent que les réussites sont plus fréquentes dans ces systèmes, grâce à la prairie, qui limite les adventices, et à l’élevage, qui permet de valoriser les essais moins performants. À l’inverse, les systèmes céréaliers sont plus délicats, surtout sur des terres à fort potentiel où la prise de risque est limitée. Samuel Oheix détaille plusieurs pratiques prometteuses : semis de prairie sous céréales, semis direct en prairie, couverts sous maïs, associations culturales originales ou encore strip-till. Il évoque aussi les échecs, souligne l’importance de poursuivre les essais, et présente les outils de diffusion du groupe : vidéos techniques et fiches de savoir-faire paysans.

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Résumé
Dans cette intervention, Samuel Oheix, co-animateur du groupe TCS Bio en Vendée, présente les principaux enseignements tirés depuis 2010. Le groupe, animé par le GAB de Vendée et la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, réunit 20 à 30 agriculteurs, surtout en polyculture-élevage. Les résultats montrent que les réussites sont plus fréquentes dans ces systèmes, grâce à la prairie, qui limite les adventices, et à l’élevage, qui permet de valoriser les essais moins performants. À l’inverse, les systèmes céréaliers sont plus délicats, surtout sur des terres à fort potentiel où la prise de risque est limitée. Samuel Oheix détaille plusieurs pratiques prometteuses : semis de prairie sous céréales, semis direct en prairie, couverts sous maïs, associations culturales originales ou encore strip-till. Il évoque aussi les échecs, souligne l’importance de poursuivre les essais, et présente les outils de diffusion du groupe : vidéos techniques et fiches de savoir-faire paysans.

A l’occasion des Rencontres Nationales « Agronomie et Agriculture de Conservation en Bio 2022 », Samuel Oheix (animateur grandes cultures et sol – GAB85) vous présente les retours terrains du groupe TCS bio 85.


Les Rencontres Nationales de l'ABC à Laval (53) ont eu lieu les 15 et 16 février 2022, organisé par le Civam Bio 53 (les agriculteurs bio de la Mayenne), avec l'aide de : Ecophyto, OFB, Région Pays de la Loire, Agence de l'eau Loire-Bretagne, CAP sans glypho




Présentation du groupe TCS Bio en Vendée

Samuel Oheix, co-animateur du groupe TCS Bio en Vendée, présente un retour d’expérimentation centré sur les techniques culturales simplifiées en agriculture biologique. Le groupe existe depuis 2010.

Il a d’abord été financé dans le cadre du plan Ecophyto 30 000, puis, à partir de cette année, par le dispositif Défi.

Le groupe rassemble environ 20 à 30 agriculteurs du département de la Vendée, principalement situés dans le nord-est du territoire, dans le bocage. Il s’agit majoritairement de systèmes de polyculture-élevage, avec également quelques systèmes céréaliers.

La particularité du groupe est d’être coanimé par le GAB de Vendée et la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire :

  • Samuel Oheix pour le GAB ;
  • Stéphane Hocquet pour la Chambre d’agriculture.

Constat général sur les résultats obtenus

Le principal retour d’expérience présenté est que les réussites sont plus évidentes en systèmes de polyculture-élevage qu’en systèmes céréaliers.

En polyculture-élevage, plusieurs éléments favorisent la réussite :

  • la présence de prairie, qui permet de limiter fortement le salissement et la pression des adventices ;
  • des systèmes souvent très couvrants, avec par exemple du triticale-pois ou des méteils ;
  • peu de résidus dans certains cas, notamment avec le maïs ensilage ;
  • la possibilité de valoriser les ratés dans l’atelier animal ;
  • la possibilité d’accepter des pertes de rendement en grain si, en contrepartie, une culture fourragère est déjà implantée et permet de gagner une coupe.

À l’inverse, en systèmes céréaliers, ces avantages sont absents. En agriculture biologique, la prairie constitue un levier très important contre le salissement, tout comme le labour. Or, dans les systèmes céréaliers, il n’y a généralement pas de prairie ; si l’on se prive en plus du labour, la conduite devient encore plus compliquée.

Samuel Oheix souligne aussi une autre spécificité du territoire vendéen : dans la plaine vendéenne, les potentiels de rendement sont élevés. Il indique que l’on peut y produire environ :

  • 60 q/ha en blé bio ;
  • 120 q/ha en maïs bio.

Dans ce contexte, les agriculteurs sont parfois moins enclins à prendre des risques techniques importants.

Ce qui fonctionne

Semis de prairie sous céréale

Une technique classique consiste à semer la prairie avec la céréale, afin d’éviter d’avoir à retravailler le sol pour implanter la prairie après récolte.

Le semis peut se faire :

  • au printemps, en février ou mars, à la volée ou en ligne dans la céréale ;
  • directement à l’automne, pour ceux qui ne peuvent pas entrer dans les parcelles au printemps.

Cette pratique permet d’avoir une prairie déjà en place après la moisson des céréales.

Chez les céréaliers, le principe est proche : il est possible d’implanter par exemple un trèfle à l’automne ou au printemps dans la céréale, ce qui permet d’avoir un engrais vert déjà en place en été.

Semis de blé dur dans un trèfle violet

Samuel Oheix cite l’exemple d’un éleveur bovin du sud de la Vendée. Dans un trèfle violet, l’agriculteur passe deux à trois coups de disques superficiels pour calmer le trèfle, puis il sème un blé dur à l’automne.

À l’été, il récolte 21 q/ha de blé dur. Ce rendement est inférieur à celui de voisins céréaliers, mais il bénéficie aussi du trèfle dans la paille et d’une valorisation fourragère.

Il est précisé qu’il ne faut pas espérer une disparition du trèfle violet : il repart fortement. Dans ce type de conduite, l’agriculteur moissonne essentiellement les épis. Il est aussi possible de faucher puis de laisser sécher avant moisson.

Semis direct en prairie pour produire du fourrage

Autre technique qui fonctionne : le semis direct en prairie, notamment pour implanter des fourragères.

Un exemple est donné avec un semis d’avoine réalisé de mi-août à mi-septembre dans une vieille prairie. Le caractère « vieille prairie » est jugé important.

Ce type d’intervention permet un gain de fourrage pour un coût d’implantation limité, surtout si la semence est peu coûteuse, par exemple lorsqu’il s’agit de semence de ferme.

Implantation de cultures de printemps après prairie

Pour les cultures de printemps, une pratique désormais classique dans le groupe consiste à utiliser la prairie dès l’automne pour commencer à la concurrencer au niveau racinaire.

Samuel Oheix mentionne l’utilisation du rotavator :

  • avantage : il casse bien ;
  • inconvénients : il avance lentement et consomme beaucoup, de l’ordre de 15 à 20 l/ha.

Ce n’est donc pas une solution miraculeuse, mais elle donne de bons résultats, notamment sur graminées.

Il insiste également sur plusieurs points techniques :

  • laisser au minimum trois semaines de dégradation ;
  • adapter le semis, notamment avec des chasse-débris adaptés ;
  • adapter aussi le désherbage.

Sur le désherbage, il évoque notamment :

Ce qui a donné des résultats encourageants et mérite d’être poursuivi

Semis à la volée dans des cannes de maïs grain

Des essais ont consisté à semer à la volée directement dans des cannes de maïs grain des mélanges du type avoine-vesce-féverole. Les graines sont épandues à la volée, puis un passage de rotavator est réalisé.

Cette technique permet d’obtenir une belle dérobée.

Le même itinéraire a aussi été testé avec une féverole destinée à la récolte en grain. Les résultats ont été bons une année, et l’essai est jugé suffisamment intéressant pour être poursuivi. Selon Samuel Oheix, ce n’était pas incohérent par rapport à des parcelles voisines en féverole implantée de façon classique.

En revanche, lorsqu’un agriculteur du groupe a tenté un itinéraire comparable pour du blé, le résultat n’a pas été satisfaisant en Vendée : environ 15 q/ha, alors qu’un itinéraire classique aurait pu permettre d’atteindre environ 40 q/ha.

Semis direct de féverole grain dans une prairie

Samuel Oheix évoque un essai jugé très intéressant cette année : le semis direct de féverole grain dans une prairie. Il précise toutefois qu’un autre intervenant doit en parler plus en détail par la suite.

Semis 3 en 1 de colza, sarrasin et trèfle

Un autre essai marquant est celui d’un semis simultané de colza, sarrasin et trèfle, avec trois temps de valorisation.

L’agriculteur concerné sème à la mi-mai :

Le sarrasin domine d’abord visuellement. En septembre, il est récolté à hauteur de 20 q/ha. Ensuite, le colza reste en place avec le trèfle et poursuit son cycle jusqu’à l’été suivant.

Les résultats en colza ont varié :

  • jusqu’à 15 q/ha lors de la meilleure année ;
  • 8 q/ha lors d’une moins bonne année.

L’année précédente, la conduite a finalement été orientée vers un colza fourrager.

Cette technique est jugée suffisamment intéressante pour être poursuivie dans le cadre du dispositif Défi. Une vidéo présentant cet itinéraire technique et le témoignage de l’agriculteur est d’ailleurs en préparation.

Semis de couverts sous maïs

Le semis de couverts sous maïs intéresse beaucoup les agriculteurs du groupe. Les résultats ne sont pas encore totalement stabilisés, mais des avancées sont observées.

Des exemples sont cités avec :

  • du trèfle sous maïs ;
  • du millet sous maïs.

Le principal problème identifié est la forte couverture du maïs, qui limite la lumière disponible pour le couvert. Celui-ci ne se développe donc pas toujours suffisamment. Il peut y avoir de très belles zones dans la parcelle, mais aussi d’autres beaucoup moins réussies.

Un exemple plus encourageant est celui d’un couvert implanté sous maïs avec un écartement de 1,50 m, où le résultat visuel est meilleur. Toutefois, il faut alors parvenir à maîtriser le rendement du maïs.

Dans des systèmes céréaliers peu anciens en bio, les résultats peuvent être bons. En revanche, dans des systèmes plus anciens, avec une dizaine d’années de bio, des pertes de rendement allant jusqu’à 30 % ont été observées.

Prairie semée avec tournesol

Un autre itinéraire mentionné associe prairie et tournesol. Le rendement observé est de 15 q/ha en tournesol.

Samuel Oheix attire toutefois l’attention sur :

  • la concurrence hydrique ;
  • le salissement.

Triticale associé semé en août

Un essai en cours concerne un triticale associé, semé dès le mois d’août avec du sorgho multicoupe et du trèfle incarnat, avec un broyage à l’automne.

Les résultats ne sont pas encore connus au moment de l’intervention, mais l’essai est suivi avec intérêt.

Ce qui n’a pas marché chez eux

Blé dans un couvert de lotier

Un essai de blé implanté dans un lotier a donné de mauvais résultats. Le lotier s’est montré trop concurrentiel et les rendements n’ont été que de 10 à 15 q/ha.

Semis direct d’orge dans un couvert de tournesol

Un essai de semis direct d’orge dans un couvert de tournesol avait bien démarré, mais cela n’a pas suffi. La culture n’a pas bien passé l’hiver, notamment à cause d’un excès d’eau.

Semis direct de maïs dans de la féverole roulée et broyée

Un ancien essai du groupe a consisté à semer du maïs en semis direct dans de la féverole roulée et broyée. Cela n’a pas fonctionné.

Les problèmes rencontrés ont été :

  • un salissement qui redémarre ensuite ;
  • une nutrition du maïs insuffisante.

Selon Samuel Oheix, ce qui fonctionne le mieux dans ce cas reste plutôt un compromis avec travail très superficiel.

Maïs semé en strip-till dans une prairie

Le semis de maïs en strip-till directement dans une prairie peut fonctionner, mais il n’est pas présenté comme une solution généralisée ; il s’agit plutôt d’une piste technique possible.

Soja en culture relais dans un triticale

Samuel Oheix évoque aussi un semis de soja en culture relais dans un triticale au printemps. Visuellement, le résultat est intéressant, mais techniquement ce n’est pas encore opérationnel.

Les rendements observés sont faibles :

  • 8 q/ha en irrigué ;
  • 5 q/ha en non irrigué.

Perspectives et pistes de travail

Plusieurs perspectives sont évoquées.

L’arrivée de faucheuses-andaineuses dans le département ouvre de nouvelles possibilités, notamment pour certaines associations de cultures.

Des agriculteurs s’intéressent aussi à des essais de strip-till dans couvert vivant, avec un contrôle du couvert à l’aide d’outils de type Roll’n Sem. Samuel Oheix précise toutefois que rien n’est encore acquis et qu’il faut déjà parvenir à mettre ces essais en place.

Depuis deux ans, des essais de compostage de surface ou de thés de compost apparaissent également sur les fermes. Il est encore trop tôt pour dire ce que cela donnera.

Communication et capitalisation des références

Samuel Oheix rappelle qu’un travail de communication a été engagé autour des itinéraires testés.

Une série de huit vidéos a été réalisée sur des itinéraires techniques de réduction du travail du sol en bio. Il cite notamment une vidéo consacrée à la destruction du trèfle avec un rotavator et aux réglages associés.

Il mentionne également un projet de fiche de recueil de savoir-faire paysans en TCS Bio, basé sur les pratiques du groupe. L’idée est de décrire les systèmes et de recueillir les témoignages.

Cette mission a été confiée à quatre étudiants de l’IUT d’Angers. Un stand doit permettre de consulter ces fiches et de recueillir des retours, dans l’objectif d’améliorer leur contenu et de mieux décrire les pratiques.

Samuel Oheix insiste sur l’importance de documenter précisément les itinéraires techniques, jusque dans les détails comme les densités de semis, afin de savoir exactement de quoi l’on parle et de rendre les pratiques réellement reproductibles.

Échanges avec la salle

À propos de l’outil Gaïa

Une question est posée sur l’absence de mention du matériel appelé « Gaïa », destiné au semis sur couvert permanent, avec travail localisé de la ligne de semis et maîtrise d’un couvert comme la luzerne, notamment par broyage, fauche ou brûlage.

Samuel Oheix répond qu’il n’en a pas parlé parce que son intervention était courte et qu’il a choisi de présenter ce que les agriculteurs testent effectivement en Vendée. À sa connaissance, aucun agriculteur du groupe n’utilise cet outil pour le moment. Il mentionne toutefois qu’Arvalis le teste, et que le groupe suit cela avec intérêt.

Sur les observations de sol

Interrogé sur les éléments observés dans le sol pour guider les choix, Samuel Oheix précise d’abord que le groupe ne passe pas encore autant de temps qu’il le souhaiterait à faire des observations de terrain approfondies.

Les observations réalisées portent notamment sur :

  • la compaction, testée au tournevis ;
  • la stabilité des agrégats ;
  • le fonctionnement du sol ;
  • la présence éventuelle de calcaire actif ;
  • l’activité biologique ;
  • les signes liés aux « mucus » et à la vie du sol.

Il reconnaît que d’autres indicateurs pourraient être ajoutés, mais souligne déjà l’importance de ces observations de base.

Importance de la description précise des itinéraires

Enfin, en réponse à une question sur les densités de semis du mélange sarrasin-colza, Samuel Oheix explique qu’un travail plus précis a été mené cette année pour recueillir les détails techniques exacts auprès des agriculteurs, parfois en les sollicitant à plusieurs reprises par téléphone.

Il insiste sur le fait que cette précision est indispensable :

  • pour pouvoir répondre correctement aux questions ;
  • pour bien décrire les itinéraires techniques ;
  • pour permettre leur compréhension ;
  • et pour les rendre reproductibles.