L'agroforesterie, entre paysages vivants et forêts fertiles, avec Ernst Zürcher
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Aujourd'hui, on continue le cycle avec L’agroforesterie à la rescousse de la forêt, avec Ernst Zürcher.
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Introduction
Cette rencontre du « rendez-vous du jeudi » de l’agroécologie accueille Ernst Zürcher, ingénieur forestier, chercheur et auteur, autour d’un thème central : l’agroforesterie, les paysages vivants, les sols vivants et la forêt fertile. La discussion s’ouvre aussi à des interventions de Hervé Covès, Marie-France Barrier et Marceau Bourdarias.
L’échange part d’une intuition simple : la forêt n’est pas seulement un stock de bois ni une plantation d’arbres. Elle est un organisme vivant complexe, capable de réguler le climat, l’eau, la fertilité, la biodiversité et même la qualité des paysages habités. L’agroforesterie apparaît alors comme une manière de réintroduire cette intelligence du vivant dans les campagnes cultivées.
Ernst Zürcher et ses travaux
Ernst Zürcher est présenté comme une référence majeure sur l’arbre et la forêt. Ses ouvrages sont évoqués, en particulier Les arbres, entre visible et invisible, présenté comme un livre marquant sur la compréhension sensible et scientifique de l’arbre.
Le confinement est aussi mentionné comme une période qui lui a permis de reprendre l’écriture et d’avancer sur de nouveaux projets, notamment un livre pour enfants, sous forme d’aventure en forêt, fondé scientifiquement mais raconté de manière accessible et merveilleuse.
De la plantation d’arbres à la forêt
Un point essentiel de l’échange consiste à distinguer :
- la plantation d’arbres,
- et la forêt comme réalité écologique complète.
À partir d’une image de paysage agricole structuré par des alignements d’arbres, des bosquets, des haies, une ripisylve et des zones boisées plus spontanées, Ernst Zürcher montre que l’avenir des campagnes se joue dans la combinaison entre :
- le cultivé,
- le sauvage,
- et les formes intermédiaires.
Il souligne que ces paysages mêlent déjà plusieurs essences : noyers, frênes, poiriers, pommiers, érables, ainsi que des essences spontanées dans les haies et bosquets. Cette diversité prépare un paysage capable d’accueillir oiseaux, insectes, papillons et de soutenir une agriculture plus vivante.
La notion de « sylvosphère »
L’un des concepts développés durant la rencontre est celui de sylvosphère, forgé dans des échanges avec Bruno Sirven.
La sylvosphère désigne l’enveloppe forestière, la lisière protectrice qui sépare l’intérieur forestier de l’extérieur. Ernst Zürcher insiste sur un fait d’observation très simple : lorsqu’on s’approche d’une forêt naturelle, on voit que les arbres et arbustes forment une bordure fermée, les couronnes descendant bas, enveloppant l’ensemble.
Cette enveloppe joue un rôle comparable à une membrane :
- elle protège l’intérieur de la forêt ;
- elle filtre les échanges ;
- elle permet la constitution d’un microclimat interne ;
- elle garde l’humidité, la fraîcheur et la fertilité.
Entrer dans une forêt en été montre immédiatement cette différence : l’intérieur forestier est plus frais, plus humide, plus stable que le milieu ouvert. La forêt se constitue ainsi un climat interne.
De l’arbre-organisme à l’arbre-organe
Ernst Zürcher propose une idée centrale :
- un arbre pris isolément est un organisme,
- mais dans la forêt, il devient aussi un organe de l’organisme forestier.
Un arbre jeune ou adulte peut être transplanté : cela confirme qu’il est bien un organisme en lui-même. Mais lorsqu’il s’associe à d’autres arbres, de la même espèce ou non, il participe à un ensemble d’un autre ordre : la forêt.
Dans cette perspective :
- la forêt est un organisme ;
- les arbres, arbustes et arbrisseaux en sont les organes ;
- chacun y remplit une fonction spécifique.
Cette vision permet de comprendre la forêt non comme une somme d’individus, mais comme une organisation vivante supérieure.
La forêt comme membrane vivante
La comparaison avec la cellule biologique occupe une place importante dans l’exposé.
Comme toute cellule vivante, la forêt peut être pensée à partir de son enveloppe. Ernst Zürcher rappelle que le point commun de tout vivant n’est pas seulement le noyau ou l’ADN, mais l’existence d’une membrane :
- protectrice,
- semi-perméable,
- capable de laisser passer certaines substances,
- capable aussi de percevoir l’extérieur et de transmettre des signaux à l’intérieur.
Par analogie, la lisière forestière joue ce rôle :
- elle protège ;
- elle régule ;
- elle perçoit ;
- elle échange avec l’extérieur.
Cette membrane du vivant est aussi l’occasion d’évoquer la composition élémentaire de la vie : carbone, hydrogène, oxygène, phosphore, azote. Le phosphore et les protéines deviennent alors un point d’entrée vers le rôle du monde animal dans la forêt.
La lisière comme organe des sens de la forêt
Une idée forte de la rencontre est que la faune occupant les lisières peut être comprise comme une sorte d’organe sensoriel de la forêt.
La lisière accueille :
Tous ces êtres vont et viennent. Ils s’éloignent de la forêt, explorent, se nourrissent, puis reviennent en ramenant :
- des graines ;
- des informations chimiques ;
- des nutriments ;
- des matières organiques.
Les oiseaux jouent un rôle majeur : ils transportent des graines très loin et enrichissent rapidement les lisières. Les oiseaux migrateurs étendent même cette communication à une échelle continentale. Dans cette vision, la forêt communique avec des espaces très lointains, jusque vers l’Afrique.
Les cours d’eau sont aussi intégrés à cette logique. Les rivières qui sortent des forêts portent des poissons migrateurs comme les truites, les saumons ou, autrefois, les anguilles. Ces circulations relient la forêt à la mer. La forêt n’est donc pas un monde fermé : elle est en relation avec des échelles très vastes.
La forêt, intelligence relationnelle du vivant
À travers cette approche, Ernst Zürcher en vient à parler d’une forme d’intelligence forestière, au moins au sens d’une organisation très élaborée du vivant.
Cette intelligence repose sur :
- la diversité végétale ;
- la richesse faunistique ;
- les échanges permanents ;
- la capacité de la forêt à s’enrichir elle-même ;
- sa connexion aux grands cycles du monde vivant.
Hervé Covès prolonge cette idée en rappelant que notre vision occidentale sépare souvent les êtres, alors que la vie fonctionne en colonies, en ensembles, en associations. L’arbre lui-même est déjà pensé comme un être « colonial », constitué d’une multiplicité d’organes et de coopérations internes. Il n’est donc pas surprenant qu’il sache aussi vivre avec d’autres.
Le rôle du phosphore et des animaux
Le phosphore est présenté comme un élément crucial de cette dynamique. Hervé Covès rappelle qu’il se concentre dans les organismes animaux, notamment dans :
- les os ;
- certains organes ;
- les poissons.
Les animaux transportent donc du phosphore dans les paysages. La forêt attire ces animaux, qui y reviennent et y déposent des éléments fertilisants.
La discussion évoque aussi de grandes boucles biogéochimiques :
- le phosphore lessivé vers la mer ;
- la remontée de nutriments par les poissons migrateurs ;
- l’intervention des oiseaux dans le rééquilibrage ;
- le rôle des zones polaires et des processus atmosphériques dans la formation de nitrates.
Il en ressort une vision de la forêt comme nœud de connexions entre :
- sol ;
- eau ;
- faune ;
- atmosphère ;
- continents ;
- cosmos.
La forêt comme organe de la Terre
Après avoir montré que l’arbre peut être organe de la forêt, Ernst Zürcher va plus loin : la forêt elle-même peut être considérée comme un organe de la Terre.
La Terre est alors pensée comme un organisme vivant à grande échelle, avec :
- ses transformations géologiques ;
- ses migrations du vivant ;
- ses évolutions climatiques ;
- sa couverture végétale comme condition de vie.
Deux grands ensembles sont évoqués :
- l’ancienne forêt hercynienne en Europe ;
- la forêt amazonienne en Amérique du Sud.
La conclusion est nette : les grandes enveloppes forestières de la planète sont essentielles au maintien des climats. Sous l’équateur, la forêt dense n’existe pas parce qu’il fait humide : il fait humide parce qu’il y a la forêt. Si l’on supprime la forêt tropicale, on expose directement le sol à l’impact solaire, on provoque dessèchement, érosion et désertification.
De même, les forêts boréales ont une autre fonction : elles aident à conserver la chaleur et à soutenir la vie dans des milieux froids.
Les îles déboisées et la nécessité du retour de l’arbre
Un exemple cité est celui de Lampedusa, autrefois boisée, puis déforestée. Selon Ernst Zürcher, cette disparition des arbres a rendu l’île beaucoup moins habitable.
L’agroforesterie et la replantation d’arbres apparaissent ainsi comme des réponses concrètes pour redonner de la vie aux territoires.
Synergies forestières
Un autre thème majeur est celui des synergies. Ernst Zürcher distingue la symbiose, qui relève du donnant-donnant, et la synergie, qui produit un résultat supérieur et imprévisible à partir des éléments de départ.
L’exemple classique donné est celui de l’eau :
- oxygène + hydrogène ;
- un saut qualitatif se produit ;
- les propriétés de l’eau ne sont pas déductibles simplement de celles des gaz initiaux.
La forêt naturelle est ainsi un lieu de synergies permanentes. Cela explique pourquoi elle est presque toujours mélangée, et non composée d’une seule essence.
L’association chêne-tilleul
Parmi les exemples donnés figure l’association entre et , observée dans la forêt de Białowieża.
Des expérimentations ont comparé :
- des peuplements purs de chênes ;
- des peuplements purs de tilleuls ;
- des peuplements mélangés chênes-tilleuls.
Résultat : en mélange, les arbres grandissent davantage. Ernst Zürcher cite des gains d’environ :
- 23 % de hauteur supplémentaire pour les chênes ;
- plus de 30 % pour les tilleuls.
Le mélange des essences montre donc très simplement son efficacité.
Les recherches chinoises sur les mélanges d’essences
Une étude publiée dans Science en 2018 est mentionnée. Réalisée en Chine avec des collaborations européennes, elle compare des reboisements en peuplements purs et en mélanges jusqu’à seize essences.
Les résultats montrent que les mélanges produisent bien plus de biomasse et séquestrent davantage de carbone que les peuplements purs, parfois plus du double.
Cette démonstration est importante car elle montre que :
- biodiversité ;
- productivité ;
- captation du carbone
ne sont pas opposées, mais peuvent se renforcer mutuellement.
Critique des plantations monospécifiques
À l’inverse, les plantations monospécifiques sont décrites comme des systèmes de concurrence interne :
- mêmes racines ;
- mêmes profondeurs ;
- mêmes besoins au même moment ;
- mêmes vulnérabilités.
Elles deviennent donc des systèmes structurellement carencés, plus sensibles :
- aux maladies ;
- au stress hydrique ;
- aux chaleurs ;
- à la baisse de qualité du bois.
Ernst Zürcher insiste cependant sur un point : il ne s’agit pas forcément de supprimer brutalement toutes les plantations existantes, mais de les améliorer en leur redonnant :
- des lisières ;
- des zones naturelles ;
- des continuités écologiques ;
- des maillages internes plus vivants.
La futaie jardinée
La futaie jardinée est présentée comme un modèle forestier plus fin et plus vivant.
Ses caractéristiques :
- la forêt n’est pas coupée par grandes surfaces ;
- on prélève les arbres individuellement lorsqu’ils sont mûrs ;
- la régénération est naturelle ;
- tous les âges coexistent ;
- la structure générale de la forêt est maintenue.
Cette gestion permet :
- une productivité durable ;
- un renouvellement continu ;
- une meilleure stabilité écologique ;
- une richesse sociale et biologique accrue.
On y trouve ensemble :
- de très jeunes arbres ;
- des arbres intermédiaires ;
- des adultes ;
- des arbres âgés ;
- des arbres sénescents.
Le rôle des vieux arbres
Hervé Covès souligne l’importance des vieux arbres comme porteurs d’une mémoire du monde. Ils ont traversé :
- tempêtes ;
- sécheresses ;
- maladies ;
- variations climatiques.
Leur présence enrichit la forêt, non seulement par leur masse et leurs relations souterraines, mais aussi par les informations qu’ils transmettent aux jeunes arbres. Cette idée rejoint les travaux sur les échanges et les formes d’entraide au sein des réseaux forestiers.
Biodiversité des structures forestières
Les futaies jardinées présentent aussi des avantages pour la circulation des insectes et de la faune. Hervé Covès évoque des études sur les dans des paysages très uniformisés de Douglas : certains insectes ne peuvent plus circuler correctement quand le couvert est trop homogène.
Les ouvertures, clairières et discontinuités créées dans une forêt jardinée favorisent au contraire les déplacements, les vortex d’air, les échanges et la diversité.
Couper le bois, oui, mais comment ?
La question de la coupe du bois est explicitement posée : peut-on sortir du bois de la forêt sans détruire la forêt ?
La réponse d’Ernst Zürcher est clairement oui, à condition de pratiquer une gestion adaptée.
Dans une forêt bien gérée :
- on peut prélever du bois ;
- la fertilité est maintenue ;
- la forêt continue à fonctionner ;
- aucun intrant n’est nécessaire ;
- la forêt reste une pompe à carbone.
Cette gestion s’oppose à une vision où toute intervention serait forcément destructrice. Le problème n’est pas le prélèvement en soi, mais la manière de le faire.
Le bon moment pour couper
La discussion aborde aussi les rythmes de coupe. Couper en été blesse davantage les arbres restants, fragilise le cambium et augmente les risques d’infections fongiques. Traditionnellement, la coupe hivernale, de préférence sur sol gelé, limite les dégâts :
- sur le sol ;
- sur les racines ;
- sur les arbres voisins.
Ernst Zürcher rappelle également ses travaux sur les rythmes lunaires et cosmiques influençant la physiologie des arbres et les propriétés du bois. Il affirme que des données scientifiques ont confirmé l’effet de certains rythmes, y compris en lien avec la position de la lune et certaines périodes d’abattage.
Le bois dans la construction
Le bois est présenté comme un matériau stratégique pour le climat. Utilisé dans la construction, surtout avec des matériaux peu énergivores comme la terre, l’argile ou la paille, il permet de stocker du carbone plutôt que d’en émettre.
Le bâtiment bois devient ainsi une manière de transférer du carbone atmosphérique vers des formes durables.
Cette logique s’inscrit dans une perspective plus large : réintroduire de la biomasse dans les sols et dans le bâti pour corriger l’excès de dioxyde de carbone atmosphérique.
Les sols, l’humus et la fertilité
Une comparaison entre deux poignées de terre est évoquée :
- à gauche, un sol travaillé depuis longtemps, labouré, pauvre ;
- à droite, une terre prélevée au pied d’une haie, riche, humifère, vivante.
Le contraste est sensoriel autant qu’agronomique :
- d’un côté, odeur de dégradation ;
- de l’autre, odeur d’humus, de vie et de fécondité.
Cette opposition résume le rôle fondamental des arbres et des haies dans la restauration des sols.
L’eau, la forêt et l’éponge paysagère
Ernst Zürcher insiste sur la fonction hydrologique de la forêt. Sur 100 % de précipitations, la forêt utilise environ la moitié ou les deux tiers pour elle-même, mais laisse le reste s’infiltrer vers :
- le sous-sol ;
- les nappes ;
- les sources ;
- les rivières.
La forêt agit comme une éponge et comme une banque de l’eau :
- elle reçoit ;
- elle fait fructifier ;
- elle redistribue.
Supprimer cette éponge oblige ensuite à compenser artificiellement, notamment par l’irrigation.
L’idée que l’arbre « prend l’eau » est donc renversée : bien géré dans le paysage, il contribue au contraire à la stocker, l’infiltrer et la redistribuer.
Le rôle pastoral de l’interface forêt-culture
La zone entre forêt et culture, là où l’on imagine souvent une concurrence, est présentée comme un espace idéal pour le pâturage.
Ernst Zürcher rappelle que les bovins ont besoin de ligneux dans leur alimentation. L’élevage en système bocager ou agroforestier permet de retrouver cette nourriture mixte d’herbes et d’arbres, plus proche de l’origine forestière des bovins et de l’aurochs.
Cela ouvre sur une critique des systèmes d’élevage industriels, vus comme artificiels, carcéraux et propices à des déséquilibres sanitaires.
La viande issue de systèmes agroforestiers est dite de meilleure qualité nutritionnelle, notamment pour son équilibre en oméga 3 et oméga 6.
20 % d’effort, 80 % du résultat
Une idée pragmatique est formulée : en réintroduisant environ 20 % de part arborée dans les paysages, on pourrait obtenir 80 % des bénéfices attendus.
Cela vaut pour :
- la fertilité ;
- le climat ;
- l’eau ;
- la biodiversité ;
- la productivité ;
- le bien-être paysager.
Cette logique rejoint l’idée qu’un petit changement structurel peut engendrer de très grands effets.
Le chant des oiseaux et le vibratoire
La discussion s’aventure aussi sur les dimensions vibratoires. Ernst Zürcher affirme que les oiseaux, les insectes et les êtres vivants chantants participent à la stimulation de la croissance.
Les haies et les arbres ne ramènent donc pas seulement des auxiliaires, des graines ou du phosphore : ils réintroduisent aussi une qualité acoustique et vibratoire des paysages. Mieux vaut alors faire revenir les oiseaux que chercher à imiter artificiellement ces effets.
L’eau nouvelle produite par la photosynthèse
Un point particulièrement original concerne la production d’eau nouvelle par la photosynthèse.
Selon Ernst Zürcher, la photosynthèse ne produit pas seulement :
- de la biomasse ;
- de l’oxygène ;
mais aussi une part d’eau nouvelle, jamais passée auparavant dans les cycles classiques. Cette eau se retrouve dans les tissus vivants et dans le bois, puis est relâchée lors de la décomposition.
L’humus forestier devient ainsi une réserve et un relai hydrique supplémentaire, particulièrement précieux en période de stress hydrique.
Reboiser les zones arides
Pour reverdir les zones arides, Ernst Zürcher propose de partir des endroits où subsiste déjà un peu de vie. Il faut repartir des derniers arbres, des derniers points de verdure, là où la possibilité de vie est encore inscrite.
Dans les zones accidentées, il suggère de travailler selon les courbes de niveau pour retenir l’eau, planter sur ces lignes et relancer ainsi les cycles hydrologiques.
Une image venue du Haut Atlas marocain, transmise par Mohamed Al Fekiki, illustre cette capacité d’arbres comme le à pousser dans des conditions très dures. Cela montre la puissance de l’arbre comme garantie de continuité du vivant, même en contexte extrême.
L’arbre pérenne et la résilience
Marceau Bourdarias souligne que la force des plantes pérennes, et notamment des arbres, réside dans leur capacité à construire des réserves et donc à résister. Cette résilience leur donne un avantage considérable sur les systèmes purement annuels.
Réintroduire des arbres dans l’agriculture, c’est donc aussi réintroduire des structures vivantes capables d’amortir les crises.
La lisière comme lieu de fécondité entre l’homme et la nature
Hervé Covès revient sur l’idée de la lisière comme lieu de rencontre entre forêt et monde cultivé. La forêt croît par ses lisières, mais aussi par ses racines et ses champignons qui préparent déjà les zones d’extension.
Cette interface devient alors un espace privilégié pour inventer de nouvelles formes de relation entre :
- l’homme ;
- la culture ;
- la forêt ;
- la biodiversité.
Les enfants et les arbres
Marie-France Barrier présente le projet Des enfants et des arbres, qui vise à faire planter des arbres par des collégiens chez des agriculteurs de leur territoire.
L’objectif est multiple :
- sensibiliser les enfants ;
- les rendre acteurs ;
- relier école, agriculture et paysage ;
- faire de l’arbre un trait d’union entre générations, mondes ruraux et urbains, producteurs et consommateurs.
Elle insiste sur le fait que les récits scientifiques portés par Ernst Zürcher ou Francis Hallé sont aussi des récits d’émerveillement, capables de rendre aux enfants le goût du vivant et de l’action.
L’arbre comme lien
Un thème transversal ressort avec force : l’arbre est un liant.
Il relie :
- les êtres vivants entre eux ;
- les sols et l’atmosphère ;
- les campagnes et les villes ;
- les humains et la nature ;
- les générations ;
- la science et le sensible.
Cette fonction de trait d’union est au cœur du projet agroforestier autant que du projet éducatif.
L’agroforesterie comme retour aux origines de l’humanité
En conclusion, Ernst Zürcher propose une réflexion d’ensemble : l’humanité ne s’est pas développée dans la forêt dense fermée, ni dans la plaine totalement ouverte, mais dans les interfaces de type savane arborée.
L’agroforesterie pourrait ainsi représenter un retour aux racines de l’humanité, c’est-à-dire à des paysages mêlant :
- arbres ;
- espaces ouverts ;
- circulation animale ;
- diversité ;
- vie humaine.
Cette hypothèse donne à l’agroforesterie une portée non seulement technique ou agronomique, mais aussi anthropologique et culturelle.
Conclusion
Cette rencontre propose une vision très large de la forêt et de l’agroforesterie. La forêt y apparaît comme :
- un organisme ;
- une membrane du vivant ;
- un régulateur climatique ;
- une éponge hydrique ;
- un moteur de fertilité ;
- un réservoir de biodiversité ;
- une source de matériaux renouvelables ;
- une école de relations.
L’agroforesterie n’y est pas présentée comme un simple ajout d’arbres dans les parcelles, mais comme une manière de rééquiper les territoires en vivant, en recréant des continuités, des lisières, des échanges et des paysages habités plus fertiles.
L’idée finale est simple : partout où elle le peut, la Terre appelle des arbres.