Assemblée Générale Greenotec - Julien SENEZ. Partie 1 : Créer son système de culture

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Dans cette première partie de l’Assemblée générale Greenotec, Julien Senez montre comment le changement climatique impose de repenser les systèmes de culture. À partir des données Météo-France, il observe sur sa zone une baisse d’environ 60 mm de pluie et un gain d’1 °C, surtout au printemps, en été et au début de l’automne. Conséquence : implantation plus difficile des couverts, colzas et céréales d’automne, mais aussi opportunités accrues de production de biomasse en hiver. Il insiste sur un préalable essentiel : bien connaître ses sols (pH, matière organique, activité biologique) avant toute transition. La rotation, la production de biomasse, la gestion de la fertilité et le choix du semoir doivent ensuite être pensés ensemble. Son message central est clair : un système performant ne s’improvise pas ; il se construit à partir d’observations de terrain, de mesures et d’une adaptation continue aux conditions pédoclimatiques.

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Résumé
Dans cette première partie de l’Assemblée générale Greenotec, Julien Senez montre comment le changement climatique impose de repenser les systèmes de culture. À partir des données Météo-France, il observe sur sa zone une baisse d’environ 60 mm de pluie et un gain d’1 °C, surtout au printemps, en été et au début de l’automne. Conséquence : implantation plus difficile des couverts, colzas et céréales d’automne, mais aussi opportunités accrues de production de biomasse en hiver. Il insiste sur un préalable essentiel : bien connaître ses sols (pH, matière organique, activité biologique) avant toute transition. La rotation, la production de biomasse, la gestion de la fertilité et le choix du semoir doivent ensuite être pensés ensemble. Son message central est clair : un système performant ne s’improvise pas ; il se construit à partir d’observations de terrain, de mesures et d’une adaptation continue aux conditions pédoclimatiques.

Vidéo remise en ligne avec l'aimable autorisation de Julien SENEZ

Pour plus d'informations, nous vous recommandons vivement de vous rendre sur son site web : https://www.kiwiagronomy.fr/



Évolution du climat et conséquences sur les systèmes de culture

Julien Senez explique d’abord qu’il faut partir d’un constat climatique pour comprendre où l’on va et pourquoi il devient nécessaire d’adapter les systèmes de culture.

Pour cela, il s’est appuyé sur les données météorologiques désormais accessibles via Météo-France, en comparant deux périodes :

  • une période de référence sur 30 ans, de 1965 à 1995 ;
  • les 5 dernières années, de 2016 à 2020.

Sur son secteur, à proximité de la ferme de Manger, il observe deux phénomènes majeurs :

  • une baisse de la pluviométrie annuelle ;
  • une hausse des températures.

La référence locale était d’environ 780 mm d’eau par an. En comparant les périodes, il constate une perte proche de 60 mm, soit presque 10 % de pluviométrie en moins, ainsi qu’une hausse d’environ 1 °C.

Mais, selon lui, le plus important n’est pas seulement la moyenne annuelle : c’est la répartition saisonnière.

Les pertes de pluie se concentrent presque exclusivement sur :

  • le printemps ;
  • l’été ;
  • le début de l’automne.

À l’inverse, entre la fin d’automne, l’hiver et le début du printemps, la pluviométrie reste globalement assez proche entre les deux périodes.

Le même raisonnement vaut pour la température :

  • les minimales remontent, il fait donc moins froid ;
  • les maximales augmentent, surtout en été, où il fait beaucoup plus chaud.

Pour Julien Senez, cela signifie qu’on va vers des effets de saison de plus en plus marqués :

  • des étés et débuts d’automne plus chauds et plus secs ;
  • des hivers moins froids.

Cela a des conséquences très concrètes sur la conduite des cultures :

  • implantation plus difficile des couverts ;
  • implantation plus difficile des colzas ;
  • difficulté accrue sur les premiers semis de blé ;
  • premiers semis d’escourgeon de plus en plus compliqués ;
  • chantiers d’arrachage de betteraves plus délicats en automne sec ou perturbé.

En parallèle, le fait qu’il fasse moins froid en hiver ouvre aussi des possibilités nouvelles :

  • davantage de production de biomasse en période hivernale ;
  • valorisation plus forte des couverts longs et des couverts relais.

Multiplication des aléas climatiques

Julien Senez liste ensuite les aléas observés ces dernières années, pour montrer que le problème ne se résume pas à une simple tendance moyenne, mais à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des accidents climatiques.

Il cite plusieurs exemples :

  • 2015 : mois de juin extrêmement sec ;
  • 2016 : épisodes très humides et concentrés, avec de fortes conséquences sur les cultures d’automne et les céréales ;
  • 2017 : gros orages, notamment en mai puis en juillet ;
  • 2018 : périodes extrêmement froides au printemps, pluviométrie lourde en juin, puis sécheresse automnale ;
  • 2019 : année globalement assez normale, sauf un gel printanier ;
  • 2020 : été très sec à partir d’août, puis automne compliqué avec des excès d’eau ayant perturbé les implantations.

Il souligne donc une croissance des événements climatiques extrêmes, avec une variabilité plus forte d’une année à l’autre.

Deux façons de regarder la situation

Selon Julien Senez, il y a deux façons d’aborder cette évolution :

  • voir « le verre à moitié vide » ;
  • ou chercher les opportunités dans la nouvelle donne climatique.

Le constat négatif est clair :

  • les cultures de printemps deviennent de plus en plus compliquées ;
  • elles n’ont pas le temps de bien s’enraciner ;
  • elles subissent rapidement des hausses de température et un déficit hydrique ;
  • les déchaumages d’été sont plus difficiles ;
  • on ne fait parfois même plus lever les adventices faute de pluie ;
  • les couverts d’été deviennent techniquement plus complexes ;
  • sans technicité d’implantation, les couverts restent souvent sous 2 à 3 t MS/ha.

Mais, à l’inverse, il voit aussi des points positifs :

  • les cultures d’automne, notamment les blés et escourgeons, sont souvent plus saines car il y a moins de pluviométrie et donc moins de maladies ;
  • les couverts longs répondent bien ;
  • les couverts relais sont très productifs ;
  • il observe de belles biomasses produites sur ces périodes, avec des perspectives intéressantes, notamment pour les systèmes de printemps ou pour la méthanisation.

En résumé :

  • les cultures d’été deviennent plus compliquées ;
  • les fenêtres de production de biomasse d’automne-hiver-printemps deviennent plus intéressantes.

Les grandes étapes de la transition

Julien Senez présente ensuite les grandes étapes à suivre lorsqu’on veut faire évoluer un système de culture vers davantage de conservation des sols et de production de biomasse.

Il identifie six grands leviers :

  1. Connaître l’état de ses sols

Il ne faut pas partir à l’aveugle. Il faut caractériser ses sols et comprendre leur fonctionnement.

  1. Revoir la rotation

C’est, selon lui, un point fondamental. Revoir la rotation coûte cher à l’échelle du système, mais c’est extrêmement porteur, notamment pour :

  1. Intensifier le végétal

Il s’agit d’augmenter la production de biomasse.

  1. Repenser la fertilité et la fertilisation

La gestion de la fertilité doit être abordée différemment dans ces systèmes.

  1. Aménager le territoire

Quand le socle agronomique fonctionne, on peut ensuite intégrer des aménagements pour continuer à développer la biodiversité.

  1. Adapter les pratiques phytosanitaires

Pour lui, c’est incontournable. Si les programmes phytosanitaires ne sont pas adaptés, le système ne fonctionne pas.

Il donne un exemple concret : la dégradation des pailles. Si les pratiques phyto ne sont pas adaptées, il peut se retrouver à l’automne avec des pailles qui se dégradent mal, ce qui complique fortement l’implantation des couverts et des cultures suivantes.

Il insiste donc sur le fait que, dans ces systèmes, on est de fait amené à faire évoluer les pratiques phytosanitaires, souvent à la baisse, pour permettre au système de fonctionner.

Bien connaître ses sols avant de se lancer

Pour Julien Senez, il faut être très prudent au démarrage. La réussite dépend fortement de l’état initial des sols.

Il donne plusieurs repères :

  • quand on est au-dessus de 2 % de matière organique ;
  • avec des pH compris entre 6,5 et 7,5 ;

alors, selon lui, « 80 % du travail est déjà fait » et la transition a de fortes chances de réussir.

À l’inverse, lorsque :

  • les taux de matière organique sont faibles ;
  • les sols présentent des problèmes d’acidité ;

la vie biologique est nettement plus en retrait et toute la transition devient plus compliquée. Il faut alors prévoir une période de transition pour remettre le sol en état de fonctionnement.

Il rappelle aussi que le taux de matière organique doit toujours être interprété selon le type de sol :

  • en sols légers, il faut être autour de 1,5 à 2,5 %, voire 3 % ;
  • en limons, on vise autour de 2 % ;
  • en argiles, on est plutôt autour de 3 à 4 %.

Il a construit une matrice croisant :

  • le pH ;
  • le taux de matière organique ;
  • le type de sol.

L’objectif est de positionner chaque parcelle dans cette grille pour savoir :

  • si elle est prête pour la transition ;
  • ou quelles actions correctives sont nécessaires.

Quand les pH sont trop acides, il faut traiter ce problème en parallèle du changement de système. Sinon, en réduisant le travail du sol sans corriger l’acidité, on prend de gros risques. Il observe alors :

  • des plantes qui se bloquent au printemps ;
  • des reprises de végétation difficiles ;
  • des pertes pouvant aller jusqu’à 30 à 40 % de rendement.

L’exemple des cultures industrielles

Julien Senez précise que les mêmes principes s’appliquent aux cultures industrielles, mais avec des contraintes supplémentaires.

Il souligne que, dans ces cultures, le rapport au travail du sol est souvent plus difficile à remettre en cause au démarrage.

Pour les pommes de terre, par exemple, il peut y avoir besoin de labourer. Dans ce cas :

  • on réalise le labour pour passer la culture ;
  • puis on enchaîne plusieurs années avec des couverts et peu de travail du sol pour améliorer à nouveau la structure.

Sur la betterave, il indique qu’ils ont arrêté presque totalement autour de 2012, mais qu’avant cela ils faisaient déjà des betteraves en techniques culturales simplifiées :

  • gros couverts ;
  • travail très superficiel ;
  • implantation dans une logique déjà très agronomique.

Il ajoute que le maïs est même, sur certains points, plus technique encore que la betterave, notamment en raison des exigences de température et de qualité d’implantation.

Observer le sol : profils, vers de terre et biomasse

Pour bien piloter la transition, Julien Senez insiste sur l’importance de faire des diagnostics.

Il cite en particulier :

  • les profils de sol ;
  • les comptages de vers de terre ;
  • les pesées de biomasse.

Les profils de sol

Le profil permet de voir immédiatement :

  • les habitudes passées ;
  • la présence d’une raie de labour ;
  • les traces de TCS ;
  • l’état structural ;
  • l’activité biologique.

Pour lui, c’est un outil très révélateur.

Les comptages de vers de terre

Sur la ferme, au printemps, il réalise systématiquement des comptages sur des points repérés dans chaque parcelle, souvent sur cinq points.

Cela lui permet de suivre :

  • la vie biologique ;
  • l’évolution des sols ;
  • l’effet des pratiques culturales.

Il explique que cette pratique lui a réellement ouvert les yeux sur ce qui est favorable ou défavorable à la biologie du sol.

Les pesées de biomasse

En sortie d’été ou au début de l’automne, juste avant les implantations d’automne, il réalise aussi des pesées de biomasse sur ses couverts.

L’objectif est de mesurer :

  • ce qui a été produit ;
  • si le niveau est suffisant ;
  • ce qu’il faut adapter pour produire davantage.

Pour lui, c’est un point essentiel dans la construction du système.

Construire son système de culture avant de choisir ses outils

Julien Senez met en garde contre une erreur fréquente : vouloir d’abord choisir un semoir, avant même d’avoir défini le système de culture.

Il dit recevoir beaucoup d’agriculteurs qui lui demandent :

  • s’il faut investir dans un semoir à dents ;
  • dans un semoir à disques ;
  • ou dans tel ou tel modèle.

Sa réponse est toujours la même : il faut d’abord poser la vision du système de culture. C’est seulement ensuite qu’on peut déterminer quel outil correspond réellement au besoin.

Il note que le marché du machinisme est aujourd’hui très orienté vers les semoirs à disques, alors que :

  • le semoir à dents est un excellent outil ;
  • il coûte peu en entretien ;
  • il est souvent sous-estimé.

Il donne des ordres de grandeur :

  • semoir à dents : environ 2 à 3 €/ha d’entretien ;
  • semoir à disques : plutôt 6 à 8 €/ha, voire davantage.

Comme il s’agit d’investissements importants, il faut donc raisonner le choix à partir du système et non l’inverse.

Exemple de système de culture sur la ferme

Julien Senez présente ensuite, de manière simplifiée, le système de culture mis en place sur sa ferme.

Il s’agit d’un système principalement céréalier, organisé sur plusieurs années.

La logique de base est la suivante :

  • commencer souvent par une légumineuse en tête de rotation, pour ramener de la fertilité ;
  • implanter ensuite un colza ;
  • puis un blé ;
  • puis un escourgeon ;
  • puis parfois un maïs ou d’autres cultures selon les cas.

Entre les cultures, il considère qu’il est indispensable d’avoir des couverts.

Les repousses comme couvert avant colza

Avant colza, ils utilisent souvent les repousses de pois ou de féverole. Ils réalisent alors un travail très superficiel, de 2 à 3 cm :

  • pour relancer les germinations ;
  • pour gérer un peu les repousses ;
  • tout en bénéficiant du potentiel de biomasse déjà présent.

Avec de telles repousses, on peut produire sans difficulté de bons niveaux de biomasse, sans avoir forcément besoin d’investir dans un couvert semé coûteux, surtout lorsqu’un colza arrive juste derrière.

Le colza est ensuite implanté souvent en direct dans ces repousses.

Cette implantation fonctionne bien car derrière un pois :

  • il ne reste que peu de résidus ;
  • les fanes se dégradent vite ;
  • la fertilité est déjà là ;
  • le semis direct se passe bien.

Le colza comme culture et comme couvert

Julien Senez explique qu’il implante aussi du trèfle sous couvert dans le colza.

Il insiste toutefois sur une idée importante : de plus en plus, il considère le colza comme un couvert autant que comme une culture.

La logique est la suivante :

  • si le colza réussit, il est valorisé comme culture ;
  • s’il échoue à cause de la sécheresse, l’objectif reste d’avoir mis en place un maximum de plantes et de biomasse, et de pouvoir éventuellement rebasculer vers une culture d’automne.

Cette logique permet de sécuriser le système.

Il explique aussi qu’ils investissent beaucoup plus dans :

  • les espèces associées ;
  • la fertilisation ;

que dans le désherbage, qu’ils cherchent à contenir au maximum.

Le trèfle sous colza

Le trèfle blanc est semé avec beaucoup de précision :

  • profondeur de 0,5 à 1 cm ;
  • pas plus.

Mais Julien Senez dit aussi qu’il faut beaucoup d’humilité :

  • il devient de plus en plus difficile de réussir de beaux trèfles sous colza ;
  • les conditions d’implantation se compliquent ;
  • cela représente un investissement en semences.

De plus en plus, lorsqu’il estime que le trèfle n’est pas assez bien en place après récolte du colza, il « recharge » avec de la féverole.

Concrètement :

  • il attend que le colza soit au stade 4 feuilles, ou un peu avant ;
  • il implante la féverole en direct ;
  • il passe ensuite une griffe pour gérer les repousses ;
  • cela permet de recharger le couvert avant d’implanter le blé.

Couverts multi-espèces entre blé et escourgeon

Entre le blé et l’escourgeon, il y a environ une centaine de jours disponibles. Cette fenêtre est utilisée pour implanter un couvert multi-espèces, composé de 12 à 13 espèces.

L’objectif est clairement la production de biomasse :

  • viser 4 t MS/ha ;
  • puis implanter l’escourgeon directement dans ce couvert.

Pour Julien Senez, ce type d’enchaînement fonctionne très bien.

Évolution de la rotation : rester sur céréales tant que le système tient

Julien Senez explique qu’il a fait évoluer sa manière de raisonner.

Une fois que la séquence pois-colza-blé a permis :

  • d’enclencher la fertilité ;
  • d’assainir les parcelles ;
  • de réduire les charges de désherbage ;

alors il peut rester plusieurs années en céréales :

  • blé sur blé ;
  • escourgeon sur escourgeon ;
  • ou alternance blé / escourgeon.

Tant que :

  • les parcelles restent propres ;
  • les coûts de désherbage restent faibles, autour de 60 €/ha ;

il continue ainsi.

Il précise que c’est dans ces situations que la ferme réalise ses meilleurs rendements, parce que :

  • les gros couverts multi-espèces entre céréales gomment en partie les problèmes de maladies ;
  • les cultures sont simples à conduire ;
  • les charges sont faibles ;
  • la biomasse produite est importante.

Il insiste aussi sur le décalage des dates de semis, devenu fondamental :

  • les semis sont de plus en plus tardifs ;
  • autour du 15 au 20 octobre pour les blés comme pour les escourgeons.

Selon lui, entre un blé semé le 5 octobre et un blé semé le 25 octobre, le niveau de salissement n’a rien à voir. Les semis trop précoces favorisent fortement les levées de ray-grass et de vulpin, et rendent ensuite le système ingérable.

Gestion des pailles, des limaces et fertilisation

Pour que ce système tienne, plusieurs points sont essentiels :

  • bien gérer les pailles ;
  • bien gérer les limaces ;
  • bien gérer la fertilisation.

Sur les pailles, il faut être particulièrement rigoureux, car de gros volumes mal dégradés compliquent fortement les implantations suivantes.

Sur les limaces, il explique qu’avec la forte production de biomasse, la pression peut devenir importante et qu’il faut être très vigilant sur la qualité du sillon.

Enfin, la fertilisation reste un pilier majeur du système.

Le cas du sarrasin

Julien Senez évoque ensuite le sarrasin, sur lequel sa vision a évolué.

Le sarrasin en dérobée

Après escourgeon, ils ont parfois fait du sarrasin en dérobée. Les rendements tournent alors souvent autour de 1 t/ha nette.

Si le débouché est bon, notamment avec un moulin, cela peut dégager une petite marge. Mais il met en garde :

  • il ne faut surtout pas enchaîner un blé derrière un sarrasin en dérobée ;
  • le sarrasin a un effet allélopathique qui dure plusieurs semaines ;
  • il accepte très mal les pailles sur paille ;
  • ce qu’on gagne sur la culture dérobée peut être reperdu sur la culture principale suivante.

Le sarrasin en culture principale après un couvert relais valorisé

De plus en plus, il préfère une autre stratégie :

  • faire un gros couvert relais ;
  • l’envoyer en méthanisation ;
  • puis implanter le sarrasin en culture principale.

Dans ce cas :

  • les rendements du sarrasin montent plutôt entre 1,5 et 2 t/ha ;
  • la rentabilité est meilleure ;
  • le couvert valorisé en méthanisation couvre largement les charges ;
  • la culture principale suivante est plus facile à implanter.

Il indique même que ce sont parmi les meilleures marges de la ferme.

Sa conclusion est donc claire :

  • le sarrasin en dérobée demande beaucoup d’énergie ;
  • il présente des risques sur la culture suivante ;
  • il vaut souvent mieux se concentrer sur la production de biomasse, puis faire un sarrasin en culture principale.

La logique générale : produire de la biomasse pour faire tourner le système

Tout au long de son intervention, Julien Senez revient sur une idée centrale : il faut avant tout produire de la biomasse.

Selon lui, c’est cette biomasse qui :

  • alimente la fertilité ;
  • sécurise les rotations ;
  • permet de faire tourner le système ;
  • rend possible la baisse des charges ;
  • et soutient les rendements.

Il explique que, sur sa ferme, ils ont supprimé les apports de fumure de fond. Le système tourne essentiellement avec :

En revanche, chaque hectare doit produire au minimum :

  • 4 t MS/ha de couvert ;
  • auxquelles s’ajoutent les résidus de culture.

Quand ce niveau est atteint, il considère que le « volant de fertilité » est suffisant pour nourrir les cultures suivantes.

Le choix des semoirs dans le système

Julien Senez distingue clairement les usages du semoir à dents et du semoir à disques.

Usages du semoir à dents

Le semoir à dents est utilisé de préférence :

  • dans les pailles ;
  • pour implanter les couverts multi-espèces ;
  • pour semer l’escourgeon dans les couverts ;
  • pour certaines situations où les résidus sont encore abondants.

Il le juge particulièrement intéressant car :

  • il est robuste ;
  • il coûte peu en entretien ;
  • il fonctionne bien dans les contextes chargés en résidus.

Usages du semoir à disques

Le semoir à disques va très bien pour :

  • les pois ;
  • le colza ;
  • le blé ;
  • les couverts lorsque les pailles sont déjà bien dégradées ;
  • le sarrasin ;
  • certaines implantations de maïs.

Dans son propre système, si l’on raisonne le nombre de semis, le semoir à disques est celui qui sert le plus souvent. Mais dans d’autres systèmes, notamment plus chargés en résidus, le semoir à dents peut devenir majoritaire.

Sa conclusion est qu’à terme, dans une ferme bien installée dans ce type de fonctionnement, l’idéal serait souvent d’avoir les deux outils.

L’importance de la rotation pour gérer le salissement

Julien Senez insiste beaucoup sur le fait qu’une rotation ne doit pas être seulement pensée en succession de cultures, mais en stratégie de lutte contre les adventices.

Dans une rotation classique enchaînant simplement :

  • protéagineux ;
  • colza ;
  • blé ;
  • escourgeon ;

on peut rester prisonnier du salissement si on ne raisonne pas bien l’ordre des cultures.

Il explique qu’en inversant certaines séquences, notamment colza et blé, et en construisant des blocs de cultures cohérents, on peut mener :

  • deux premières années de lutte forte contre les graminées ;
  • puis profiter ensuite de parcelles propres pour réduire fortement les coûts de désherbage.

C’est essentiel car :

  • les désherbages graminées en blé coûtent cher ;
  • alors que les programmes de désherbage dicotylédones sont beaucoup moins coûteux.

L’objectif est donc de faire fondre les coûts de désherbage par la rotation.

Exemple d’un autre système : le domaine de Saint-Lubin

Julien Senez présente aussi le cas du domaine de Saint-Lubin, chez Frédéric, avec une rotation sur six années.

Le schéma présenté est le suivant :

Dans ce cas, l’agriculteur fait le choix de rester dans une logique plus « en un sur un », mais en diversifiant davantage les cultures. Cela lui permet :

  • de mieux organiser son travail ;
  • de casser les cycles des mauvaises herbes ;
  • de ramener plus de fertilité dans le système.

Julien Senez oppose ainsi deux grands profils :

  • les fermes en terres moyennes, qui cherchent souvent la simplicité et des systèmes peu chargés ;
  • les fermes à plus forte valeur ajoutée, avec lin, betteraves, pommes de terre, etc., où la rotation est plus sophistiquée.

Dans tous les cas, il insiste : tout doit être réfléchi à l’avance :

  • la rotation ;
  • les couverts ;
  • la fertilisation ;
  • le semoir utilisé ;
  • les enchaînements.

Piloter ensuite selon le salissement et la biomasse

Même si le système doit être écrit au départ, Julien Senez explique que, dans la pratique, il pilote de plus en plus en fonction :

  • du salissement ;
  • du niveau de biomasse produit.

Sur sa ferme, il raisonne à partir d’un noyau de cultures principales :

  • blé ;
  • escourgeon ;
  • maïs ;
  • pois, féverole ou colza sur des surfaces plus réduites.

Ensuite :

  • en juin, il observe le salissement des parcelles ;
  • cela l’aide à choisir où implanter les cultures d’automne ;
  • en septembre, il mesure la biomasse des couverts.

Si un couvert n’a produit que 2 à 2,5 t MS/ha, il considère qu’il n’a pas le niveau de fertilité requis pour enchaîner directement une culture d’automne. Dans ce cas, il préfère remettre un couvert relais pour aller chercher encore 2 t de biomasse supplémentaires.

À l’inverse, quand le couvert atteint 4 à 4,5 t MS/ha, il sait qu’il peut « envoyer » et implanter la culture suivante dans de bonnes conditions.

Trafic, compaction et récolte

Julien Senez rappelle que ces systèmes demandent une attention très forte au trafic.

Même dans des sols plus résilients, on peut faire du dégât. Les moments les plus sensibles sont :

  • la moisson ;
  • les implantations d’automne ;
  • les arrachages de betteraves ;
  • les récoltes de maïs ;
  • les récoltes de pommes de terre.

Sur la ferme, ils appliquent plusieurs règles :

  • première benne mise en marche ;
  • deuxième benne vidée autant que possible en bout de champ ;
  • trafic en pneu de fort volume ;
  • attention particulière aux charges à l’essieu.

Il insiste aussi sur le réglage de la moissonneuse-batteuse, qui doit être irréprochable, notamment pour la répartition des menues pailles.

Menues pailles, dégradation et implantation

Selon lui, beaucoup d’échecs d’implantation viennent d’une mauvaise répartition des menues pailles.

En travail du sol classique, on s’en rend moins compte car tout est mélangé au sol. En semis direct, si les menues pailles sont mal réparties :

  • elles créent des zones chargées ;
  • elles immobilisent beaucoup d’azote car elles sont très carbonées ;
  • elles provoquent des retards de levée et de croissance.

Le résultat est visible dans les couverts ou cultures suivantes, avec des bandes ou des zones où tout végète.

C’est pourquoi il insiste sur :

  • un bon réglage de la moissonneuse ;
  • une bonne répartition des pailles ;
  • et, selon les situations, un passage d’outil adapté derrière.

Le passage de herse sur paille et la gestion des résidus

Julien Senez explique qu’ils passent un outil sur paille après moisson pour :

  • mieux répartir les résidus ;
  • casser certains paquets ;
  • faciliter l’implantation.

Ce passage doit être réalisé rapidement, dans de bonnes conditions, souvent dans la journée de moisson tant que les pailles sont encore favorables à ce travail.

Il souligne que cela simplifie ensuite fortement le semis au semoir à dents.

Lutte contre les limaces : faucher pour favoriser les prédateurs

Un point original de son intervention concerne la gestion des limaces.

Julien Senez explique qu’ils se dirigent de plus en plus vers une stratégie consistant à faucher après semis dans certaines parcelles.

L’idée est de :

  • réduire la hauteur et la densité de végétation ;
  • permettre aux rapaces, renards et autres prédateurs de mieux chasser ;
  • diminuer la pression de limaces.

Il décrit très concrètement le phénomène :

  • quand les couverts ou repousses font 10 à 15 cm, les limaces disposent d’un abri ;
  • les rapaces y chassent moins efficacement ;
  • en fauchant, on remet le milieu « à nu » ;
  • les prédateurs reviennent davantage ;
  • la pression de limaces diminue.

Il dit avoir observé cela sur des fermes visitées et commence à l’intégrer dans son propre raisonnement.

Réduction du travail du sol estival

Julien Senez explique aussi que, par le passé, ils faisaient encore un peu de travail du sol l’été pour implanter les couverts.

Mais il est devenu très critique sur cette pratique dans les étés secs :

  • les sols sont durs comme du béton ;
  • les outils sont très agressifs ;
  • le risque de lissage est très fort ;
  • on crée parfois des dégâts structuraux importants.

Il considère même qu’un mauvais travail estival en conditions très sèches peut être pire qu’un mauvais travail d’automne.

Le passage à davantage de semis direct leur a permis :

  • de réduire cette fatigue de chantier ;
  • d’éviter des travaux de sol très pénibles ;
  • de partir plus sereinement en été ;
  • tout en augmentant les tonnages de biomasse produits.

Matière organique, pH et évolution du sol

Sur la question du pH, Julien Senez rapporte avoir observé des évolutions intéressantes avec :

  • les couverts ;
  • la réduction du travail du sol.

Lors d’analyses de printemps, ils ont vu :

  • des pH très acides remonter d’environ 0,5 point ;
  • des pH très élevés, autour de 8, redescendre aussi d’environ 0,5 point.

Il y voit une tendance au rééquilibrage.

Il précise toutefois que, dans certaines parcelles, des chaulages restent nécessaires, surtout lorsque les cultures d’automne bloquent à la reprise de végétation. Dans ces situations, ils ont même observé qu’un passage de semoir à vide pouvait relancer localement la culture :

  • en cassant la croûte liée à l’acidité ;
  • en recréant un peu de minéralisation ;
  • et en permettant à la culture de repartir.

La fertilisation des couverts

Julien Senez n’est pas un partisan absolu du « tout sans fertilisation minérale ». Pour lui, si l’on veut produire de la biomasse, il faut alimenter le système.

Il donne un repère important :

  • il faut environ 10 unités d’azote par tonne de paille présente devant le couvert ;
  • et environ 30 unités d’azote par tonne de matière sèche de couvert produite.

Ainsi, avec :

  • 4 tonnes de paille ;
  • et un objectif de 1 tonne de MS de couvert supplémentaire ;

on arrive rapidement à des besoins élevés.

En semis direct pur, ces besoins augmentent encore, car les pailles restent en surface et leur dilution dans le sol est plus faible qu’en TCS.

Il explique qu’ils ont donc augmenté leurs doses d’azote sur couverts. Pour autant, cela ne demande pas forcément beaucoup d’eau :

  • 7 à 8 mm suffisent pour faire fonctionner la fertilisation au démarrage ;
  • environ 60 mm peuvent suffire pour produire correctement un couvert d’été.

L’essentiel est :

  • d’avoir l’azote disponible ;
  • de l’apporter au bon moment ;
  • en lien avec la pluie attendue ;
  • et de raisonner la dose en fonction des reliquats de la culture précédente.

Hausse de la matière organique et besoin accru en azote

En fin d’intervention, Julien Senez confirme que, lorsque le taux de matière organique augmente, les besoins du système en azote évoluent aussi.

Il constate que, plus la matière organique monte, plus il faut être capable d’alimenter correctement le système pour maintenir la dynamique de production de biomasse.

Pour lui, tout se tient :

  • climat ;
  • rotation ;
  • couvert ;
  • fertilisation ;
  • biologie ;
  • matériel ;
  • gestion des résidus ;
  • gestion du salissement.

L’idée centrale de cette première partie est donc claire : créer son système de culture, c’est d’abord construire un système cohérent de production de biomasse, adapté au climat, au sol et aux objectifs de la ferme.