20 ans de non-labour en polyculture élevage bio, par Patrice Lefeuvre

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Dans cette intervention, Patrice Lefeuvre, agriculteur bio en polyculture-élevage en Mayenne, revient sur 20 ans de non-labour au sein de son exploitation. Installé depuis 1994 et converti en bio en 1997, il conduit aujourd’hui 108 hectares, majoritairement en prairies, avec un troupeau de vaches laitières et quelques cultures diversifiées. Son système repose sur de longues prairies temporaires, des cultures de printemps et d’hiver, ainsi qu’un travail du sol très superficiel, point clé de sa stratégie. Il explique ses essais, ses adaptations d’outils, ses réussites comme ses limites : gestion des adventices, implantation du trèfle blanc, féverole, maïs, couverts, ou encore dégâts de hannetons. Son retour d’expérience montre qu’en élevage bio, le non-labour peut fonctionner durablement, avec une amélioration de la matière organique, une bonne infiltration de l’eau et des performances économiques suffisantes, à condition d’observer finement les sols et d’ajuster les pratiques.

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Résumé
Dans cette intervention, Patrice Lefeuvre, agriculteur bio en polyculture-élevage en Mayenne, revient sur 20 ans de non-labour au sein de son exploitation. Installé depuis 1994 et converti en bio en 1997, il conduit aujourd’hui 108 hectares, majoritairement en prairies, avec un troupeau de vaches laitières et quelques cultures diversifiées. Son système repose sur de longues prairies temporaires, des cultures de printemps et d’hiver, ainsi qu’un travail du sol très superficiel, point clé de sa stratégie. Il explique ses essais, ses adaptations d’outils, ses réussites comme ses limites : gestion des adventices, implantation du trèfle blanc, féverole, maïs, couverts, ou encore dégâts de hannetons. Son retour d’expérience montre qu’en élevage bio, le non-labour peut fonctionner durablement, avec une amélioration de la matière organique, une bonne infiltration de l’eau et des performances économiques suffisantes, à condition d’observer finement les sols et d’ajuster les pratiques.

A l’occasion des Rencontres Nationales « Agronomie et Agriculture de Conservation en Bio 2022 »,

Patrice Lefeuvre, agriculteur dans l'Aisne, présente son système. 55 Vaches laitières, sols limons sableux séchants (700mm), rotation avec 70% prairie et démarche diminution labour depuis 2000 pour des rendements blé 25-50qtx ; maïs 50-85qtx. Rumex et chardon presque supprimé mais d’avantage de pissenlit, moins de souci d’adventices, à conditions de toujours travailler à moins de 3-4cm.


Les Rencontres Nationales de l'ABC à Laval (53) ont eu lieu les 15 et 16 février 2022, organisé par le Civam Bio 53 (les agriculteurs bio de la Mayenne), avec l'aide de : Ecophyto, OFB, Région Pays de la Loire, Agence de l'eau Loire-Bretagne, CAP sans glypho

Présentation de Patrice Lefeuvre et de la ferme

Contrairement à ce qui était affiché, l’intervenant précise qu’il ne s’appelle pas « Fabrice », mais Patrice Lefeuvre. Il est agriculteur à Saint-Thomas-de-Courceriers, en Mayenne.

Il explique avoir quelques complexes à s’exprimer devant un public composé de praticiens de longue date et de cultivateurs aguerris. Il se présente plutôt comme un éleveur « qui met un petit peu à la culture ».

Patrice Lefeuvre s’est installé en 1994, puis a été rejoint par sa femme en 1996. L’exploitation s’est convertie à l’agriculture biologique en 1997. Depuis, ils ont constitué un GAEC, passé successivement de trois à quatre, puis à trois associés.

L’exploitation a démarré avec 60 hectares et en compte aujourd’hui 108. Elle comprend :

  • un élevage de vaches laitières ;
  • quelques cultures de grandes cultures classiques ;
  • des plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

Une associée et une salariée sont spécialisées sur la partie plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

La ferme se situe dans le nord-est du département de la Mayenne, sur des sols à dominante d’arène granitique sablo-limoneuse, plutôt exposés sud, avec environ 700 mm de pluie.

Une ferme d’élevage avec une forte part d’herbe

Patrice Lefeuvre rappelle que l’exploitation est d’abord une ferme d’élevage. Les vaches laitières pâturent des prairies qui occupent environ 70 % de la SAU.

Parmi ces prairies :

  • une douzaine d’hectares sont en prairie permanente ;
  • le reste correspond à des prairies temporaires de longue durée.

Le système a fortement évolué au fil du temps. En 2001, un séchoir à foin a été installé. Depuis, l’exploitation produit davantage d’herbe et de foin, et moins de maïs qu’auparavant. Patrice Lefeuvre indique qu’en vingt ans, la ferme a gagné un point de matière organique, en combinant :

  • plus d’herbe ;
  • plus de prairies longues durées ;
  • la suppression du labour.

Les débuts de la réflexion sur le non-labour

Les questions sur le sol, le labour et le travail du sol se posent dès la conversion en bio, puis de manière plus intensive à partir de 2000.

Au départ, Patrice Lefeuvre « bricole » avec les outils disponibles, fait des essais, « bidouille », et avance empiriquement. Il explique ensuite avoir eu l’opportunité de rencontrer M. Banski (nom difficile à restituer dans la transcription), qui lui a donné un autre cap.

Il insiste sur le fait que sa démarche s’est construite progressivement, à partir d’observations et d’essais sur la ferme.

La rotation mise en place

La rotation décrite repose sur des prairies de 4 à 5 ans, parfois plus, suivies par une succession de cultures annuelles.

Le schéma général est le suivant :

  • prairie multi-espèces de 4 à 5 ans ;
  • culture de blé ;
  • sous-semis de trèfle blanc dans le blé, soit au semis si la météo le permet, soit en sursemis à la herse étrille au printemps ;
  • culture de printemps : maïs, coriandre, bleuet, selon les cas ;
  • féverole associée à du triticale ;
  • engrais vert après la moisson de la féverole ;
  • orge de printemps sous-semé avec prairie ;
  • retour à 4 ou 5 années de prairie.

L’ensemble est très lié aux besoins de l’élevage et à la gestion des prairies dans le temps.

Le matériel et la fabrication d’un scalpeur lourd

Patrice Lefeuvre explique avoir longtemps travaillé avec le matériel disponible à la CUMA et dans les hangars de la ferme.

En 2003, il fabrique un scalpeur lourd, parce qu’il lui manquait un outil capable de travailler correctement. Il explique qu’il « ratait assez facilement » avec les outils disponibles jusque-là.

Cet outil est conçu pour :

  • scalper parfaitement à plat ;
  • maîtriser précisément la profondeur ;
  • travailler très superficiellement.

Il insiste beaucoup sur le réglage de la profondeur. Selon lui, sur cet outil, le réglage se fait sur le béton : les roues sont posées sur le béton, et la profondeur de travail correspond à l’écrasement des pneus.

Cette remarque l’amène à souligner un point qui lui paraît essentiel : la profondeur de scalpage mérite qu’on en parle. Son expérience l’a conduit à considérer que quelques millimètres ou un centimètre de plus peuvent suffire à dégrader nettement le résultat.

Destruction des prairies : de la stratégie estivale à une destruction plus précoce

Au départ, les prairies multi-espèces étaient détruites en juillet-août, période jugée la plus facile pour détruire une prairie.

Mais cette stratégie exposait fortement le sol :

  • terre travaillée laissée à nu ;
  • sol battu par les rayons du soleil de l’été ;
  • dessèchement important.

En août ou en septembre, la terre « cramait ». Lorsqu’un petit orage survenait, cela entraînait une levée d’espèces prairiales, puis des faux-semis réguliers. À force de secouer la terre, il arrivait à obtenir deux centimètres de terre pulvérulente au moment du semis du blé, avec une parcelle totalement propre.

Du point de vue de la propreté de la parcelle, cela fonctionnait très bien. Mais cela lui a posé un cas de conscience : est-ce vraiment mieux que le labour d’exposer ainsi le sol au soleil d’été ?

Depuis, la stratégie a été revue. La destruction est faite plus tôt, afin de semer derrière un couvert ou une culture utilisable par les animaux.

L’implantation d’un couvert après la prairie

Après destruction de la prairie, Patrice Lefeuvre implante désormais plutôt un mélange du type :

Ce couvert peut être utilisé par les animaux. Il indique avoir réussi une année à implanter ce type de mélange vers la dizaine de juin, mais que l’année suivante le sec a compromis la réussite.

Aujourd’hui, la stratégie tend à avancer encore les interventions, vers le 15-20 mai, dès que la première coupe de foin est sortie.

Il précise qu’il n’utilise pas la fertilité de la prairie la veille de sa destruction : sans un petit coup de lisier, le sorgho a du mal à s’exprimer.

Le couvert à base de sorgho peut être :

  • pâturé ;
  • récolté en vert ;
  • ou broyé selon les besoins.

En 2021, par exemple, les vaches avaient de la prairie à pâturer, donc ce couvert n’était pas nécessaire en alimentation. Il a donc été broyé, puis incorporé superficiellement sur 2 cm à la fraise, sauf dans certaines parcelles travaillées avec un déchaumeur à disques indépendants.

L’importance décisive de la profondeur de travail

Patrice Lefeuvre revient longuement sur ce point.

Avec un déchaumeur à disques indépendants, le travail se fait de manière irrégulière :

  • certaines zones sont très superficielles, voire non touchées ;
  • d’autres zones vont à 4 ou 5 cm.

Selon lui, cette hétérogénéité favorise certaines adventices comme :

  • le mouron ;
  • la véronique ;
  • et d’autres espèces qu’il voyait beaucoup moins auparavant.

Il explique que dans ce type de stratégie, il suffit d’augmenter la profondeur de travail de quelques millimètres ou d’un centimètre pour que le résultat se dégrade rapidement.

Cette conviction revient plusieurs fois dans son intervention : il faut rester très, très superficiel.

Le sous-semis de trèfle blanc dans le blé

Lorsque le blé est semé vers le 10-15 octobre, il sème en même temps le trèfle blanc, ou la prairie pour les parcelles proches de la stabulation.

Si la date de semis du blé est plus tardive, il hésite à sous-semer directement. Il prend l’exemple de l’année précédente : en arrivant vers le 25 octobre, il n’a pas osé semer le trèfle, de peur de le faire pour rien.

Dans ce cas, la stratégie consiste à :

  • passer un coup de herse étrille dès que possible ;
  • attendre une semaine à dix jours ;
  • semer le trèfle blanc au deuxième passage de herse étrille.

Selon lui, cela fonctionne bien. La différence est que, dans ce cas, il faut encore repasser à la herse étrille, alors qu’autrement le travail est terminé au moment du semis du blé.

Après la moisson, le trèfle se développe fortement. Il peut produire jusqu’à 2,5 tonnes de matière sèche. Ce trèfle peut être :

  • récolté en vert si les vaches en ont besoin ;
  • ou laissé en place.

Quand le froid arrive, le volume de trèfle s’affaisse. Il reste ensuite bas, autour de quelques centimètres, puis recommence à redémarrer au printemps. À ce moment-là, lorsqu’il commence à refaire des feuilles, il est détruit pour laisser un peu de temps avant la culture de printemps et pour permettre un faux-semis.

La culture de printemps après le trèfle

La culture de printemps qui suit peut être :

  • un maïs ;
  • une coriandre ;
  • ou d’autres cultures selon les parcelles et les besoins.

Concernant le maïs, Patrice Lefeuvre rappelle avoir réalisé un premier essai de semis sans labour en 2003, année de sécheresse. Il se souvient que, cette année-là, le maïs était plus beau chez lui que chez les voisins conventionnels.

Il raconte aussi avoir commencé à faire de la « mobi-semis » (terme difficile à restituer, probablement un système de semis ou de localisation), mais que les éléments étaient fixés par des boulons de sécurité. Ayant manqué de boulons, le champ s’est terminé sans ce dispositif, et le résultat était meilleur. Ce souvenir illustre bien sa démarche d’essai-erreur.

La féverole et le triticale

Après la culture de printemps, il implante une féverole.

Jusqu’à présent, la stratégie consistait à :

  • semer la féverole à 8 cm de profondeur ;
  • faire un deuxième passage à 2 cm pour le triticale.

Mais cette méthode fait ressortir des adventices anciennes, qu’il compare à des « Atlantis » oubliées puis ressorties : autrement dit, en travaillant plus profond, on réactive des flores adventices enfouies.

Désormais, l’objectif est donc de semer la féverole et le triticale simultanément.

Il envisage que si la féverole gèle, il pourra toujours réaliser un sursemis au printemps. Mais il note qu’en pratique, cela fait sans doute une dizaine d’années qu’elle n’aurait pas gelé.

L’engrais vert après la féverole

Après la récolte de la féverole, un engrais vert est implanté, composé notamment de :

Ce couvert peut aussi être pâturé par les génisses en fin d’automne.

Ensuite, est implantée une orge de printemps avec prairie sous couvert. Il utilise pour cela un même outil équipé de deux caisses de semis.

Vingt ans sans labour : bilan économique et technique

Patrice Lefeuvre résume en disant que cela fait grosso modo vingt ans que la ferme n’a pas labouré.

Tout n’a pas toujours marché. Il dit avoir beaucoup « bricolé », avoir essayé des choses, certaines ayant fonctionné, d’autres moins bien. Mais le système tient dans la durée.

Il souligne que l’exploitation atteint des performances globales permettant de rémunérer le travail :

  • 108 hectares ;
  • 4,5 équivalents temps plein ;
  • plus des saisonniers.

Rendements observés

Les rendements sont variables.

En évoquant les discussions précédentes sur la génétique, Patrice Lefeuvre se souvient d’anciennes variétés de blé, qu’il nomme « Capo » et « Achat ». Avec ces blés-là, ils arrivaient à approcher les 60 quintaux par hectare.

Avec des blés plus modernes, plus classiques, les rendements sont plutôt autour de 30 quintaux. Il en conclut que la question génétique mérite certainement d’être étudiée.

Adventices : disparition de certaines espèces, apparition d’autres

Sur les adventices, il indique avoir eu autrefois des soucis de :

Ces problèmes ont aujourd’hui carrément disparu. Ils ne passent plus plusieurs jours par an à ramasser les rumex, sans qu’il sache expliquer exactement pourquoi.

En revanche, il observe davantage :

  • de pissenlit ;
  • et, selon les situations, certaines flores favorisées par des profondeurs de travail trop importantes.

Il pense que la « mobi-semis » ou le semis direct dans certains cas pourrait peut-être avoir un intérêt sur ce point.

L’exemple du pissenlit et les limites du travail profond

Patrice Lefeuvre raconte une expérience marquante sur le pissenlit.

En bricolant des outils travaillant à 10 cm, notamment pour couper le pissenlit, il avait observé que les derniers bourgeons de pissenlit se trouvaient à peu près à 12 cm de profondeur.

Il s’est alors dit qu’en été, il pourrait couper à 12 cm, remonter le pissenlit et le faire sécher au soleil. Effectivement, le pissenlit a été détruit.

Mais les conséquences sur le sol ont été très mauvaises :

  • création de 12 cm de « farine » ;
  • formation d’une semelle ;
  • culture suivante catastrophique ;
  • prairie qui n’a tenu que trois ans, faute d’enracinement suffisant.

Cette expérience renforce sa conclusion : en non-labour bio, l’enjeu principal est de rester dans un travail extrêmement superficiel.

Infiltration de l’eau et rôle de la vie du sol

En réaction à une autre intervention entendue dans la journée, Patrice Lefeuvre évoque une parcelle en pente de 12 à 15 %, semée en blé après passage du scalpeur.

Le jour où son voisin labourait avec un gros tracteur, sa charrue, un autre tracteur, son rouleau, sa herse et son semoir, lui a pu observer les effets des pluies par la suite.

Un mois plus tard, dans le fond du chemin du voisin, il y avait une mare de boue. De son côté, il se dit à peu près certain de ne pas avoir vu sortir de ses champs une goutte d’eau.

Il relie cela à l’activité biologique du sol. Un stagiaire avait compté les trous de vers de terre : il y en avait plus de 700 au mètre carré. Pour lui, si on raisonne en additionnant ces galeries, cela représente une énorme capacité d’évacuation de l’eau.

Questions encore ouvertes sur l’azote

Malgré les résultats obtenus, Patrice Lefeuvre souligne qu’il reste des questions.

Quand il voit un blé à 30 quintaux au printemps, il peut en être satisfait. Mais plus tard, il se dit qu’il a peut-être perdu de l’étal, ou de l’azote, ou qu’il n’arrive pas à mobiliser certains éléments.

La dynamique de l’azote dans ce système fait donc partie des interrogations toujours en cours.

Les dégâts de hannetons dans les prairies

Autre difficulté importante : les hannetons.

En 2019-2020, l’exploitation a perdu une vingtaine d’hectares de prairies détruites par les hannetons. Patrice Lefeuvre se demande si le travail superficiel répété ne les épargne pas, au fond, en n’allant pas perturber suffisamment le sol.

Il constate en tout cas que les prairies situées à plus de 10 ou 15 mètres des haies ont été « bouffées ». Il présente cela comme une vraie question, sans certitude sur le lien exact avec le travail du sol.

Échanges sur les hannetons

Une intervention dans la salle apporte un témoignage venant du sud-Manche, autour de Sourdeval, secteur très impacté par les dégâts de hannetons sur prairies depuis plusieurs années.

Dans ces systèmes très orientés herbe, il est expliqué qu’il est très difficile de régénérer les prairies. Parmi les quelques résultats un peu positifs observés, l’usage de méteils avec colza ou colza fourrager permettrait de sécuriser un peu les situations.

Patrice Lefeuvre répond qu’au moment où les larves arrivent à 2-3 cm, leur stratégie a été de passer un outil très lentement, puis de semer derrière sorgho, colza, tournesol, trèfle d’Alexandrie, avant de ressemer ensuite un méteil-préirie à l’automne.

Il ajoute une observation intéressante : en 2021, alors qu’ils avaient eu par le passé de gros dégâts de corbeaux sur maïs, les corbeaux sont revenus, mais cette fois pour manger les hannetons. Ils vont donc « changer un petit peu de façon de les ressentir ». Il précise que les oiseaux vont chercher les larves jusqu’à 5 cm de profondeur.

Gestion du trèfle blanc : échange avec la salle

À une question sur la destruction du trèfle blanc, Patrice Lefeuvre répond que la stratégie consiste à :

  • passer un coup de fraise ;
  • puis refaire des passages avec un vibro équipé de socs de bineuse.

Ces passages permettent à la fois :

  • de secouer le trèfle ;
  • de détruire les plantules qui commencent à se développer.

Il précise également qu’ils se sont équipés récemment à la CUMA d’une rotobineuse pour le désherbage du maïs, et qu’elle est devenue indispensable.

Avant cela, ils faisaient un passage de herse étrille en aveugle avant la levée, mais ensuite ils ne pouvaient plus repasser la herse étrille sans recouvrir le maïs. Ils étaient obligés de passer la bineuse au plus près du rang. La rotobineuse, disponible depuis deux ou trois ans, est donc jugée très précieuse.

Question sur le semis du maïs dans le trèfle blanc

Une autre question porte sur la possibilité de semer le maïs directement après le blé, dans le trèfle blanc cassé au mois de mars.

Patrice Lefeuvre semble ne pas avoir pratiqué cette stratégie. Une réponse apportée par une autre personne mentionne l’exemple d’un agriculteur des Hauts-de-France ayant essayé ce type de pratique.

Dans ce cas, le trèfle blanc a fini par reprendre le dessus, même en période sèche, et a tout recouvert, entraînant la perte de la culture. Il est précisé que cela dépend probablement des années, mais que le risque existe.

Conclusion

L’intervention de Patrice Lefeuvre montre un système de polyculture-élevage biologique construit sur une vingtaine d’années d’expérimentations autour du non-labour.

Les points saillants de son expérience sont :

  • une forte place donnée aux prairies longues et à l’élevage ;
  • une réflexion continue sur le travail du sol depuis la conversion en bio ;
  • l’importance fondamentale d’un travail très superficiel ;
  • l’usage du trèfle blanc, des couverts et des prairies dans la rotation ;
  • des résultats économiques suffisants pour faire vivre plusieurs personnes ;
  • des questions encore ouvertes sur l’azote, certaines adventices et les hannetons.

L’ensemble de son témoignage insiste sur une idée forte : le non-labour en bio ne repose pas sur une recette simple, mais sur un long processus d’observation, d’ajustements techniques et de cohérence globale entre cultures, prairies et élevage.