Mise en place de cultures sous prairies

De Triple Performance
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Culture de blé sous couvert de luzerne.


Mélanie Petit a mis en place un système de culture sous prairie afin d'augmenter la fertilité de ses sols, de trouver des synergies entre le couvert et la culture et de trouver une solution à la problématique ray-grass qu'elle rencontre sur ses parcelles.

Par "prairie", il faut entendre "couvert permanent ET pérenne", ce qui est bien différent d'une couverture permanente avec des cultures de quelques mois d'un point de vue des sols. La notion de pérennité est essentielle pour une bonne exploration de tout le profil de sol et la gestion des graminées pérennes.


Contexte de l'exploitation

  • Nom : Mélanie Petit.
  • Localisation : Bagneaux, Yonne (89). Champagne Sénonaise, plaines de grandes cultures industrielles.
  • Nom de l’exploitation : Ferme Vivante 89.10.
  • Productions : Céréales (blé, avoine blanche, petit et grand épeautre), sarrasin, lentilles, sainfoin porte-graines.
  • Cheptel : 50 brebis Manech à Tête Noire.
  • SAU : 325 ha, dont 67 % comportant des légumineuses pérennes à une couverture de 50 à 100 %.
  • UTH : 2 (Mélanie et son mari Jean-François).
  • Sol : Sous-sol crayeux plus ou moins loin. La tendance pédologique principale est constituée de sols bruns peu lessivés « argilo-calcaires » parfois à silex, avec des zones plus calcaires de type calcosols, et 2 parcelles avec des sols alluvionnaires profonds en bord de Vanne.
  • Modes de commercialisation : Circuit long principalement, développement du circuit court (farines, lentilles, agneaux) :
    • Céréales : Transformation en farines : Sachets et vente directe à des crêperies pour la farine de sarrasin.
    • Lentilles et petit épeautre : Sachets.
    • Agneaux : Caissettes.

Le direct part surtout en "Drive fermier" (commande en ligne avec points de récupération des paniers), mais constitue une petite part de la production qui part principalement en circuit long (coopérative).


Historique de l’exploitation

Semoir à disques ouvreurs.
  • 2008 : Reprise d’une exploitation de 150ha, agrandissement en 2011 puis 2017. Initialement l’agronomie était celle de l’agriculture de conservation des sols avec couverts annuels.
  • 2015 : Passage aux normes AB et premières cultures sous couverts permanents en 2018.
  • 2018 : Test du semis direct sous couvert de trèfle blanc avec les premiers itinéraires techniques de semis sous couverts permanents qui incluaient un scalpage pré-semis.
  • 2022 : Semis direct dans des couverts plus importants de type luzerne avec l’acquisition d’un sur-semoir de prairie T-SEM de SIMTECH, semoir à socs en T inversés avec disques ouvreurs (montage par un entreprise dans l'Aube). En parallèle, la ferme transitionne de prairies de trèfles blancs à la luzerne, et teste cette année (2023) des prairies multi-espèces luzerne-trèfle-sainfoin-lotier.


Actualités de la ferme : Une journée technique avec tour de plaine a été organisée sur la ferme, animée par Agrof’Ile et financée par Eaux de Paris. Elle a fait venir 30 participants, signe de l’intérêt pour l’agronomie de cette agriculture sous prairies.


Motivation et objectifs

Avec l’arrivée des enfants, le couple d’exploitants ne voulait plus consommer ce qui était produit sur la ferme, c'est pourquoi ils ont souhaité se convertir à l'Agriculture Biologique en 2015. Déjà en agriculture de conservation des sols, des pratiques de semis direct sous couverts permanents ont été initiées en 2018 notamment pour gérer la forte pression en ray-grass.

Les objectifs sont :

  • Augmenter la fertilité des sols.
  • Trouver des synergies entre plantes pérennes et cultures annuelles.
  • Gestion des graminées pérennes "adventices".


Étapes de mise en place

  • En 2018 ils ont débuté les semis de céréales d’hiver sous couverts de trèfle blanc, avec des implantations de trèfle blanc sous couvert de tournesol. Conscients de la compétition racinaire existante entre le trèfle et les céréales, ils testent actuellement des prairies de luzerne ainsi que des prairies diversifiées luzerne-trèfle-sainfoin-lotier.


  • Cela à été fait beaucoup à l'intuition, et l'itinéraire technique n'est pas du tout calé. Les semis sont faits à la volée ou au semoir de précision, avec en général un roulage. Les implantations printanières sous couvert de céréales n'ont pas bien fonctionnées. En post moisson cela dépend de l'humidité de l'année, et cela semble mieux fonctionner sous couvert estival de sarrasin (à confirmer).


  • Les semis sont faits généralement à demi-dose, pas forcément tout d'un coup pour les mélanges mais avec ajout de l'un ou l'autre selon ce que l'on veut compléter. A 1/4 de dose, il faut travailler le sol en surface pour limiter les levées de graminées pérennes (type faux semis), mais le résultat est que les cultures sont plus sales qu'à pleine dose. En plein (test de cette année(2023)), le résultat est zéro ray-grass mais le poids de la luzerne à tout fait verser lors d'un orage. Donc la demi-dose semble être un compromis acceptable, mais à voir sur le long terme si cela se salit ou non. Le trèfle blanc nain en plein, pose aussi des problèmes, car il assèche fortement la couche arable. D'où l'évolution vers des prairies mixtes pour essayer de combiner les avantages des uns et des autres tout en limitant les compétitions. Mais attention, tout ceci ne sont que des observations / intuitions et n'a que peu de valeur de vérité. Globalement :
    • Trèfle blanc seul en plein : 10kgs/ha.
    • Luzerne seule à demi-dose : 12kgs/ha.
    • Mélange trèfle blanc-luzerne-sainfoin-lotier : 3-6-20-5 kgs/ha (~1/4 de dose pour tout le monde). La variabilité de levée selon le sol est importante avec bien plus de sainfoin par endroit et de luzerne à d'autres. A voir dans le temps...


  • Globalement les semis sont faits le plus tôt possible (début Octobre) après une gelée. L'année dernière (en 2022), les premières gelées sont arrivées bien plus tard. Le semis a donc eu lieu après broyage pour les prairies les plus hautes, en direct dans le vert pour les trèfles blancs.


  • Les premiers contrats de sainfoin porte-graine leur ont permis de se faire la main sur la maîtrise des prairies temporaires.


  • Les opérations principales sont faites par les exploitants.


Difficultés rencontrées

Ecimage de la prairie.
  • L’implantation de prairies homogènes est un problème important qui n'est pas encore tout à fait résolu, mais cela semble s'améliorer avec les années et les sur-semis de légumineuses.
  • Le choix d’un semoir approprié au semis sous prairie dans leur contexte.
  • La moisson est parfois compliquée avec pas mal de végétation verte, une solution serait peut-être le fauchage-andainage pour faciliter le battage et le triage des céréales en faisant sécher le vert avant battage, mais aussi pour limiter le séchage des grains et de réduire la consommation énergétique liée au battage. Un autre gros avantage du fauchage-andainage serait de faciliter la récolte des contrats de semences en sainfoin et en luzerne. Le principal inconvénient sera le risque météo, qui sera quand même limité en été par rapport à une coupe de foin au printemps.
  • Avec des prairies à pleine densité, l’écimeuse bourre assez souvent.
  • Sur prairies non scalpée, les rongeurs posent quelques problèmes.


Opportunités rencontrées

  • Rapprochement avec un ancien chercheur dans le but d’implémenter des processus de recherche à la ferme, afin de mieux comprendre l’impact des pratiques mises en place sur les sols.
  • Finalisation d’une certification carbone avec Régénération, qui leur offrira un budget afin de travailler sur l’amélioration des sols.
  • Travailler la valorisation des produits avec de la transformation et de la vente directe.


Bilan

Les premiers essais étaient encourageants car la prairie légumineuse limitait très visiblement le ray-grass. Mais l'implantation de prairies homogènes leur a pris plusieurs années.


A gauche: Blé tendre sous couvert de luzerne. A droite: Avoine d'hiver sous couvert de trèfle blanc.


Le système agronomique n’est pas encore stabilisé, et ils font des choses différentes chaque année. Avec peu d’informations sur ces systèmes, il est difficile de savoir ce qu'ils pourraient mieux faire ou plus rapidement.


Les pratiques extensives de la ferme apportent une certaine curiosité de la part des agriculteurs et des riverains.


Il est important de comprendre :

  • Comment réussir des implantations de prairies homogènes.
  • Quelles associations prairie / culture seraient les plus adaptées à un contexte donné.
  • Comment gérer la récolte et stabiliser ce qui est récolté.


Avantages et points de vigilance

Avantages

  • Gestion des graminées pérennes.
  • Limitation de l’érosion.
  • Température limitée au sol lors des chaleurs estivales.
  • Tassement du sol limité car peu de passages de tracteur.
  • Frais de cultures très faibles, ce qui limite le risque économique.
  • Biodiversité favorisée, les parcelles, pourtant assez grandes, sont bien fournies en auxiliaires et gibiers.
  • C’est visuellement plus beau !


Points de vigilance

  • Choix du matériel particulier adapté aux pratiques et aux sols, avec peu de référentiel.
  • Improvisation constante que ce soit pour les semis, la gestion des cultures et les récoltes.
  • Bien prendre en compte les contextes pédoclimatique et socio-économique, s’inspirer mais ne pas copier-coller des expériences d’autres fermes.


Investissements

  • L’approche extensive mobilise 1 UTH pour la gestion des cultures sur les 325 ha sans sous-traitance, le second UTH travaille à la valorisation des productions.
  • Les frais de culture sont très faibles : environ 80 euros/ha pour le fuel, et ~0 euros/ha pour le reste des intrants (zéro phytos, zéro engrais, semences de ferme), ce qui limite grandement les risques, mais les investissements matériels sont à choisir avec attention car leur amortissement prend une grande part des finances de la ferme : le semoir T-SEM en 6m, c'est autour 45 000euros, les devis (de 2022) pour la faucheuse andaineuse sont autour de 70 000 euros.
  • Le moulin actuel utilisé pour faire la farine leur est prêté, mais il ne fait pas une qualité de farine acceptable pour la boulangerie.
  • Le risque principal est l’absence de référentiel technique et de conseil adéquat. Il n’y a pas non plus de lien aisé avec la recherche pour accompagner la volonté d’utiliser des approches de R&D pour capitaliser sur les expériences effectuées sur la ferme.


Mélanie et Jean-François ont perçu des aides de la PAC, des subventions pour les investissements, des financements AFAF et régions pour les plantations de haies et agroforestières.


Conseils

Mélanie Petit.
  • Faire un test sur la ferme sur une petite surface. Si des luzernières sont présentes sur la ferme, cela peut facilement être testé en allongeant la luzerne d’une année pour tenter un semis direct de céréale d’hiver.
  • Prendre de l’expérience sur les plantes pluriannuelles, soit avec des contrats de semences, ou en demandant conseil à des éleveurs herbagers de la région.


Perspectives

  • Diversifier les prairies.
  • Développer l’élevage.
  • Adapter le battit à l’agronomie choisie : bâtiments adaptés, matériel de triage et stockage, transformations des céréales.


Sources

Interview de Mélanie Petit réalisée par Romaric Vincent, conseiller en agroforesterie, le 12/06/2023.


Annexes





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