Les différents types de semoir à semis-direct, par Alfred Gässler
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Aujourd'hui, on continue le cycle des directs avec les différents types de semoir à semis-direct, par Alfred Gässler.
Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.
Présentation et cadre de l’intervention
Bonjour, je m’appelle Alfred Gässler. Je viens de la caisse des agriculteurs de l’Oise et j’interviens ici dans le cadre des formations.
Le thème de cette présentation est celui des différents types de semoirs à semis direct. Alfred Gässler précise d’emblée qu’il a vendu et utilisé des semoirs pendant de nombreuses années, et qu’il en connaît un grand nombre. Son objectif n’est pas de dresser une liste exhaustive de tous les modèles existants, mais plutôt de proposer une réflexion sur leur fonctionnement, leurs limites et leur place dans un système de culture.
Il insiste sur un point essentiel : la présentation qu’il va faire est celle d’une personne qui raisonne le semis direct sous couverture végétale, avec des couverts végétaux. Selon lui, autrement, ce n’est pas possible durablement. Il annonce aussi que certaines personnes ne partageront peut-être pas toutes ses convictions, mais il souhaite exposer clairement sa manière de voir les choses.
Le semoir ne fait pas le système
Pour Alfred Gässler, il ne faut pas réduire le semis direct au seul choix du semoir. Le coût du matériel n’est pas le critère principal, et ce n’est pas le prix du semoir qui détermine la réussite du système.
Il rappelle que :
- ce n’est pas parce qu’un semoir coûte très cher qu’on obtient forcément de très bons résultats ;
- à l’inverse, certaines personnes obtiennent de très bons résultats avec des semoirs simples ;
- le semoir est un moyen d’obtenir un résultat dans un système, mais il ne remplace pas la réflexion agronomique.
Selon lui, on ne peut pas parler du semis direct sans parler aussi des couverts végétaux, des rotations, des associations de cultures et de la diversité végétale. Sans cela, le sol se referme, se tasse et l’agriculteur se retrouve contraint de retravailler mécaniquement.
Le semis direct est un système cultural
Alfred Gässler rappelle qu’en semis direct, on cherche à déposer la semence dans un sol qui n’est plus travaillé mécaniquement, sauf éventuellement dans quelques situations particulières comme certaines cultures spécifiques.
Il résume sa vision ainsi :
- le semis direct n’est pas seulement une autre technique de semis ;
- c’est un système cultural différent;
- le sol n’est plus travaillé par les outils, mais par les racines et la biologie ;
- quand on sème en direct, on place la semence dans une structure créée par les racines, et non par le travail mécanique.
Le semoir de semis direct ne doit donc pas être vu comme un outil de préparation du sol. Il ne fait ni nivellement, ni reprise de structure, ni travail du sol au sens classique. Sa fonction est de :
- ouvrir un sillon ;
- déposer la semence ;
- éventuellement déposer de l’engrais ;
- refermer le sillon.
C’est cette définition minimale qui compte.
L’importance de la diversité végétale
Alfred Gässler insiste fortement sur le rôle de la diversité fonctionnelle. Pour lui, le bon fonctionnement d’un système de semis direct repose sur :
- des rotations ;
- des successions de cultures ;
- des associations ;
- des couverts multi-espèces.
Il explique qu’un couvert n’est pas « le » couvert, mais un ensemble d’espèces. Plus les espèces sont diverses, plus les couverts sont développés, et mieux le système de semis direct fonctionne dans le temps.
Ce sont surtout :
- la présence permanente de racines ;
- la diversité des systèmes racinaires ;
- la profondeur d’exploration du sol ;
qui permettent de structurer durablement les sols.
Il ajoute que plus ce travail biologique est efficace, moins on a besoin d’un semoir « très performant » au sens mécanique du terme, car le sol devient naturellement plus facile à semer.
Ne pas structurer le sol au moment du semis
Un point jugé fondamental par Alfred Gässler est qu’il ne faut pas trop toucher le sol au moment du semis. La structuration du sol doit être faite avant, et non par l’élément semeur.
Si des problèmes de structure existent, il faut les résoudre en amont, et non attendre le moment du semis pour compenser avec le semoir. Il oppose ici clairement le semis direct aux techniques culturales simplifiées, où le travail du sol reste souvent plus important.
Il estime qu’en dehors de certaines cultures particulières, le sol ne devrait plus être travaillé mécaniquement. Le semis direct ne consiste pas à déplacer le problème vers un outil plus agressif monté sur le semoir.
Les adventices et le non-bouleversement du sol
Alfred Gässler rappelle qu’un des intérêts du semis direct est de ne pas bouleverser le sol. Plus on remue le sol mécaniquement, plus on fait lever des adventices. À l’inverse, moins on touche le sol, moins on provoque de levées.
Il explique que le semis direct ne doit pas chercher à reproduire localement, sur la ligne de semis, un travail du sol trop important, car cela irait à l’encontre de l’objectif recherché.
Question sur les types de racines
À une question posée sur YouTube concernant les types de racines des différentes espèces cultivées afin de mieux établir les associations, Alfred Gässler répond qu’il existe beaucoup de publications sur les couverts végétaux, le port des plantes, la structure des sols et la description des espèces. Il renvoie notamment vers les ressources et publications disponibles sur les couverts.
Il en profite pour remercier les organisateurs et les personnes qui ont mis en place le système de visio, qu’il juge très utile pour partager les savoir-faire.
Semoirs portés et semoirs traînés
Alfred Gässler distingue les semoirs portés et les semoirs traînés.
Semoirs portés
Les semoirs portés sont souvent de largeur plus modérée. Même si l’on trouve aujourd’hui des machines plus larges, parfois avec trémies frontales ou systèmes combinés, il attire l’attention sur le poids total porté par le tracteur.
Il explique que :
- plus l’ensemble est large, plus le poids est important ;
- ce poids peut devenir problématique sur les sols humides ou fragiles ;
- dans certaines situations, les dégâts liés au tassement peuvent être importants.
Semoirs traînés
Les semoirs traînés viennent souvent d’Amérique du Sud ou de régions où l’on travaille avec des largeurs importantes. Ils reportent moins de poids sur le relevage, mais restent des outils lourds.
Pour Alfred Gässler, le choix entre porté et traîné doit être raisonné selon :
- le contexte pédoclimatique ;
- les risques de tassement ;
- les pentes et dévers ;
- la portance des sols ;
- la largeur réellement nécessaire.
Il met en garde contre la tendance à vouloir des semoirs toujours plus larges pour semer vite, au détriment du respect du sol.
Les grands types d’éléments semeurs
Alfred Gässler présente ensuite les principaux types d’éléments semeurs.
Les semoirs à disques
Les semoirs à disques sont très répandus. Il en distingue plusieurs sous-types.
Le disque simple ou monodisque
Pour lui, l’élément semeur est très important car il détermine la qualité du semis. Il apprécie particulièrement les éléments indépendants, capables de bien suivre la surface du sol. C’est essentiel pour obtenir une levée homogène.
Le monodisque est, selon lui, intéressant parce qu’il pénètre relativement bien avec moins de poids qu’un disque plat vertical. Lorsqu’il est incliné, il se rapproche un peu du comportement d’une dent : il « attaque » le sol avec un angle qui facilite la pénétration.
Mais il rappelle aussi que cela entraîne des contraintes mécaniques sur :
- les axes ;
- les roulements ;
- la conception générale de l’élément.
Dans des conditions sèches, à vitesse excessive, ou en présence de chocs, tous les semoirs ne supportent pas durablement ces contraintes.
Le double disque
Le double disque est également fréquent. Il est bien adapté dans certaines situations, mais Alfred Gässler signale qu’il a aussi des limites.
Il explique qu’un double disque coupe et ouvre le sillon, mais qu’il peut :
- pincer ou incorporer des résidus dans la ligne de semis ;
- avoir plus de mal à gérer des pailles longues ou certains débris végétaux ;
- demander une conception robuste si l’on veut éviter les problèmes mécaniques.
Pour lui, l’idée selon laquelle un semoir à disques couperait toujours parfaitement tous les résidus est fausse. Même avec des disques, une partie des pailles peut être pliée dans le sillon.
Le contrôle de profondeur sur semoir à disques
Le contrôle de profondeur est, selon lui, capital. Il détermine fortement la qualité du semis.
Il juge très efficaces les systèmes où une roue de jauge est placée au plus près de l’élément semeur. Cela permet un contrôle précis de la profondeur. En revanche, il rappelle qu’il ne suffit pas d’observer la profondeur après levée : il faut régler correctement avant.
Il cite différents systèmes :
- cales de profondeur ;
- roues de jauge en caoutchouc ;
- roues métalliques ;
- systèmes avant/arrière.
Il fait une remarque importante sur les roues en caoutchouc : dans des sols humides, la terre peut coller, modifier le diamètre apparent de la roue et faire varier la profondeur de semis. Il préfère, dans certains cas, des roues métalliques, plus simples à maintenir propres.
La position de la roue de jauge compte aussi. Plus elle est proche de l’élément, meilleur est le contrôle. Si elle est trop éloignée, elle suit moins fidèlement le relief réel au point de dépôt de la semence.
Les roues de fermeture du sillon
Les roues ou dispositifs de fermeture jouent un rôle important, mais Alfred Gässler met en garde contre les systèmes qui roulent directement sur la ligne de semis.
Selon lui, cela peut être dangereux dans des conditions humides, car :
- on crée un petit creux au-dessus du sillon ;
- l’eau peut y rester ;
- on peut tasser excessivement autour de la graine.
Il préfère souvent des systèmes de fermeture latérale, qui ramènent la terre sur le sillon sans trop comprimer la ligne de semis.
La pression sur les roulettes de fermeture doit pouvoir être réglée. Ce réglage est important car la pression nécessaire n’est pas la même selon :
- l’état du sol ;
- l’humidité ;
- la culture ;
- la saison.
Trop de pression peut provoquer un lissage ou un tassement excessif autour de la graine, ce qui pénalise la levée. Parfois, il vaut mieux un sillon un peu moins fermé qu’un sillon trop tassé.
Il mentionne aussi l’usage de chaînes torsadées ou d’autres dispositifs pour aider à refermer les sillons, mais rappelle que leur efficacité reste liée à la vitesse d’avancement et à la capacité du semoir à remettre correctement de la terre fine sur la ligne.
Les semoirs à dents
Les semoirs à dents constituent une autre grande famille.
Alfred Gässler explique qu’il existe :
- des dents simples ;
- des dents montées sur châssis fixes ;
- des éléments plus sophistiqués avec contrôle individuel de profondeur ;
- des semoirs semant en ligne étroite ou en bandes plus larges.
Pour lui, les semoirs à dents ont des avantages clairs :
- ils gèrent souvent mieux la paille ;
- ils incorporent moins facilement des résidus directement au contact de la graine ;
- ils peuvent mieux convenir aux semis « dans la paille ».
Mais ils ont aussi des limites :
- ils bouleversent plus le sol ;
- ils peuvent remonter davantage de terre ;
- ils risquent davantage de faire lever des adventices ;
- ils peuvent faire ressortir des cailloux ;
- le contrôle de profondeur peut être moins régulier selon la conception.
Il insiste sur le fait que tous les semoirs à dents ne se valent pas. Certains disposent aujourd’hui de roues de contrôle individuelles et d’une qualité de suivi du sol bien meilleure qu’autrefois.
Les semoirs à dents inversées et types particuliers
Il évoque aussi des semoirs à dents inversées, venus notamment de Nouvelle-Zélande, avec des formes de dents particulières qui soulèvent une lame de terre et déposent la graine dessous. Ces machines ont, selon lui, une très bonne qualité de semis, mais demandent davantage de traction et restent plus complexes.
Il souligne encore une fois qu’il n’existe pas de semoir idéal en toutes situations. Chaque machine est le résultat de compromis. Il faut donc choisir selon ce que l’on veut faire.
Le semoir idéal n’existe pas
Alfred Gässler insiste explicitement sur cette idée : il n’existe pas de semoir idéal qui convienne partout et tout le temps.
Chaque type de semoir est plus ou moins adapté selon :
- la présence de couverts vivants ;
- la quantité de résidus ;
- la paille ;
- les sols humides ou secs ;
- la pente ;
- les cultures implantées ;
- les objectifs agronomiques.
Le choix du semoir doit donc toujours partir du contexte et non d’un principe absolu.
Question sur la destruction d’une prairie naturelle
À une question d’un éleveur du Monts du Forez pratiquant le semis direct en bio, sur les espèces capables de concurrencer une prairie naturelle, Alfred Gässler répond qu’il est très difficile, en agriculture biologique, de supprimer complètement une prairie naturelle uniquement par le semis.
Selon lui :
- si la prairie souffre du manque d’eau, on peut parfois installer une culture qui l’étouffe partiellement ;
- mais la prairie réapparaît souvent dès le retour de l’humidité ;
- supprimer totalement une vieille prairie est très difficile sans travail du sol ;
- en bio, cela passe souvent plutôt par le labour ou des interventions mécaniques lourdes.
Il reconnaît ne pas être le meilleur spécialiste de cette question.
Les contraintes mécaniques des éléments semeurs
En revenant sur les disques inclinés, Alfred Gässler insiste sur les contraintes mécaniques importantes qu’ils subissent, notamment :
- en conditions sèches ;
- à vitesse élevée ;
- lorsque l’utilisateur cherche à semer trop vite.
Tous les semoirs ne sont pas conçus pour résister durablement à ces contraintes. Il recommande donc de ne pas surestimer la robustesse de certains montages.
Le suivi du sol et l’homogénéité de levée
Pour Alfred Gässler, une levée homogène est essentielle. Plus les plantes lèvent ensemble, plus il est facile ensuite de gérer la culture. À l’inverse, des levées hétérogènes rendent la conduite plus compliquée.
C’est pourquoi il attache beaucoup d’importance :
- à l’indépendance des éléments ;
- au suivi précis de la surface ;
- à la régularité de profondeur.
Distribution des semences : mécanique ou pneumatique
Il aborde aussi la question des trémies et de la distribution.
Il rappelle qu’il existe :
- des distributions mécaniques ;
- des distributions pneumatiques.
Il estime qu’il ne faut pas croire qu’un système pneumatique est automatiquement plus précis. Selon lui, la répartition peut être très bonne en mécanique. En revanche, le pneumatique est aujourd’hui très répandu, notamment parce qu’il facilite certaines conceptions et certains entraînements.
Il mentionne aussi les entraînements électriques, plus modernes, mais parfois plus délicats en dépannage que des systèmes mécaniques simples.
Le pneumatique implique aussi une turbine, donc une consommation supplémentaire de carburant. Il cite des essais montrant un surcroît de consommation d’environ 1 à 2 litres de gazole par heure selon les cas.
Le besoin de plusieurs trémies
Pour lui, un bon semoir moderne devrait idéalement disposer de trois trémies distinctes :
- une pour la semence ;
- une pour l’engrais ;
- une pour un produit complémentaire, par exemple un microgranulé.
Cela évite certains mélanges inadaptés et permet un meilleur placement des produits.
Il attire l’attention sur les problèmes possibles de mélange entre semences et engrais, notamment lorsque l’humidité de l’air est élevée. Selon les produits et les conditions, cela peut poser des difficultés.
L’engrais starter dans la ligne de semis
Alfred Gässler insiste beaucoup sur l’intérêt d’apporter un peu d’engrais dans la ligne de semis, en particulier pour les personnes qui débutent en semis direct sous couvert.
Il explique que les couverts bien développés ont capté beaucoup d’éléments nutritifs. Au moment du semis, ces éléments ne sont pas toujours immédiatement disponibles pour la culture suivante. Il est donc utile de mettre un engrais de démarrage à disposition de la jeune plante.
Il ne s’agit pas forcément de grosses quantités, mais d’un starter permettant à la culture de bien démarrer.
Il résume cela en disant qu’il n’a jamais vu un bébé aller chercher seul sa nourriture au frigo : au démarrage, la plante doit trouver ce dont elle a besoin à proximité.
Le choix des éléments apportés dépend du sol et doit être raisonné à partir d’analyses : azote, phosphore, soufre, calcium, etc.
Question sur le soufre en starter
À une question sur l’usage du soufre comme starter au semis direct, Alfred Gässler répond qu’il ne faut pas raisonner uniquement à partir d’un élément isolé ou de ce que l’on entend dire. Il faut connaître son sol par des analyses et identifier les véritables carences avant d’apporter tel ou tel élément.
Date de semis et rôle du semoir
À une question demandant si la date de semis n’est pas plus importante que le semoir lui-même, Alfred Gässler répond qu’il faut bien sûr un semoir pour semer, mais que la date de semis est effectivement très importante.
Il conseille, pour les personnes qui démarrent en semis direct à l’automne, de ne pas semer trop tôt si les sols sont encore froids. Il vaut parfois mieux attendre que le sol se réchauffe un peu, tout en accompagnant le démarrage de la culture si besoin.
Faut-il semer « au cul de la batteuse » ?
À la question de savoir s’il faut semer immédiatement après récolte, il répond de manière nuancée.
Si le sol est très sec, semer tout de suite peut conduire à perdre de la semence, faute d’humidité suffisante. Il ne recommande donc pas de semer systématiquement au plus tôt dans toutes les conditions.
Il rappelle néanmoins qu’il n’aime pas laisser les sols nus plusieurs semaines. Il faut donc raisonner selon :
- l’état hydrique du sol ;
- le type d’implantation ;
- la culture visée ;
- les risques encourus.
Le semis à la volée
Une question porte sur l’intérêt éventuel du semis à la volée, éventuellement avec enrobage.
Alfred Gässler répond que beaucoup de personnes travaillent sur cette technique, et qu’on peut espérer certains résultats si l’enrobage est bien conçu. L’idée est que l’enrobage protège la graine et aide à gérer l’humidité.
Mais il reste prudent. Selon lui, dans l’état actuel des sols, souvent refermés et lissés en surface après l’hiver, il a beaucoup de doutes sur les résultats du semis à la volée par rapport à un semis avec un vrai placement de la graine dans le sol.
Il voit dans le semis à la volée un intérêt potentiel en termes de débit de chantier et d’investissement matériel, mais pas forcément de fiabilité agronomique.
Paille, couverts et choix entre dents et disques
À une question demandant s’il faudrait un semoir à dents pour semer dans la paille et un semoir à disques pour les couverts d’automne et de printemps, Alfred Gässler répond qu’on peut déjà dire que le semis dans la paille est généralement mieux réussi avec un semoir à dents.
Selon lui, avec un semoir à disques, il est impossible d’éviter totalement l’interaction avec la paille en surface. Un disque, quel qu’il soit, ne coupe pas parfaitement toute la biomasse couchée.
Les dents, en revanche, évitent plus facilement d’avoir de la paille directement dans le sillon. Mais elles remuent davantage le sol.
Le choix dépend donc des objectifs et du type de résidus présents.
Semis associés et double distribution
Il évoque l’intérêt, sur certains semoirs, de pouvoir implanter deux espèces à deux profondeurs différentes, par exemple une céréale avec une légumineuse.
Dans ce cas, il peut être intéressant de :
- placer une espèce plus profondément ;
- semer une autre plus superficiellement ;
- alterner une ligne sur deux selon les cas.
Il considère que cette possibilité est un avantage, même si l’absence de cette fonction n’empêche pas forcément de réussir.
Le poids des semoirs
Le poids du semoir est, pour Alfred Gässler, un point trop souvent sous-estimé.
Plus le semoir est large, plus il est lourd, et plus il augmente :
- le risque de tassement ;
- les dégâts en dévers ;
- les contraintes sur le tracteur ;
- les difficultés en demi-tour.
Il rappelle que beaucoup d’agriculteurs se regroupent pour acheter de gros semoirs afin de semer vite dans une fenêtre courte, mais que cela peut se faire au détriment du sol.
Il préfère parfois des semoirs un peu plus petits, plus légers, plus respectueux de la structure, quitte à mieux organiser les chantiers.
Pentes, dévers et longueur du semoir
Pour les exploitations concernées par les pentes ou les dévers, il rappelle qu’un semoir long ou large peut avoir du mal à maintenir des écartements réguliers quand il travaille en travers de pente.
Cela peut nuire à la qualité d’implantation.
Le rôle des chasse-débris
Alfred Gässler mentionne l’intérêt éventuel des chasse-débris, roues étoilées ou disques ouvreurs avant l’élément semeur. Leur rôle ne doit pas être de travailler le sol, mais simplement d’écarter les résidus de la ligne de semis.
Il juge cela particulièrement important quand on sème dans des couverts vivants ou dans des situations avec beaucoup de végétation en surface. Il rappelle toutefois qu’il ne faut pas en faire des outils de préparation de sol localisée.
Les betteraves et le maïs
Pour les semis de betteraves, il souligne que les conditions sont souvent plus délicates, avec :
- une terre encore fraîche ;
- une profondeur de semis faible ;
- un besoin élevé de régularité.
Pour le maïs, il insiste sur l’importance :
- d’un bon starter localisé ;
- de la maîtrise des limaces si nécessaire ;
- de la capacité du semoir à écarter les résidus sur la ligne.
Il considère que le semis du maïs en direct exige un matériel bien adapté, notamment pour ne pas laisser de biomasse dans le sillon.
Ne pas restructurer au semis du maïs
Il refuse l’idée de restructurer le sol au moment du semis du maïs. Si une restructuration est nécessaire, elle doit être pensée plus tôt. Selon lui, vouloir corriger la structure au semis crée souvent plus de problèmes qu’autre chose.
Réchauffement du sol et couverts
Alfred Gässler répond aussi à l’idée selon laquelle un travail du sol léger réchaufferait mieux le sol. Pour lui, le réchauffement dépend aussi de :
- l’humidité du sol ;
- la couleur de la surface ;
- les espèces présentes dans le couvert.
Il conseille de raisonner les mélanges de couverts de manière à intégrer des espèces qui noircissent davantage après destruction, afin de favoriser l’absorption du rayonnement solaire. Il cite par exemple des différences visuelles entre espèces plus « blanches » et espèces qui foncent davantage.
Écartement entre rangs
Il aborde ensuite l’écartement entre rangs sur les semoirs à céréales.
Selon lui, il faut éviter des interrangs trop larges si l’on veut une couverture rapide du sol. En dessous de 20 cm, ou autour de 20-25 cm selon les situations, on obtient généralement une meilleure fermeture du couvert.
Des interrangs plus larges peuvent être acceptables dans certaines situations, mais ils favorisent une couverture plus lente et laissent davantage de place aux adventices.
Vitesse de semis
La vitesse de semis est, selon lui, un point majeur.
Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre :
- semer vite ;
- semer correctement.
En semis direct, la qualité d’implantation dépend fortement de la vitesse. Comme le sol n’est pas préparé, l’élément semeur doit suivre exactement la surface et travailler proprement en un seul passage. Si la vitesse est trop élevée, on dégrade la qualité du placement et on projette davantage de terre.
Il situe la bonne vitesse de travail, selon les conditions, entre 4 et 8 km/h. Plus on va vite, plus on projette de terre hors du sillon, plus on dégrade le contact terre-graine et plus on risque de faire lever des adventices.
Pour lui, il est illusoire de penser qu’une vitesse très élevée permet un semis de qualité constante en direct.
Disques et dents : synthèse des différences
Alfred Gässler résume implicitement les différences ainsi :
Semoirs à disques
Avantages :
- moins de bouleversement du sol ;
- meilleur respect du principe du semis direct ;
- bon suivi du sol si élément bien conçu.
Limites :
- besoin de plus de poids pour bien pénétrer ;
- difficulté à couper totalement la paille ;
- risque de paille dans le sillon ;
- plus de pièces en mouvement et plus de contraintes mécaniques.
Semoirs à dents
Avantages :
- meilleure gestion de certaines pailles ;
- peu de résidus directement dans le sillon ;
- moins de pièces en mouvement dans certains cas.
Limites :
- davantage de bouleversement du sol ;
- plus de levée d’adventices ;
- plus de remontée de terre et parfois de cailloux ;
- régularité de profondeur très dépendante de la conception.
Question sur les caractéristiques des plantes de couverture
À une question portant sur le type de port des plantes, planophile ou dressé, Alfred Gässler répond qu’il faut surtout rechercher la diversité. Il faut mélanger des espèces aux architectures différentes et aux systèmes racinaires différents pour mieux structurer le sol et occuper l’espace.
Il insiste de nouveau sur l’importance des cycles, des profondeurs d’enracinement et de la complémentarité des espèces.
Question sur les couverts permanents de légumineuses
À une question sur l’intérêt d’un sursemis de couverts dans une légumineuse permanente type luzerne, trèfle ou lotier, maintenue plusieurs années sous céréales, il répond que ces plantes ont bien sûr un système racinaire intéressant, mais qu’il faut aussi des graminées. Selon lui, une seule famille botanique ne suffit pas à assurer toute la structuration recherchée.
Il faut raisonner en diversité, y compris dans ces systèmes permanents.
Expérience personnelle d’Alfred Gässler
En réponse à une question plus personnelle, Alfred Gässler indique qu’il pratique le semis direct depuis 22 ans.
Conclusion
En conclusion, Alfred Gässler rappelle plusieurs idées fortes :
- le semis direct est d’abord un système agronomique, pas une affaire de machine seule ;
- les couverts végétaux, la diversité racinaire et les rotations sont indispensables ;
- il ne faut pas chercher à restructurer le sol au moment du semis ;
- le semoir idéal n’existe pas ;
- le bon choix dépend du contexte, des résidus, des cultures, des sols et des objectifs ;
- la qualité du semis dépend beaucoup de la régularité de profondeur, de la fermeture du sillon, du poids de la machine et de la vitesse d’avancement.
Il termine en remerciant les organisateurs, les intervenants techniques et les participants, et espère que cette présentation n’aura pas fait perdre leur temps aux auditeurs.