L'art de planter des arbres, avec Alain Canet

De Triple Performance
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Dans ce webinaire de l’agroécologie, Alain Canet explore l’art de planter des arbres en agroforesterie avec un objectif clair : faire grimper le taux de réussite des plantations jusqu’à 98 %. Il insiste sur plusieurs principes essentiels : choisir des essences adaptées au sol et au climat, privilégier de très jeunes plants en racines nues, soigner l’origine génétique, préparer correctement le sol, pailler généreusement avec des matériaux organiques, et protéger durablement les arbres du bétail, du gibier et des aléas climatiques. La vidéo rappelle aussi que la régénération naturelle assistée est souvent la meilleure alliée du planteur. Alain Canet souligne enfin que planter des arbres ne sert pas seulement au climat : c’est aussi restaurer les sols, l’eau, la biodiversité, les paysages et la production agricole. Une leçon concrète, exigeante et inspirante pour réussir le réarbrement des territoires.

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Résumé
Dans ce webinaire de l’agroécologie, Alain Canet explore l’art de planter des arbres en agroforesterie avec un objectif clair : faire grimper le taux de réussite des plantations jusqu’à 98 %. Il insiste sur plusieurs principes essentiels : choisir des essences adaptées au sol et au climat, privilégier de très jeunes plants en racines nues, soigner l’origine génétique, préparer correctement le sol, pailler généreusement avec des matériaux organiques, et protéger durablement les arbres du bétail, du gibier et des aléas climatiques. La vidéo rappelle aussi que la régénération naturelle assistée est souvent la meilleure alliée du planteur. Alain Canet souligne enfin que planter des arbres ne sert pas seulement au climat : c’est aussi restaurer les sols, l’eau, la biodiversité, les paysages et la production agricole. Une leçon concrète, exigeante et inspirante pour réussir le réarbrement des territoires.

Pendant le confinement, Ver de Terre Production propose de diffuser des webinaires avec vos intervenants préférés !


Aujourd'hui, on continue le cycle avec Alain Canet et l'art de planter des arbres !


Avec Arbre & Paysage 32 et Pour une Agriculture du Vivant.


Introduction

Cette séance des rendez-vous de l’agroécologie est consacrée à l’art de planter des arbres, avec l’idée centrale suivante : si un arbre sur deux ne pousse pas, pousse mal, meurt ou doit être remplacé, alors ce n’est pas tenable. Dans un contexte où il faut replanter massivement, reconquérir des territoires, réarmer les paysages en arbres et faire remonter fortement la photosynthèse, l’enjeu est d’atteindre des taux de réussite très élevés.

L’objectif annoncé est clair : viser non pas une plantation « à peu près réussie », mais des plantations qui approchent les 100 % de réussite, ou du moins 90 à 98 %, grâce à une bonne compréhension des conditions de réussite.

La discussion est animée autour de la plantation d’arbres en agroforesterie au sens large, avec des exemples en campagne, en prairie, en ville, en milieu agricole, et avec un accent très fort sur le jeune plant, la qualité du système racinaire, la protection, le paillage et le suivi.

Le chantier immense du réarmement arboré

Les intervenants rappellent que les paysages agricoles et ruraux ont été fortement simplifiés. On se retrouve aujourd’hui avec de grands espaces très ouverts, peu végétalisés, sans haies, sans bordures fonctionnelles, parfois cultivés jusqu’au dernier mètre. Ces configurations génèrent de nombreux problèmes :

  • davantage de chaleur ;
  • davantage de froid ;
  • plus de vent ;
  • moins d’eau retenue dans les sols ;
  • moins de protection pour la biodiversité ;
  • des sols usés ou compactés ;
  • des milieux plus vulnérables.

Le chantier à venir consiste donc à reconnecter les paysages, à remettre les arbres en prise avec les cultures, les animaux, les routes, les fossés et les parcelles. Il s’agit aussi de produire hors forêt une partie du bois, du fourrage, des ressources et des services écologiques, afin de soulager la forêt et de retrouver une mosaïque paysagère plus fonctionnelle.

Planter, mais aussi laisser pousser

Un point essentiel est martelé : tout ce qu’on ne plante pas est du bonus. Autrement dit, la plantation n’est pas l’unique voie. Il faut aussi apprendre à reconnaître, protéger et accompagner la régénération naturelle.

La régénération naturelle assistée

L’exemple donné est celui de la ronce, souvent décrite comme le berceau du chêne. Dans les haies, sous les clôtures, dans les friches ou les cordons de ronces, des dizaines d’arbres lèvent spontanément chaque année. Si ces arbres sont laissés, protégés, sélectionnés et accompagnés, ils peuvent constituer une partie importante du réarmement arboré.

Cette régénération spontanée est présentée comme :

  • plus rapide dans certains cas ;
  • souvent mieux adaptée au lieu ;
  • génétiquement cohérente avec les conditions locales ;
  • précieuse pour changer d’échelle.

L’idée est donc qu’une stratégie sérieuse de replantation doit articuler :

  • la plantation volontaire ;
  • la sélection et la conduite d’arbres spontanés ;
  • la réintroduction de l’arbre dans les pratiques agricoles ordinaires.

Référence à Jean Giono

La discussion évoque L’homme qui plantait des arbres de Jean Giono, en soulignant qu’il s’agit presque davantage de semer que de planter. Cette distinction est importante : le semis, lorsqu’il est possible, donne souvent de très bons résultats, car la plante s’installe elle-même au bon endroit et développe d’emblée son architecture racinaire.

Cependant, à grande échelle, le semis est difficile à réussir à cause de la prédation, des aléas et des contraintes techniques. D’où l’importance du jeune plant bien conçu.

Héritage paysan et renouvellement des classes d’âge

De nombreux paysages arborés actuels sont présentés comme un héritage des générations précédentes. Les vieux alignements, les bords de route plantés, les arbres de prairie, les châtaigniers, les trognes et d’autres structures arborées sont les résultats d’une culture paysanne du végétal qui entretenait, renouvelait et façonnait les arbres sur le long terme.

Le constat est que cet héritage vieillit, et que les classes d’âge sont souvent déséquilibrées. Il manque des générations intermédiaires et des jeunes arbres en quantité suffisante. Replanter, mais aussi relancer les dynamiques spontanées, devient donc une nécessité patrimoniale autant qu’agronomique.

Que planter dans un contexte de changement climatique ?

La question est posée de manière directe : faut-il déjà remplacer massivement les essences locales par des essences plus méridionales ?

La réponse proposée reste prudente. Il est admis qu’il faut sans doute :

  • introduire localement quelques arbres plus tolérants à la sécheresse ou au rayonnement ;
  • observer les évolutions ;
  • accompagner les dynamiques plutôt que les brutaliser.

Mais il est jugé dangereux de vouloir tout changer d’un coup. Les intervenants insistent sur plusieurs points :

  • ce n’est pas la première fois que des changements climatiques ont lieu ;
  • les végétations ont déjà connu des déplacements dans l’histoire ;
  • on ne connaît pas précisément les effets locaux futurs ;
  • les espèces autochtones restent nécessaires aujourd’hui.

L’idée dominante est donc : continuer à planter les espèces locales, tout en ouvrant prudemment la réflexion sur des accompagnements progressifs.

Les arbres ne sont pas seulement une histoire de carbone

Un autre point majeur est développé : planter des arbres ne doit pas être réduit à une simple logique de stockage du carbone.

Les arbres et les paysages arborés ont surtout, à court et moyen terme, un effet déterminant sur :

  • la température de surface des sols ;
  • le microclimat ;
  • la circulation de l’eau ;
  • la fertilité ;
  • la résilience des paysages.

Plus un paysage est végétalisé, plus il est capable d’amortir les excès thermiques et hydriques. Le vrai enjeu est donc de densifier le vivant afin de rendre les territoires plus résistants et plus fonctionnels.

Le projet de plantation : première règle absolue

Avant toute plantation, il faut construire un projet précis. La vidéo insiste sur le fait que tout doit être pensé au mètre carré près.

Les questions à se poser sont notamment :

  • quel arbre ?
  • à quel endroit ?
  • pour quel usage ?
  • avec quels objectifs ?
  • dans quel type de sol ?
  • dans quel contexte climatique ?
  • avec quelles interactions avec l’agriculture, l’élevage, les circulations, la faune ?

Les objectifs ne doivent pas être pensés séparément. On ne plante pas uniquement « pour la biodiversité », ou « pour l’eau », ou « pour le climat », ou « pour le paysage ». Une bonne plantation doit répondre à l’ensemble de ces enjeux simultanément.

Le bon plant : jeune, racines nues, bien conformé

Un point central de l’intervention d’Alain Canet est qu’il ne faut jamais offrir un arbre à la légère ni planter n’importe quel plant. Le choix du végétal est déterminant.

Le plant recherché

Le type de plant recommandé est très clairement défini :

  • jeune plant ;
  • un an ;
  • racines nues ;
  • de taille modeste, autour de 30/60 cm.

Ce format est considéré comme idéal pour l’agroforesterie et les plantations en conditions difficiles.

Il est répété qu’il ne faut pas chercher à planter grand en croyant gagner du temps. Au contraire, les grands plants sont beaucoup plus vulnérables, s’installent moins bien, reprennent moins bien et présentent souvent une croissance décevante après plantation.

Pourquoi planter petit ?

Planter petit permet :

  • de conserver une architecture racinaire correcte ;
  • de limiter le stress de transplantation ;
  • de favoriser l’autonomie du jeune arbre ;
  • d’obtenir, quelques années plus tard, des arbres souvent plus beaux et plus vigoureux que des sujets plus grands plantés en même temps.

La formule est très claire : vouloir gagner du temps en plantant grand est une erreur.

Le système racinaire : critère décisif

Une longue séquence est consacrée au système racinaire, considéré comme l’un des critères les plus importants.

Ce qu’il faut refuser

Il faut refuser les plants :

  • aux racines en chignon ;
  • aux racines tournantes ;
  • aux racines étranglées ou emmêlées ;
  • aux systèmes trop plats ;
  • aux structures racinaires déformées par des conditions de culture inadéquates.

Ces défauts compromettent durablement :

  • l’ancrage ;
  • la circulation de sève ;
  • la croissance ;
  • la durée de vie ;
  • la stabilité mécanique de l’arbre.

Ce qu’il faut rechercher

Un bon système racinaire est un système :

  • structuré ;
  • hiérarchisé ;
  • avec des racines étagées ;
  • avec une descente racinaire cohérente ;
  • sans déformations majeures.

Il est rappelé que lorsqu’un gland germe, il développe d’abord un système racinaire important. C’est cette architecture initiale qu’il faut respecter au maximum.

Origine génétique et végétal local

Le choix du plant ne concerne pas seulement l’espèce. Il concerne aussi l’origine génétique. La vidéo insiste sur l’importance de récolter les graines dans des stations adaptées, parfois difficiles, exposées, sèches ou ventées, afin de disposer de végétaux ayant déjà « imprimé » certaines caractéristiques du milieu.

Le travail de collecte, de préparation, de stratification, de levée de dormance et de production des plants est présenté comme un travail de fond considérable.

Le recours au label Végétal local est mentionné comme un repère utile, même si l’offre reste encore incomplète selon les régions.

Préparer le sol : fissurer, ne pas faire de cuvette

La plantation en plein champ se fait souvent dans des sols compactés, tassés ou marqués par une semelle de labour. Dans ces situations, il est recommandé de préparer le sol.

Le sous-solage

La préparation idéale, lorsqu’elle est nécessaire, consiste à :

  • sous-soler ;
  • fissurer la partie minérale ;
  • remettre de l’air dans le sol ;
  • permettre aux racines et à l’eau de descendre.

Le sous-solage ne vise pas à mélanger les horizons, mais à les décompacter. Il doit être réalisé en conditions sèches, souvent à l’automne, jamais dans un sol plastique ou gorgé d’eau.

Ne pas faire un grand trou

Les intervenants insistent : il ne faut pas faire un grand trou de plantation. Un grand trou dans un sol argileux ou compact peut devenir une cuvette étanche remplie d’eau, très défavorable au système racinaire.

Le geste recommandé est simple :

  • ouvrir juste ce qu’il faut ;
  • placer le plant correctement ;
  • remettre la terre sans surcompacter ;
  • laisser la pluie finir le travail.

Le pralinage

Le pralinage des racines est présenté comme une très bonne pratique.

Il consiste à tremper les racines dans un mélange à base de :

  • terre argileuse ;
  • bouse de vache, idéalement.

Les fonctions du pralinage sont multiples :

  • protéger les racines de la déshydratation ;
  • mettre les racines en contact avec un milieu favorable ;
  • apporter un inoculum microbien ;
  • faciliter le démarrage de la plante.

La bouse de vache est valorisée pour sa richesse en micro-organismes, tandis que l’argile forme une gangue protectrice autour des racines.

Le paillage : indispensable

Le paillage est présenté comme une règle absolument fondamentale.

Règle clé

Pendant trois ans, il ne doit pas y avoir d’herbe au pied de l’arbre sur environ un mètre carré. Sans cela, la concurrence herbacée ampute fortement le développement du système racinaire.

Le meilleur paillage

Le meilleur paillage présenté est le bois raméal fragmenté ou, plus largement, le bois broyé. Ce paillage est jugé excellent parce qu’il :

  • nourrit le sol ;
  • protège le sol ;
  • favorise les vers de terre et les champignons ;
  • aide à conserver l’humidité ;
  • soutient le développement racinaire.

Une épaisseur importante est recommandée, de l’ordre de 10 à 12 cm, soit environ 120 litres par arbre.

D’autres paillages possibles

D’autres matières organiques peuvent convenir :

  • paille ;
  • foin ;
  • fougères ;
  • broyat de ronces ;
  • laine de mouton ;
  • matières végétales diverses.

L’idée importante est de protéger le sol et d’alimenter la vie du sol, même si le bois broyé reste la référence.

Ce qu’il ne faut pas faire

Sont explicitement déconseillés :

  • les paillages plastiques ;
  • les toiles tissées synthétiques ;
  • le bois posé sur du plastique.

Ces pratiques sont critiquées à la fois pour leur inefficacité agronomique et pour leur impact environnemental, notamment la dispersion de plastique dans la nature.

Le rôle fondamental de la vie du sol

Le paillage est aussi justifié par la nécessité de nourrir la biologie du sol.

Les intervenants rappellent que ce que l’on cherche sous les arbres, ce sont :

Le sol doit être compris comme un partenaire vivant. Le bois broyé n’est pas là « pour faire joli » : il sert à nourrir cette vie du sol, qui en retour soutiendra l’installation de l’arbre.

Le débat sur la « faim d’azote »

La question de la faim d’azote est abordée. Il est expliqué que la décomposition du bois demande effectivement de l’énergie et mobilise temporairement certains processus biologiques, mais que cette phase est normale et même nécessaire.

L’idée défendue est qu’en nourrissant durablement les organismes du sol, on construit à terme une fertilité plus forte. Le bois finit par contribuer à l’alimentation du système, bien au-delà de son effet immédiat.

Les mycorhizes

Une séquence importante est consacrée aux mycorhizes, décrites comme un prolongement extraordinairement efficace du système racinaire.

Elles permettent :

  • d’augmenter considérablement la surface de contact avec le sol ;
  • d’aller chercher de l’eau dans des microporosités inaccessibles autrement ;
  • d’améliorer la résistance à la sécheresse.

Mais ces champignons symbiotiques ont eux-mêmes besoin d’un environnement favorable, notamment :

  • de carbone en décomposition ;
  • d’un sol vivant ;
  • d’une plante suffisamment active photosynthétiquement.

La relation entre l’arbre, le paillage, la photosynthèse et la mycorhization est donc présentée comme étroitement liée.

La protection des arbres : dix ans de vigilance

La protection des jeunes arbres est présentée comme non négociable, particulièrement en contexte d’élevage, de gibier ou de travaux agricoles.

Pourquoi protéger ?

Parce que tous les animaux mangent les arbres :

  • vaches ;
  • moutons ;
  • chèvres ;
  • chevaux ;
  • chevreuils ;
  • lapins ;
  • sangliers, indirectement, en retournant les paillages.

Les animaux consomment les jeunes pousses, les branches basses, les feuilles, et peuvent très vite compromettre l’installation de l’arbre.

Durée de protection

La durée donnée est très claire : dix ans. Pendant dix ans, l’arbre doit avoir le temps de s’installer sans être touché.

Qualité de la protection

Les protections doivent être :

  • solides ;
  • durables ;
  • adaptées au terrain ;
  • capables de résister au vent, au gibier et au temps.

Les petites protections légères ou les filets fragiles sont jugés inefficaces. De même, les protections urbaines assimilées à du mobilier, ou les systèmes d’arrosage artificiels au pied de l’arbre, sont montrés comme des exemples à ne pas reproduire.

Une protection dite bioclimatique est recommandée : elle laisse passer l’air, filtre une partie du rayonnement, évite la surchauffe et permet à l’arbre de bouger légèrement, ce qui est nécessaire à son bon développement racinaire.

Le piquet : détail décisif

Le piquet est présenté comme un détail qui n’en est pas un. S’il est sous-dimensionné, il tombe, emporte la protection, et compromet tout le chantier.

Les exigences mentionnées sont :

  • bois durable, par exemple châtaignier ou acacia ;
  • section suffisante ;
  • longueur adaptée, autour de 1,50 m dans les exemples cités.

L’idée est simple : économiser quelques centimes sur le piquet peut faire perdre la plantation entière.

La période de plantation

La bonne période est également une règle absolue.

Il est indiqué qu’on plante généralement :

  • à partir de début décembre ;
  • jusqu’à la mi-mars environ ;
  • selon les régions et les conditions.

Il ne faut pas planter :

  • en période de gel ;
  • sous forte pluie ;
  • dans un sol gorgé d’eau ;
  • dans de mauvaises conditions de préparation.

L’idée traditionnelle selon laquelle « les arbres prennent racine à la Sainte-Catherine » est relativisée, car avec des automnes plus chauds, les feuilles ne sont pas toujours tombées à cette date.

Comment planter concrètement

La démonstration donnée peut être résumée ainsi :

  1. préparer le sol si nécessaire ;
  2. ouvrir juste ce qu’il faut ;
  3. planter le piquet d’abord ;
  4. positionner correctement le jeune plant ;
  5. remettre la terre sans excès de compactage ;
  6. pailler généreusement ;
  7. poser la protection ;
  8. agrafer ou fixer correctement si besoin.

Il est rappelé qu’on ne met :

  • ni engrais ;
  • ni terreau ;
  • ni compost ;
  • ni arrosage systématique.

L’arbre doit construire son autonomie et créer le sol avec lequel il vivra.

L’arbre et l’herbe : attention à la concurrence

Une règle forte revient plusieurs fois : l’arbre n’est pas compétitif contre les graminées lorsqu’il est jeune. Si on le plante directement dans une culture ou une herbe très concurrentielle sans protection suffisante, on compromet son développement racinaire.

Le paillage doit donc garantir une zone dégagée autour du plant pendant les premières années. En revanche, au-delà de ce carré protégé, la présence de couverts, prairies ou cultures est compatible avec le fonctionnement agroforestier, et même utile dans la structuration du milieu.

L’arbre de prairie et l’arbre fourrager

Les arbres en prairie sont aussi abordés. Il est rappelé qu’un arbre libre a normalement des branches qui touchent presque le sol. Si les arbres de prairie n’ont pas de branches basses, c’est souvent parce que les animaux les ont mangées.

Les animaux, notamment les vaches, apprécient fortement le feuillage d’arbre. Cela explique :

  • la forme des arbres de pâturage ;
  • la nécessité de les protéger très tôt ;
  • l’intérêt des arbres fourragers dans les systèmes d’élevage.

Le frêne fourrager est donné comme exemple d’arbre historiquement conservé et conduit dans des conditions pourtant difficiles, car ses feuilles étaient précieuses pour l’alimentation animale.

Les erreurs fréquentes observées sur les chantiers

Plusieurs exemples de chantiers ratés sont montrés. Les causes récurrentes sont :

  • plants trop grands ;
  • mauvais système racinaire ;
  • paillage insuffisant ;
  • absence ou mauvaise qualité de protection ;
  • piquets trop faibles ;
  • plantation dans le blé ou dans l’herbe sans zone protégée ;
  • mauvaise préparation du sol ;
  • mauvaise adaptation de l’essence ou du plant ;
  • défaut de suivi.

Le message est très net : si une seule des règles fondamentales n’est pas respectée, le chantier peut être déclassé. Il ne suffit pas d’avoir un « bon projet » sur le papier si l’exécution est médiocre.

Le suivi : une plantation ne s’abandonne pas

Le suivi est présenté comme indispensable. Il ne s’agit pas de planter et de revenir trois ans plus tard « pour voir si ça a marché ».

Il faut vérifier régulièrement :

  • l’état des protections ;
  • l’état des piquets ;
  • la présence de concurrence herbacée ;
  • les dégâts de gibier ;
  • les dégâts liés au tracteur ou aux outils ;
  • les défauts de développement ;
  • la nécessité d’une taille de formation.

Si un problème apparaît, il faut intervenir tout de suite. Attendre trop longtemps conduit souvent à de mauvaises surprises.

La perspective évoquée est même celle d’un engagement sur dix ans, afin de garantir la qualité réelle des plantations.

La taille de formation

Même si elle n’est pas développée autant que la plantation, la taille de formation est citée comme un élément du suivi. Il s’agit d’accompagner l’arbre jeune lorsqu’il fait des erreurs structurelles, afin d’orienter son architecture future.

Cette taille relève moins d’une logique de correction brutale que d’un accompagnement de la construction de l’arbre.

Une logique de paysage, pas d’arbre isolé

Tout au long de la vidéo, l’arbre n’est jamais pensé comme un élément isolé. Il est toujours replacé dans un système plus vaste :

  • mosaïque agroforestière ;
  • bordures ;
  • cultures ;
  • prairies ;
  • élevage ;
  • routes ;
  • fossés ;
  • régénérations spontanées ;
  • paysages reconnectés.

C’est ce changement d’échelle qui est au cœur du propos. Planter un arbre devant une mairie n’obéit pas aux mêmes règles que replanter des dizaines d’hectares ou des kilomètres de linéaires dans des contextes agricoles exposés au vent, à la sécheresse, au gibier et aux animaux d’élevage.

Les dix règles de la plantation

Sans les formaliser dans une liste figée au début, la vidéo aboutit à une sorte de synthèse en dix grandes règles de réussite :

  1. avoir un bon projet ;
  2. choisir le bon arbre, au bon endroit ;
  3. disposer d’un bon plant, jeune et bien conformé ;
  4. préparer correctement le sol ;
  5. respecter une bonne technique de plantation ;
  6. utiliser un paillage suffisant ;
  7. protéger efficacement le plant ;
  8. mettre un piquet de qualité ;
  9. planter à la bonne période ;
  10. assurer un vrai suivi dans le temps.

Le message final est que toutes ces règles sont nécessaires. Si l’une d’elles fait défaut, le niveau de réussite s’effondre.

Conclusion

Cette intervention d’Alain Canet insiste sur une idée simple mais exigeante : planter des arbres est un art technique, agronomique et paysager. Il ne s’agit pas de mettre un végétal en terre au hasard, ni de chercher des solutions symboliques ou décoratives.

Planter un arbre correctement, c’est :

  • penser le paysage ;
  • penser le vivant du sol ;
  • choisir la bonne génétique ;
  • respecter le système racinaire ;
  • protéger durablement ;
  • pailler généreusement ;
  • suivre dans le temps.

L’enjeu n’est pas seulement de planter plus, mais de planter mieux, de laisser pousser davantage, et de reconstruire des paysages capables de redevenir fertiles, résilients et habités par le vivant.