Elever des ovins en plein air et sans terre

De Triple Performance
Icone categorie Retours d'expérience.png Exemples de mise en œuvre - Samuel Foubert (2019)

Contexte

Brebis pâturant du blé. Crédit photo : Samuel Foubert.


Samuel Foubert a fait le choix d'élever ses brebis en plein air pour des raisons d'optimisation de son temps et de ses ressources mais également pour le bien être de ses bêtes. Il pratique alors le pâturage des couverts végétaux et du blé chez des céréaliers, le pâturage en arboriculture et a pour projet de faire pâturer ses brebis dans les vignes.


Présentation

  • Nom Prénom : Samuel Foubert.
  • Localisation : Hauville, dans l'Eure (27).
  • Statut : Double actif. Je suis chauffeur dans les travaux public et éleveur de brebis sur mon temps libre.
  • Exploitation : En nom propre.
  • Production : Brebis (viande).
  • Taille du troupeau : 60.
  • Commercialisation : Vente directe de caissettes aux particuliers. L'abattage, la découpe et la mise sous vide se font à l'abattoir.
  • Co-créateur et administrateur du groupe Facebook Ovins des plaines, pâturage des couverts et des céréales.


Motivations

Je vis dans une région céréalière, il y a donc beaucoup de couverts végétaux disponibles. Ne voyant pas l'intérêt d'enfermer mes brebis, j'ai pris le parti de choisir une race rustique et de les élever en plein air toute l'année. Cette façon de faire m'épargne beaucoup de temps et m'évite pas mal de frais. Je suis double actif et dès ma journée de travail terminée, je m'occupe des bêtes. Mon troupeau étant quasi-autonome, j'arrive à concilier ces 2 activités. A terme, si le revenu le permet, je souhaite me consacrer à 100% à mon activité d'éleveur.


Étapes de mise en place

  • Précédemment j'élevais des chèvres, mais comme ce n'était pas une activité suffisamment rentable (je ne me situe pas dans une région d'amateurs de viande de chèvre et je ne produisais pas de lait), j'ai basculé en 2017 vers l'élevage de brebis. J'ai conservé quelques chèvres qui me permettent de débroussailler les terres sur lesquelles je vais faire pâturer mes brebis.


  • En 2017, j'ai commencé avec 30 bêtes et cette année (2021) j'en élève 60. Comme je me situe dans une région céréalière, il y a beaucoup de couverts végétaux à disposition, j'ai donc décidé de faire pâturer mes brebis toute l'année en extérieur.


  • Au printemps 2021, j'ai testé le pâturage des blés chez un voisin céréalier, en vue de les déprimer. Au vu des très bons résultats, je prévois d'élargir cette méthode avec d'autres céréaliers et sur d'autres cultures, tel que le lin, à titre expérimental.


Choix de la race ovine

Mes bêtes passant 100% de leur temps en extérieur, j'ai dû m'orienter vers une race rustique. Mon choix s'est porté sur la race Roussin de la Hague qui présente l'avantage d'être une race d'herbage bien adaptée aux pluies et au vent et qui est peu exigeante, tirant bien parti des zones pauvres comme des riches pâturages. C'est une brebis très facile à mener, calme, demandant peu de soins et une alimentation modérée.

Il est important de choisir des brebis qui sont habituées au plein air et qui ont des pattes solides car en cas de terrain très humides, elles peuvent s'enfoncer jusqu'au genou et ça peut engendrer des boiteries si les pattes sont trop fragiles.


Le pâturage

N'ayant pas suffisamment de terre pour garder mes brebis toute l'année sur la ferme et ne souhaitant ni les enfermer, ni les nourrir avec des granulés, je dois leur trouver des terres à pâturer dans mon entourage plus ou moins proche.

Grâce au pâturage chez des agriculteurs qu'ils soient céréaliers ou arboriculteurs, j'arrive à nourrir mes brebis toute l'année en procédant à ce bon échange de procédés : entretien des parcelles contre nourriture.


En grandes cultures

Les couverts végétaux

De l'automne jusqu’à fin janvier début février. Le pâturage des couverts végétaux représente la plus grande source d'alimentation du troupeau. J'ai actuellement 30 ha à disposition chez un céréalier et c'est beaucoup pour 60 bêtes, elles n'arriveront probablement pas à tout manger.

Grâce au système de clôturage embarqué sur mon quad, en 1h les paddocks sont délimités.


Le blé

Pâturage du blé. Crédit photo : Samuel Foubert.

En février 2021, j'ai testé chez un voisin céréalier le déprimage du blé. Et je dois avouer qu'au lendemain matin de la 1ère journée, quand j'y suis retourné c'est moi qui était déprimé! Il a plu 13mm pendant la nuit, si bien qu'au matin la parcelle était un champ de boue, on ne voyait plus le blé. J'ai alors appelé mon voisin qui m'a tout de suite rassuré en me disant que le blé allait repartir. Au final c'est sur cette parcelle que les blés ont été les plus beaux et les moins sales ! Il ne faut donc pas avoir peur du 1er coup d'œil.

Le rendement a été moins bon que sur ses parcelles non pâturées, mais sa marge a été meilleure car il n'a pas eu à désherber car les adventices sont prélevées par les brebis, ni à faire un passage d'insecticide et de fongicide car les feuilles atteintes sont supprimées. Il a juste fait un passage de lisier et un d’azote. Son objectif de supprimer les phytos en vue de passer en bio est atteint.

Cet essai a été suivi par le Réseau des CIVAM Normands, vous trouverez tous les résultats dans ce compte rendu :


Rapport du Rapport du Réseau des CIVAM Normands de l'essai pâturage blé

Au cours de cet essai dont tous les détails sont décrits dans la page Pâturage des ovins dans les céréales, j'ai appris qu'il ne fallait pas laisser les brebis pâturer plus de 24h le même carré, sinon on risque de trop gros dégâts dus au manque de nourriture et au piétinement si le dimensionnement du troupeau est mal évalué. Cela demande donc beaucoup de vigilance !


Le lin

Au printemps 2022, je vais faire un essai de pâturage du lin sur toute petite surface.


En arboriculture

Je fais pâturer mes brebis dans les vergers de pommiers du Parc de Brotonne en vue d'effectuer un désherbage des pommiers en post récolte et en hivernal. Je ne les fais pas pâturer pendant la présence des fruits sur les arbres pour éviter les risques.

Ce sont des arbres de 5-6 ans, en basse tige et je n'ai eu aucune attaque de troncs. Les brebis ont mangé quelques bourgeons mais au final, le propriétaire du domaine a réalisé une superbe économie sur le désherbage.

Le pâturage en arboriculture est plus contraignant à mettre en place qu'en plaine, car il faut mettre des clôtures entre les arbres. L'autre contrainte que je rencontre, c'est que le vergers est loin de chez moi et comme pour le pâturage des blés, il faut être vigilant pour ne pas prendre le risque de laisser les brebis avec moins de nourriture, sinon il y a un risque pour les arbres. Je dois donc régulièrement faire le trajet pour bouger les clôtures et ça me prend pas mal de temps.


En vigne

J'ai en projet de faire pâturer mes brebis dans les vignes, chez un voisin qui s'installe en viticulture. Nous sommes tous les deux intéressés par cette pratique et dès que nous le pourrons, nous la mettrons en place, mais pour le moment nous en sommes au stade de la réflexion pour que tout se passe dans les meilleures conditions.


Hors saison

Du début du printemps jusqu'à la moisson des colzas, je ne laisse pas mes brebis sur des terres cultivées. Dans cette période, je les mets dans des herbages, des bassins de bétoire que l'on me met gracieusement à disposition. J'ai également quelques terrains où j'arrive à faire un peu de foin et un château près de chez moi, me met à disposition 4,5 ha pour éviter d’avoir à les entretenir.

Il n'y a pas d'échange d'argent, c'est un véritable échange de services.


Relations avec les agriculteurs

De manière générale, le partenariat avec les agriculteurs avec lesquels je travaille se passe bien. Grâce au bouche à oreille mon activité se développe même ! Les retours d’expérience positifs font que je suis directement contacté par des céréaliers intéressés par faire pâturer leurs parcelles. Il faut dire, que faire pâturer les couverts coûte moins cher que de sortir le broyeur ou de pulvériser du glyphosate. C'est donc économique, ils diminuent leur IFT et ils gagnent du temps, car ils n'ont rien à faire car je m'occupe d'installer le troupeau et de le surveiller. Le sol en tire également des bénéfices.


Par contre, je ne décide pas de la composition du couvert en place, je prends ce qu’il y a, mes brebis sont éduquées à manger ce qu’elles trouvent. Elles sont en pleine herbe toute l’année. Sur les herbages aussi, elles se débrouillent. Je suis dans une région où il y a beaucoup de couverts végétaux à base de moutarde, ce n’est pas génial en terme alimentaire, mais maintenant il y a de plus en plus de diversification dans la composition des couverts, ils sont plus complets et riches et c'est mieux.


Dans tous les cas, la relation entre éleveur et agriculteurs se passe bien. Ça attire la curiosité et c’est intéressant de faire du partage d’expérience. C’est une meilleure image pour les 2 métiers.


Relations avec les riverains

Au début j'ai eu des petits problèmes qui ont vite été réglés grâce à des échanges pour expliquer ma façon de faire.


Un exemple était au début où je faisais pâturer mes brebis dans les couverts, des gens se sont arrêtés pour se plaindre du fait que mes bêtes n'avaient pas d'abreuvoir. Je leur ai expliqué qu'elles trouvaient toute l'eau dont elles avaient besoin dans leur alimentation, mais pour vraiment être tranquille sur ce point, maintenant je mets un bac dans le paddock. Il est vide mais je ne suis plus embêté avec ça. Je surveille quand même s'il y a du piétinement autour du bac, mais non, mes brebis trouvent toute l'eau dont elles ont besoin dans les couverts.

Crédit photo : Samuel Foubert.

Un autre exemple, a été au moment des premières neiges. J'ai eu des remarques sur le fait que les brebis allaient avoir froid à rester tout le temps en extérieur. C’était un peu galère au départ mais ça va mieux, car là aussi j'ai pris le temps d’expliquer que si la neige ne fond pas sur leur dos, c’est parce que leur laine les isole bien du froid.


Au début, pour me rassurer moi même, j'ai rajouté un râtelier de foin car je craignais qu’elles manquent de nourriture à cause de la neige, mais ça n’a servi à rien. Elles n’y sont même pas allées. Elles fouillent la neige pour atteindre le couvert. En plus la moutarde qui est plus haute que le reste protège les espèces plus rases en se couchant sous le poids de la neige, du coup les brebis écartent la moutarde et mangent le couvert en dessous car il est plus intéressant pour elles.


Là où j'ai eu peur, c'est par rapport au bruit des cloches, car mes brebis en ont toutes une. Mais à ma grosse surprise les gens sont plutôt contents de les entendre car ça leur rappelle la montagne!



Je croise les doigts, mais à ce jour je n'ai subi aucun vol de brebis. Mon équipement de clôture est protégé par des antivols, donc pour le moment je suis tranquille et j'espère que je le resterai.


Mon plus gros problème se situe avec les riverains à 4 pattes : les sangliers. Ils couchent les clôtures 3 fils. Mais les brebis ne se sauvent pas car elles entendent toujours le courant passer dans les fils, donc elles ont l’habitude de ne pas s’en approcher. Le préfet du département vient de publier un message comme quoi un loup serait de retour dans l’Eure, j'espère qu'il restera loin de nous.


Investissements

Système de clôture embarqué sur le quad. Crédit photo : Samuel Foubert.

En dehors de l'achat des brebis, mes investissements se sont limités au quad, aux clôtures et au système de clôture embarqué sur le quad.

  • Clôture : environ 1€ HT/m.
  • Système quad : "Spider pac pour quad" en 3 fils électriques : environ 3500€ HT.


Je suis en autofinancement, car étant double actif, je ne passe suffisamment d'heures sur l'exploitation pour être reconnu comme éleveur et être éligible à d'éventuelles aides.


Mes conseils aux éleveurs

Crédit photo : Samuel Foubert.
  • Choisir des brebis habituées au plein air, avec des pattes solides. Des fois sur les couverts avec un hiver humide, elles peuvent s’enfoncer jusqu’au genou. Ca peut engendrer des blessures, alors autant éviter ça.
  • Se renseigner avant de se lancer dans un pâturage. Je ne me lance pas comme ça sans réfléchir. Je veux avoir un minimum de notions, d’appuis plus ou moins techniques sur ce qu’il faut faire ou éviter de faire. Pour le pâturage du blé on peut mettre la culture à 0 si on agit trop tard ou si on laisse trop piétiner, ça peut aller vite.
  • Attention à la complémentation minérale. Sur couverts végétaux, il n'y a pas de problème, mais le blé n'étant pas un super aliment il faut veiller à leur équilibre alimentaire.
  • Bien adapter la taille des paddocks sur blé au nombre de brebis et à ce qu’elles ont consommé la veille, sinon il y a risque pour le blé. Le pâturage de blé c’est ce qui demande le plus de surveillance. Sur un couvert ce n’est pas grave mais sur le blé c’est risqué.


Mes conseils aux agriculteurs

  • Ne pas avoir peur de la baisse de rendement, car au final la marge peut être identique entre un conventionnel et un qui fait pâturer. La baisse de rendement est contre balancée par le gain en intrant et les passages évités.
  • Ne pas avoir peur de l’aspect visuel du blé au 1er coup d'œil après le pâturage. Le blé repart vite, il est plus sain et plus propre. Le céréalier chez qui j'ai réalisé mon 1er essai de pâturage du blé, avait aussi pour but d’économiser le passage d’un raccourcisseur, mais ça n’a pas été possible car au final, le blé a fait 8cm de plus que le non pâturé !


Blé juste après pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé juste après pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé juste après pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé juste après pâturage avec la bande témoin. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé ayant repris le dessus suite au pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé ayant repris le dessus suite au pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.
Blé ayant repris le dessus suite au pâturage. Crédit Photo : Samuel Foubert.


Bilan

Samuel Foubert. Crédit photo : Samuel Foubert.

Je suis satisfait de ma façon d'élever mes brebis car elles sont faites pour vivre dehors. Le fait de ne pas avoir de terre et de tourner sur différentes parcelles permet de diversifier leur alimentation mais aussi de faire de bons échanges gagnants-gagnants avec des agriculteurs ou des particuliers.

Faire revivre le métier de berger de plaine attise la curiosité et me permet d'expliquer cette pratique ancienne, qui apporte un avantage non négligeable aux agriculteurs : réduire leur consommation en herbicides, insecticides et fongicides.

Vu l'intérêt grandissant qu'ont les agriculteurs pour mes brebis, je compte continuer dans cette voie et aussi faire d'autres essais de pâturage.


Perspectives

Je souhaite agrandir mon troupeau et atteindre les 300 bêtes, mais je dois avant tout être sûr de pouvoir tout écouler. Ma compagne réalise une étude de faisabilité. Pour le moment j'arrive à tout vendre grâce aux réseaux sociaux, mais je suis en train de me renseigner pour rejoindre le groupement de producteurs “RAS’campagne".


Il y a également un projet d'abattoir mobile qui se monte, ça m'intéressait bien de travailler avec quand il sera opérationnel.


Mon objectif à terme est de devenir éleveur à temps plein et d'arrêter ma double activité.


Si cet article vous a plu, n'oubliez pas de l'applaudir en cliquant ci-dessous. Pour rester informé des évolutions qui lui seront apportées, cliquez sur "Suivre". Et si vous voulez partager votre expérience avec la communauté autour de ce sujet, cliquez sur "Je le fais".

Pour aller plus loin


Source

Interview réalisée le 23-11-2021.


Annexes

Leviers évoqués dans ce système

Matériels évoqués dans ce retour d'expérience

Cultures évoquées


Partager sur :