Aménagement d'une bande enherbée floristique pour favoriser la biodiversité

De Triple Performance
Couvert pérenne enrichi avec des plantes à fleurs. Crédit photo : Charles Boutour.


Dans les aménagements favorables aux auxiliaires et à la biodiversité possibles, il y a la mise en place d'un couvert herbacé et floristique.


Objectif

Aussi nommées « beetle banks », les bandes enherbées sont de véritables réservoirs à carabes et à pollinisateurs[1].


Il est possible de maximiser la présence des insectes auxiliaires en choisissant une composition du couvert herbacé et floristique adaptée au contexte pédoclimatique et économique de chaque exploitation. La composition doit cependant être diversifiée et basée en majorité sur des plantes dicotylédones de familles diverses et variées[2]. Cette mixité de plantes à fleurs est intéressante car elle permettra une floraison étalée le plus longtemps possible[3]. Lors de la période de reproduction (mai-juin), le couvert herbacé apporte une grande diversité d’insectes qui sont fondamentaux pour la réussite des couvées[4][5].

Fonctionnement

Les graminées protègent les insectes rampants du sol type carabes grâce à leur emprise au sol (forme de touffe dressée).


Les légumineuses favorisent les diptères comme les syrphes, les hyménoptères (abeilles sauvages et domestiques).


Les apiacées (exemple les carvis) ou les astéracées (exemple le pissenlit commun) sont favorables à une famille d’insectes diversifiée comme les micro-guêpes parasitoïdes (prédateur de nombreux ravageurs : altises, pucerons…)[6].


Parole d'expert

« Chez les auxiliaires, ce sont majoritairement les larves qui consomment ou parasitent les ravageurs. Les adultes ont besoin de pollen et de nectar pour pondre. Les fleurs sont donc essentielles pour favoriser la régulation naturelle des ravageurs.» David Granger, Chargé de mission agriculture, faune sauvage et dégâts de gibier à l’Office Français de la Biodiversité.


Mélange annuel/biannuel

Couvert herbacé biannuel. Crédit photo: Charles Boutour.

Durabilité: 1 à 3 ans.

Avantages

  • Economique : Semence peu onéreuse et facilement disponible.
  • Biodiversité : Repère rapidement installé. Abris et couvert rapidement en fonction. Production de nectar et pollen en période estivale et apport de graines en période d’hivernage.

Inconvénients

  • Economique : Obligation de re-semis plus fréquent, tous les 1 à 3 ans.
  • Biodiversité : Période de vide (entre les périodes de destruction du vieux couvert et semis du nouveau). Difficile d’obtenir une floraison étalée.


Exemple d'espèces

Phacélie, chou, trèfle d’Alexandrie, sarrasin, millet, tournesol, sorgho, avoine, moha, trèfle, vesce, minette, seigle, triticale

Point d'intérêt

Ne pas hésiter à semer tardivement au printemps, pour limiter la concurrence avec les adventices et les ravageurs.

Mélange pérenne

Couvert herbacé pérenne. Crédit photo: Charles Boutour.

Durabilité: 5 à 7 ans minimum.

Avantages

  • Economique : 1 seul semis à effectuer pour plusieurs années. Pas d’intervention particulière sauf en cas d’embroussaillement (1 fois tous les 2 à 5 ans).
  • Biodiversité : Repère durable dans le temps. Gite et couvert à chaque période de l’année. Production de nectar et pollen étalée.

Inconvénients

  • Economique : Semence onéreuse et qui peut être difficile à trouver.
  • Biodiversité : Couvert long à s’installer (2 à 3 ans pour être pleinement efficace).

Exemple d'espèces

Dactyle aggloméré, luzerne cultivée, fétuque élevée, achillée millefeuille, alliaire pétiolée, avoine élevée, berce sphondyle, coronille bigarée, julienne des dames, marguerite, trèfle des prés, mélilot, trèfle

Point d'intérêt

Le semis à l’automne favorise l’implantation du couvert.


Ces 2 types de mélanges sont assez complémentaires à l’échelle du territoire.

Quel mélange choisir ?

Certaines espèces sont à proscrire dans les bassins de production de semences comme la carotte sauvage, la chicorée sauvage et le panais sauvage (risque de pollution des parcelles de semences). Pour les mélanges pérennes, il est conseillé de choisir des semences avec la mention végétal local apportant la garantie de plante d’origine régionale. Ces plantes seront donc plus à même de s’adapter aux conditions pédoclimatiques de l’exploitation. C’est aussi l’assurance que la flore soit bien adaptée aux populations d’insectes auxiliaires dites indigènes ou autochtones.


Pour vous aider dans le choix de la composition d’une zone herbacée pour favoriser les auxiliaires des cultures, vous pouvez vous reporter à ce document : (https://arena-auximore.fr/wp-content/uploads/2014/10/Annexes.pdf Optimiser le contrôle biologique des bioagresseurs en système de grandes cultures - Auximore).

Pour aller plus loin

Il peut être intéressant de :

  • Mixer les types et formes de couvert sur un même linéaire : alterner bande enherbée, jachère fleurie, miscanthus, etc.
  • Associer des buissons ou une haie aux couverts herbacés.
  • Ajouter des agrainoirs (sceau pour un apport complémentaire de nourriture aux oiseaux) pour favoriser la survie des oiseaux des champs.
  • Ajouter sur les aménagements des tas de bois ou de branches. Ces éléments seront très favorables à l’hivernage des insectes. De plus, ces petits monticules sont plébiscités par les oiseaux mâles lors des champs territoriaux.


Sources


  1. Thomas M.B., Wratten S.D., Sotherton N.W. ; 1991. Creation of ‘island’ habitats in farmland to manipulate populations of beneficial arthropods: predator densities and emigration. Journal of Applied Ecology, 28, 906-917
  2. Wäckers F.L., van Rijn P.C.J. ; 2012. Pick and mix: Selecting flowering plants to meet the requirements of target biological control insects. In: Biodiversity and Insect Pests: Key Issues for Sustainable Management (Eds. G.M. Gurr et al.). John Wiley & Sons, Ltd, Chichester, 139–165.
  3. Tschumi et al ; 2016. Les bandes fleuries pour auxiliaires limitent les ravageurs dans les grandes cultures
  4. Aebischer N.J., Green R.E., Evans A.D. ; 2000. From science to recovery: four case studies of how research has been translated into conservation action in the UK. Pages 140-150 in: J.A. Vickery, P.V. Grice, A.D. Evans & N.J. Aebischer (eds.) The Ecology and Conservation of Lowland Farmland Birds. British Ornithologists’ Union, Tring.
  5. Bro. E ; 2016. La Perdrix grise. Biologie, écologie, gestion et conservation. Biotope, Mèze, 304p
  6. Casdar Muscari (2015-2018), Ministère de l’Agriculture et l’Alimentation.

Annexes