Non-Labour : Ce que les agriculteurs italiens ont à nous apprendre

De Triple Performance
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Dans cette conférence, l’agronome italien Andrea Fazolo partage l’expérience des agriculteurs du nord de l’Italie face à la dégradation des sols, aux excès climatiques et aux limites du labour profond. À partir d’essais menés sur sa ferme et dans la région de Padoue, il montre comment la baisse de matière organique fragilise les sols limoneux, réduit leur capacité d’infiltration et accentue sécheresse, battance et érosion. Andrea Fazolo défend une transition vers le non-labour, les couverts végétaux, le semis direct et une couverture permanente du sol. Il illustre, chiffres et observations de terrain à l’appui, les bénéfices sur la structure, la vie biologique — notamment les vers de terre —, la gestion de l’eau, la fertilité et parfois même la santé des cultures. Son message est clair : pour régénérer durablement les sols, il faut nourrir le sol avant la plante et repenser les systèmes agricoles dans leur ensemble.

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Résumé
Dans cette conférence, l’agronome italien Andrea Fazolo partage l’expérience des agriculteurs du nord de l’Italie face à la dégradation des sols, aux excès climatiques et aux limites du labour profond. À partir d’essais menés sur sa ferme et dans la région de Padoue, il montre comment la baisse de matière organique fragilise les sols limoneux, réduit leur capacité d’infiltration et accentue sécheresse, battance et érosion. Andrea Fazolo défend une transition vers le non-labour, les couverts végétaux, le semis direct et une couverture permanente du sol. Il illustre, chiffres et observations de terrain à l’appui, les bénéfices sur la structure, la vie biologique — notamment les vers de terre —, la gestion de l’eau, la fertilité et parfois même la santé des cultures. Son message est clair : pour régénérer durablement les sols, il faut nourrir le sol avant la plante et repenser les systèmes agricoles dans leur ensemble.

Dans ce webinaire, nous recevons Andrea Fazolo, agronome de terrain et agriculteur passionné, pour une plongée au cœur de son exploitation en Italie. De la théorie à la pratique, il nous dévoile son système de culture, la gestion de ses sols, et ses itinéraires techniques en semis direct.




Présentation d’Andrea Fazolo

Cette intervention accueille Andrea Fazolo, agronome italien installé près de Padoue, dans la région de la Vénétie. Il accompagne des agriculteurs sur le terrain, conduit aussi une petite ferme en agriculture de conservation, et a réalisé un doctorat scientifique sur ce même sujet. Sa propre ferme a servi de support d’étude pour observer les effets des pratiques de conservation des sols sur les rendements et sur la vie biologique du sol.

L’un des points importants de cette rencontre est qu’Andrea Fazolo parle couramment français et connaît bien le contexte agricole français. Il vient donc présenter ses travaux, ses observations de terrain et les enseignements qu’il tire de l’expérience italienne sur le non-labour, les couverts végétaux, la fertilité biologique et la régénération des sols.

Le contexte agricole du nord-est de l’Italie

Andrea Fazolo travaille principalement dans le nord-est de l’Italie, autour de Padoue, dans la région de la Vénétie, c’est-à-dire le territoire de Venise et de sa grande plaine agricole.

Il explique que les sols de son secteur sont souvent des sols lourds, avec une texture dominée par le limon, peu caillouteux, et présentant de fortes fragilités structurales. Ces sols sont particulièrement sensibles :

Selon lui, le sujet central est celui de la fertilité du sol, qui ne peut pas être réduite à un seul facteur. Elle résulte de la combinaison de plusieurs dimensions :

  • la fraction minérale ;
  • la matière organique ;
  • la structure du sol ;
  • la porosité ;
  • l’activité biologique ;
  • les dynamiques de circulation de l’eau et de l’air.

Il rappelle qu’un sol fertile est un sol bien structuré, avec un équilibre entre la fraction solide et la porosité. Même si la matière organique ne représente souvent que 2 à 4 % du sol, son rôle est central dans la fertilité.

Une situation très préoccupante en matière organique

Andrea Fazolo montre que dans une grande partie de la Vénétie, les teneurs en carbone organique et en matière organique sont très faibles.

Il insiste sur le fait qu’une large part des terres agricoles de plaine se situe à des niveaux très bas, souvent autour de :

  • 1,2 % ;
  • 1,5 % ;
  • parfois moins de 2 %.

Il rappelle qu’à l’université, certains anciens professeurs considéraient déjà qu’en dessous de 2 % de matière organique, un sol est proche de la désertification. Or, selon lui, beaucoup de surfaces agricoles de sa région sont déjà dans cette situation.

Cette image devrait, d’après lui, faire fortement réfléchir les agriculteurs et les techniciens, mais il estime que la prise de conscience reste encore trop faible. Le problème n’est pas seulement agronomique : il devient aussi climatique, économique et stratégique pour la pérennité de l’agriculture.

Le changement climatique révèle la chute de fertilité des sols

Pour Andrea Fazolo, les dernières années ont rendu visible la fragilité des sols. La baisse de fertilité accumulée au fil des décennies se manifeste désormais par une incapacité des sols à supporter les extrêmes climatiques.

La sécheresse de 2022

L’année 2022 a été marquée par une sécheresse très forte. Dans la région, les cultures de maïs et de soja, très répandues, ont énormément souffert.

Pour le maïs, il rappelle qu’il y avait déjà eu des années très difficiles comme 2003 ou 2012. En revanche, pour le soja, 2022 a constitué une situation particulièrement marquante, avec parfois des parcelles où l’émergence n’a même pas eu lieu correctement.

Il décrit aussi des champs qui semblaient beaux à la fin juin mais qui se sont fortement dégradés dans les semaines suivantes, faute d’eau. Même des petites parcelles de blé qu’il cultivait ont montré cette dégradation progressive.

Les excès d’eau de 2023 et 2024

À l’inverse, l’année 2023 a apporté une situation presque opposée, avec des pluies abondantes et violentes. Dans plusieurs zones de la plaine, les maïs ont souffert d’excès d’eau ; des agriculteurs ont dû ressemer. Les problèmes de désherbage se sont aussi aggravés, car les interventions sont devenues difficiles ou inefficaces.

La situation s’est prolongée :

  • à l’automne 2023 ;
  • pendant l’hiver 2023-2024 ;
  • au printemps 2024 ;
  • puis encore en 2025 dans sa première partie.

Andrea Fazolo se souvient notamment d’une période où, en l’espace d’une semaine, des blés sont passés d’environ 18–20 % d’humidité à 11–12 %, avec des phénomènes d’échaudage très rapides. En mai 2025 encore, il observait de grandes difficultés pour semer.

Selon lui, cette alternance de sécheresses sévères et d’excès d’eau violents montre que les sols ont perdu leur capacité tampon.

Le labour profond reste la norme dans beaucoup d’exploitations

Malgré ces constats, Andrea Fazolo explique que l’on voit encore très souvent en Italie des pratiques de labour profond, parfois au-delà de 35 cm, et même jusqu’à 50 cm. Il précise qu’il ne s’agit pas de labours exceptionnels, mais d’une pratique tout à fait normale dans beaucoup d’exploitations.

Il montre l’exemple récent d’un agriculteur ayant labouré avec un petit tracteur et une charrue à un corps, sur sol très humide. Même avec un chantier de petite taille, les dégâts sur la structure peuvent être très importants.

Il souligne plusieurs conséquences de ces pratiques :

  • destruction de la structure ;
  • perturbation de la porosité ;
  • tassements et semelles ;
  • difficulté à préparer ensuite un lit de semences correct ;
  • enfouissement de biomasse fraîche dans un milieu pauvre en oxygène ;
  • fermentations défavorables ;
  • déséquilibres microbiologiques ;
  • remontée en surface de terres pauvres, peu structurées et pauvres en matière organique.

Selon lui, cette logique reste très ancrée culturellement. Beaucoup d’agriculteurs associent encore intimement agriculture et travail du sol, comme si l’agriculture était née avec le labour et ne pouvait exister sans lui.

La fragilité du sol est sous-estimée

Andrea Fazolo insiste beaucoup sur la nécessité de changer de regard sur le sol. Il montre une image de la région viticole pour rappeler que le sol n’est qu’une mince pellicule très fragile à l’échelle de la planète, et que les agriculteurs ont l’honneur mais aussi la responsabilité de la cultiver et de la transmettre aux générations futures.

Il compare cette attention au soin apporté l’hiver aux machines agricoles. On entretient les tracteurs, les outils, les équipements, mais il pose la question : quelle gestion applique-t-on réellement à l’autre grand capital de la ferme, le sol ?

Il critique le fait que beaucoup de terres passent encore tout l’hiver nues, exposées :

  • au gel ;
  • à la pluie ;
  • à la déstructuration ;
  • à l’érosion.

Historiquement, cela permettait de rendre les sols plus faciles à travailler au printemps, mais il estime qu’aujourd’hui cette logique n’est plus adaptée, surtout avec les matériels modernes beaucoup plus lourds et les perturbations beaucoup plus intenses qu’autrefois.

L’alourdissement du matériel masque la dégradation des sols

Andrea Fazolo rappelle que, dans l’histoire longue, le travail du sol se faisait autrefois de manière plus superficielle et avec des machines beaucoup plus légères. Selon lui, le grand saut s’est produit avec la révolution industrielle, puis surtout avec l’augmentation rapide de la puissance et du poids des matériels au cours des quarante dernières années.

Aujourd’hui :

  • les machines sont plus lourdes ;
  • les profondeurs de travail sont plus importantes ;
  • l’intensité de perturbation n’a plus rien à voir avec celle du passé.

Cela produit des sols de moins en moins fertiles, de moins en moins faciles à travailler. Mais paradoxalement, cette dégradation est masquée par l’augmentation de la puissance disponible. On continue à travailler les terres grâce à des outils toujours plus gros, sans toujours voir que le sol a perdu sa friabilité naturelle.

Le rôle central de la biologie du sol

Un thème majeur de l’intervention est la vie du sol. Andrea Fazolo cite des travaux menés en France comparant agriculture biologique, agriculture conventionnelle et agriculture de conservation. Ces travaux montrent que les systèmes de gestion du sol influencent fortement l’abondance et la diversité des organismes du sol.

Les vers de terre comme acteurs majeurs

Il insiste particulièrement sur les vers de terre, qu’il considère comme des acteurs centraux de la fertilité :

  • ils enfouissent la matière organique ;
  • ils construisent la structure ;
  • ils créent de la porosité ;
  • ils favorisent l’infiltration de l’eau ;
  • ils participent au mélange entre horizons et résidus organiques.

Il rappelle la distinction écologique, bien connue en France, entre :

  • vers épigés ;
  • vers endogés ;
  • vers anéciques.

Pour lui, ce qui compte comme agronome n’est pas tant de reconnaître chaque espèce que de comprendre leurs comportements et leurs fonctions.

Il montre des photos prises dans un de ses champs, devant chez lui, où les résidus de maïs laissés en surface sont rapidement recouverts de terre par l’activité biologique. Même en quelques jours, les turricules et l’ingestion de terre rendent visible ce travail.

L’indice QBS vers de terre

En Italie, à l’université de Padoue, un indicateur a été développé : le QBS, pour qualité biologique du sol. Il existe une version fondée sur les arthropodes, puis une autre adaptée aux vers de terre.

Dans l’un de ses champs :

  • dernier labour en 2012 ;
  • puis travail simplifié jusqu’en 2019 ;
  • ensuite passage progressif au semis direct.

Une première évaluation en 2022 a montré environ 230 vers de terre par m². Puis, en novembre 2024, il a mesuré environ 450 vers de terre par m². La population continue donc d’augmenter.

Pour lui, ces niveaux sont comparables à ceux que l’on trouve parfois dans des vergers, voire dans des bois, bien plus que dans des terres agricoles classiques.

Des tests visuels très parlants : infiltration, stabilité, humidité

Andrea Fazolo utilise plusieurs démonstrations de terrain qu’il juge très pédagogiques.

Le simulateur de pluie

Avec des partenaires agricoles, l’université et la ville de Padoue, il a participé à la mise au point d’un petit simulateur de pluie. L’objectif est de comparer la réaction de différents sols.

Sur un sol en conservation avec couverture morte, il observe :

  • très peu de ruissellement ;
  • très peu de terre emportée ;
  • une bonne infiltration.

Sur le sol conventionnel voisin :

  • forte présence d’eau en surface ;
  • écoulement chargé de terre ;
  • infiltration limitée.

Il explique qu’un bon sol doit fonctionner comme une éponge :

  • résister à l’impact des gouttes ;
  • rester poreux ;
  • laisser entrer l’eau ;
  • la stocker ;
  • la faire circuler en profondeur.

Il remarque aussi qu’après la pluie, certains sols paraissent gorgés d’eau en surface alors qu’en dessous ils restent secs. Cela révèle une incapacité à absorber réellement les pluies reçues.

Les slake tests

Il pratique régulièrement les slake tests, ou tests de stabilité structurale. Ces tests consistent à plonger des mottes dans l’eau pour voir si elles restent agrégées ou si elles s’effondrent.

Il compare souvent ses parcelles en conservation avec des parcelles voisines travaillées :

  • dans les parcelles couvertes et peu perturbées, la motte reste stable ;
  • dans les parcelles nues et travaillées, la motte se délite rapidement.

Il utilise ces tests depuis 2017, car ils sont très parlants pour faire réfléchir les agriculteurs à la structure du sol.

La conservation de l’humidité

Une autre observation importante porte sur l’humidité du sol. En mars 2021, dans une comparaison entre sa parcelle et celle du voisin :

  • sa parcelle semée en direct sur chaumes de soja, avec couvert, gardait encore une certaine humidité ;
  • la parcelle voisine, labourée à l’automne puis laissée nue, était très sèche et sans porosité.

Il insiste sur un point souvent mal compris : même si la végétation consomme de l’eau, un sol vivant, couvert et structuré conserve mieux l’humidité qu’un sol nu, qui perd presque toute son eau par évaporation et qui ne sait plus la stocker correctement.

Le sol se régénère vite si l’on change les pratiques

Dans plusieurs plateformes expérimentales, notamment à la ferme expérimentale de ValleVecchia de l’agence régionale Veneto Agricoltura, Andrea Fazolo a pu observer que les différences de structure deviennent très visibles après quelques années seulement.

Dans des essais mis en place dans le cadre du projet européen Life HelpSoil, les comparaisons entre :

  • systèmes conventionnels ;
  • systèmes avec couverts et travail du sol ;
  • systèmes en agriculture de conservation ;

ont montré, après quelques années, des différences nettes de stabilité structurale.

Selon lui, avec un sol toujours couvert, protégé par les résidus et les couverts, et avec une réduction forte du travail du sol, on conserve non seulement la fertilité, mais le sol lui-même.

L’érosion existe aussi en plaine

Andrea Fazolo rappelle que même dans une région très plate, l’érosion existe. Elle est moins spectaculaire que sur les terres en pente, comme dans certaines régions françaises, mais elle est bien réelle.

Il estime que l’on peut perdre tout de même 3 à 4 tonnes de sol par hectare en plaine par érosion de surface.

Le problème est double :

  • on perd la couche la plus fertile, la plus riche en argile et en matière organique ;
  • on exporte aussi vers le territoire et les eaux de surface des éléments polluants liés aux activités agricoles.

Il rappelle plus largement qu’au niveau européen, on perd environ un milliard de tonnes de sol par an, ce qui est selon lui un chiffre impressionnant auquel on ne prête pas assez attention.

Les couverts végétaux au cœur de la stratégie

Pour Andrea Fazolo, les couverts végétaux sont un levier central. Ils ne sont pas un simple outil complémentaire, mais une clé de la régénération.

Il insiste sur plusieurs fonctions :

  • protection physique du sol ;
  • alimentation de la biologie ;
  • apport de biomasse ;
  • recyclage de fertilité ;
  • amélioration de la structure ;
  • compétition vis-à-vis des adventices ;
  • stockage de carbone ;
  • stimulation de la rhizosphère.

Il rappelle qu’il faut des plantes vivantes dans le sol le plus longtemps possible. Autour des racines, dans la rhizosphère, l’intensité de l’activité biologique est bien plus forte. Les plantes communiquent avec les micro-organismes via les exsudats racinaires et stimulent toute une série de processus.

Il faut donc aller au-delà d’une vision simplifiée où l’on n’aurait dans le champ que des rangs de maïs espacés : le système doit être intensifié biologiquement, avec davantage de diversité et de temps de couverture.

Produire beaucoup de biomasse

Andrea Fazolo montre de nombreux exemples de couverts très productifs. Il utilise depuis 2017 les méthodes MERCI, qu’il a probablement été parmi les premiers à employer en Italie, notamment avec l’appui de Sébastien Minette.

Il a mesuré dans certains cas :

  • plus de 10 tonnes de matière sèche par hectare ;
  • parfois 12 ou 13 tonnes dans certaines situations.

Par exemple, dans un couvert semé début août 2021 et observé environ 80 jours plus tard, il décrit un mélange comprenant :

Le 20 octobre 2021, il est revenu semer directement du blé dans ce couvert, sans roulage, sans broyage, sans désherbage préalable.

Il insiste aussi sur la nécessité de bien choisir :

  • les espèces ;
  • les variétés ;
  • la date de semis ;
  • le contexte pédoclimatique.

En Italie, les moissons d’été ont souvent lieu fin juin, puis viennent des périodes très chaudes et sèches. Les semis de couverts d’été ne réussissent donc pas toujours facilement, contrairement à certaines situations françaises.

Le grand malentendu italien : enfouir les couverts

Andrea Fazolo consacre un passage important à ce qu’il considère comme une erreur fréquente en Italie et ailleurs en Europe : l’enfouissement des couverts végétaux et plus généralement de la biomasse fraîche.

Il explique qu’en Italie, beaucoup d’agriculteurs utilisent encore le terme de sovescio pour désigner ces pratiques, mais que cela conduit souvent à acheter des semences de couverts pour ensuite les enfouir au labour ou à l’aide d’un travail du sol important.

Les résultats d’un essai de longue durée

Avec Veneto Agricoltura et l’université de Padoue, une expérimentation importante a comparé pendant sept ans trois approches :

  • agriculture conventionnelle : travail du sol, pas de couvert ;
  • agriculture de conservation : pas de travail du sol, avec couverts ;
  • approche intermédiaire : travail du sol + couverts.

Pendant les quatre premières années, la rotation était blé-soja-maïs-colza, avec l’ensemble des cultures présentes sur les trois fermes expérimentales.

Les résultats ont montré que le système travail du sol + couverts apportait au total le plus de carbone au sol, grâce à :

  • des cultures de rente productives ;
  • de la biomasse supplémentaire produite par les couverts ;
  • les racines.

Mais malgré cet apport de carbone plus élevé, c’est ce système qui a vu son stock de carbone organique chuter le plus. Au bout de sept ans, il manquait environ 2 tonnes de carbone organique dans le sol.

La conclusion d’Andrea Fazolo est très claire : le travail du sol, et le labour en particulier, est le moyen le plus efficace pour brûler la matière organique et la renvoyer dans l’atmosphère.

Selon lui, la charrue devrait presque être reléguée au rang de vieux souvenir de l’agriculture passée.

Nourrir le sol pour que le sol nourrisse la culture

Andrea Fazolo résume sa philosophie en une idée simple : il faut d’abord nourrir le sol, pour que le sol soit ensuite capable de nourrir la culture.

Il estime qu’il faut dépasser une logique où les fertilisants sont apportés uniquement pour couvrir les besoins immédiats de la culture de rente. L’objectif doit être d’évoluer vers des systèmes :

  • plus autofertiles ;
  • plus autonomes ;
  • plus biologiquement actifs.

Dans cette perspective, les couverts végétaux ont un rôle central. Ils doivent produire de la biomasse, nourrir les micro-organismes, recycler les éléments nutritifs et accroître la fertilité du système.

La gestion des adventices doit devenir écologique

Un autre fil conducteur de l’intervention est la gestion des mauvaises herbes.

Andrea Fazolo estime que le travail du sol donne souvent l’illusion de contrôler l’enherbement, mais que cet effet est provisoire. Même après un labour profond, les parcelles peuvent être de nouveau très enherbées quelques mois plus tard.

Il propose donc une approche plus écologique :

  • couverture permanente ;
  • compétition des couverts ;
  • rotations ;
  • gestion anticipée des levées ;
  • réduction de la biomasse adventice plutôt que recherche d’une disparition complète.

Il explique qu’avec les couverts, on n’élimine pas forcément toutes les mauvaises herbes, mais on réduit fortement leur biomasse, en particulier celle des dicotylédones. Elles deviennent alors plus faciles à gérer, chimiquement ou mécaniquement.

Il souligne aussi l’importance d’anticiper :

  • si des adventices sont déjà installées au moment du semis du couvert, elles peuvent fortement pénaliser la biomasse produite ;
  • un couvert mal implanté perd alors une partie de son effet agronomique.

Les limites techniques existent, surtout au démarrage

Andrea Fazolo n’idéalise pas la transition. Il répète à plusieurs reprises que ces systèmes :

  • ne sont pas faciles ;
  • demandent de l’apprentissage ;
  • exigent des adaptations techniques ;
  • supposent parfois de petits travaux du sol au début.

Sur certains sols, notamment limoneux et fragiles, il peut être nécessaire au démarrage :

  • de faire un léger travail superficiel ;
  • d’aider l’implantation du couvert ;
  • de corriger ponctuellement certaines compactions ou semelles.

Mais il insiste : il faut faire attention à ne pas trop travailler, sous peine d’annuler les bénéfices recherchés.

Il note aussi qu’en Italie :

  • les semoirs monograines adaptés au semis direct sont peu diffusés ;
  • les fermes sont souvent petites ;
  • les parcelles sont morcelées ;
  • la coopération entre agriculteurs est moins développée qu’en France ;
  • l’accès au matériel est plus compliqué.

Des essais personnels sur la fertilité et l’azote

Dans les parcelles qui ont servi à son doctorat, Andrea Fazolo a étudié les liens entre fertilité du sol, couverts végétaux et performances des cultures.

Il a poursuivi ces essais après la fin de son doctorat en 2023, notamment sur :

  • différentes modalités d’apport d’azote ;
  • différentes formes d’azote ;
  • l’usage de micro-organismes capables d’aider à fixer l’azote ;
  • la comparaison entre parcelles avec ou sans couvert végétal préalable.

L’objectif est de comprendre comment le sol répond aux changements de pratiques, et comment une partie de l’azote minéral peut être substituée ou mieux valorisée grâce à la biologie du sol.

Les mélanges de couverts et l’autoproduction de semences

Andrea Fazolo réalise beaucoup d’essais de mélanges de couverts. Il cherche aussi à reproduire une grande partie de ses propres semences de couverts.

Dans plusieurs essais, il montre que :

  • les mélanges faits à la ferme peuvent produire plus de biomasse ;
  • ils peuvent piéger davantage d’azote ;
  • ils coûtent beaucoup moins cher que les mélanges commerciaux déjà prêts.

Il donne l’exemple d’un essai où les mélanges préparés par ses soins ont produit plus de biomasse que trois autres mélanges testés, avec des coûts de semences divisés par presque trois.

Pour lui, cela fait partie du travail d’accompagnement des agriculteurs : tester, comparer, simplifier et réduire les coûts sans perdre en efficacité.

Le semis direct dans de fortes biomasses : promesses et difficultés

Andrea Fazolo présente aussi plusieurs expériences de semis direct dans des couverts très développés, notamment pour le soja.

Ces situations sont prometteuses, mais techniquement délicates :

  • semer dans 12 ou 13 tonnes de biomasse devient très difficile ;
  • certaines cultures sensibles, comme le soja, peuvent souffrir ;
  • les limaces ou l’humidité peuvent créer des problèmes ;
  • il faut parfois réduire la biomasse avant semis ou affiner la gestion du couvert.

Il mentionne notamment des essais conduits en 2023 avec différentes espèces de couverts et différentes modalités de gestion, où le développement du soja n’a pas toujours été parfait. Il estime toutefois que les essais plus récents l’aident à mieux comprendre comment améliorer ces itinéraires.

Intégrer les animaux : une étape supplémentaire

Dans la logique de l’agriculture régénératrice, Andrea Fazolo voit l’intégration de l’élevage et du pâturage comme une étape importante.

Dans son contexte, cela reste difficile :

  • petites parcelles ;
  • exploitations fragmentées ;
  • peu de possibilités de pâturage direct.

Mais il estime que l’intégration des animaux serait une manière particulièrement intelligente et écologique de refermer les cycles, de valoriser les biomasses et de soutenir la fertilité.

Il montre aussi des exemples de cultures fourragères ou de repousses valorisées en foin, qui permettent d’observer comment la fertilité du sol réagit et se mémorise d’une année à l’autre.

Des effets visibles sur la santé des cultures

L’un des résultats les plus marquants de son approche est, selon lui, l’amélioration de la santé des cultures.

Réduction des maladies

Il montre des comparaisons de blé au printemps 2023 :

  • d’un côté, des parcelles avec problèmes fongiques probables, notamment de septoriose ;
  • de l’autre, des cultures se comportant beaucoup mieux dans un sol mieux géré.

Il cite aussi les expérimentations françaises montrant qu’un sol bien géré avec couverts et semis direct peut contribuer à réduire les maladies foliaires.

      1. Réduction des traitements

Sur ses propres parcelles, Andrea Fazolo indique :

  • ne jamais avoir utilisé d’insecticides foliaires ;
  • avoir supprimé les fongicides sur blé ;
  • utiliser des semences de ferme non traitées ;
  • avoir également supprimé les traitements destinés à gérer la fusariose.

Il relie cela à un ensemble cohérent :

  • diversité des couverts ;
  • rotation ;
  • fertilité du sol ;
  • structure ;
  • activité biologique.

Agriculture régénératrice : des principes d’ensemble

Andrea Fazolo se définit aussi comme membre de l’alliance européenne pour l’agriculture régénératrice. Pour lui, cette approche repose sur quelques grands principes :

  • faire face au contexte local réel ;
  • réduire au maximum la perturbation du sol ;
  • garder des racines vivantes le plus longtemps possible ;
  • maintenir le sol couvert ;
  • intensifier biologiquement les systèmes ;
  • diversifier les espèces ;
  • observer et s’adapter.

Il insiste sur le fait que ces principes doivent toujours être adaptés au territoire :

  • taille des champs ;
  • niveau d’équipement ;
  • structure des exploitations ;
  • climat ;
  • type de sol ;
  • cultures présentes.

Il évoque aussi une forme d’approche opportuniste, consistant à garder le sol couvert en permanence puis à valoriser cette biomasse selon les conditions :

  • en fourrage ;
  • en semences ;
  • en couvert restitué ;
  • en culture suivante.

Les inspirations venues de France

Tout au long de son intervention, Andrea Fazolo remercie et cite plusieurs inspirations françaises.

Il explique utiliser beaucoup d’outils, de références et de ressources venus de France :

  • les logiciels et ressources pour construire des mélanges ;
  • les méthodes MERCI ;
  • les retours d’expériences d’agriculteurs et de techniciens ;
  • les travaux autour de l’agroécologie et des couverts végétaux.

Il cite notamment :

Il dit être très impressionné par la capacité française à :

  • sensibiliser ;
  • diffuser les connaissances ;
  • produire des outils concrets ;
  • faire dialoguer science et pratique.

La vigne comme autre terrain d’expérimentation

Andrea Fazolo travaille aussi en viticulture.

Dans ce secteur, il observe que l’on peut obtenir de très bons couverts végétaux, notamment en interculture avant replantation, mais aussi dans les vignes en place. Il estime même qu’il est parfois plus facile d’y gérer la biomasse sans l’enfouir que dans les cultures annuelles.

Il raconte qu’en 2016 un viticulteur de l’est de la région lui a demandé s’il existait des expériences de semis direct ou de semis avec très peu de travail du sol en vigne. Ils se sont alors inspirés d’expériences françaises et ont développé avec un constructeur local un prototype de semoir.

Cette machine a ensuite évolué au fil des années :

  • d’abord en 2,30 m ;
  • puis en 4,45 m ;
  • puis en version semi-portée.

Andrea Fazolo l’utilise depuis 2017 pour semer les couverts végétaux dans les vignes. Il remarque aussi que la France a souvent été parmi les premières à tester et faire progresser ce type de matériel.

Messages de conclusion

En conclusion, Andrea Fazolo insiste sur plusieurs idées fortes.

Nous savons déjà beaucoup de choses

Selon lui, on dispose désormais :

  • de nombreuses connaissances scientifiques ;
  • de beaucoup d’expériences de terrain ;
  • de références concrètes ;
  • d’exemples réussis.

Autrement dit, l’agriculture n’a plus vraiment l’excuse de dire qu’elle ne sait pas comment faire. Certains moyens mécaniques peuvent encore manquer localement, mais les connaissances existent.

Le changement de regard est indispensable

Il faut, selon lui :

  • considérer le sol comme un capital vivant ;
  • comprendre sa fragilité ;
  • réduire le travail du sol ;
  • favoriser les couverts végétaux ;
  • nourrir la biologie ;
  • reconstruire la structure ;
  • raisonner les pratiques de manière globale.

La fertilité du sol est la base de tout

Enfin, Andrea Fazolo rappelle que l’objectif n’est pas seulement écologique. Régénérer les sols permet aussi :

  • de maintenir la productivité ;
  • d’améliorer la résilience climatique ;
  • de réduire certaines maladies ;
  • de mieux gérer l’eau ;
  • de limiter les pertes de sol ;
  • de soutenir une agriculture durable dans le temps.

Il termine en remerciant chaleureusement les acteurs français qui diffusent ces savoirs, ainsi que les agriculteurs, chercheurs et partenaires italiens avec qui il travaille.

Pour contacter Andrea Fazolo

En fin d’échange, il est précisé qu’Andrea Fazolo peut être trouvé facilement sur Facebook sous son nom :

  • Andrea Fazolo

Il est indiqué qu’il peut répondre également via les commentaires YouTube.